Perfide Albion ?

Les patrons anglais sont très inquiets du sort que leur réserve Trump. Du moins, c’est ce que je retire des informations de la BBC.

Pourtant Trump les a à la bonne. Il ne leur a infligé que 10% de droits de douane. Cela serait-il dû aux excellents rapports qu’il a avec le premier ministre anglais, ou au Brexit ? se demande-t-on.

Mais on espère encore que l’on pourra être épargné.

L’esprit de Munich ? Tristes patrons ?

Start up nation

Dans un grand moment de géniale inspiration, notre président nous a qualifiés de « start up nation ».

Mais qui est la start up nation ? Les USA. Et les USA sont en faillite !

Ce modèle est un tel succès que le président Trump accuse le monde entier de l’avoir volé ! Alors que depuis 1989, ce sont les USA, ses oligarques et ses (bien) penseurs qui font la pluie et le beau temps mondiaux !

Une de mes vieilles idées reçues (cf. Le mal américain de Michel Crozier écrit au début des années 80) est que le modèle américain n’est pas durable. Comme l’Anglais, l’Américain ne veut pas du « sale boulot ». Alors il a besoin de masses d’immigrés et d’entreprises étrangères. Ce qui ne peut conduire qu’au déficit.

Il y répond par la « créativité comptable », autrement dit la bulle spéculative, une banque centrale qui imprime des masses d’argent, pour éviter l’éclatement des bulles, et l’emprunt.

Dans la mesure où « penser » peut s’appliquer à M.Trump, on entend qu’il attribuerait le mal des USA au parasitisme de ses alliés, qu’il protège par son armée, et à la qualité de monnaie de réserve du dollar, qui conduit à sa sur valorisation. Mais n’est-ce pas tout le contraire ? Le monde les paie pour assurer son ordre ?

Changement mondial

Faut-il s’allier aux Chinois ? Réorganiser le commerce mondial sans les USA ?

Ce serait oublier que les Chinois doivent leur succès à un généreux transfert de compétences, suivi d’une politique de subvention qui a pour but d’abattre les généreux donateurs. Ce qui ne vaut pas mieux que la politique de Trump. Et est tout aussi suicidaire.

Dans ces conditions l’Europe est dans une situation délicate. Elle est entre le marteau américain et l’enclume chinoise, divisée, et menacée par le « populisme ». Et Trump nous a fait la grâce de nous démontrer la nature de la menace : son danger ne tient pas à telle ou telle idéologie « fasciste », mais à une incompétence insondable.

Qu’est-ce qui ne va pas ? Tout ce monde cherche un bouc émissaire, alors que le mal est chez lui : son « modèle économique » n’est pas durable.

Se guérir consiste à sortir du déni, et, ensuite, à comprendre que l’on a besoin des autres pour se tirer d’affaire.

Mais la raison est elle une bonne raison de changement ?

Qui peut arrêter Trump ?

Depuis le début, je pense que Trump et sa clique de simples d’esprit vont être arrêtés par la complexité du monde.

Déjà, il se rend compte que mettre un terme à une guerre n’est pas aussi facile qu’il le pensait. Maintenant, il semble avoir torpillé la bourse.

Il est possible que ce qui l’arrête soit le mécontentement de son électorat. Celui-ci l’a élu pour améliorer ses conditions de vie. Or, nous dit-on, l’inflation pourrait être violente. Et les retraites sont assurées par des fonds de pension qui investissent en bourse…

J’entendais un interviewé de la BBC parler de Tesla. Il se demandait si l’action d’Elon Musk n’avait pas déjà provoqué des dommages irréparables à la marque. Peut-il en être de même de Trump, pour le monde ? Est-il suffisamment résilient pour absorber un tel choc ?

Les fusées d’Elon

Faut-il admirer les fusées d’Elon Musk ?

