Islam et Pakistan

30.000 morts en 4 ans. C’est ce que coûte au Pakistan ses luttes interconfessionnelles. Un modèle tellement satisfaisant qu’il cherche à l’exporter.
Cause ? Ses gouvernements successifs trouvent habile d’utiliser l’Islam pour masquer leurs échecs, et leur corruption.
À l’UMP comme ailleurs, Islam outil de manipulation des peuples ?
Compléments :

Qu’est-ce qui fait perdre les socialistes ?

Surprise : le modèle social-démocrate suédois va mal (The strange death of social-democratic Sweden).

Le socialisme, parti des intellectuels
Parmi les raisons évoquées, l’une me frappe : partout le socialisme est mal aimé. La crise, qui aurait dû le requinquer, a profité à la droite. Qu’est-il arrivé aux socialistes, me suis-je demandé ? Voici où m’a mené un enchaînement de pensées :
  • Michel Winock (Le socialisme en France et en Europe), distingue deux courants socialistes : populaire et intellectuel. En Europe du nord, ils se sont fondus dans la sociale-démocratie, en Europe du sud, ils se sont divisés entre communisme et socialisme.
  • J’ai l’impression que, progressivement, le courant intellectuel a pris la main sur l’ensemble du mouvement, et que la droite a récupéré une partie au moins du courant populaire. Aux USA, Reagan, Bush ou Palin représentent le peuple, pas Obama. Il en est certainement de même en France. Aussi curieux que c’ait pu me paraître le Mouvement Populaire porte probablement bien son nom.
Opposition entre intellectuels et peuple

Ce qui différencie les pensées intellectuelle et populaire est une question de valeurs.

  • L’intellectuel est individualiste et universaliste. Sa bible, c’est les droits de l’homme. Pour lui il existe une seule « culture » (cf. France Culture ou Ministère de LA Culture). Elle est mondiale. 
  • Le populaire croit qu’être Français ou Américain est une réalité (dont on peut être fier). Sur ce point il se rapproche de l’ethnologue : il pense qu’il y a des cultures, une par groupe humain. (Ce qui signifie que chacun d’entre nous appartient à plusieurs cultures, notamment à celle de l’entreprise qui l’emploie.)
Ce sont probablement les Allemands de l’avant seconde guerre mondiale qui ont le mieux marqué cette distinction. Ils appelaient la « culture » des intellectuels « civilisation ». C’était un monde déshumanisé d’électrons libres régulés par contrat. En face se trouvait la « culture » à proprement parler, le groupe humain uni, solidaire et amical.
On en arrive donc à un socialisme qui considère une partie de son électorat traditionnel comme le « mal ». Michel Winock va même jusqu’à dire que le socialisme est à tendance totalitaire (il nous dénie le droit de ne pas penser comme lui). Pas étonnant dans ces conditions qu’il tende à perdre les élections.  
Tactiques pour une conquête du pouvoir
Techniquement, les socialistes ont probablement deux possibilités de reprendre l’avantage :
  1. Laisser renaître un mouvement puissant à leur gauche. (Et le flouer lors des élections façon « union de la gauche »).
  2. Utiliser la méthode Blair et devenir le parti de l’individualisme et du libéralisme éthique. (Option DSK ?) Ce qui leur permet à la fois de ratisser le bobo à gauche et le libéral à visage humain de droite, plus les marges qui pensent en être. De manière équivalente, ce serait le parti du diplôme – le point commun de ces deux électorats. La droite devenant le parti de ceux qui ne se définissent pas, avant tout, par leurs études : l’ouvrier et le self made man, notamment.
Compléments :
  • Sur culture et civilisation (par exemple) : Mosse, George L., Les racines intellectuelles du Troisième Reich, Points 2008.

Du bon usage du Front national

Hier j’écoutais la Rumeur du monde. On y parlait stratégie des partis politiques français.
L’UMP est menacé par le Front national, qui n’est plus séduit par N.Sarkozy. Or, plus les Français sont mécontents de leurs politiques plus ils tendent à voter FN.
La conséquence que j’en tire, et que je n’avais pas vue jusque-là, est que, tactiquement parlant, N.Sarkozy a intérêt à émettre des idées qui plaisent au FN, et le PS à dénoncer bruyamment les turpitudes réelles ou imaginées du gouvernement.
C’est un cercle vicieux de ce type qui a dû jouer en Allemagne avant guerre. 

