La loi du milieu

La Chine pourrait attaquer Taïwan dès 2027. Elle cherche le bon moment et sonde les failles de l’Occident. Un Munich ukrainien serait un signal favorable.

Malheureusement, l’UE s’est mise entre les mains de la Chine.

The biggest threat a Chinese invasion poses to Europeans is economic. Taiwan produces nearly 90 percent of the world’s most sophisticated chips used for smartphones and other goods. Taking over the island would put that supply in the hands of Beijing, which already has a stranglehold on critical raw materials and magnets and uses its dominance to punish countries that go against its interests. European industry has already been caught in the middle after China put up export controls on key resources in response to tariffs from the Trump administration.

politico.eu 30 décembre

Le plus intéressant dans cette affaire n’est peut-être pas que nos gouvernements nous aient jetés dans la gueule du loup, l’erreur est humaine, mais l’arrogance avec laquelle ils l’ont fait ?

Europe du nord

Quelle stratégie pour l’Europe ? Celle des petits ? Suisse ou pays du nord ?

Quand ils ne se replient pas sur eux, ce qui menace la Suisse, les petits pays sont intelligents. C’est le seul moyen de compenser leur faiblesse. Ils n’ont pas de complexe de supériorité, le cancer de la France, en particulier. Ils ne dépensent pas plus que leurs moyens. Ils sont agiles et inventifs. Leur force peut venir de leur pouvoir de nuisance, mais aussi, à l’envers, de leur haute morale. (L’un n’empêchant pas l’autre.)

Année de l’Europe

Bilan. Ce fut l’année de l’Europe. Brutalement, elle qui était pacifique et sympathique, qui voulait le bien de l’humanité, s’est retrouvée accusée par tous et menacée de destruction imminente.

Cela m’a rappelé une histoire de Kafka. Le souvenir est vague, mais l’esprit est le suivant : une personne va en voir une autre, convaincue que celle-ci l’aime. Or c’est tout le contraire : elle l’accuse d’avoir détruit sa vie. L’affaire se termine mal.

Pire. L’Europe s’est découverte cigale. Convaincue de l’histoire qu’elle racontait, elle a abattu ses défenses, donné ses richesses, accumulé des dettes, mécontenté ses populations. Ce qui me rappelle une autre histoire, corse cette fois. Un enfant échange, avec un touriste, son révolver contre une montre. Son père lui dit : et quand on t’insultera, tu donneras l’heure ?

Mais ce qui ne tue pas renforce. Au moins, finis l’hybris et la domination des beaux parleurs, il va falloir réutiliser son cerveau.

Qui veut faire l’ange…

PINCH ME: Even for journalists immersed in the wild upheavals of our time, some moments still land with surreal force.

Ghost of war: One such occasion came this week when NATO chief Mark Rutte visited Berlin and essentially warned of World War III, telling an audience that Vladimir Putin’s Russia may be ready to attack the alliance within five years and that Europeans must be “prepared for the scale of war our grandparents or great-grandparents endured.”

‘Extreme losses’: Behind Rutte’s grave warning, there was a simple message: If Europeans don’t do more to help Ukraine stand up to Putin now, things will get much worse later. Or as Rutte put it: “Imagine it: a conflict reaching every home, every workplace, destruction, mass mobilization, millions displaced, widespread suffering and extreme losses.”

Politico Berlin, 12 décembre

Pourrions-nous connaître une guerre mondiale ? La Russie n’a pas la puissance de l’Allemagne de la précédente guerre, et la guerre qu’elle mène face à l’Ukraine n’a rien d’impressionnant. D’un autre côté, l’Europe fait l’unanimité contre elle : Russes, Américains, Chinois, reste du monde, ses anciennes colonies, la haïssent. (Au fond, écraser les faibles est une jouissance ?)

