L'homme qui disait non

Le général (à titre provisoire) de Gaulle manqua-t-il d’éducation ? Sans Churchill, ce colonel à la carrière médiocre n’aurait été rien. Or, non seulement de Gaulle n’a pas cessé de contrarier Churchill. Mais, en 63, il a refusé l’entrée de la Grande Bretagne dans le marché commun. Un choc. Sujet étudié par la BBC. 

Il ressortait de l’émission que de Gaulle faisait une différence entre sa personne et la nation. Il défendait la France. Et son intransigeance a été bien plus efficace que les bonnes manières d’autres nations vaincues, hébergées par l’Angleterre pendant la guerre. 

En 63, il craignait que la Grande Bretagne ne fasse du projet politique qu’était l’UE, un projet économique, et que, de surcroît, elle y infiltre les USA. 

Ce en quoi il semble avoir eu raison. 

Mais il n’est pas interdit de penser que sans le passage de l’Angleterre dans l’UE, et le chaos qu’elle a provoqué, l’UE n’aurait pu devenir un projet politique. Ses membres n’ont plus d’alternative : union ou disparition. 

Vilain petit Hongrois ?

La Hongrie bloque les sanctions européennes. Elle veut acheter le pétrole des Russes.  

L’UE est conciliante. Elle comprend que le pouvoir d’achat Hongrois dépend du bon marché des approvisionnements russes. Et elle cherche à les remplacer. 

Y aurait-il d’autres moyens d’agir ? La Hongrie est aussi, apparemment, très dépendante de l’industrie allemande, qui y a trouvé un paradis fiscal. N’y aurait-il pas un moyen d’agir sur ses entreprises pour que, à leur tour, elles influencent le gouvernement hongrois ? 

En fait, dans cette histoire, tout le monde joue un double jeu. Méfions nous de nos amis. Je soupçonne, en particulier, que l’Angleterre fait un bruit qui ne correspond pas à l’ampleur des sacrifices qu’elle consent pour la cause ukrainienne. (Mais j’ai mauvais esprit.) 

C’est peut-être aussi le cas de la Russie, qui ne semble pas trop en vouloir à la Turquie de livrer des drones aux Ukrainiens… 

En fait, l’Amérique cherche à affaiblir le Russie pour lui ôter son pouvoir de nuisance, lit-on. Au moins nous avons l’espoir d’éviter les coups de folie des dernières guerres mondiales, qui voulaient éliminer « l’ennemi » ?

Guerre moderne ? Les lois du marché par d’autres moyens ? 

Union européenne : avis de tempête ?

La guerre en Ukraine a un curieux effet. Il semblerait que les sanctions occidentales n’affectent que l’Europe de l’Ouest. La Russie aurait prévu l’offensive, la Chine récupère du business, ce qui est probablement aussi le cas des USA. 

En fait, à terme, ce pourrait être bon pour l’Europe. Car, elle paie ses errements. Elle doit reconstruire sa « souveraineté ». Et c’est l’occasion de le faire et de redonner à ses peuples des emplois dignes d’eux. 

Seulement, le chemin va être difficile. Car elle risque de souffrir. Et, il deviendra évident que ceux qui souffrent le plus sont les dindons de la farce. Tiendront-ils ou céderont-ils à la tentation d’une solution de facilité qui serait pire que le mal ? 

M.Macron et l'Europe

L’élection de M.Macron a été un soulagement pour l’Europe. Mme Le Pen aurait été la fin de l’Union européenne, et la désagrégation du front occidental. Une victoire inespérée pour M.Poutine, dans une guerre que ses armées sont en train de perdre. Voilà ce que je comprends en lisant Politico.eu.

Le pouvoir allemand étant faible, la France est le leader naturel de l’Union. 

Pour la première fois en 5ème République, nous avons un président qui n’est pas considéré avec malaise par ses collègues étrangers. Mais M.Macron demeure très français. « Haughty » (hautain) et, surtout, on soupçonne qu’il considère que l’Europe, c’est la France. (Ce que l’on disait déjà des colonies françaises : ce n’était pas des colonies, mais la France.) Paradoxalement, alors que M.Macron est peu populaire chez nous, il fait une politique, en Europe, dont nous devrions être fiers ! 

Et il se heurte aux pays du nord, curieux mélange d’ultra libéralisme et d’ultra socialisme, et à la perfide Albion, qui joue habilement de la guerre ukrainienne pour acquérir l’amitié des pays de l’est. (Curieusement, Albion et la Russie utilisent le même type de tactique.)

L’optimisme de M.Macron a le grand avantage de lui éviter l’impuissance du cynique ?

Démocratie ?

Il ne faut jamais gaspiller une crise, disent les Anglo-saxons. 

C’est ce qui semble expliquer ce qui se joue en ce moment. M.Macron veut profiter de la guerre ukrainienne pour créer une « Europe puissance », avec une armée et des dettes communes, les lobbys nucléaires et agricoles reprennent le dessus sur les lobbys écologistes, qui, eux, se replient vers la promotion de l’énergie renouvelable… 

(Au passage, Boris Johnson pourrait avoir sauvé sa tête, en faisant oublier son comportement indigne. C’est la chance insolente qui distingue l’homme politique méritant ce nom ?)