Retraite et changement

Comme tout Français, je pense que la réforme est fatale et que le gouvernement la mènera comme il le fait en de telles circonstances : en rallongeant le temps de travail. Mon fatalisme est coupable.
Le problème de fond n’est pas une question d’argent, mais notre attitude à l’âge et à notre avenir. L’Europe se croit vieille, et se pense finie. Or, ceci ne repose sur aucune raison physique, comme le répète ce blog quasiment depuis sa création.
On a jeté les gens à la rue (droite), on les a mis à la retraite anticipée (gauche), de plus en plus tôt. L’idée que seul le jeune est efficace s’est installée. Comme si, comme au 19ème siècle, il ne s’agissait que de force de travail, et que nous étions des prolétaires sans instruction. Et l’on découvre, effectivement, que les entreprises sont devenues tayloriennes ! Qu’elles ont « déqualifié » leurs personnels. Or, ceux qui ont mené cette politique sont des gérontocrates si l’on s’en tient aux critères qu’ils nous fixent ! Nouveau parallèle avec le 19ème siècle : la classe dirigeante jugeait que la classe ouvrière n’était pas de même nature qu’elle. Le monde devait sa richesse à l’élite. Le peuple, c’était la racaille.
Ce qui explique les déclarations de gauche et de droite. Si le travail est taylorien, le patron doit contraindre l’employé au travail, et le socialisme doit défendre l’exploité. Le progrès social c’est l’abolition du travail.
Les mêmes causes produisent les mêmes effets : la pensée individualiste du 19ème siècle anglais nous a contaminés et elle a eu les mêmes conséquences qu’alors, et elle a été accompagnée de la même idéologie – « l’économie néo-classique ».
Si l’on veut faire de l’Europe un champion, il faut changer d’état d’esprit. Non, il n’y a pas une élite et une masse de prolo à la tête vide. Il y a des gens remarquables qui deviennent de plus en plus efficaces avec l’expérience. Et notre tissu économique a accumulé un « capital social » sans équivalent ailleurs dans le monde.
En passant, on aura résolu la question de la retraite : quand on se plait à travailler on ne veut pas s’arrêter, et on crée des choses que le monde trouve utile, le pays s’enrichit donc, et les caisses de l’État se remplissent.
Compléments :
  • Exemple de néo taylorisme : Taylorisme chez FT
  • Sur le 19ème siècle anglais : THOMPSON, E.P., The Making of the English Working Class, Vintage Books USA, 1966.
  • Au passage, on notera un enseignement de conduite du changement. Le changement se fait en jouant sur les règles de la culture (non sur des curseurs physiques, comme l’âge de la retraite), par une réinterprétation, mais non en les niant. SCHEIN, Edgar H., The Corporate Culture Survival Guide, Jossey-Bass, 1999.

Élections régionales (fin)

Avant d’aller voter, j’ai lu les dépliants des candidats. Comparaison UMP / PS :

Découverte. Les régions sont riches (4,5md de budget dit l’UMP) et ont une impressionnante capacité d’intervention (le PS parle d’investir un md€ pour la santé), y compris en appui de l’économie (le PS veut investir dans des PME, l’UMP annonce un « plan de relance »). Tout cela aurait dû donner un débat passionnant : pour une fois, il est question de sujets qui nous concernent tous les jours (par exemple la ligne 13 du métro, repérée par PS et UMP). Pourquoi n’a-t-on rien entendu ?

L’UMP semble proposer pas mal de choses en commun avec le PS, mais plus vague, plus brouillon, moins de chiffres, tentation de jouer sur la crainte (vidéo protection) ? Surtout une brochette d’extraterrestres, des « people » parachutés de ministères ou de secrétariats d’État (qu’ils occupent pour une raison difficile à saisir).