Il a inventé la fusée réutilisable. Il applique la technique de la start-up numérique : j’apprends de mes échecs. Mais pourquoi n’y avait-on pas pensé avant ? Vieux monde décadent et peureux ?

Oui, mais pour perdre autant de fusées, il faut beaucoup d’argent, non ? En fait Elon Musk est porté à bouts de bras par la NASA, qui a décidé que la nouvelle bulle serait lunaire. Elle l’a même sauvé quand il était en difficultés. (Is SpaceX OK ?)

Trump n’a rien changé ? Les USA sont un Etat extraordinairement agressif, qui n’a de libéral que le nom ? Peut-être ressemble-t-il à la Russie, même ? Il est tellement peureux qu’il veut détruire tout ce qui est étranger ?

Le monde selon Trump

L’émission de Christine Ockrent, chez France culture, samedi dernier, s’intéressait à l’opinion qu’avaient les peuples de Trump. Intéressant.

Il en ressortait que le projet de Trump est celui du « Pacte de Varsovie » : vassaliser le monde. Originellement isolationniste, il devrait cette doctrine au GAFA, dont le marché est mondial. (Ce qui confirme ce qu’on lit à droite à gauche : le multimilliardaire voit rouge lorsqu’on lui parle de loi, il est prêt au pire.)

Face à cela deux réponses. Les alliés des USA, Europe, Japon, Corée… sont effrayés. Les autres se réjouissent : les USA sont un pays qui leur ressemble. Sa domination planétaire, et celle du modèle de société qu’il représentait, est terminée.

Quant à l’Europe, il y aurait un schisme entre ses personnels politiques et son peuple. Celui-ci plutôt modéré, voudrait, probablement depuis longtemps, une reprise en main de son sort par l’Europe. La réindustrialisation est plébiscitée. Mais ses gouvernants n’entendant rien, l’ont laissé entre les mains des extrêmes, qui, eux-mêmes pensent, à tort, qu’il adhère à leurs valeurs.

Ces extrêmes seraient dans une situation malaisée. Ils ont de la sympathie pour Trump, mais ne veulent pas contredire leur électorat. En particulier Mme Meloni avait fait le pari que M.Trump ferait la politique, fondée sur la négociation, de son premier mandat et qu’elle pourrait tirer les marrons du feu en jouant les intermédiaires entre lui et l’Europe. Paradoxalement, Poutine aurait plus d’attraits que Trump.

Une faille de l’Europe : ses politiques, lâches par nature. Un atout des anciens alliés des USA : sans ce marché, il n’y a plus de GAFA.

(Trump illustre un aspect de l’individualisme souvent observé : celui qui cherche son intérêt à court terme s’en prend à ses amis : ils sont sans défense. C’est ainsi que le commercial tend à exploiter son entreprise au profit de ses clients. Trump exploite ses alliés, faibles, au profit de Poutine, fort.)

Ténèbres

Un des livres cités par ce blog parle des USA comme « reluctant crusaders ».

Les USA se voient comme des « croisés ». Mais dès que la croisade tourne mal, ils se replient sur leurs terres.

C’est cet instinct que Trump semble avoir libéré. Vance, par exemple, c’est le retour des sorcières de Salem. C’est un rappel que le puritanisme anglo-saxon est plus effrayant, car plus froid, systématique et intellectuellement consternant, que l’inquisition catholique, qui conserve toujours quelque-chose de l’irrationalité latine.

On ne s’en rend pas compte, mais la France est en première ligne de l’affrontement. C’est l’expression même de sa culture à laquelle les USA s’en prennent. Celle dont le maître mot est « laïcité ». Car ce qui l’a caractérisée jusqu’à récemment a été la pensée des Lumières et de la raison, et, en conséquence, son combat contre l’obscurantisme dont les USA demeurent probablement le meilleur représentant, loin devant les Jihadistes. Paradoxalement, la Chine communiste et l’URSS ont été bâties sur le modèle français.

