UMP = ENRON ?

J’entends dire que l’UMP a quasiment 80m€ de dettes, alors qu’elle gagne 46m€ / an. Cela en dit-il long sur la capacité de gestionnaire d’hommes politiques qui se prétendent hommes d’entreprise parce qu’ils sont de droite ?

Mais, à toute chose malheur est bon. Et s’il y avait là un terrain d’entraînement ? Et si l’UMP devenait la maison témoin de réformes réussies ?

Bygmalion et Enron

Bygmalion a quelque chose d’Enron. Si ce que j’entends est juste. C’est-à-dire ? Croire que tout est possible. N.Sarkozy était en difficulté, il fallait organiser meeting de campagne sur meeting. Mais la loi ne permettait pas les dépenses nécessaires. Alors, on a « innové ». De même, pour cacher le manque de rentabilité d’Enron, on inventait des revenus. Innovation. Dans les deux cas, c’était pour le bien de l’humanité. Enron était le champion de la déréglementation et de l’avènement mondial de l’économie de marché. Et M.Sarkozy était le sauveur de la nation ? Dans les deux cas, on croyait que rien ne pouvait arrêter l’élu de Dieu. Les lois de la nature, et de la comptabilité, sont pour les sous hommes. Ainsi parlait Zaratoustra. Dans les deux cas, l’injonction paradoxale est à l’oeuvre. Comment dire au chef qu’il me demande l’impossible ? D’ailleurs, s’il le fait, n’est-ce pas parce qu’il n’est pas grave de violer les interdits ? Nous et notre cause sommes au dessus d’eux ?
Croire que tout est possible mène au totalitarisme, dit Hannah Arendt. Les mésaventures de l’UMP sont un avertissement bienvenu ?
(Pour Enron : voir début et références de Grande illusion.)

Suicidaire UMP ?

Et si l’UMP avait lu l’un de mes cours ? Les organisations résistent au changement par un comportement suicidaire, disent-ils. Le passage aux actes est fréquent. Ce qui est surprenant.

Voici comment je vois le drame de l’UMP. Pour Jean-François Copé, la fin justifie les moyens. En manipulant ces derniers, il a retourné un sort défavorable. François Fillon sait avoir l’opinion pour lui. Il se sent victime d’une injustice. Il veut se venger. Quant à Alain Juppé, il défend l’intérêt général. Mais cela ne lui donne pas l’énergie, que possède la vengeance, de déplacer les montagnes.

Un ancien billet constatait que le principe du parti gaulliste était le « mâle dominant ». Un processus ressemblant à celui du PC chinois le dote d’un dirigeant à vie. Mais ça ne marche plus. L’UMP a cédé aux tentations de la démocratie. Il a été conquis par le modèle de factions de la IIIème République, que de Gaulle avait voulu éliminer. Il lui reprochait une instabilité maladive.

De Gaulle aurait-il été trahi par les siens ?  Par Sarkozy en particulier ? Chirac ne lui disait-il pas qu’il « divisait » ? Et s’il avait divisé son propre parti ? N’a-t-il pas intérêt à ce qu’il soit inconsolable sans lui ? Mais, un UMP éclaté est-il réellement dans son intérêt ? Un suicidaire de plus ?

Commentaire ultérieur (28 novembre).
M.Sarkozy semble avoir lu ce billet. Il serait intervenu. Il aurait convaincu les frères ennemis de ne pas disloquer son bien. Tout ce petit monde paraît, finalement, bien plus calculateur que suicidaire. 

Recomposition du Paysage Politique Français

La France ressemble aux USA, une fois de plus. L’UMP part à l’extrême droite. Elle y semble moins légitime que le FN. Et cela ne paraît pas le souhait du gros de son électorat. Et encore moins celui des centristes, qui se reconstituent en mouvement.
Mais, aux USA, le parti Républicain est extensible. Ses élus font, en grande partie, ce qu’ils veulent. Nos partis, eux, sont des godillots. Et le godillot, ça éclate. Cela ne va-t-il pas être le cas de l’UMP ? S’il se divise, les alliances au centre deviendront possibles. Mais aussi une dislocation de la gauche, dont l’unité n’aurait plus d’intérêt.
Qu’en résulterait-il ? Instabilité gouvernementale comme avant la 5ème République ? Ou les tensions fratricides de notre culture se sont-elles calmées depuis ? Un régime de coalition à l’Allemande peut-il survivre ? Avancée démocratique, finalement ?

