Dangereux Uber ?

On apprend en même temps qu’Uber a subi un piratage de ses données et qu’il va équiper Londres de taxis autonomes… Sera-t-il capable d’éviter que ceux-ci soient assaillis par un virus ?

Et si Uber était une course en avant de paris fous ? (Ce qui n’a rien d’exceptionnel dans la culture anglo-saxonne de l’entreprise. « Bet the farm, » dirait Monsanto.)

Gig economy

Le Financial Times s’intéresse à la « Gig economy », c’est à dire à l’économie créée par Uber et les autres, et qui est à base de petits boulots.


Je retiens une double astuce (mais il y a plus) : ce sont des entreprises qui n’ont pas à être rentables, parce qu’elles sont financées par le capital risque, dont la stratégie est de faire sauter les entreprises installées, puis d’appliquer une politique de prix monopoliste ; c’est une transformation (douteuse) de contrats de salariés en contrats de sous-traitance, donc pas de charges sociales (mais aussi pas d’achat de matériel).

Mais ce n’est pas la vidéo que j’ai trouvée le plus intéressant, mais un commentaire. Il disait, en substance : sales gauchistes, si l’on supprime la gig economy, il y aura des chômeurs.

Est-ce aussi évident qu’il y paraît ? Car un tel argument peut justifier n’importe quel emploi. En particulier l’effort de guerre d’Hitler. Je me demande si l’économie ne fonctionne pas comme le sang. Si l’argent ne va pas au bon endroit, la société dépérit. Une société de petits boulots est malade.

Prolétariat

Il y a quelques années, j’ai ouvert ma porte à un vendeur de posters. Il se révèle qu’il cherche un emploi, et qu’il sort de prison. A l’époque, je travaillais pour un cabinet d’études de marché. Je lui propose d’entrer en contact avec ses centres d’appel. Il me répond, en substance : j’ai essayé, c’est insupportable. 
Une de mes cousines m’appelle. Elle est en année de césure d’une bonne école de commerce. Elle vient de décrocher un stage dans une Start up de Londres. Quelle aventure ! Elle va être payée 800€ par mois. Et cela pour vendre au téléphone les produits de la société. Bien sûr, il y a le coût de la vie à Londres, mais c’est une Start up… (Un ami fait une très belle carrière de directeur commercial pour des éditeurs de logiciel internationaux : il appelle ses quatre-vingt collaborateurs, des commerciaux, des « robots ».)
Il y a quelque chose de paradoxal dans la révolution numérique. C’est qu’elle n’a rien de numérique. Elle a fait ressurgir le prolétariat. Amazon emploie des magasiniers en masse, Uber donne une nouvelle vie au taxi, les livraisons se font maintenant à vélo, les éditeurs de logiciel emploient des légions de « vendeurs assis », qui passent leur existence au téléphone dans des sweat shops modernes… Mais ce qui me semble fascinant, et difficile à expliquer, c’est ce mouvement ancien, que l’on ne semble pas parvenir à stopper, qui conduit à exploser le travail en des tâches stupides, et de payer des gens au dessous de ce qui leur est nécessaire pour vivre. Une mécanique à créer la pauvreté, qui semble au coeur de notre système. 

Ubérisé

Quand Maurice Lévy, PDG de Publicis, a parlé « d’ubérisation », on s’est moqué de lui. Obscurantisme ! Rien compris à la marche du Progrès. Eh bien, il a créé un mot, ce qui prouve qu’il est un grand publicitaire. Et il est toujours là. Pas le PDG d’Uber. 
L’histoire de Travis Kalanick me rappelle ce que raconte Hannah Arendt. Quand les cadres du parti Nazi ont compris que l’Amérique allait gagner la guerre et que les Juifs y occupaient le haut du pavé, ils ont lâché Hitler. Les idées de Monsieur Kalanick sont celles des milieux financiers internationaux. Il a été leur héros. Mais ces milieux sont pragmatiques. Ils constatent que le vent a tourné. Alors, ils brûlent leurs idoles. 

Culture d'Uber

Une brillante employée d’Uber dénonce ses mœurs. Le « high performer » a tous les droits. Ce qui fait fuir les femmes, en particulier, mais pourrait aussi avoir des conséquences sur le comportement des conducteurs.
Edgar Schein explique que la culture d’une entreprise est une interprétation de ce qui fait réussir son fondateur. Dans un article, contemporain de la faillite d’ENRON, Jennifer Chatman (Berkeley) dit : « Si la culture de l’entreprise accepte la tricherie comme un moyen d’avancement, elle tendra à conserver des employés qui sont à l’aise avec l’idée de tricher, y compris vis-à-vis de leur société.« 

Le taxi crée de l'emploi

J’entendais parler taxis. France Info. Une enquête indépendante d’une assurance montre, si mes souvenirs sont bons, que les VTC créent 13000 emplois en Région Parisienne, quand les taxis traditionnels en perdent 750. Et qu’un nouvel emploi sur 4 créé dans la dite Région est un taxi. 
Je me suis demandé si l’on comparait bien les mêmes types d’emplois. Et si on avait réparti les salaires des 750 personnes en 13000 ? (ou à peu près) Quand on parle de réduction du chômage, a-t-on ce type d’emploi en tête ? Tu seras taxi indépendant, mon fils ? Au fait, pourquoi une société d’assurance se met-elle à faire des enquêtes sur ce type de sujet ? Sachant qu’une assurance est bien plus un fonds d’investissement qu’une société de secours à proprement parler, peut-on réellement la considérer comme « indépendante » ?

