Société de loisir

La question de la suppression du travail par la machine ne fait que revenir sans arrêt. Et elle est portée par ce que la société nous dit être élite intellectuelle, par exemple Keynes en Angleterre. Au lieu de se demander pourquoi on s’est trompé, à chaque épisode, comme aujourd’hui avec l’intelligence artificielle, on annonce que « cette fois, c’est la bonne ». Bon sang, qu’est-ce que l’on peut être con !

Voilà ce que m’inspire une ancienne émission de la BBC. (The problem of leisure, Archive on 4, BBC 4, 2019.)

L’émission s’interrogeait sur ce que serait une société de loisir. Serait-elle vivable ?

Mais qu’est-ce que le loisir ? Ecrire ce blog est-il un loisir ou un travail ? Nettoyer sa maison, couper sa haie, tondre son gazon, faire des courses, changer des langes, réviser des leçons, remplir une feuille d’impôts, faire de l’exercice pour éviter un AVC… ? Et même le loisir pur, tel que la fête, n’a-t-il pas quelqu’utilité pratique ? Permettre à l’esprit de se reposer, pour repartir ensuite de plus belle, par exemple ?

Comme une fourmilière, la société humaine a besoin d’être en permanence en mouvement ? Le loisir n’existe pas ? Il a été inventé par le capitalisme : c’est une activité non rémunérée ? Et le capitalisme veut garder le capital pour lui, c’est pourquoi il cherche à exproprier la population ?

Travail et origines

Travail : l’étymologie du mot peut-elle éclairer son sens ? Pour commencer, le fait que « travail » aurait pour origine le nom d’un instrument de torture ressortirait à la théorie du complot. Voici ce que dit le dictionnaire du CNRTL :

Il y aurait bien un « travail », issu du dit instrument, mais il aurait pour pluriel « travails » , et ce serait un « Appareil utilisé pour immobiliser les gros animaux domestiques quand ils doivent subir certaines opérations (ferrage, pansage, etc.). »

Quant à notre travail, « Activité humaine exigeant un effort soutenu, qui vise à la modification des éléments naturels, à la création et/ou à la production de nouvelles choses, de nouvelles idées. » Il est dit : « Jusqu’au déb. du xvies. travail est souvent associé à peine car le sens dominant est « fatigue, peine » qui peut avoir pour contrepartie une rétribution. Le sens de « activité professionnelle » devient très rare au xvies. pour revenir en force au xviies. sous l’infl. de travailler. »

Dans d’autres langues (work, werk…), travail viendrait du mot grec « ergon », qui lui-même viendrait de plus loin. « Ergon » aurait plusieurs sens : « action par opposition à inaction », « oeuvre, ouvrage », « travail accompli » et « chose, affaire ».

Ce qui ne nous fait pas tellement avancer ? En tous cas, si l’on revient à la définition de travail en physique, qui est proche de « Activité humaine exigeant un effort soutenu, qui vise à la modification des éléments naturels, à la création et/ou à la production de nouvelles choses, de nouvelles idées. », on peut se demander si le travail n’est pas le changement…

(Quant à Wikipedia, il confirme mes impressions : « Au sens économique usuel, le travail est l’activité rémunérée qui permet la production de biens et services. »)

Travail

Premier mai : fête du travail. C’est pour cela que l’on chôme. Qu’est-ce que le travail ?

Régulièrement, on nous annonce qu’il n’y aura plus de travail. Que les machines le feront pour nous. Certains rêvent aussi de l’éliminer comme un mal. Alors que d’autres prônent, sûrement pour ennuyer les précédents, la « valeur travail ».

Le travail semble avoir deux caractéristiques : c’est rémunéré, et cela a une utilité pour la société.

Seulement, il existe beaucoup de gens, chômeurs, rentiers, etc., qui gagnent de l’argent sans travailler. Et les contributions les plus importantes à la société, inventions, actes d’héroïsme, etc., sont souvent non rémunérées.

Le travail semble donc une convention sociale dont le sens évolue ?

France Travail

Pole emploi devient France Travail. Si on lit ce qu’en dit France Info, ce serait, avant tout, une mesure coercitive.

Ce qui est frappant est le particulièrement peu euphonique « France Travail ». Est-ce une injonction : « France, travaille ! » ? Ou un appuyé signe de connivence à la « valeur travail », qui semble devenue un cri de ralliement de la droite conservatrice, à défaut d’une discipline de vie ?

En me penchant récemment sur le régime de Vichy, j’ai découvert que le concept de « valeur travail » venait peut-être de lui. D’ailleurs, cela aurait dû être évident, sa devise n’était-elle pas « travail, famille, patrie » ?

L’histoire se répète ? En 40, la SFIO, aussi, a dit « Maréchal nous voilà » ?

(Mauvais esprit ?)

Recettes du succès

On parle de difficultés de recrutement, de personnels peu fidèles… C’est le grand problème du moment.

