Valeur du travail

Ce qui n’a pas de prix n’a pas de valeur, me répète-t-on.

Mais les gens que j’aide n’ont pas les moyens de me payer. Et que dire du cas de la personne qui a une syncope dans la rue et est secourue par un médecin de passage ?

Quand on y réfléchit un peu celui qui a un prix est, en quelque-sorte, l’esclave, autrement dit le salarié. L’entrepreneur crée ses revenus, et paie des salariés. Il a certainement un talent et une détermination qui écrasent ceux de beaucoup d’hommes, mais ils n’ont pas de valeur pour eux, avant qu’il l’ait inventée…

Valeur des hommes

Il serait intéressant, peut-être utile, de se demander à qui la société accorde de la « valeur », c’est à dire beaucoup d’argent.

Un précédent article disait qu’un de ceux-ci était le gladiateur. C’est un objet d’amusement.

Mais il y a aussi l’entrepreneur. Au début de sa carrière, il est rarement un capitaliste. Soit il parvient à séduire le capitaliste, qui finance ses projets, soit il parvient à séduire le marché, sans aide du capitaliste.

Que crée-t-il ? Un édifice social. Autrement dit, il est tentant de penser que la société le rémunère pour créer ce qui lui est le plus utile. Y aurait-il une forme de justice sociale dans le capitalisme, que Marx n’aurait pas vue ?

La bulle spéculative pour les nuls

La plupart des entreprises travaillent très dur et tirent le diable par la queue. D’autres ne produisent rien et valent cent milliards ou plus. La différence, c’est la spéculation. 

Pourquoi, chaque entreprise ne chercherait-elle pas à en tirer partie ? Pourquoi pas une chaire de spéculation à HEC, par exemple ? 

Les mécanismes spéculatifs ont fait l’objet de travaux d’économistes très sérieux, et sont forts complexes. Quoi qu’ils soient tout à fait rationnels. 

La technique de la bulle spéculative consiste à faire penser que, même si un bien ne vaut rien, il y a un consensus social selon lequel il y a de l’argent à gagner en pariant sur lui, lorsqu’il est à la hausse, et en se dégageant, avec célérité, lorsqu’il est à la baisse. Et il y a des leaders d’opinion, tels que Goldman Sachs en 29, pour montrer la voie. 

Il y a le degré zéro de la spéculation, la bulle spéculative évidente, telle que la voiture électrique, ou le moteur à hydrogène, il y a aussi l’art, le grand art. Et il consiste à prendre une activité totalement ringarde, les taxis ou les entrepôts, par exemple, pour en faire un nouvel eldorado, Uber ou Amazon. La sidération produit la spéculation. Les investisseurs de la Silicon Valley, qui avaient compris la valeur de start up de B.Obama, disaient que la bonne start up est un discours nouveau sur un sujet ancien. Mais ce n’est pas un art de brute. Il est tout en subtilités. The Economist, par exemple, a cru à la disruption de la prostitution. Flop. 

Ce n’est qu’un début. Tout le succès est dans la communication. Un travail de pro, d’Américain. Comme l’écrivait le professeur Trivers, un psychologue, ce qui fait le succès de l’escroc, c’est qu’il croit à ce qu’il dit.

L'Ami et la 2CV

Origine de la photo.

Présentation enthousiaste de l’Ami de Citroën par la BBC, il y a quelques temps. Ce que l’on en disait m’a fait penser à la 2CV. Conçue, ai-je cru entendre, pour transporter un sac de pommes de terre. Eh bien oui. Il y a bien une parenté, dit cet article.

L’Ami semble une réinvention de l’automobile, façon « analyse de la valeur ». L’ennemi de la créativité c’est la société et le lavage de cerveau auquel elle nous soumet. Le génie, c’est identifier les deux ou trois paramètres (électrique à usage urbain, sans permis, prix minimal) qui comptent, et ensuite tout se permettre. 

L’ambition de Citroën : devenir l’Apple de l’auto ? 

Le bon arbre est un arbre mort

Un arbre mort vaut plus qu’un arbre vivant, me disait-on. 

Paradoxalement, il en a été de même de Flaubert ou de Baudelaire. 

C’est un des paradoxes du marché. Il donne de la valeur à ce qui est nocif. L’air pur ne vaut rien, l’eau pur ne vaut rien, la terre vierge ne vaut rien, les services que l’on se rend au sein d’une famille ne valent rien, le pétrole ne vaut que par son coût d’extraction… Une entreprise vaut plus cher en pièces que d’un seul tenant, alors qu’elle n’est pas viable en pièces, etc. 

Un des maux les plus dangereux de notre temps, c’est le marché libre. En effet, c’est lui qui fixe la valeur des choses et de la vie. Et il le fait d’une façon perverse. 

Nous ne cherchons pas nos licornes au bon endroit ?