Ubérisation à visage humain ?

Il y a quelques temps, j’ai rencontré un secteur qui s’était transformé d’une nuée de cabinets libéraux à quelques grosses sociétés. Deux mécanismes sont entrés en jeu. Dans l’un, une entreprise a acheté les autres. Dans l’autre, une entreprise a proposé à une société après une autre de mettre des moyens en commun. Puis, si, après quelques années, il y avait entente, elle achetait la société, et les membres de celle-ci acquéraient des parts dans l’ensemble. Si bien qu’aujourd’hui elle ressemble à une coopérative. Et son dirigeant est élu tous les trois ans. (Et souvent renouvelé.)
C’est Uber à l’envers. Les infrastructures communes n’appartiennent pas à un fonds d’investissement, mais à ceux qui font marcher la société. C’est un Uber qui serait possédé par ses taxis. Et qui répartirait ses bénéfices entre eux.
Cela a-t-il des inconvénients ? Oui. Chacun étant préoccupé par son quotidien, l’entreprise est un rien myope. Cependant rien n’empêche ce type de dispositif de mettre en place des mécanismes coopératifs de prospective et d’action. C’est ce que les Grecs appelaient, pour les cités, « politique ». 

Ubériser n'est pas transformer

Proudhon observe que lorsque les hommes se rassemblent, ils créent une valeur collective (la société). L’ubérisation remplace l’organisation collective par un strict minimum logiciel. Et ramène ses composants à leur fonction « mécanique ». (A tel point qu’Uber investit dans la voiture autonome !) Les nouveaux prolétaires n’ont même plus un semblant de sécurité, un salaire. Ils sont « aux pièces ». L’ubérisateur n’a aucun engagement vis-à-vis d’eux. Marx est dépassé.
Mais la transformation numérique c’est aussi lean start up : la démocratisation des technologies les plus avancées. Je constate que beaucoup de PME ont un avantage dont elles ne sont pas conscientes. Le concept de Lean start up permet de développer une offre à partir de cet avantage et de la distribuer largement. Ainsi, l’entreprise sort de la concurrence stérile qui la détruit, elle et son personnel. 
De quel côté la transformation numérique va-t-elle basculer ?

Auto ubérisation, science et pratique

L’auto ubérisation est la mode du moment. Comment la reconnaître ?
Votre entreprise vous dit : notre métier traditionnel est fichu. Nous devons nous réinventer. Et ce à partir de certaines de nos compétences. Celles liées aux « data » (terme à ne pas confondre avec « données »). Par exemple celles dont nous disposons sur nos clients. Elle va alors vider son activité principale de son argent pour nourrir des « spin off ». La multinationale devient une holding pour start up. Curieusement, en ce qui concerne son fonctionnement central, elle demeure une bureaucratie, avec toutes ses lourdeurs, ses gros salaires et ses gros bonus, et les mêmes dirigeants qu’auparavant.
Le mouvement est nouveau en France, mais vieux aux USA. C’est ainsi qu’une entreprise comme Carlson Wagonlit est maintenant éditeur de logiciel. Le premier exemple d’un tel changement de peau est la société ENRON. D’opérateur de pipe lines, elle devient place de marché. Vivendi est aussi un désossage d’une activité traditionnelle pour financer l’achat de châteaux en Espagne. 
Car on n’a aucune idée des raisons pour lesquelles les nouvelles activités gagneraient de l’argent. Et moins encore en quoi elles ont quoi que ce soit d’innovant : tout le monde fait la même chose ! C’est un acte de foi. Au mieux, il semble que ce mouvement corresponde à un gigantesque transfert de cash de l’économie réelle vers les coffres de quelques opérateurs habiles. Les promesses n’engagent que ceux qui les entendent. 
(Et il n’est pas sûr que les anciennes activités soient aussi condamnées qu’on veut bien le dire… à suivre.)

Uber ou l'art de la rhétorique

Kalanick (Uber) à Macron : « Les fabricants de voitures ont-ils payé pour la disparition des chevaux ?  » Lis-je dans la Tribune.  
Il n’y a pas longtemps il allait de soi d’avoir des esclaves ou de tuer des Indiens, par ce qu’ils occupaient des terres que l’on convoitait. C’était aussi un temps ou les « innovateurs » étaient prêts à payer de leur vie. Et si l’on revenait en ce temps là M.Kalanick ?