Et la logique russe a toujours été d’établir un cordon sanitaire entre elle et les démocraties. En toute logique, tant qu’elle n’aura pas conquis l’Europe, elle ne sera pas tranquille. Et elle sait l’Europe lâche. Il suffirait de raser quelques villes pour qu’elle fasse allégeance. N’est-ce pas déjà le spectacle que donne l’Europe vis-à-vis de Trump ?

Curieuse histoire, d’ailleurs. L’Europe était prospère et en paix. Elle a été prise en main par des gouvernements qui ont voulu faire encore mieux. Qui ont eu des idées « socialement avancées ». Qui ont proclamé notre culpabilité éternelle… Qui ont voulu être aimés. Et qu’ont-ils obtenus ?

La France vue de l’espace

Avais-je raison ? M.Trump verrait l’Europe comme un prolongement du parti démocrate et voudrait la détruire. En revanche, ce que je n’avais pas vu est qu’il considérerait que la French philosophy, de Foucault et associés, aurait corrompu l’Amérique.

De même, il semblerait que la violence de la politique américaine donne une image erronée de la situation du pays : le citoyen y demeure égal à lui-même.

Un bug de la démocratie ?

Ukraine

Que se passe-t-il en Ukraine ? M.Trump aimerait s’en débarrasser, pour faire des affaires avec les Russes. Mais les Républicains ne sont pas pro Russes et commencent à manifester leur ennui. Les Ukrainiens sont fatigués, bombardés, mais résistent. Ils sont touchés, au plus haut niveau, par la corruption, mais la justice fonctionne. M.Poutine pense avoir le temps pour lui, et pouvoir asservir l’Ukraine, mais il perd beaucoup de soldats et a du mal à les renouveler, et son économie souffrirait. Il y a des tensions multiples en Europe, entre pays, au sein des opinions, etc.

Qu’en déduire ? L’Europe n’a pas que des failles. Elle se trouve, enfin, en face des erreurs qu’elle a accumulées. Fini l’hybris qui l’a torpillée ? Et la démocratie, paradoxalement, a un avantage sur le dirigisme : elle se renouvelle sans cesse. Elle reste jeune. Mais, bien sûr, il peut aussi y avoir des accidents, et les amis de Poutine, nombreux et bien placés, peuvent prendre le pouvoir. Mais peut-être que, comme disent les partisans de la théorie de la « burning platform », on ne peut changer que lorsque son anxiété de survie est élevée…

Jean-François Billeter

François Jullien m’a amené à Jean-François Billeter. A l’époque, je m’intéressais à la civilisation chinoise. J’avais lu un livre de François Jullien, que l’on présentait comme un expert du sujet. Il m’avait indigné : délire de « philosophe ». (Il en était d’ailleurs de même des oeuvres d’un disciple de Durkheim.) C’est ainsi que le titre « Contre François Jullien » a attiré mon attention. Et que j’ai acheté cet ouvrage de Jean-François Billeter. C’était le travail sérieux d’un anthropologue. Et c’est ainsi que j’ai eu envie d’écouter l’émission que lui consacrait récemment France Culture.

J’ai découvert un Suisse à l’esprit très germanique. Modestie et méthode. Il a consacré la première partie de sa vie à enseigner la langue et la culture chinoise. Epuisé, il a pris sa retraite à 60 ans. Et, petit-à-petit, il s’est mis à publier.

Il me paraît s’être intéressé à une de mes préoccupations : ce que Montesquieu aurait appelé « l’esprit des lois », c’est à dire les caractéristiques d’une culture humaine, les forces qui expliquent son histoire, et avec lesquelles il faut jouer pour lui donner le destin qu’elle mérite. Ses travaux ne portent pas uniquement sur la Chine. Il s’est penché aussi sur notre société, et sur des thèmes qui reviennent dans ce blog. En particulier, le « nihilisme », mal de notre temps, auquel il oppose une sorte de culture de soi, un travail de développement de son potentiel, qui donnerait la liberté. Il oppose aussi fini et infini : le capitalisme, en particulier, est fondé sur l’hypothèse absurde d’un empilage infini de biens matériels. La vie est une oeuvre, finie.

