La démocratie n'est pas aimée

Au sujet des attentats de Tunisie, j’entendais dire que l’on n’aimait pas la démocratie. On l’a voit comme une forme de Djihad occidental.
Je pense surtout qu’elle est son propre ennemi. En effet, si elle était séduisante, comme elle le fut, tout le monde rêverait de l’imiter. Mais elle semble être soumise aux vices que décrit Thucydide dans La guerre du Péloponnèse : quand la démocratie n’est pas menacée elle se disloque. D’un côté les oligarques, de l’autre le peuple. Ou plutôt, chacun pour soi.

(Ce qui est aussi l’image que donne la France de L’étrange défaite, de Marc Bloch.)

L'irrésistible soft power de la globalisation

Iran. Khomeini c’est fini. Plus de fièvre révolutionnaire. Pays occidental comme les autres. « La globalisation a le dessus sur le puritanisme, même là. » Idem en Chine, contaminée par le protestantisme (qui aura bientôt plus d’adhérents que la PC) et qui se convertit au droit. Idem en France. Les questions que pose le changement de patrons à la tête de nos entreprises trahissent la « tension entre la globalisation croissante de l’industrie française et le principe centenaire selon lequel l’entreprise doit servir les intérêts nationaux étroits. Les grandes entreprises françaises sont sorties dans le monde en partie pour échapper aux taxes élevées, à la réglementation du travail contraignante et à la faible croissance domestique. » Quant au Brésil, ce sera pour la prochaine fois. Pour celle-ci, l’ennemie de The Economist a gagné. Mais le pays est plus divisé que jamais. Riches et pauvres, d’un côté, et 28 partis politiques de l’autre… Un peu la même chose en Ukraine. Un pays qui a voté à l’Ouest, mais des gouvernants préoccupants. 
A vrai dire, la France est incorrigible. Elle s’est arrangée avec l’Europe pour lui faire accepter son absence de réflormes. Quelques manœuvres habiles leur ont permis un sauvetage de face. En Allemagne, die Linke prend le pouvoir en Thuringe. Le SPD, qui perd beaucoup dans son alliance avec le CDU, pourrait être tenté par une stratégie post Merkel de gauche. L’Europe essaie de donner des leçons d’écologie. Mais qui l’écoute encore ? En Tunisie, les laïcs gagnent. Comme en Egypte, retour à l’avant printemps arabe ? Elections de mi mandat aux USA. Elles expriment, avant tout, le ras le bol d’Obama.
Test bancaire en Europe. Jusque-là, on pensait que c’était la faiblesse des banques qui empêchait la reprise de l’économie. Maintenant, les Etats n’ont plus d’excuses pour ne pas agir. Les USA mettent un terme à la stimulation monétaire de leur économie. C’est dommage, cela avait plus d’avantages que d’inconvénients.
Imitons Hollywood pour qui chaque nouveau film est une nouvelle entreprise. L’entreprise familiale est plus efficace que l’entreprise commune. (Pour de nombreuses raisons, mais aussi parce que la famille a un vrai rôle d’investisseur : elle joue les assureurs de dernier ressort ?, me suis-je demandé.) Seule difficulté : faire fonctionner la famille de manière rationnelle. 
Une fusée américaine privée explose. Peut-être parce que son constructeur utilise des moteurs russes. On essaie, à nouveau, d’employer l’effet de sol dans le transport maritime.
Les cellules souches permettent de créer des organoïdes. Grâce à eux on peut faire des expériences in vitro, et réparer les organes en bonne et due forme. Gène de la violence ? Plutôt combinaison : notre équipement génétique fait que nous vivons plus ou moins bien certaines conditions (drogue, par exemple). 

FEMEN en Tunisie

Ce matin j’entendais une chroniqueuse de France Culture parler de la Tunisie et de sa FEMEN. Elle opposait les bons « démocrates » et les mauvais fondamentalistes. Est-ce une bonne idée de voir la vie comme une lutte du bien et du mal ?, me suis-je demandé. Ne risque-t-on pas d’envenimer le conflit ? Et ainsi de faire le « mal » ?

Le père de ladite FEMEN a adopté une autre position. Il a publié une lettre, si j’ai bien compris, attribuant l’attitude de sa fille au malaise de la jeunesse tunisienne, en général. Et si fondamentalisme et FEMEN avaient une même cause ? Et s’ils révélaient une faille de la société tunisienne ? 

Comment aider la Syrie ?

Ce qui se passe en Syrie est d’autant plus préoccupant que l’on voit mal comment cela peut se terminer.

Le mécanisme semble le suivant : Bachar el Assad (ou ses proches) se serait lancé dans une vague de répressions qui aurait pour but de provoquer une réaction de son opposition, et une guerre civile entre communautés syriennes, qui justifierait a posteriori son action et son rôle.

Cela n’aurait pas réussi. Son pouvoir pourrait se fragiliser du fait du mécontentement de composants de la société qui lui sont utiles (par exemple les commerçants).

Mais peut-il être remplacé par un régime stable ? Le fait que les communautés syriennes ne s’entredéchirent pas est un signe positif. Cependant l’opposition politique est divisée et paraît incapable de gouverner. En outre, la Syrie est une pièce de l’équilibre local entre Sunnites (poussés par les Saoudiens) et Shiites (poussés par les Iraniens).