Eh bien, mon association a eu l’idée, curieuse ?, de demander aux secteurs qui ont été confrontés avant tout le monde à cette question comment ils ont résolu le problème.

Il ressort de l’enquête, qu’avec un peu de bon sens, et pas beaucoup de moyens, on peut attirer du monde, et faire qu’il soit bien dans son travail. Et ce même lorsque la fatalité semble s’être acharnée sur votre entreprise.

La question de la « pénurie RH » pose, donc, une question. Si c’est aussi simple de réussir, pourquoi ne l’a-t-on pas fait plus tôt ? Le « top management » devrait-il redécouvrir la « valeur travail » ?

Valeur travail

Il y a quelques temps j’écoutais un homme politique. On m’avait dit qu’il s’interrogeait sur les « valeurs de la droite ». J’étais curieux d’entendre ce qu’il avait trouvé.

En dehors de la « valeur travail », je n’ai rien entendu de nouveau. Au contraire, un discours facile, « populiste » comme on le dit aujourd’hui. Déception.

Il n’avait pas compris que trouver ses valeurs demande beaucoup de travail ?

Valeur travail

Il y a deux décennies on a commencé à lire que « l’élite » américaine considérait le reste du peuple comme paresseux. Puis, le phénomène semble avoir gagné la France. Comme si la France imitait les USA. Les propos de M.Macron sur le travail que l’on trouve au coin de la rue, rappellent cette opinion.

L’argument est le suivant. « L’élite » a gagné durement ses diplômes. En outre, son travail et sa vie sont généralement confondus. Aux autres de faire le reste du travail, c’est-à-dire d’être à ses ordres.

A l’élite le « bon boulot » et aux autres le « sale boulot » ? Serait-ce là ce qui ne va pas ?

Et si le travail était une contribution individuelle à l’effort collectif ? Chacun a plus ou moins une mission. Dans celle-ci il y a de l’agréable et du moins agréable. Exemple : l’entrepreneur. Quand il lance son entreprise, il doit tout faire, car il n’a pas d’argent. Autre exemple : le roi d’Angleterre, dont on parle tant. Il a des châteaux, mais aussi, il est un serviteur de son pays, passant une grande partie de son temps en représentation ou en actions charitables.

Le Français et le travail

Je reçois des appels désespérés. Où allons-nous ? Le Français ne veut pas travailler ! C’est le Figaro qui le dit.

Je suis encore à la veille de rencontrer quelqu’un qui ne veut pas travailler. Mais, pour autant, autour de moi tout le monde est en vacances. D’ailleurs, je passe ma vie à organiser des rendez-vous entre dirigeants, et il y en a toujours au moins un qui est au repos.

Il y a un manque d’entrain général. Et ce ne sont pas nécessairement ceux qui braillent le plus fort qui sont les plus besogneux. (Au contraire, et c’est peut-être logique, ils se lamentent de ce que l’on ne veut pas travailler à leur place ?)

Un article propose une explication à ce curieux phénomène. Une fois n’est pas coutume, notre gouvernement aurait réussi un changement. Les précédentes réformes du code du travail, imposées sans consultation, et sans examen de leurs conséquences, ont créé une culture du loisir. Aujourd’hui, toujours sans consultation, notre gouvernement voudrait remettre la boite de Pandore dans son état original.

Il semble donc que la France ait choisi plus ou moins implicitement, à partir du début des années 1980, un modèle de partage entre le travail et le non-travail qui laisse une place beaucoup plus importante au second, assez tôt dans la vie active, via un départ précoce à la retraite.

Au lieu de nous demander de travailler, devrait-il nous inciter à le faire par son exemple ? L’exemple d’un gouvernement démocratique ?

La fin du travail

La pandémie a démontré que le monde pouvait tourner sans nous. On ne travaillait plus et pourtant tout marchait comme avant ! Voilà ce que j’entends depuis quelques-temps.

Cette théorie servirait à justifier l’idée que les machines peuvent nous remplacer.

Mais, le pays n’a pas marché sans nous ! Il a accumulé des dettes, pour nous nourrir au chômage. (Je suis une exception : je n’ai jamais autant travaillé !) Et aujourd’hui, le gouvernement doit faire des prouesses pour éviter aux entreprises plombées par le PGE de sombrer.

Cette politique résulterait d’une leçon tirée de la crise de 2008 : contrairement à l’Allemagne, la France avait laissé ses entreprises faire faillite. D’où chômage et perte de compétitivité nationale, par appauvrissement de notre tissu économique.

Plus récemment : on a vu l’impact de la politique de zéro covid de la Chine sur l’économie mondiale.

La France entre Charybde et Scylla : d’un côté un gouvernement qui nous croit trop bêtes pour comprendre sa politique, de l’autre l’intellectuel gramsciste ? La recette de l’irresponsabilité et de la révolution ?