Logique des partis politiques

Quelle cacophonie ! J’ai l’impression que le PS est un parti où l’on parle sans écouter. Un peuple de « donneurs de leçons », de croisés de la vraie foi. Malheureusement, la foi en question n’est plus aussi unique et inébranlable que par le passé.

Le gouvernement, pour sa part, n’a pas ce défaut : il dépense des fortunes dans des enquêtes d’opinion. Mais s’il écoute, il tend à chercher ses réponses dans un arsenal populiste.

Y a-t-il une logique derrière ces comportements surprenants ? Hypothèse du moment :

  1. La droite cherche à pousser les intérêts du « business », pour cela elle doit calmer le peuple qui en est la principale victime. Ce qui expliquerait le paradoxe franco-américain : les partis de droite sont des partis populistes.
  2. La gauche est le parti des bons sentiments, de la morale. Elle cherche à discréditer son adversaire en montrant qu’il est le mal. De ce fait, elle attire vers elle un électorat qui peut s’offrir ce type de considération, donc protégé des aléas de l’économie (fonctionnaires, cadres supérieurs…).

Il n’est pas impossible que chaque parti défende, au fond, les intérêts d’une même élite. Ce sont des enjeux de préséance plutôt que d’idées qui justifient l’opposition des partis. Par contre la piétaille qu’ils manipulent, comme lors des guerres de religion, elle, s’étripe par conviction.

On pourrait avoir ici une explication de la raison pour laquelle les partis considèrent les problèmes du pays comme une abstraction d’une immense complexité : ils ne les concernent pas.

Compléments :

Nicolas le vert

Notre président est le Lucky Luke de la politique. Étonnant contraste avec la gauche. Elle est autiste. Lui réagit au quart de tour à ce qu’il perçoit des tendances de l’électorat. On aurait pu croire qu’il s’endormirait sur les lauriers du succès de l’UMP. Pas du tout, avec l’enthousiasme de celui qui est touché par la Grâce, il produit un inattendu projet de société ultra-vert. À croire qu’il a voté Cohn-Bendit aux européennes.

En termes de conduite du changement, beaucoup de ce qu’il fait mérite l’admiration.

  • Il y a une sorte de souffle épique dans ses propos. Quelque chose qui peut transporter les foules. C’est l’art du « stretch goal » à son meilleur. Une combinaison d’avenir enthousiasmant et d’épreuves à traverser.

« Le développement des énergies renouvelables est parfois perçu comme le saccage de nos territoires », a-t-il dit. « On doit adapter nos procédures pour voir comment développer le solaire et l’éolien dans nos paysages. Ne faisons pas semblant de dire que le problème n’existe pas ».

(…) « On vous garantit des prix, mais on veut des créations d’emplois », a mis en garde le chef de l’État, alors que l’éolien emploie 90 000 personnes en Allemagne, 45 000 en Espagne et seulement 7 000 en France, selon lui.

  • Il sait aussi fixer les grands axes qui devront guider le changement. Exemple : parité nucléaire / énergies renouvelables. On peut en contester la validité, mais non le génie technique (en termes de conduite du changement).
  • Finalement, il n’a pas son pareil dans le contre-pied inattendu, le talent d’utiliser l’adversité à son avantage. Et c’est comme cela qu’il félicite le service public, dont il semblait l’ennemi mortel, pour la diffusion du film d’Yann Artus-Bertrand, dont on dit qu’il aurait fait la victoire verte.

Malheureusement l’admiration s’arrête ici. Car nous aurons droit à une mise en œuvre à la Française. Aucune préparation, pas de moyens, d’autres idées qui contrarieront celles-ci. Claude Allègre l’illustre déjà : la rumeur le voyait ministre, il serait au fond d’un lac d’Auvergne, du béton aux pieds.

La première chose que doit faire un dirigeant est de s’assurer qu’il possède une organisation qui sait mettre en œuvre ses idées, l’« ordinateur social » de mes livres. Celui-ci doit transformer les orientations du président, son enthousiasme, en des mesures bien conçues et durables.

Pour qui voter ?

Le questionnaire de www.euprofiler.eu peut aider celui qui ne sait pas pour qui voter, demain, à se faire une opinion. Et à analyser son choix lorsqu’il l’a fait. Quelques observations :

  • L’attitude de l’interviewé par rapport à l’Europe se définirait principalement selon deux axes : position vis-à-vis de l’intégration européenne et gauche / droite (des analyses plus détaillées sont aussi possibles, mais par rapport à un parti donné).
  • Ce type de questionnaire, qui cherche à comprendre ce que l’on croit, est probablement plus efficace que celui qui demande son avis par rapport à des intentions – programmes politiques (que je n’arrive d’ailleurs pas à distinguer) : dans un cas on compare ce que l’on est, dans l’autre ce que l’on croit être.
  • Je suis (assez) proche de partis dont je pensais être (plus) éloigné, et (plutôt) éloigné de partis dont je pensais être (plus) proche. Cela signifierait-il que je ne connais pas bien leurs idées ? Ai-je bien fait mon travail d’électeur ? Les partis font-ils bien le leur ? (Ou nous trompent-ils ?)
  • Le positionnement des grands partis diffère considérablement d’un pays à un autre. Par exemple travaillistes et conservateurs anglais semblent beaucoup plus au centre que l’UMP, mais beaucoup moins favorables à l’intégration européenne que tous les grands partis français, les conservateurs étant aussi attachés aux valeurs nationales que, par exemple, Chasse pêche nature, chez nous.

Triste campagne

Que disent les programmes des partis politiques ? On entend parler de la grippe porcine, malade par malade, de la crise, licenciement par licenciement… mais absolument rien sur les élections européennes. Réflexions :

  1. Pas facile de construire ses idées quand elles ne sont pas alimentées par celles des autres.
  2. Je viens de recevoir bulletins de vote et argumentaires d’accompagnement. Pas facile de voir ce qui différencie les partis politiques. Du moins les grands. Les messages me semblent proches. Jusqu’aux socialistes et aux écologistes qui vont créer, pour les mêmes raisons, 10 millions d’emplois.
  3. Pourquoi ne nous parlent-ils pas de leur capacité à la conduite du changement : quelles sont les chances qu’ils mettent en œuvre leurs promesses si je vote pour eux ?
  4. Les socialistes suivent une stratégie européenne. Sans doute une bonne idée : les élections seraient bien plus passionnantes si des partis européens s’affrontaient à coups de grands modèles de société, bien au dessus des préoccupations nationales. Mais où est l’envolée lyrique originale dans le discours socialiste ? Très timide. Hier, j’ai entendu M.Jospin dire que l’avenir ne se jouerait qu’entre grands partis européens, et qu’il n’y en avait que deux : les alliés de l’UMP et les alliés du PS. Il fallait choisir l’un ou l’autre. N’est-ce pas légèrement incorrect : les autres groupes peuvent voter avec ces partis, et les partis nationaux au sein de ces groupes ne sont pas tenus à la solidarité ? (A Strasbourg, le Modem coupable de « libéralisme »?)
  5. Les électeurs, alors, vont-ils voter en fonction de raisons autres que les programmes ? Sanction du parti au pouvoir ? Sanction de l’opposition ? Sanction des deux ? Abstention – réprobation vis-à-vis de partis qui n’ont pas fait leur travail européen sérieusement ? Encouragement des partis qui croient en l’Europe ?…

Compléments :