Georges-Arthur Goldschmidt

Mes interrogations sur la traduction m’ont amené à m’intéresser à Georges-Arthur Goldschmidt. (Emission qui lui est consacrée.) Les circonstances de l’histoire ont fait qu’il a commencé sa vie en Allemagne et qu’il l’a poursuivie en France. En outre, il a un talent d’écrivain. Ce qui fait de lui le traducteur idéal. En particulier celui de Kafka.

Il observe que le français diffère fondamentalement de l’allemand. Le premier est une langue de concepts, le second, une langue de réalisation, terre à terre. Ce qui correspond bien aux caractères de nos deux pays. Mais ce qui explique aussi de fâcheuses confusions : nos philosophes ont cru trouver dans l’oeuvre d’Heidegger, par exemple, une complexité qui n’y était pas. Les idées dont on ne parle qu’avec stupeur et tremblements (cf. le dasein), en se perdant dans des considérations sans fin concernant leur signification, sont employées par le petit peuple !

Plus curieux, la traduction que Vialatte a faite de Kafka semble pleine de fautes, mais cela ne tiendrait pas à lui, mais à son temps, qui lui imposait un certain style et certains mots. D’ailleurs, beaucoup de concepts ne peuvent se traduire.

La traduction est un remarquable exercice : un défi à notre paresse naturelle. Car comprenons-nous ce que nous entendons ? Elle force à nous interroger. D’ailleurs : savons-nous ce que nous disons ?

Traduction

Originale traduction de la Bible. On associe des spécialistes de l’hébreu et des écrivains. Les uns traduisent en mot à mot, les autres écrivent le texte final. Il semblerait que ce soit comme cela que Proust ait procédé pour traduire Ruskin (sa mère traduisant le texte mot à mot).

L’idée semble bonne. Seulement, en écoutant une comparaison entre une ancienne traduction et celle-ci, j’ai pris conscience que la Bible est avant tout un guide pratique, et que l’envolée lyrique ne lui est guère appropriée.

De l’intérêt d’une bible en latin ou en version originale ? Il n’y a pas de problème de traduction, puisque le lecteur est obligé de faire un travail d’exégèse ? C’est un lourd investissement, mais il n’y a peut-être pas de religion sans effort ? Serions-nous, fondamentalement, un peuple de mécréants ?

Emission qui a inspiré ces considérations.

(En Angleterre et en Allemagne, on apprenait, quasiment, à lire dans la Bible. En France, on faisait, un temps, quelque chose de ressemblant avec Corneilles et Racine.)

Marcel Schwob

France culture rediffuse une émission consacrée à Marcel Schwob.

Il est totalement oublié alors qu’il aurait eu une considérable influence sur les écrivains de son temps.

L’émission parlait d’un roman qui eut du succès, des nouvelles apparemment un rien absurde, et une surprenante traduction de Hamlet. Traduction qui m’a fait penser qu’il était peut être absurde de s’attacher servilement au texte initial. Pourquoi ne pas en tirer des interprétations nouvelles, s’il en a le potentiel ?

Trahison automatique

Je ne voulais pas passer de temps à traduire. J’ai utilisé le traducteur automatique de Word. Surprenant. Très « colloquial ». Je n’aurais jamais écrit comme cela.

Mais, en relisant, je constate que ce qui m’épate n’est peut-être pas juste. En fait, ce qui se comprenait très bien en français n’était pas réellement clair. Il était même un peu paresseux. Plus exactement, c’était une forme de figure de style. Une façon de rendre l’article agréable à lire en reprenant les usages de la langue parlée. La machine a procédé à une traduction littérale.

Curieusement, la même mésaventure était survenue avec un traducteur humain. Je comptais faire traduire mon premier livre. Une traductrice anglo-saxonne fait un test. Son travail paraît impeccable. Jusqu’à ce que je prenne conscience qu’il y a complet contre-sens. Ce que j’écrivais n’était pas aussi évident que je le pensais.

Il est possible, donc, qu’il faille s’adapter à la machine, si l’on veut être traduit correctement. Et que la machine ne puisse comprendre la subtilité de la pensée humaine, justement parce que cette pensée ne s’exprime pas d’abord de manière écrite, mais par la parole. Donnons des oreilles à l’intelligence artificielle ?

Amicalement vôtre

Le hasard m’a amené à lire la fiche que wikipedia anglais consacre à The persuaders, la série américaine qui se nomme « Amicalement vôtre », chez nous.

Courte série, qui n’a connu qu’une saison, et qui n’a pas eu le succès attendu dans le monde anglo-saxon, mais, qui a réussi, quasiment, partout ailleurs. (Et que j’ai découverte, dans mon enfance, en lisant Pif, illustré communiste, que je trouvais dans la salle d’attente du coiffeur de ma ville communiste.)

Tout ce succès semble tenir à la traduction. La série jouait sur une antithèse culturelle : la différence de langue entre l’aristocrate anglais, et l’Américain. Comme c’était intraduisible, il a fallu trouver un autre artifice. Ce qu’auraient fait les Allemands. Curieusement, le doublage français serait une traduction de l’allemand…

« On peut violer l’histoire à condition de lui faire de beaux enfants. » aurait dit Alexandre Dumas. En ce qui concerne la traduction, c’est une condition nécessaire ?