Le mensonge en politique

Le mensonge en politique. Non, cette émission de Concordance des temps ne parle pas de M.Trump. Elle dit que la politique est l’art du mensonge.

J’aurais aimé qu’elle se demande : comment peut-on être Trump ? Quelle est la psychologie du menteur ? Celle de l’aristocrate d’ancien régime ? Se conformer aux règles de la société n’induit-il pas le risque de se faire manipuler ? Vous avez vos questions, j’ai mes réponses, disait Georges Marchais.

J’aurais aussi voulu qu’elle s’interroge sur le mensonge comme « pathologie sociale ». J’ai connu un temps où l’on croyait à un parti politique comme à une religion, en fanatique. Sa parole était celle de l’Evangile. Et le mensonge était la règle du parti. La fin justifiait les moyens. Pour Aristote, le mensonge en politique consiste à dire au peuple ce qu’il a envie d’entendre, sans lui révéler qu’il dynamite les fondements de la cité, condition nécessaire de l’intérêt général. Mais il y a aussi l’inverse. L’électeur, conscient qu’on lui ment, devient cynique, ne croit plus à rien, ne vote plus. Et il abandonne ses droits et se fait manipuler en se croyant malin !

Bref, le mensonge détruit. Mais nos faiblesses humaines l’attirent ? L’occasion fait le larron ?

Anesthésie

Que ferons-nous après Trump ? Me suis-je demandé le jour de sa reculade groenlandaise. Allons-nous, nous les Européens, nous rendormir ?

A ce sujet, je me suis posé, brutalement, une question inattendue. Et si le mal dont je souffre ne m’était pas propre ? J’ai toujours eu un esprit paresseux. Je ne veux pas penser. C’est ma conscience qui me tourmente et qui force mon esprit à travailler, généralement trop tard. Et je lui en veux. Mon idéal a toujours été la retraite. Ce qui est anormal. L’esprit humain n’est-il pas fait pour l’éveil, comme celui de l’alpiniste en cours d’escalade, ou du pygmée, au coeur de la jungle ? Et si ce mal était celui de notre société, depuis la fin de la guerre ? me suis-je soudainement demandé. (Peut-être d’ailleurs est-ce ce que dit Hannah Arendt dans La condition de l’homme moderne ?) Sommes-nous anesthésiés ?

Mais, surtout : peut-on se réveiller ? Peut-on remettre en marche notre cerveau ? Faut-il être jeune pour avoir un espoir de réussir ? Et, d’ailleurs, comment, à l’avenir, éviter de retomber dans ce piège ? La retraite a la voix des sirènes, et le gouvernant a une telle tentation de nous endormir pour nous diriger ? Comment rendre Trump éternel ?

Décryptage

Exercice favori de ce blog : comprendre la « logique » d’une personne. Affaires étrangères s’attaquait à Trump.

Au fond, j’avais vu relativement juste. En quelque-sorte, il n’y a pas de Trump sans feu. Comme il l’a souvent fait au cours de sa carrière, il donne de mauvaises solutions à de bons problèmes, problèmes que d’autres n’avaient pas vus ou ne voulaient pas voir. Il y aurait bien un « problème groenlandais », par exemple. Ensuite, il ne croit qu’au rapport de force. S’il a reculé en ce qui concerne le Groenland, c’est parce que la bourse américaine a compris que sa menace tarifaire concernant l’Europe allait créer une crise économique. La bourse s’est effondrée. La bourse est son point faible.

En revanche, j’ai sous-estimé son besoin de publicité. Il semble convaincu qu’il doit absolument être en permanence le centre d’attention de la planète.

Droit international ?

L’intérêt que présente le président Trump est de nous poser la question du droit international. Dans le système actuel, ce sont les criminels qui sont les juges.

Comment remédier à cette situation ? Le système actuel de justice, même s’il pouvait s’exercer au dessus des nations n’est pas satisfaisant. La preuve de cet échec est la cour suprême américaine, qui est à la botte de Trump. Faudrait-il appliquer les travaux d’Elinor Ostrom concernant la gestion des biens communs ?

Dans ce cas, le juge n’est pas individuel, mais collectif. C’est toute la communauté qui gère le bien commun. Ce qui bloque toute possibilité de changement. En particulier, le signalement des infractions se fait presque instantanément, ce qui empêche toute dérive incontrôlable. Et la justice est apprentissage collectif. Chaque incident est l’occasion d’une réflexion sur la raison d’être du bien et sur la bonne façon de l’administrer. Seulement pour que tout ceci puisse avoir lieu, il faut un accord collectif. Ce qui demande, généralement, quelque crise qui suscite de tous une grande anxiété de survie.

Peur sur le monde

En détruisant le droit, international ou national, Donald Trump va-t-il nous ramener au 19ème siècle. Sera-t-il l’origine de la troisième guerre mondiale ? La « der des der », faute de survivants pour en organiser une autre ?

Je me demande si beaucoup de gens y croient. Y compris MM.Xi et Poutine.

D’abord, comme il le dit de lui-même, il est « complètement fou ». On ne peut savoir ce qu’il peut décider en cas d’agression. Ensuite, il est vieux, sénile, et il semble, tout de même, ne pas être représentatif de la nation américaine. Et ceux qui l’accompagnent, patrons du GAFA ou fanatiques, ne sont qu’une bande de pieds nickelés pathétique. Il pourrait n’être un incident. A condition que l’on sache en tirer des leçons ?

Fâcheux précédent

Un professeur de droit international juge le kidnapping du président du Vénézuela.

