Mes interrogations sur la traduction m’ont amené à m’intéresser à Georges-Arthur Goldschmidt. (Emission qui lui est consacrée.) Les circonstances de l’histoire ont fait qu’il a commencé sa vie en Allemagne et qu’il l’a poursuivie en France. En outre, il a un talent d’écrivain. Ce qui fait de lui le traducteur idéal. En particulier celui de Kafka.
Il observe que le français diffère fondamentalement de l’allemand. Le premier est une langue de concepts, le second, une langue de réalisation, terre à terre. Ce qui correspond bien aux caractères de nos deux pays. Mais ce qui explique aussi de fâcheuses confusions : nos philosophes ont cru trouver dans l’oeuvre d’Heidegger, par exemple, une complexité qui n’y était pas. Les idées dont on ne parle qu’avec stupeur et tremblements (cf. le dasein), en se perdant dans des considérations sans fin concernant leur signification, sont employées par le petit peuple !
Plus curieux, la traduction que Vialatte a faite de Kafka semble pleine de fautes, mais cela ne tiendrait pas à lui, mais à son temps, qui lui imposait un certain style et certains mots. D’ailleurs, beaucoup de concepts ne peuvent se traduire.
La traduction est un remarquable exercice : un défi à notre paresse naturelle. Car comprenons-nous ce que nous entendons ? Elle force à nous interroger. D’ailleurs : savons-nous ce que nous disons ?