Péril jaune

La Chine va-t-elle liquider l’industrie automobile européenne ?

Intéressante histoire. La Chine s’est rendu compte qu’elle n’arriverait jamais à égaler les automobiles traditionnelles européennes. Or, l’Européen hurlait à la mort et demandait toutes affaires cessantes la voiture électrique, sans rien faire pour s’y préparer. Et l’Europe est le paradis du libre échange !

Aussitôt fait, aussitôt dit, Basile est un dégourdi. Et l’Europe se trouve gros Jean comme devant.

Comment s’en tirer ? L’Europe va devoir faire ce qu’en statistiques on appelle du « bootstrapping » : se soulever en tirant sur ses lacets. Elle va devoir user de son pouvoir de nuisance, pour faire vaciller une Chine qui est, en fait, fragile. Mais, pour cela, il va falloir qu’elle réconcilie les intérêts, extrêmement divergents, de ses parasitismes constitutifs. Et prenne garde de ne jamais tourner le dos à son grand ami américain.

Voilà ce que j’ai retenu d’Affaires étrangères de Christine Ockrent (France culture). Elle disait, élégamment, que, pour nos élites, le temps de l’innocence était fini. Bootstrapping et back stabbing, bienvenue sur terre ?

Chaos européen

Poland’s anti-EU, populist PiS is hoping its visa corruption scandal will dissipate from voters’ minds before the country holds its general election on October 15 — and any reminder of the saga is electoral poison. But after months of an ugly election campaign spent slamming and insulting its international partners and neighbors, from Kyiv to Brussels and Berlin, there’s little appetite in any of those capitals to make concessions to Warsaw. (Politico.eu du 26 septembre)

It may not be Europe’s biggest country, but Slovakia’s election this weekend could see another pro-Russian, Euroskeptic join the leaders’ table alongside Hungarian Prime Minister Viktor Orbán. (Politico.eu de vendredi dernier)

L’Europe donne un étrange spectacle. La Pologne qui, hier, était férocement favorable aux Ukrainiens, semble les voir maintenant quasiment comme des ennemis. C’est, en fait, une question d’élections. Et les pays de l’Europe de l’est paraissent ne rien avoir à faire des règles du jeu de l’Union qu’ils ont rejoint.

Est ou Ouest, la crise est permanente, et on s’y est habitué. Le plus curieux est que, dans ce type de situation, le cynisme s’installe, sans que l’individu comprenne qu’il rit de son malheur.

Transition en transition

Le problème est que, à mesure que les pays et les entreprises épuisent les moyens simples de réduction des émissions (le remplacement des centrales électriques au charbon par l’énergie éolienne et le gaz), toute réduction supplémentaire des émissions de carbone devient plus coûteuse et politiquement délicate. (Politico.eu ce matin.)

Comme dit dans un précédent billet, les gouvernements européen découvrent que leur transition climatique risque d’être extrêmement impopulaire, et ils la diluent de plus en plus fermement.

Ils n’ont pas compris le B A BA du changement : quand on veut faire changer quelqu’un, on doit partir de ses besoins perçus.

Aujourd’hui, nous menons le changement à la façon de quelqu’un qui achèterait une machine à laver et qui s’attendrait à ce que l’installateur démolisse sa cuisine si la machine n’entre pas. C’est ainsi que l’on gouverne les entreprises et les nations.

Ce blog propose de prendre les mesures de la cuisine avant d’acheter la machine. Autrement dit de concevoir des changements qui correspondent à la nature des organisations et des hommes. Cela éviterait que les changements échouent et que les hommes souffrent. (Changement.)

Opération « mains propres »

On annonce de nouvelles élections européennes. Qui s’en préoccupe ? Doit-on s’attendre à un nouveau vote protestataire. Après tout cela ne compte pas. L’Union européenne est un « machin ».

J’ai longtemps méprisé les critiques de la bureaucratie européenne. A tort. C’est une boîte noire anti-démocratique. Le peuple européen n’a aucun moyen de la contrôler.

Ce qu’il serait intéressant de savoir n’est pas tant ce qu’elle fait que sa « doctrine », que les grandes idées qui orientent ses actions. « D’où elle parle », comme on disait en 68.

En tous cas, elle mériterait, au moins, d’acquérir la transparence qui règne dans la démocratie américaine.

Péril jaune

(La Chine) contrôle deux tiers des capacités mondiales de traitement du lithium (…) et domine tous les aspects de la production de batteries. L’année dernière elle a produit 10 fois plus de batteries automobiles que l’Allemagne. Elle a un avantage en termes de coût de fabrication de peut-être 20 ou 25%. (Financial Times de mercredi dernier.)

La Chine, dont le marché interne faiblit, est tentée de submerger le marché européen de ses véhicules. Les constructeurs européens vont-ils résister ?

Le Financial Times y voit un coup de semonce. A qui le tour ? Et une leçon : imprévoyance et indécision.

Mais il y a plus intéressant, et plus mystérieux. C’est une forme de suicide de l’Occident. Car certains se sont enrichis en vendant ses secrets de fabrique à la Chine, et d’autres ont fait une promotion de tous les diables à la voiture électrique.

Dans un sens ils ont eu raison ? Quand l’Occident sera au chômage, il pourra crever en toute bonne conscience : il ne nuira plus à la nature ?

