Tyrannie de la vitesse

Notre société est-elle prise d’une folie de l’accélération ? Certains le croient. J’ai une opinion différente.

Je gère une association et ai beaucoup de contacts avec beaucoup de monde. Les congés sont sacrés. De mai à août, l’activité s’arrête en France. Le reste du temps est haché par une multitude de vacances. Et la famille est sacrée, avec tout ce que cela signifie en termes de contraintes horaires et de déplacements. Gigantesque Shabbath.

Ne serait-ce pas une conséquence de la croyance que notre élite, Martine Aubry en particulier, a eu, un temps, que le travail allait disparaître ? Il s’en est suivi une politique du loisir et de retraite, qui a caressé l’homme dans le sens du poil. Son intellect s’est mis en grève. Aujourd’hui, il peine, parce qu’il doit se relancer sans cesse, alors qu’il n’aspire qu’à la paix.

Par contraste, le sauvage, lui, doit avoir un cerveau en éveil permanent. Il vit dans l’urgence. Mais, probablement, en y prenant plaisir.

Vacances, artefact culturel ?

Pour moi, un entrepreneur est un homme qui se consacre nuit et jour à son entreprise. Eh bien ce n’est pas comme cela que l’entrepreneur français voit les choses. Pour lui, les vacances, bien longues, sont sacrées. C’est ce que j’ai constaté, il y a une quinzaine d’années, en travaillant avec deux jeunes entrepreneurs. Phénomène que j’ai retrouvé ensuite. Il est d’autant plus curieux que de grands patrons, qui sont les premiers à critiquer la paresse de l’employé, sont aussi les premiers à faire ce qu’ils lui reprochent.

Que les vacances aient quelque-chose de culturel se vérifie aussi en observant les pratiques étrangères. Un des deux jeunes entrepreneurs, ci-dessus, était libanais. Lui ne prenait pas de vacances. Ou plutôt il en prenait pour éviter un drame familial. Mais il était extrêmement malheureux en vacances, et cherchait tous les moyens de s’évader de sa famille, française. (Quinze ans après, il n’a pas changé.)

Vacances

Je ne suis jamais, ou je suis toujours, en vacances. C’est une des premières décisions dont je me souvienne. Erreur : du coup je n’ai plus de vie. J’ai toujours le même type de préoccupation. Les scientifiques sont comme moi : leur recherche est leur vie. Depuis mon retour en banlieue, j’ai vu que j’étais anormal. J’ai découvert la place que les vacances tiennent dans la vie du Français. Et il n’y a pas que les vacances et les voyages, il y a aussi les loisirs du week-end. Et je ne parle pas des retraités. Je suis un extra terrestre. 
Et s’il y avait un complot pour faire de nous des légumes ? La sélection scolaire nous élimine des filières qui forment à la pensée (philosophie). Ensuite, tout se conjugue pour nous donner une existence végétative. Ainsi, nous sommes faciles à gouverner. Ce qui explique pourquoi on nous reproche, avant que rien ne se soit passé, de résister au changement ? Quand nos dirigeants veulent le changement, ils se souviennent qu’ils ont mis tout leur talent à nous le rendre impossible ?

Bénéfice des vacances

Chaque année à cette période, je m’interroge sur la fonction des vacances. Question importante : quel est le bénéfice des vacances ? Qu’est-ce qui fait que certaines « vacances » en sont et d’autres pas ? 
Il me semble que la réponse est : se vider la tête. Nous devons accumuler plein de stress et de déchets psychologiques toxiques qui usent notre capacité à affronter l’aléa. Il faut éliminer tout cela, pour pouvoir retrouver le goût à la vie sans lequel on ne peut être efficace. (Ce que j’exprime par la formule : « il faut vivre pour travailler ».) 
Comment se vider la tête ? Il y a le sport. La course à pieds est très efficace. Dommage que je ne puisse plus la pratiquer. Il y a aussi les livres. Le bon livre classique à la fois un profond, bien écrit, mais qui ne rappelle pas les tracas quotidiens. A l’époque où Dassault subventionnait mes séjours au Club Med, je vidais la partie anglaise de la bibliothèque du village qui m’accueillait. Ce qui surprenait les « GM ». Car, probablement, chacun a sa façon de se retaper. 

Wuwei

Voici ce que je reçois :

Pourquoi une plage ne serait-elle pas le meilleur lieu d’apprentissage du changement ? L’art du changement n’est-il pas le wuwei ? A ce sujet, quelle idée a eue mon correspondant en lisant mon livre sur son transat ? Pour sauver la France, il faut mettre son gouvernement en vacances. Pas bête. Le mal français est le modèle du dirigeant de droit divin. Sans dirigeant, nous sommes forcés à la responsabilité…

Le Français et les vacances

D’après Le Monde, 45% des Français ne partent pas en vacances.
Jadis nous pensions que chaque génération devait avoir un meilleur emploi, un accès plus facile à la propriété, plus de vacances… que la précédente.
Selon tous ces indicateurs nous nous sommes méchamment appauvris. Y aurait-il un lien entre cette situation et les choix stratégiques que nous avons faits il y a quelques décennies ? 

L’homme n’a pas besoin de vacances

Chaque année à la même époque, je m’étonne que l’on ait pu inventer les vacances.
Un changement de rythme aussi brutal n’est-il pas dangereux ? Est-il, même, dans la nature humaine ? D’ailleurs, les vacances sont-elles utiles si, au retour, on se retrouve pris dans un maelström de tâches qui se sont accumulées entre-temps ?
Ne vaut-il pas mieux avoir une activité régulière, en se ménageant des moments de récupération ?

Bénéfice des vacances

Chaque année j’en reviens à la question des vacances, et, au fond, ma théorie ne change pas.
Notre vie est cadencée par la contrainte extérieure : bruits de notre immeuble, remplissage du métro, pas de la foule sur le trottoir… Bien difficile d’avoir un rythme de vie un peu original dans ces conditions. D’une certaine façon c’est la société qui nous agite.
Je soupçonne qu’obéir à cette contrainte demande un ajustement coûteux pour la santé humaine, et qu’elle a besoin de casser ces règles un moment pour sortir de ce rythme imposé, plus que pour retrouver la maîtrise de son destin.