Je retiens surtout qu’il confirme notre bon sens ordinaire. Oui, c’est un fâcheux précédent. Nous en sommes revenus au 19ème siècle. Ce qu’a transgressé M.Trump « the prohibition of the use of force » (interdiction du recours à la force ?). Cela devrait encourager non seulement les grandes puissances, mais aussi les puissances locales à écraser leurs petits voisins.

Il en appelle à la sagesse des petits Etats. Ils doivent parvenir à contenir les gros.

Une question. L’histoire semble montrer qu’aucun pays n’est durablement « le plus fort ». D’autant qu’il peut être victime de conflits internes qui le disloquent. Et si les lois internationales étaient dans l’intérêt de tous ?

Landemain qui chante

M.Trump un temps s’est intéressé à la Corée du nord, il a envoyé des bombes sur l’Iran, maintenant il a enlevé le président du Vénézuela. Où cela le mène-t-il ?

Son plan semble être de s’entendre avec le gouvernement vénézuélien actuel (qui est celui de M.Maduro, sans lui) et de demander aux pétroliers américains de s’emparer du pétrole vénézuélien. D’après ce que je lis, ledit pétrole vénézuélien est d’un type particulier (« brut extra-lourd »). Il a besoin de retraitements extrêmement coûteux. Les installations nécessaires ont été laissées à l’abandon. Les reconstruire signifie des investissements très importants. Or, le pays serait aux mains de sortes de seigneurs de guerre. D’ailleurs rien ne garantit qu’il n’y aura pas une nouvelle nationalisation au départ du gouvernement Trump. Qui peut vouloir s’engager dans de telles conditions ?

Bref, tout le monde fait le mort en attendant que M.Trump soit pris d’une nouvelle lubie ? Et si c’était sa logique ? Faire la une des journaux ? Faut-il se demander quel est le prochain coup qu’il prépare ?

(Se pose surtout la question de l’Amérique latine et de bien des pays : ils semblent osciller entre des extrêmes. Le seul moyen de les en sortir serait-il économique ? Qu’ils parviennent à créer une économie propre, qui ne dépende pas seulement de leurs ressources naturelles ? La recette de la démocratie apaisée ?)

Prochain coup

Au fond, Trump est marqué du signe du Vietnam : ce qu’il fait s’enlise. Mais cela ne risque-t-il pas de le pousser à quelque extrémité déplorable ?

Affaires étrangères d’hier pose une question curieuse : et si Trump était une marionnette ? Apparemment, il y aurait deux lobbys derrière lui : le GAFA, qui hier paraissait si « cool » alors qu’il ne rêve que de domination mondiale et d’énergie pour son intelligence artificielle, et une « élite » de fanatiques.

En outre, il faudrait faire le deuil de l’espoir de retour à la situation antérieure après Trump. Les USA ont fait leur coming out. Les invités de l’émission semblaient en déduire que l’Europe devait se préparer à utiliser ses atouts pour profiter d’un monde dont la règle est le rapport de forces et le coup bas.

Accordéon américain

« Reluctant crusaders » constate que les USA ont une existence cyclique. Soit ils sont des missionnaires qui veulent convertir le monde à la vraie foi, soit ils se replient sur eux-mêmes pour ne pas être contaminés par un monde qui est l’incarnation du mal. Car, aussi surprenant que cela puisse paraître, les USA sont une nation de fondamentalistes façon foi du charbonnier. Lorsque j’ai lu ce livre, au temps d’Obama, je pensais que ce dernier représentait le retour du balancier : il avait « engagé le désengagement ». Or, ce n’était qu’un début.

En France, éternellement fermée sur elle-même ? on en a peu parlé : associée à la bulle internet, il y a eu « la Nouvelle économie ». On lisait partout, de la presse grand public à celle du management, que la fin de l’URSS signifiait que le capitalisme avait gagné le monde, et qu’il n’y aurait plus jamais de crises, la croissance serait continue. Fin de l’histoire (et avènement de Dieu, rien de moins ?). Les économistes parlaient du « consensus de Washington » : il fallait convertir le monde non occidental au capitalisme. Il en est résulté une série de crises terribles, pour les pays « convertis » (Russie, Turquie, Asie…), d’où un retournement de l’opinion qu’avait le monde de « l’Occident ». Et maintenant, constatant leur échec, les Américains, de droite et de gauche, seraient pris d’une peur panique de la peste étrangère. On parle désormais de la doctrine Monroe dans son interprétation par Roosevelt : les USA se barricadent chez eux, mais en se réservant un « espace vital », empire colonial qu’ils traient à volonté.

Au delà de ces constatations curieuses se pose une question : notre destin collectif serait-il déterminé par des lois simplistes ?

(On l’avait déjà observé pour l’Allemagne, c’est à nouveau le cas pour les USA, il est étonnant à quel point des nations évoluées peuvent être victimes de visions d’un simplisme et d’une bêtise incroyables. Et, à chaque fois, elles élisent des fous ? Une simple coïncidence ?)

La fin de l’homme blanc

On lit que Trump, Xi Jinping et Poutine seraient d’accord pour se partager le monde. Apparemment, on prend au sérieux la menace d’une attaque de Trump sur le Groenland. Trump pourrait-il refaire le coup de Roosevelt avec Staline, avec l’Europe continentale à la place de l’Allemagne ?

D’après ce qu’on lit, encore, les courants qui s’affrontent aux USA ont une même crainte : celle de la disparition de la race blanche. Trump veut lui réserver un espace vital défendu par le glaive, façon Israël, ses opposants désireraient être les meilleurs amis de ceux qu’ils craignent. Il semblerait que l’Europe n’appartienne pas à la race blanche.

Paradoxe qui enchanterait la systémique : et si la « race blanche » s’entretuait, par peur de disparaître ?