Green deal

J’étudie le Green deal.

Comme l’expliquait la BBC lundi matin, c’est une « politique industrielle », l’équivalent de l’IRA américain. C’est un mécanisme qui consiste à orienter la finance vers ce qui doit changer.

Le principe du mécanisme est simple, avec un nom compliqué : « taxonomie ». Ce qui doit changer est défini. Si une activité d’une entreprise répond aux critères de l’UE, l’entreprise doit démontrer chaque année, qu’elle a fait un pas dans la bonne direction. Les organismes financiers, qui sont les moteurs du dispositifs, sont notés en fonction de la performance des projets qu’ils financent. Cela signifie pour eux de pouvoir prêter dans de meilleures conditions. Effet qui se diffuse sur l’ensemble de la chaîne économique. Il y a aussi tout un mécanisme de subventions via appels à projets, ou sous la forme de « capital risque » via la Banque du Climat.

Dans cette histoire, le plus malin, est qu’il n’y a pas besoin d’être vert pour en profiter. Il suffit de formuler « correctement » vos projets.

Apparemment, à l’étranger, c’est une sorte de « non événement », au sens où le mécanisme semblerait couler de source.

En France, il semblerait qu’il faille être soit une multinationale soit une métropole pour avoir les moyens d’en profiter. En fait, c’est une opportunité pour la « diagonale du vide » (et pour les autres territoires français) : elle a un savoir-faire qui est redevenu utile, il « suffit » qu’un territoire exprime ce savoir-faire sous la forme d’un projet entrepreneurial collectif (la géothermie du Cantal), pour avoir accès à des financements colossaux.

(à suivre).

Les dividendes du Brexit ?

La BBC, lundi matin, parlait d’énormément de projets de constructeurs automobiles européens sur le sol britannique : Stellantis, BMW, etc.

Je me suis demandé ce qui expliquait cet intérêt.

Et si c’était l’immigration ?

Depuis le Brexit, l’Angleterre, est la plaque tournante d’une immigration à petit prix, et relativement qualifiée. La délocalisation, sans ses risques ?

Mauvais esprit ?

Energiques Allemands

Je lisais (politico.eu), il y a quelques-temps, que si l’Allemagne s’opposait au nucléaire français, c’était par peur de perdre ses entreprises !

La question du prix de l’énergie est si aiguë pour elles, qu’elles pourraient venir en France.

Voilà qui est inattendu. Et qui montre que l’Allemagne pourrait être un géant au pied d’argile.

En tous cas, il me semble que les problèmes de chacun des membres de l’UE devraient être considérés comme des problèmes de la communauté…

Président Breton

Thierry Breton serait candidat à la présidence européenne, lisais-je.

Belle carrière, pour un simple ingénieur. Auteur de livres à succès, Futuroscope, Thomson, France Télécom, Atos, Ministre des finances, entre-temps.

Ce qu’il y a de curieux, c’est que les entreprises par lesquelles il passe semblent avoir des difficultés sérieuses après son départ.

Ca va chauffer ?

  1. D’ici 2030, le financement de ces investissements, qui n’accroissent pas le potentiel de croissance, va probablement induire un coût économique et social. Parce que l’investissement sera orienté vers l’économie de combustibles fossiles, plutôt que vers l’efficacité ou l’extension des capacités de production, la transition se paiera temporairement d’un ralentissement de la productivité de l’ordre d’un quart de point par an et elle impliquera des réallocations sur le marché du travail.
  2. Plus largement, la transition induira un coût en bien-être que les indicateurs usuels (PIB) mesurent mal. Les réglementations ne sont pas plus indolores que la tarification du carbone.

Voilà ce que dit la synthèse du rapport concernant les « incidences économiques de l’action pour le climat » commandé par le gouvernement. Autrement dit, le petit peuple va trinquer. Pour éviter son mécontentement, il va falloir amortir le choc. Cela a un coût :

Compte tenu des dépenses nouvelles comme de la baisse temporaire des recettes liée au ralentissement de la croissance, le risque sur la dette publique est de l’ordre de 10 points de PIB en 2030, 15 points en 2035, 25 points en 2040, en supposant que la baisse des recettes assises sur l’énergie est compensée.

Compte-tenu du niveau d’endettement actuel, cela ne risque-t-il pas de poser des difficultés ? Mais il y aura aussi hausse des impôts et inflation. Pour couronner le tout, on n’est pas bien sûr que ses bonnes intentions ne soient pas fatales à l’UE :

16. L’Union européenne fait face à un sérieux problème de compétitivité. Elle souffre d’un prix élevé de l’énergie, le Mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) est un dispositif imparfait, qui limite les fuites de carbone mais ne traite pas au fond la question de la compétitivité, et le pari industriel européen est mis en cause par l’IRA. L’Union européenne ne peut pas être à la fois championne du climat, championne du multilatéralisme et championne de la vertu budgétaire.

Les intellectuels qui dirigent l’UE ont pris des décisions sans en parler à personne, au motif que l’on ne peut pas faire autrement (ce qui est faux : si personne ne suit, les efforts de l’UE n’auront servi à rien). Que va leur dire le citoyen, aux prochaines élections, s’il est touché par le chômage et l’inflation, et voit triompher l’étranger ?