Histoire d’une PME française. Au début, quelqu’un aime faire des photos de voitures. Un constructeur lui propose de photographier tous les modèles qui sont exposés dans les salons. Il a l’idée de vendre sa base de données à tous les constructeurs. Un autre constructeur le forme à démonter les voitures, et en photographier les pièces. Il vend sa base de données à tout le monde. Aujourd’hui, l’entreprise démonte 90 modèles par an. Avec les pièces numérisées, elle est capable de remonter numériquement la voiture, et de lui faire passer des tests, ce qui lui révèle son comportement et les choix techniques de conception. 

Cette entreprise, dont le siège est toujours situé dans sa ferme d’origine, a été achetée par un fonds. Quel est l’écart entre la valeur que lui donnait ses fondateurs et celle qu’elle a aujourd’hui ? Un facteur 20 ? En tout cas, il est probable que, dans peu de temps, elle entre dans la catégorie « licornes ».

Et si, aveuglés par la Silicon Valley, nous ne cherchions pas les licornes au bon endroit ?

Le prix de la vie

J’écoute les musiciens de France culture, je lis ce que l’on écrit de l’avenir de l’événementiel ou du tourisme… L’idée est la même : on a peur de ne plus avoir de travail, mais on a compris que l’on en faisait « trop ».

Décroissance qui n’est pas une décroissance ? La baisse de quantité est compensée par une augmentation de qualité ? Et la qualité, même dans le monde étriqué du marché, c’est le prix ?

(Bergson disait, en quelque sorte, que le temps avait une nature, que deux temps de même durée n’étaient pas identiques. Il en est peut être de même du prix. Un événement que l’on sait rare et peut être sans lendemain vaut beaucoup plus qu’un événement banal. C’est la mort qui donne du prix à la vie ?)

Le socialisme c'est la redistribution ?

Dans un débat sur l’impôt, quelqu’un, qui se présentait comme « philosophe », expliquait que notre système politique était socialiste, sans le dire. L’impôt, c’était le vol. La redistribution était contre nature.

Idée intéressante. Il y a un évident manque de proportion entre ce que l’on gagne, et l’effort que l’on fait, voire la contribution que l’on apporte à la société. Même dans le domaine de l’entreprise, un petit patron est un quasi smicard, alors que le salaire d’un PDG salarié représente le chiffre d’affaires de dizaines de PME. D’ailleurs, il y a très peu d’entrepreneurs qui réussissent. Et lorsqu’ils arrivent à quelque-chose, c’est souvent la seconde génération (les Arnaud et les Pinault) qui deviennent très riches, ou leurs héritiers, qui ne sont que des rentiers. Il faudrait aussi se demander si le crime ne paie pas.

Le mécanisme de répartition monétaire étant déréglé, il semble donc dans notre intérêt collectif que l’on mette en place un système de redistribution, qui le corrige. Et ce que l’on se place sur le plan de la justice ou de l’efficacité (des gens très utiles sont peut-être en train de crever de faim, ou n’ont pas les moyens d’exprimer leur talent).

Intermittent

Rencontre avec un réalisateur qui travaille pour l’entreprise. Je l’avais pris pour quelqu’un de ma sorte, un consultant. Mais c’est un intermittent. Bien sûr, il pourrait monter une société, il a d’ailleurs beaucoup de clients, mais c’est un peu incertain. Il préfère être salarié.

Cette anecdote m’est revenue en tête récemment. La radio disait qu’il y avait peu de gens qualifiés en France, et que ceux qui ne l’étaient pas étaient lourdement pénalisés par le coût des charges sociales. Ne serait-il pas temps de mettre un terme à une de leurs causes : le régime des intermittents ?

Mais j’ai aussi pensé que ce réalisateur avait du talent. Et si c’était le noeud du problème ? Si ce talent était payé correctement, il n’y aurait peut-être plus besoin d’intermittence. Mais c’est peut-être l’intermittence qui retire à l’artiste l’anxiété de survie qui lui ferait défendre son talent ?

Mon nom est personne

Qui suis-je ? question d’existentialiste. Il y a plusieurs techniques pour le savoir. L’une consiste à vous demander ce qui vous enchante alors que cela rend tout le monde fou !

C’est ainsi que j’ai compris que j’étais un donneur d’aide, aux urgences. Tout le monde criait et se plaignait, et moi, je me disais que je pourrais être utile. Pavlovien. Le donneur d’aide est la pièce centrale du changement. Ou plutôt d’une forme de conduite du changement. Celle qui transforme les organisations sans bouleverser les hommes.

Ce n’est pas tout. On me l’a beaucoup reproché : je vois, immédiatement, les bons côtés des gens. Je les vois en héros. En héros modestes mais capitaux. Et je veux qu’ils soient à la hauteur de leur légende. Ce qui demande de changer la société. (D’où le paragraphe précédent.) Mon nom est personne. Comme dans le film de Sergio Leone. Les existentialistes se seraient-ils attendus à cette réponse ?