Jeu turc

La Turquie est une zone sismique à tous les sens du terme.

Non seulement la terre y tremble, mais elle est au milieu de toutes les instabilités politiques.

De chez nous elle semble appartenir à l’axe du mal. Mais sa situation n’est pas enviable. Elle doit ménager la chèvre et le chou. En particulier M.Poutine et l’UE.

En fait, elle cherche à transformer un mal en bien : utiliser sa position centrale (notamment entre les gazoducs et oléoducs qui relient les producteurs d’énergie à l’Europe, sans passer par la Russie), pour en tirer des droits de passage élevés. Mais le faux pas peut être fatal.

Voici ce que je retiens d’une conférence du Comité France Turquie, de la semaine dernière.

Vive la décadence ?

Régis Debray a écrit que nous allons vivre une décadence heureuse (un billet précédent). Cela semble mal parti. Nous subissons crise sur crise. A tel point que, en Europe, un peuple peut élire n’importe quel parti, sans que cela fasse broncher qui que ce soit.

Il nous compare à Vienne, patrie des arts, des sciences humaines et de la « science » économique, mère d’Hollywood… mais qu’avons nous à transmettre ? Le crépuscule de la France est passé. La décadence est derrière nous.

Quant à l’Amérique, c’est plutôt une anti-civilisation qu’une civilisation. Pour s’implanter elle semble exploiter les vices d’une nation. Et elle ne lui laisse que les yeux pour pleurer. L’Amérique, c’est l’absurde : l’épreuve existentialiste par nature ?

Pour autant, faut-il baisser les bras ? Pourquoi regretter une « civilisation » qui avait des failles ? Pourquoi ne pas en reconstruire une nouvelle, qui a les qualités de l’ancienne, sans ses défauts ?

Il n’y a pas de fatalité. Comme dit Hegel : « en soi, pour soi, en soi et pour soi ». Quand on a compris ce qui se passait, il est possible d’agir intelligemment.

Italie fasciste

L’Italie élit un parti fasciste. La Hongrie et M.Poutine ont un allié ? Une nouvelle crise pour l’Union Européenne ?

Samedi matin, la BBC disait que le pays souffrait et que ses électeurs essayaient toutes les solutions possibles, sans s’inquiéter de leur nature. Pourquoi pas le fascisme ? Et c’est comme cela qu’en quelques années un parti invisible (4% des voix) peut arriver au pouvoir. Il pourrait donc disparaître rapidement.

Affaires étrangères, de Christine Okrent (samedi d’avant), expliquait aussi que cela tenait à une curiosité du système électoral italien, qui donne l’avantage aux alliances. Or, il n’y a eu que l’extrême droite (minoritaire) qui a su s’unir… Voici qui rappelle les meilleurs moments de la montée du nazisme.

Quand j’ai écrit mon premier livre, je me suis demandé comment exprimer en un mot ce qui fait réussir le changement. J’ai trouvé « in quiétude », en deux mots… Autrement dit, ceux qui réussissent le changement sont sur le qui-vive, à l’image de l’alpiniste, ou du pygmée dans la forêt vierge…

On entre dans des temps « d’in quiétude » ?

Union Européenne : un nouvel âge d'or ?

L’UE a une chance exceptionnelle, qu’elle ne doit pas rater. Du moins si l’on en croit Michael Porter. (Synthèse.) 

L’histoire montre que ce qui a fait la prospérité des nations est un handicap, un manque, ce qu’il appelle « désavantage concurrentiel sélectif ». Combler ce manque est le moteur du développement. 

L’Union européenne, contrairement aux USA, n’a pas de ressources naturelles. Or, elle a utilisé ce dernier demi siècle à démanteler tout ce qu’elle avait construit pour assurer sa « souveraineté », principal souci, notamment, du pouvoir gaulliste. En outre, contrairement aux USA, qui sont une île, elle est en confrontation directe avec l’empire russe, et s’est mise entre les mains de l’empire chinois. Comme si ce n’était pas suffisant, elle n’est pas unie. Or, les périodes de crise donnent un pouvoir de nuisance exceptionnel aux égoïsmes des minorités. 

Non seulement, tout est à reconstruire, en Europe, mais tout est à reconstruire « autrement »… Chance ?

Faible euro

L’euro ne serait pas faible. Ce serait le dollar, qui serait fort. Et cela ne fait pas nos affaires. (Un article, un peu ancien, mais qui semble toujours pertinent.)