Je me suis demandé si l’UMP avait parié sur la communication, plutôt que sur le fond.

Compléments :

  • Un de mes anciens collègues, qui vit aujourd’hui à Montpellier, m’a dit que l’immense force de Georges Frêche était de croire en sa région, d’avoir de grands projets pour elle.
  • Je ne suis pas sûr que le poids des régions soit pris en compte dans le fonctionnement du pays. Quid du bon usage, et du contrôle démocratique, de leurs ressources énormes ? De l’articulation des actions nationales et régionales ?…

Élections régionales (suite)

Un complément à mon billet précédent :

Le résultat des régionales serait aussi une question d’hommes. Ceux du PS sont forts en région, faibles nationalement. C’est le contraire pour l’UMP.

Il y aurait en outre une question de tactique, M.Fillon se serait habilement placé dans la roue de M.Sarkozy, qui essuierait la bourrasque.

Le temps court du mandat présidentiel combiné avec ce que l’on a appelé « l’hyperprésidence » exposent davantage le président de la République. Celui-ci, d’ailleurs, n’est plus protégé comme il l’était traditionnellement sous la Ve République par le premier ministre. On assiste à une quasi-inversion : le président est au premier plan de la gestion de multiples dossiers, et c’est lui qui cristallise les mouvements d’humeur, alors que le premier ministre est davantage épargné. S’y ajoute le fait que le mode d’exercice de la fonction par Nicolas Sarkozy peut provoquer un trouble qui n’est pas essentiel mais qui peut brouiller les repères de certains électeurs de droite.

Il reste que l’électeur chercherait une « troisième » voie, hors des partis actuels. (Mais comment y parvenir : ceux-ci semblent sourds à l’appel, et vouloir tuer toute velléité de concurrence ?)

Ali Soumaré

Des candidats UMP aux régionales affirment qu’un candidat du PS a subi de multiples condamnations. Ils auraient eu accès à des informations secrètes (en partie erronées). En outre, ils violeraient les principes du droit français. Les fondements de notre démocratie. Le PS peut pavoiser. Mais, voici ce que l’on apprend :

Concernant une infraction pour conduite sans permis relevée par M.Delattre, « aucune ordonnance n’a été signifiée à M. Soumaré. Le dossier est en cours », a-t-elle ajouté. Enfin, M.Soumaré ayant fait appel des deux mois de prison ferme auquel il a été condamné en 2009 pour rébellion à agent de la force publique, « il est donc présumé innocent. C’est un principe de notre droit », a rappelé Mme de Givry.

Reste une accusation de « violence » contre deux femmes en 2008. M. Soumaré nie en être l’auteur. Le candidat PS reconnaît, en revanche, un vol en 1999 pour lequel il a écopé de six mois de prison ferme. Selon son avocat, Jean-Pierre Mignard, « comme le prévoit la loi, cinq ans après l’exécution d’une peine, M.Soumaré a été réhabilité. Il est donc interdit d’en faire état ».

Le PS se met-il à la place de la personne non avertie qui reçoit cette information ? Que va-t-elle penser de la combinaison d’un nom étranger avec autant d’accusations, récentes en plus, même si elles sont couvertes par la présomption d’innocence ?

Que le PS ait choisit un candidat aussi facilement attaquable montre à quel point les calculs politiques sont loin de lui, et à quel point il tient à ses principes. C’est courageux.

Mais, nos partis de gouvernement (aveuglés par les coups qu’ils se portent ?) se rendent-ils compte du spectacle qu’ils nous offrent ?

Crise de la représentation politique

« Sur les questions perçues comme constituant une menace importante pour leurs conditions de vie (…) les citoyens voient des partis de gouvernement désorientés et incapables d’adapter une ligne de conduite qui laisse espérer un avenir plus sûr. » Que veut le peuple ?

Il perçoit la globalisation comme le règne de l’irresponsabilité, et la promesse de désagrégation des règles sociales. D’où l’importance, pour lui, du thème de la frontière. L’État, qui était jadis perçu comme l’allié des puissants, est désormais celui des citoyens face à la globalisation, il faut le préserver. De même qu’il faut défendre le service public, garant de la solidarité et de la justice, des menaces du marché.

