Bérézina européenne

Politico.eu fait la chronique de ce qui se passe à Brussels. C’est assez confus. Mais il semble que Politico.eu se gausse doucement des malheurs du parti de M.Macron. La rançon de son dernier échec électoral. Or, sans peut-être que l’on s’en rende compte en France il était parvenu à s’imposer, à Bruxelles, comme une sorte de « leader » des progressistes face aux « forces des ténèbres ». Ses discours grandiloquents qui paraissent un rien ridicules aux Français, paradoxalement, plaisent aux élites étrangères.

Ou plaisaient. Car le roi est nu, désormais. Une raison de plus, pour M.Macron, de nous en vouloir ?

Comme quoi, ces élections étaient importantes. Je soupçonne que si l’on ne s’en rend pas compte, cela tient à ce que l’on ne juge pas bon de nous expliquer ce qui se joue réellement à Bruxelles. Qui a vécu par le glaive… ?

Après 9 juin

L’Europe de l’après 9 juin est donc placée face à son destin. Elle a le choix entre rester un peuple hédoniste de consommateurs béats s’abrutissant devant Netflix ou Tiktok, se déplaçant en vélos ou en voitures électriques chinoises. Ou de se retrousser les manches pour redevenir une Europe de la production ce qui nécessitera plus que des moyens financiers et budgétaires, une vision, du leadership et la remise en cause des dogmes du passé.

disait Philippe Mabille, de la Tribune, dimanche matin

Pour le moment, l’Europe est le dindon de la farce, certes. Elle a besoin de trouver une « anxiété de survie » partagée. Et, surtout, un cap. Une vision. Mais, par définition, une vision, ce n’est pas faire ce que font les autres ! Combler un retard par rapport à telle ou telle mode, ce n’est pas une vision. Et ce n’est même pas conforme avec l’orthodoxie de l’économie, qui ne parle que d’échange. Or, on n’échange avec l’autre que ce qu’il ne produit pas.

Un professeur d’entrepreneuriat du MIT, rencontré il y a longtemps, disait que seulement 3% de la création d’entreprises du MIT provenaient de la recherche et des dernières technologies. Tout le reste consistait à faire d’une nouvelle façon ce que l’on faisait depuis la nuit des temps. Et si, au lieu d’absorber les dernières modes spéculatives, l’on se demandait si nous n’avons pas un « potentiel ignoré » ?

La France vue de l’espace

Imagine for a moment you’re a mediocrity. Maybe not a complete disaster (your mother still loves you, kinda), but subpar. You’re neither funny nor popular; your career, after showing a glimmer of promise, has tanked. Just about everyone thinks you’re a loser.

And then, just as it looks like things couldn’t get any worse, Emmanuel, your smarter, better looking, more eloquent, more je ne sais quoi French neighbor comes for a visit.

Bonjour Olaf! So it went this week for Germany’s hapless leader during a state visit by French President Emmanuel Macron. Macron arrived in Berlin on Sunday before embarking on a three-day visit across the country to do what he does best — look earnest, while delivering rousing, pathos-laced addresses on the European idea. “Let us build a powerful, humanistic and sovereign Europa,” he told a large crown in Dresden.

Berlin Bulletin de Politico, de vendredi dernier

Et M.Scholz, après avoir beaucoup hésité, a autorisé les Ukrainiens à utiliser leurs missiles allemands, pour frapper les bases arrières russes.

Notre président semble parvenir à donner une image sans précédent de notre pays, un pays qui défend ses intérêts, comme le voulait de Gaulle, mais sans paraître hors de son temps, comme le Général, et à prendre la direction de l’Europe.

Reste maintenant à reconstruire les fondations du pays.

Trump card

Silicon Valley elite warms to Donald Trump
Tech regulation and taxes behind a shift that some leaders hope will be endorsed by Elon Musk

Financial Times du 25 mai

Notre presse nous campe la lutte de Biden et de Trump, comme celle du bien et du mal. Alors que, au fond, l’Américain est pragmatique ? Il va où sont ses intérêts ?

Je tends aussi à penser que M.Trump est dans l’intérêt de l’Europe. Il la force à faire preuve de responsabilités. Bien sûr, elle peut terminer sous la botte russe. Mais de toute manière, si elle ne se ressaisit pas, c’est ce qui lui arrivera un jour ou l’autre ?

Réformer l’Europe

Il faut réviser les traités européens, dit un article.

Si je comprends bien son argument, l’UE est entre les mains d’une bureaucratie. La réforme des traités ressortit à un sain exercice démocratique. Une démocratie dont le citoyen est un Etat.

Mais, l’opinion des dits Etats serait divisée.

Pour ma part, il me semble qu’il faut se méfier des conséquences imprévues du changement. Et constater qu’avec un peu de bonne volonté, on peut faire beaucoup de choses à l’intérieur de n’importe quel dispositif.