Mais les paradoxes ne s’arrêtent pas là. Ce qu’attaque Trump est le résultat d’une autre idéologie, qui, elle, est parvenue à conquérir le pays, du moins ses élites.

US tells French companies to comply with Donald Trump’s anti-diversity order
Move signals push by the American president to widen his ideological campaign abroad

Financial Times, 28 mars

René Girard

René Girard. Philosophe ? Anthropologue ?

Il part aux USA. On lui propose d’enseigner le français. Il doit se mettre à l’étudier. Il doit publier pour survivre. Il se spécialise dans l’étude du roman. De fil en aiguille, il lui vient une idée. La psychologie, en croyant que l’individu est autonome, se trompe. L’individu veut ce que l’autre veut. D’où conflit, et violence, « guerre de l’homme contre l’homme ». Et nécessité pour une société de détourner cette violence, en particulier par le sacrifice humain, et par la religion. Un entretien de France Culture.

Pensée mimétique ? A l’époque de ses travaux, la systémique était à la mode. Elle aussi s’éloignait de l’individu. Seulement, sa vision des relations humaines était quelque-peu plus complexe que la sienne.

Ce que, d’ailleurs, elle a de surprenant, cette pensée, est ce qu’il tire de la moindre « anecdote » obscure de la bible. A croire qu’il en était contemporain. Là aussi, probablement, il était de son temps : le « scientifique » « surinterprétait » ce qu’il voyait, par exemple les gravures rupestres.

Finalement, anthropologie des USA ? Les Anglo-saxons ont une révérence particulière pour une certaine forme de recherche. Contrairement à nous, s’ils sont impressionnés par une démarche intellectuelle, ils jugent qu’elle ne peut déboucher que sur des résultats estimables. De même ils sont intimement convaincus que tout milliardaire ne peut pas être fondamentalement mauvais.

En tous cas, vivre aux USA lui a permis de ne pas subir le pouvoir mimétique de la « French philosophy », qui, elle, était toute égoïsme et « déconstruction » de la société.

Banal Trump

Trump lutte avec la justice. Décidément, cet homme est dangereux ?

Pas du tout, c’est un usage américain, si j’en crois la BBC. Les juges font la politique du parti auquel ils appartiennent. Déjà le président Biden s’en prenait violemment à la justice, qui lui mettait des bâtons dans les roues.

Plus cela va et plus je me demande si le président Trump n’est pas un « président normal ». L’équivalent culturel de François Hollande. Par exemple, les intérêts matériels des USA ont toujours été de puissants mobiles d’intervention dans d’autres pays (ne disait-on pas que la guerre d’Irak avait été faite pour son pétrole ?). Combien de coups d’Etat les USA n’ont-ils pas faits ? Combien de coups tordus n’ont-ils pas tentés ?

Peut-être est-il simplement plus honnête que les autres : contrairement à eux, il ne cache pas ses intentions ?

On en veut à la civilisation ?

Elon Musk licencie les fonctionnaires américains, mais, en même temps, leur demande de lui passer commande. Comme en Ukraine : la bourse ou la vie ?

Donald Trump’s commerce secretary touted Elon Musk’s Starlink to federal officials in charge of a $42bn rural broadband programme, raising new questions about the billionaire White House adviser’s conflicts of interest. 

Howard Lutnick this month told civil servants to increase use of satellite connectivity — over fibre-optic cable — and singled out Musk’s provider, Starlink.

The conversation is the latest example of how Musk, who gave more than $250mn to Trump’s 2024 presidential campaign, could benefit from his influential role

Financial Times, 18 mars.

En France on parlerait de détournement de bien social. Dans les pays nordiques un élu doit démissionner lorsque l’on découvre qu’il a payé une sucette avec sa carte de crédit publique. Aux USA, on nage en pleine folie. Mais cela ne semble inquiéter personne. Décidément ils en sont restés au Far West ? Entre Poutine et eux, c’est la civilisation que l’on assassine ?