Les partis de gouvernement sont incapables de maintenir un État fort. D’où la haine de la nation pour ses élites (économiques et politiques). Ce qui laisse la place aux partis nationalistes ou à des mouvements tels qu’Attac d’exploiter telle ou telle manifestation de cette inquiétude (la frontière pour les nationalistes, la défense de l’Etat providence pour Attac).

L’inaptitude au changement des partis politiques semble congénitale : d’une part ces thèmes (ou du moins la façon dont ils sont exploités) contredisent leurs principes fondateurs, d’autre part, surtout ?, ce sont de lourdes hiérarchies incompatibles avec le besoin d’autonomie et de liberté du Français. Ils sont tellement rigides que plutôt que de se remettre en cause, ils veulent faire taire les voix dissonantes, en particulier en éliminant par la loi les partis qui les représentent.

Commentaire

Ce texte me pose une double question :

  • Ce que semble vouloir le pays n’est ni le FN, ni Attac, mais le maintien de la justice sociale en environnement hostile. Ça ressemble beaucoup au modèle de l’économie sociale. Est-ce hors de portée d’un parti politique ?
  • Quel est le vice du parti politique ? L’exemple de N.Sarkozy : il semble chercher à réaliser le rêve de De Gaulle en aspirant ses opposants dans un UMP – trou noir. Mais éliminer la manifestation des attentes du peuple ne signifie pas éliminer ces attentes. Le jour où la France n’aura plus qu’un parti, ce ne sera plus la fin du chaos, ce que croyait de Gaulle, mais le début de la dictature. Le gouvernement doit nous écouter et concevoir des solutions qui résolvent les problèmes que nous avons. Pour cela, il doit probablement transformer son fonctionnement bureaucratique et hiérarchique pour être capable de nous entendre, et d’agir localement.

Compléments :

  • Première partie du billet : BERGER, Suzanne, La crise de la représentation. (in La France en mutation, 1980 – 2005, Presses de la fondation nationale des Sciences politiques, 2006).

Nora Berra

France culture ce matin. Découverte d’un ministre :
Quels sont ces « aînés » dont elle est la secrétaire d’Etat ? Sommes-nous victimes de l’hypocrisie anglo-saxonne ? Depuis quand est-ce une tare d’être « âgé » ? Pensons nous régler les problèmes de la nation par le marketing, à la manière des entreprises industrielles dont la pub vente la nature qu’elles asphyxient, ou du rail anglais qui affuble de noms ronflants des trains toujours en retard ?
Quant à Mme Berra, impression effroyable. Quelque chose comme la voix de Fanny Ardant qui s’engagerait dans une sorte d’argumentation gauche droite digne du PC de mon enfance. Sans la séduction de Fanny Ardant, et le talent de Georges Marchais. Juste avant j’avais entendu le président de la République raillant les patrons de Davos. Décidément, c’est Sarkozy et le désert de l’UMP. 
Compléments :
  • Autre exemple d’hypocrisie anglo-saxonne : l’Insead appelle ses retraités jubilados.

François Hollande

Il était interviewé hier par France Culture. Souvenirs :
  • Une remarque assassine sur le référendum organisé par Martine Aubry (moins de 50% de participation) semble laisser entendre qu’il n’est pas de son bord. D’après ce que je retiens de précédents épisodes, il n’est pas non plus de celui de Ségolène Royal. Pas grande unité au PS. Que des individualistes ?
  • Que pense-t-il du cumul des mandats ? Attendons une loi. Car, si le PS bouge le premier ses élus seront défavorisés par rapport à ceux de l’UMP. Logique inaccessible à mon esprit. Ce qui l’est moins est que M.Hollande a deux mandats.
  • La stratégie ? C’est l’alternance. Les Français vont se lasser de l’UMP. Ça c’est un programme. Je me demandais à quoi un politique pouvait occuper ses années d’opposition…
  • Une inquiétude toutefois : la dette nationale. Quand le PS sera au pouvoir, il ne pourra plus dépenser.
Avec des gens comme cela, on est bien partis.