Comment manœuvrer dans ces conditions et déboucher sur un édifice viable ? Ce qui ne semble pas avoir été très bien réussi, dans des cas bien plus favorables, à la fois en Égypte, en Tunisie et surtout en Lybie (dont on ne parle plus !?).

Compléments :

De la globalisation à la parcellisation ?

Les trente dernières années du monde ont été marquées par ce que l’on peut résumer par le « consensus de Washington ». C’est-à-dire la domination du libre échange et de la démocratie anglo-saxonne. Ce modèle a connu une crise majeure. Or, aucun modèle ne peut survivre à une crise. Les forces qui vont le renverser sont certainement en cours de constitution. Peut-on apercevoir ce qui pourrait les alimenter ? Tentative d’exercice de prospective :

  • La démocratie  a été pervertie pour servir de rouleau-compresseur au libre échange. Elle est vue comme une hypocrisie par les puissances montantes (à commencer par la Chine).
  • Au Moyen-Orient, s’affrontent des forces extrémistes islamistes. Elles remplacent des dictatures dont l’ambition avait été d’occidentaliser leurs pays (Iraq, Syrie, Égypte, Tunisie…). Que mettront-elles à leur place ? L’Islam, avec ses variantes infinies qui se haïssent toutes, est probablement plus explosif que le christianisme des guerres de religion.
  • Le Japon, le meilleur converti à l’occidentalisme, est en dépression quasi suicidaire.
  • La Chine pourrait devenir une grande puissance pauvre. Viserait-elle à atteindre la taille qui lui permettra de tenir l’Occident et son modèle en respect ?
  • L’Inde est un chaos au contact de poudrières, le Pakistan et l’Afghanistan.
  • Quant à l’Occident, il se bat contre lui-même. Les Républicains américains pensent que les démocrates sont le mal. En Europe, le nord veut se séparer du sud. Les pays victimes de la crise se déchirent.
Tout cela semble signifier un repli sur soi généralisé. Qu’il soit instable ou non dépend peut-être de ce que l’Occident arrive ou non à se réconcilier avec lui-même, et à contrôler l’irresponsabilité (revendiquée) de la classe financière anglo-saxonne. En effet, il n’y a pas beaucoup d’autre groupe social désireux d’assurer la concorde internationale

Causes du printemps arabe

Chaque peuple arabe aurait eu un thème de soulèvement spécifique. Égalité civique au Bahreïn, liberté de parole et d’association en Syrie, sécurité des personnes en Tunisie et en Égypte, niveau de vie au Yémen. Globalement la révolte n’aurait pas été spécialement une question de jeunes, de chômage et de revenus. Plutôt un mouvement de classes moyennes ?

En tout cas, il y a eu effet de contagion, chacun s’enhardissant avec les succès de l’autre.

Quant à l’issue du mouvement, elle semble être liée à la détermination des gouvernants en place. Ceux qui ont disparu avaient perdu le contact avec les réalités et la volonté de se battre.

Voilà ce que je comprends de The Arab Spring is not About Twitter, de Glen Rangwala, CAM, n°64.

Élections en Tunisie

L’Islam aurait le vent en poupe en Tunisie et en Libye. Surprise ?
C’était le scenario qui me semblait le plus vraisemblable au début de l’année. Même si ce sont quelques intellectuels qui font la révolution, la démocratie donne le pouvoir à la majorité, dont les préoccupations sont terre à terre.
Va-t-on vers un modèle turc, iranien, autre (sachant qu’aucun des deux premiers n’est arabe) ? 

Occident contre démocratie ?

L’Occident aurait-il volé au secours de la victoire ? Les révoltes tunisiennes et égyptiennes l’ont laissé perplexe. Jusqu’à ce qu’elles triomphent. Il s’en est alors réjoui.
Égoïsme ? La démocratie ne sourit-elle, selon nous, qu’à certains ? Peur du risque extrémiste ?
Mais qui avait, y compris parmi ceux qui le visitaient, la moindre idée de ce qui se passait au Moyen-Orient ? D’ailleurs, les régimes qui s’y étaient installés étaient-ils, à l’échelle de l’histoire, férocement dictatoriaux ? Que le mécontentement populaire ait été suffisant pour les déplacer, n’est-ce pas déjà une preuve que le Moyen-Orient devient relativement démocratique ?
Lutte du bien et du mal, ou remplacement, naturel, de régimes qui ne convenaient plus à des sociétés qui évoluent et se renouvellent ?

Changement en Égypte (suite)

Spécialiste de l’Égypte interviewé par RFI. Les USA ont une forte influence sur l’armée Égyptienne, force de stabilisation de l’Égypte. Dans ces conditions, il est vraisemblable que pourrait se réaliser une transition vers un régime peu différent du précédent (du moins de notre point de vue).
Si c’est le cas (ce que pourrait confirmer le retour au calme en Tunisie), l’affaire ne devrait-elle pas être un coup de semonce pour l’Occident ? Une société pauvre est un terrain favorable à tous les extrémismes. Ne faut-il pas que l’Occident en revienne à une politique « d’aide au développement » ?
Compléments :
  • Suite de mon premier billet de la journée. 
  • L’objectif du changement oriental ne pourrait-il pas être la société turque ? Elle semble avoir trouvé une forme d’identité propre, tout en étant relativement stable et démocratique… Un bon compromis entre sa culture éternelle et les règles d’organisation vers lesquelles les  nations mondiales semblent tendre ?