L’ennui est que tout ceci n’est pas du tout démocratique. La dissimulation et la manipulation de l’émotion sont la règle du jeu. Qu’allons-nous découvrir quand la poussière retombera ? En fait, l’Union européenne empire les choses. C’est une boîte noire. Les élus y sont incontrôlés. Les Brexiters et la Cour suprême allemande ont raison ?

La suite au prochain numéro. 

Ecologie : le grand pivotement ?

La transition climatique « pivoterait » elle ? Mot clé : « circuit court ». Grand intérêt, il fait consensus. Pour l’écologie, il veut dire zéro gaspillage. (Voir « du berceau au berceau ».) Pour l’industriel, il signifie « souveraineté », donc relocalisation et nouveau marché. Pour la nation, cela signifie ne pas (trop) dépendre de régimes qui ne partagent pas ses valeurs. 

Dans le meilleur des cas, chacun mettrait de l’eau dans son vin. L’écologiste abandonnerait son obsession de la décroissance, qui n’est pas soutenable face à M.Poutine, et l’industriel verrait l’intérêt de revoir sa façon de travailler. 

(Politico.eu disait, hier, qu’il y avait de grandes manoeuvre européennes autour de ce sujet. « Under the proposed Sustainable Products Regulation, products will be obliged to adhere not only to energy efficiency rules but also to the concept of “circularity” — meaning they must be easier to refurbish, repair and maintain.« )

Ukraine européenne

On parle de faire entrer l’Ukraine dans l’UE. Bonne idée ? 

A condition de ne pas procéder comme avec la Pologne, la Hongrie et les autres adhérents de l’Est : en ne laissant pas faire « le marché ». (Autre leçon à étudier : celle de l’Afghanistan.)

L’intégration d’un pays à l’UE doit probablement ressembler au plan Marshall, peut-être même « en mieux ». 

Le changement doit être « planifié ». Il faut, d’abord, s’assurer que ce sont bien les valeurs européennes que désire l’Ukraine. Ensuite, il faut identifier les problèmes qu’elle aura à résoudre. En particulier, il faudra reconstruire le pays, et éliminer sa corruption, qui est dite pire que la russe. Puis trouver une solution qui convienne à ses habitants. Puis financer tout cela. Et s’assurer que tout se passe bien. 

Mais, si ça marche pour l’Ukraine, cela pourrait marcher pour d’autres pays… 

Naissance de l'Europe ?

On observe souvent que le changement procède par crises. Il semblerait que ce soit le cas pour l’Europe. 

Depuis 15 ans, elle subit crise sur crise. Au départ elle donne un spectacle consternant. Concert d’égoïsmes à courte vue. Mais, après un voyage au bout du ridicule, elle finit par faire juste. Seulement, à chaque crise, elle accélère. Et, d’étape en étape, elle ne fait pas que trouver une réponse à la crise, elle élimine une après l’autre ses contradictions internes. Aujourd’hui, elle commence à montrer, dans sa réponse à la crise ukrainienne, qu’elle est capable d’inventer du jamais vu. Voilà ce que disent, en substance, MM.Elie Cohen et Richard Robert.

Un jour, on m’a demandé ce qu’était l’objectif d’un changement. Je pense que l’on s’attendait à quelque chose d’abstrait, de quantifié, une parole de consultant. J’ai répondu : l’optimisme. L’optimisme des psychologues : être stimulé par le revers ! C’est la marque des champions, et des grandes équipes. Espérons que l’Europe soit en train d’en devenir une ! Et qu’elle le demeurera même sans crise…

Team building

« Burning platform » disent les consultants. le problème avec le changement, c’est qu’il lui faut la proximité du gouffre pour commencer. 

Cela semble être le cas de nos relations aves la Pologne. Sa peur de la Russie explique peut être son comportement : un régime fort, et l’UE comme substitut de la protection américaine. Un comportement qui est contraire aux règles de l’UE. 

Maintenant, il est possible que la Pologne comprenne l’utilité de l’UE, et que nous comprenions ses inquiétudes… Peut-être allons-nous redécouvrir que nous avons une histoire commune. 

Article.

Fier de l'Europe ?

Qui l’eut dit ? L’Europe se mobilise pour défendre l’Ukraine. L’Allemagne, qui a le plus à perdre, fait de gros sacrifices. Et l’on s’organise pour héberger les ukrainiennes et leurs enfants. 

On ne sait pas où tout cela nous emmène. Mais on y va. M.Poutine nous parle même d’arsenal nucléaire… Pour le moment, ce qu’il a réussi à tuer, c’est notre égoïsme. A moins que ce ne soit l’effet du courage des Ukrainiens ?

« Je suis fier de » n’arrête-t-on pas de lire à droite et à gauche. Déplaisant comme toutes les formules toutes faites, traduites de l’anglais. Mais, pour une fois, ne serait-elle pas appropriée ?