En effet, l’euro serait relativement fort, par rapport à la plupart de ses partenaires commerciaux. La force du dollar viendrait, en partie, des bénéfices qu’il tire de la guerre d’Ukraine. Etant un producteur de pétrole, l’augmentation de son prix, l’enrichit. En revanche, l’UE est gravement affectée par le prix de l’énergie, doublement enchéri par sa rareté factice et par l’augmentation du dollar… 

Tout ne serait pas perdu (?) : « c’est de la Fed que pourrait venir la solution : confrontée à une inflation à la fois plus élevée et plus généralisée qu’en Europe, elle n’a d’autre solution que de calmer la demande par l’action monétaire, ce qui conduira à un fort ralentissement, voire à une récession dans un horizon de six mois. Les perspectives de hausse de taux disparaîtraient alors, affaiblissant le dollar, tandis que les prix des hydrocarbures chuteraient, ces deux facteurs se conjuguant pour faire baisser l’inflation dans la zone euro. »

Immigration russe

L’Europe se divise. Les pays de l’Est refusent de donner des visas aux Russes. Les Français et les Allemands les désapprouvent. 

On s’affronte, si je comprends bien, sur la puissance pédagogique de la mesure. 

Qu’en dire ? 

Peut-être qu’il serait utile de savoir si c’est bien le fond de l’argument, et s’il n’y a pas quelque lobby qui tire les ficelles de nos gouvernements ? (J’imagine qu’il n’y a qu’un citoyen français pour pouvoir formuler ce type de soupçon.)

Désunion européenne

La Serbie se dispute avec le Kosovo, pour une question de plaques d’immatriculation. Et la Russie en profite. Balkans éternellement explosifs ? La Pologne accuse l’Allemagne d’asservir l’Europe de l’Est. La Hongrie est toujours la Hongrie, et la Turquie, membre de l’OTAN (et par ailleurs en crise), fait de très belles affaires avec la Russie. Voilà ce qu’on lisait dans Politico.eu hier.

Triste Europe ?

Ou, peut-être, changement ? Hier l’Etat dans l’Etat, au sein de l’UE, c’était le Commissaire à la concurrence ! Dorénavant l’UE a compris que la concurrence n’était peut-être pas bonne pour sa santé, et qu’elle devait prévenir les malaises de ses membres et de ses alliés. Début de la sagesse, selon Martin Buber

Les paradoxes de l'aide

On dit de l’aide aux pays pauvres, que ce sont les pauvres des pays riches qui donnent aux riches des pays pauvres. 

Toujours est-il que je lisais que cette aide n’a pas l’effet escompté. L’Afrique adore M.Poutine, mais pas du tout l’UE, en dépit de toute l’aide qu’elle lui apporte. 

Comment s’expliquer ce paradoxe ? 

La Chine et la Russie sont des impérialistes sans complexes. Avec elles, tout est une question de rapport de forces. 

L’Occident, lui, aimerait tant être aimé. Il donne de l’argent pour cela. C’est un dû. Pourquoi lui en serait-on reconnaissant ? 

(Une hypothèse qui n’est pas si fantaisiste que cela : on dit que, quand l’Occident a apporté la médecine aux pays colonisés, leurs citoyens, qui n’avaient rien demandé, estimaient qu’ils devaient être payés pour faire plaisir aux médecins, et prendre leurs médicaments.)

Crise italienne

M.Draghi va-t-il quitter le gouvernement italien ? Pour l’UE, une crise en Italie pourrait être le début de la fin, disait un « média » étranger. 

Cela nous rappelle que nous vivons un curieux moment. Epidemie, Ukraine, inflation… Les crises succèdent aux crises. Question : et la prochaine ? Et si elle était fatale ?

L’UE a pris conscience qu’elle sort de l’ère de la globalisation extraordinairement fragile. Pour se redresser elle a besoin avant tout d’être unie. Or, cette faiblesse donne une force extraordinaire à l’égoïsme à courte vue du moindre minoritaire.

Jamais Montesquieu n’a eu aussi raison : le principe de la démocratie est la vertu… 

Ukraine européenne

L’Ukraine va entrer dans l’UE. Voilà qui va être un choc. Car, son PIB par habitant est de l’ordre d’un dixième de celui de la France. Ce qui va dire qu’elle va pomper massivement les subsides européennes. Et c’est un régime ultra corrompu. C’est le problème polonais et hongrois au centuple : un régime qui hait nos valeurs mais qui vit de notre argent ?

Il serait bien mieux d’absorber la Russie ou la Turquie ?

Or, cela arrive à un très mauvais moment. Car l’inflation va mettre en péril l’UE, elle va frapper méchamment les pays qui vivent de la dette, tels que la France et l’Italie. 

En tous cas, cela a peut-être une signification. Tous les pays qui sont dans l’UE, à commencer par la France et l’Allemagne, ont un point commun : le désir de paix. Et si le combat de l’UE, c’était la paix mondiale ? 

Cela signifie peut-être qu’il a été une erreur d’en faire, avant tout, un « marché commun ». Cela signifie surtout que nos différents sont secondaires, ce qui compte, c’est « l’équipe » ?