La France de Sarkozy

Une analysede qui vote pour qui au premier tour des élections présidentielles montre que l’électorat de Nicolas Sarkozy a des caractéristiques très particulières :

Il est économiquement libéral, anti-État et fort conservateur dans ses valeurs (nettement plus que le FN).

Cela ressemble à la politique de M.Sarkozy. Et, finalement, elle était encore moins populaire que je le croyais : notamment, il a fait des fonctionnaires ses bêtes noires, alors que le gros des Français semble les défendre.

L’UMP serait-il devenu l’Union pour les Valeurs de Neuilly ?

Quant à l’électorat FN, il paraît surtout durement touché par la crise. Ce qui pousse à se demander si, pour le reste, ses idées ne seraient pas plus des réactions à sa situation (expulser les immigrés, ou la peine de mort) que de véritables convictions.

Élections sans combattants ?

Étrange campagne. M. Hollande paraît tout seul. Il semble s’entraîner à être président, à prendre de l’audace. Il a d’ailleurs commencé à interpeler le reste de l’Europe.

Quand à M.Sarkozy, il s’agite frénétiquement, allant de meeting en meeting retrouver des foules qui lui sont acquises. Comme disent les psychologues, lorsque l’on a peur de l’inconnu, on se rassure en se ramenant à ce que l’on peut contrôler (c’est pourquoi on a peur en avion, mais pas en moto) ?

Le grand changement semble ailleurs. L’UMP se divise en anti et pro Copé ; le MoDem a l’air parti pour s’éparpiller. Que va-t-il arriver ? Explosion ? Récupération par les aimants de gauche et d’extrême droite de quelques électrons libérés ?

Compléments :

Copé l’Américain

J.F. Copé parlant au Monde de ses relations avec Nicolas Sarkozy :

On a eu des relations up and down depuis quinze-vingt ans mais, là, il m’a bluffé par la force intérieure qui est la sienne, s’enthousiasme-t-il. Non seulement, il n’y a eu aucun problème mais il n’y a eu que des encouragements. On se comprend au quart de tour. Il ne m’a jamais lâché sur rien, on a tout fait ensemble, il a été totalement supportive

Pourquoi parle-t-il en anglais ? L’UMP se prendrait-elle pour le comité de direction d’une multinationale ? 

Mue du PS?

Le PS semble avoir changé de visage.

Contrairement au modèle du male dominant choisi par le Gaullisme, le PS est caractérisé par de puissantes personnalités. Jusque-là, elles plaçaient leur intérêt au dessus de celui de leur parti, ou de la nation. 
Aujourd’hui, il possède toujours autant de gens intelligents, mais ils semblent croire à leurs idées (et elles ont pris un coup de jeune) et vouloir jouer l’équipe.
Par contraste, N.Sarkozy, ses exécuteurs de basses œuvres, et son appel à des valeurs ringardes paraissent une réincarnation de ce qui a donné à la France une envie de barricades ?

Positionnement des partis et élections

Le PS est devenu un parti modéré, central, voire centriste. C’est comme ça qu’il peut gagner en 2012. (…)
Il faut combattre le populisme. Le débat sur la laïcité, la loi sur la burqa, le discours de Grenoble ont été contre-productifs : ils ont créé un malaise au sein de l’électorat modéré.

Compléments :

Jean-Louis Borloo fait sécession

Depuis quelques temps j’entends dire que Jean-Louis Borloo s’éloigne de l’UMP. Un homme de la majorité présidentielle s’inquiétait ce matin de ce que ça pourrait conduire à l’élimination de la droite des élections présidentielles.
Je me suis demandé si l’argument pouvait porter. Traditionnellement les radicaux n’étaient ni de gauche, ni de droite. Donc, quelle que soit l’issue du premier tour des présidentielles, elle peut leur être favorable. D’autant plus que le PS ou l’UMP peuvent avoir intérêt à s’allier à des modérés plutôt qu’à des extrémistes.