Bien sûr, ce n’est pas une mauvaise idée de vouloir un changement. Mais à condition de comprendre que, comme le dit John Kotter, le changement est un processus. Il n’est pas instantané. Il ne résulte pas d’une idée ou d’un traité. En particulier, il doit identifier les questions à résoudre, et s’assurer qu’on sait le faire. D’ailleurs, je constate que la « résistance au changement » est le guide du changement : si ça résiste, c’est que l’on passe à côté de quelque-chose d’important.

Lois du marché

Depuis quelques-temps on entend parler de la « naïveté » de l’Europe. Elle a cru, du moins son élite, aux théories de l’économie de marché, du libre échange. Elle s’est voulue « ouverte ». Elle découvre qu’elle est le dindon de la farce.

Elle ? L’Allemagne semble continuer à y croire.

Une Europe moins naïve et moins ouverte, ce n’est pas forcément bon pour les exportations du made in Deutschland, pense-t-on outre-Rhin

L’oeil de l’écho de la Tribune, 28 avril

Et ce, peut-être bien, parce que c’est son avantage. D’une part elle a construit son économie comme le rouage essentiel des impérialismes russes et chinois (c’est peu poli de le dire, mais n’est-ce pas juste ?). D’autre part parce qu’elle a un formidable avantage. Elle a construit une marque nationale. Et elle a imposé Allemagne = qualité. Et elle l’a imposé, en particulier, à sa zone d’influence, l’Europe de l’Est. A l’envers, l’hostilité qui est le propre de notre culture dit France = méfiance. (Un témoignage.)

Un autre exemple de « complexité » au sens d’Edgar Morin ? Notre bon sens nous fait croire que le marché et le libre échange sont une question d’individus, alors que c’est une affaire de société, de « chasse en meute ».

Passoire

QATAR, MOROCCO, RUSSIA, CHINA … WHAT MAKES THE EP A SITTING DUCK? When a parliamentary assistant to far-right German MEP Maximilian Krah was arrested in Dresden on charges of spying for China on Tuesday, the news pulsated through the European Parliament in Strasbourg — but surprise wasn’t one of the main reactions.

In fact, the allegations seemed to confirm a pattern of foreign powers attempting to invade the EU assembly. Still under the cloud of Qatargate, the Parliament’s last few months have been further darkened by allegations that an MEP spied for Russia and that others were paid to spread Russian disinformation in the run up to June 6-9. Now there’s a potential Chinagate on our hands.

Politico.eu, 27 avril

Le plus surprenant dans ces affaires est, probablement, qu’elles n’émeuvent pas l’opinion. Le Parlement Européen, les instances européennes en général, n’a rien de sérieux. Et la Russie et ses amis ont pour métier la manipulation. Tout le monde n’est-il pas dans son rôle ? D’ailleurs, l’UE ne prône-t-elle pas la liberté des marchés ? Tout est à vendre ou à acheter ?

Sorbonne nouvelle

Pourquoi ne me suis-je pas intéressé au discours de la Sorbonne de notre président ? Parce que je n’écoute pas les politiques. Ils disent toujours la même chose. Et ce qui en filtre au travers des titres de journaux est suffisant pour savoir où ils vont.

Je soupçonne que M.Macron, outre son amour des belles paroles et des discours martiaux, veut prendre le contre-pied du Front national, en se faisant le champion de l’Europe, et l’adversaire de M.Poutine. De Gaulle de l’Europe ?

J’ai toujours tort ? Il semble avoir trouvé une solution élégante au problème que je pose : notre désespéré problème national d’investissement, pour remonter notre armée, transformer notre économie… Il pense que c’est à l’Europe de s’en occuper. Habile.

Seulement, si je suis convaincu que l’UE est l’avenir de la France, je ne pense pas que ce soit comme cela qu’il faut procéder. Si la France veut avoir un minimum de crédibilité, elle doit balayer devant sa porte, et ne pas attendre le salut des autres. Du moins, c’est mon opinion.

Rendez-vous avec le diable

L’Europe aurait délégué à M.Trump un ami polonais, afin que celui-ci lui explique ce qui se passe en Ukraine, et que le dit M.Trump donne l’ordre aux Républicains de ne plus empêcher que les USA apportent une aide militaire au pays. (Entendu à la BBC, hier.)

Application des idées d’un précédent billet ? La morale est mauvaise conseillère, apprenons à jouer avec les règles de l’autre ? En particulier, apprenons l’américain ?

Parlez-vous américain ?

Le propre des USA est de ne pas avoir de parole. On l’a vu après la première guerre mondiale, lorsque les USA ont imposé à l’Europe un plan d’action qu’ils ont dénoncé ensuite. D’où une nouvelle guerre. Au fond, l’esprit de l’Amérique, c’est celui de Donald Trump.

Et si l’on prenait conscience de cette réalité ? Et si l’Europe, non seulement assurait sa défense, mais aussi s’affirmait comme douée du libre arbitre ? Et se mettait à contrôler les USA par la seule loi qu’elle connaît : la force ? Tu soutiens l’Ukraine, ou je soutiens la Chine ?