Plus curieusement, peut-être, il penserait que le salut pour l’Europe est d’être une nation de régions.

A étudier.

(Inspiré par France Culture.)

Trumpocène

Lorsqu’on lit l’histoire, on s’imagine en héros. Mais Trump est en train de faire l’histoire, et que faisons-nous ?

M.Trump dirige son pays comme l’Américain dirige une entreprise : en faisant des paris incensés, dont la seule vertu est de pouvoir faire sa fortune. Pas question de prendre en compte leurs conséquences. (C’est à Dieu de le faire.) Pari, par exemple, de la cyber monnaie. Ou de nier la science.

Voilà qui est bien pour une entreprise, qui comme beaucoup de celles qu’il a dirigées peuvent partir en faillite, sans que le monde n’en souffre trop. Mais est-ce acceptable pour une nation ? Au moins n’a-t-il pas encore envisagé d’utiliser son armée ou l’arme nucléaire.

Chinois et Russes, et Coréens du nord ! semblent tirer les marrons du feu. L’Europe paraît se déculotter. Certains préfèrent les Américains, d’autres les Anglais, aucun les Européens ? Son fonctionnement est d’ailleurs la négation de la démocratie : la politique de ses gouvernants est opaque et incontrôlée. Mais ce n’est pas mieux aux USA. En dehors de quelques juges, M.Trump ne semble pas faire face à une opposition organisée. D’ailleurs, la Cours suprême est à sa botte. Contrairement à ce que laissait entendre la « diabolisation » qu’avait cru intelligente de faire de lui son opposition de grands intellects, il semble avoir soigneusement préparé son coup, sa vengeance ?

In an interview with the Financial Times, hedge fund billionaire Ray Dalio warned that Donald Trump’s America is drifting into 1930s-style autocratic politics, adding that “most people are silent because they are afraid of retaliation if they criticise”.

Financial Times, 2 septembre

La collaboration expliquée ?

Ridicule Europe

On disait que Trump était un pitre. Il a ridiculisé l’Europe. Sans que nos médias en fassent le moindre cas, il semble avoir mené des négociations séparées avec chaque pays. Et joué sur la lâcheté de nos gouvernants.

Rather than engage in a classical negotiation, Trump, “who hates the European Union,” Gardner said, set out to “fragment” what he sees as a “divided, weak, slow, cumbersome organization.” And the president “did succeed” in doing that, he added.

() While it’s understandable that Europe sought to avoid short-term pain, it underestimated the costs of its approach. “The long-term message to China, among others, is that bullying works,” Gardner said. “It says that a far more effective way to get concessions [from the EU] than negotiating is to threaten, to ruthlessly use leverage to divide the EU.”

() Brussels misstepped by not using the powerful trade tools at its disposal. “We all know the EU isn’t a superpower, except on trade … But they underplayed their hand. Donald Trump never believed they would use the anti-coercion tool.”

() Gardner pointed to national leaders defending domestic industries as the main problem, arguing “that member states have shown a lack of solidarity at a critical moment. By doing so they have weakened the Commission.”

Politico.eu du 4 août

L’UE ayant montré sa faiblesse, d’autres vont s’y engouffrer. Il est désormais possible qu’elle n’ait pas d’avenir.

Problème européen

Le graphique ci-dessous ne résumerait-il pas le problème que doit résoudre l’Europe ?

M.Trump veut éliminer la surface bleue par la force. Il ne restera à l’Europe que la surface rouge, qui elle n’aspire qu’à grandir.

Résultat d’années d’aveuglement ?

Il faut maintenant rétablir un équilibre, amener tout ce beau monde à comprendre que l’économie n’est pas une guerre. Car on ne peut pas tuer son client, qui est une vache à lait. Tous doivent produire ce que les autres veulent acheter, mais ne savent pas fabriquer. Et que la start-up, et rien de ce à quoi ont cru nos gouvernants, n’est pas la solution.