Occident : l'empire des Idées ?

Je lis Bergson. Il affronte Kant. Car Kant croit que l’homme obéit au modèle de la mécanique classique. Donc qu’il est mécanique. Une erreur qui peut avoir de graves conséquences, si elle est traduite en politique.
En fait Kant est la règle pas l’exception. La particularité de l’Occident, c’est l’Idée, au sens de Platon. En Orient, c’est l’équilibre social qui compte. Nous sacrifions tout à elle, sans nous préoccuper de ses conséquences. Si bien que l’Occident procède par « destruction créatrice ». Chaque nouvelle idée veut asservir l’homme. Totalitarisme. Ce qui produit une révolte, au sens de Camus.

Théorique ? Soit un milliardaire de la Silicon Valley. Pendant des années il se concentre sur une tâche extraordinairement étroite. Par exemple, il va programmer. Il réussit. Il est milliardaire. Et alors, il veut imposer au monde sa façon de voir. On pourrait dire de même de n’importe quel penseur. L’Occident c’est cela : des gens extrêmement limités qui croient avoir trouvé le Graal et partent en croisade pour l’imposer au monde par le lavage de cerveau. Pas question d’envisager les conséquences de leurs actes, ils sont guidés par Dieu. (Où ils sont Dieu.)

(Remarque. Ce processus n’est-il pas rendu possible par le fait que ceux qui profitent de l’idée ne sont pas ceux qui en subissent les conséquences ? Une réelle société démocratique où chaque homme a à peu près le même degré de conscience le laissera-t-il se perpétuer ?)

Laisser-faire et autocontrôle

L’idéologie du laisser-faire (le libéralisme de droite) prétend qu’il n’y a qu’un choix entre elle et le totalitarisme de l’Etat. Faux, il y a aussi l’autocontrôle. La main invisible de la société contrôle le comportement de ses membres. Et l’Etat n’est qu’une partie, ayant une autonomie limitée, de ce dispositif de contrôle.
Exemples d’autocontrôle social ? Code de la route, qui fonctionne avec peu de gendarmes. Mais aussi politesse, ou langage, ou même mode vestimentaire. Et, en moins réussi, Wikipedia. Là où les lois ne sont pas respectées, c’est que l’autocontrôle est difficile. La loi efficace (appliquée scrupuleusement) est celle qui s’appuie sur des forces sociales favorables. Il est dommage que nos législateurs ne l’aient pas compris.
(Et l’autocontrôle a son prix Nobel.)

Les promesses trahies d’Internet

Je crois que la plus fausse d’entre-elles a été la promesse d’un monde libertaire. (Cf. HUITEMA, Christian, Et Dieu créa l’Internet, Eyrolles,1996.) Car Internet, ressemble de plus en plus à un avatar du totalitarisme ! Non seulement, il n’y a pas de place pour les petits, mais une seule société s’accapare un marché ! Et aussi, c’est la NSA et Google, qui veulent savoir tout sur tout le monde, mais aussi Facebook, outil de flicage domestique. 

Et si les prochaines générations, contrairement à ce que l’on nous dit, fuyaient Internet comme la peste ?  

La France, dictature soviétique ?

Derrière tout général de l’Etat major, il y a maintenant un énarque, me disait un ancien officier. Ce qui m’a fait penser à deux choses :

  • C’est un montage soviétique. Sur le modèle révolutionnaire français, le KGB était supposé représenter le peuple. A côté de chaque décideur important, il y avait donc un membre du KGB. 
  • La France est dirigée par l’ENA depuis bien longtemps. Je doute que peu de gens estiment que ce soit une réussite. L’ENA fera-t-elle mieux à la tête de l’armée ? Mon interlocuteur en doutait. 

Le problème actuel de la France serait-il que le pyromane a pris les commandes de la brigade de pompiers ?

Les cheveux du baron de Münchhausen de Paul Watzlawick

De la psychologie aux évolutions de notre société. Une dizaine d’années d’articles et conférences de Paul Watzlawick. (WATZLAWICK, Paul, Les cheveux du baron de Münchhausen, Seuil, 1991.)
Au début, Wittgenstein et autre Gödel, et derniers travaux de la philosophie et de la science. Paul Watzlawick est l’élément avancé de la marche triomphale du progrès scientifique. Mais, cet élan s’essouffle. Ces travaux si mystérieux, ces noms à qui l’avenir semblait promis ne nous impressionnent plus. Ils n’ont pas eu de successeurs. Et le doute et l’inquiétude surgissent à la fin de l’ouvrage. Quelques idées que je retiens :
Le pragmatisme, que j’ai découvert récemment, a exercé une influence dominante sur les travaux de Paul Watzlawick. La Systémique et la Cybernétique (que je ne distinguais pas nettement), seraient d’une importance moindre.
Paul Watzlawick commence par dire qu’il n’y a pas d’individu malade (psychologiquement). Ce sont les relations entre hommes qui peuvent l’être. Ce qui m’a surpris. Car il me semble qu’un homme lui-même peut-être un système ; en outre, l’homme est pris dans de multiples relations, dont très peu sont durables. Mais, avec la définition de la réalité qui va suivre, le propos change. On passe de la relation à l’individu.
Il insiste ensuite sur la communication. L’homme ne serait homme que si ce qu’il prétend être (sa réalité) est reconnu par l’autre. (Mais alors, comment expliquer le solitaire, dans ces conditions ?)
Nous en arrivons à la définition de la réalité. Nous avons besoin de donner un sens à notre vie. De ce fait, notre esprit interprète le  monde physique. Nous lui inventons des règles. Ce que nous appelons « réalité » est un « jeu ». Ce jeu est par nature contradictoire, puisqu’il prétend définir le monde, alors qu’il ne peut pas se définir lui-même. Quand il touche à ses limites, il produit un cercle vicieux. « Jeu sans fin » : forme de folie. A moins que le système n’ait la capacité à se remettre en cause. Ou qu’une influence extérieure, un thérapeute par exemple, l’aide à sortir de son jeu en inventant un autre jeu. (C’est l’effet Münchhausen : transformer la réalité en la redéfinissant.)
Le monde serait-il une illusion de l’esprit individuel ? J’en doute. Car cet esprit est connecté à tout un univers, qui doit bien lui faire sentir son influence. Paul Watzlawick est-il peu pragmatique ? Il sombre rapidement dans une « universalisation » ? (Ce qui ne remet pas en cause la puissance et l’utilité pratique des concepts qu’il manipule.)
Curieusement, la suite du livre explique les dangers d’une telle attitude, croire en des idées absolues, qui conduit, justement, à un jeu sans fin. Paul Watzlawick modélise l’effet de l’idéologie, c’est-à-dire le totalitarisme. C’est bien plus terrifiant et convainquant que ce que dit Hannah Arendt. A l’origine de l’idéologie est un oisif qui cherche un peu d’excitation dans sa vie. Un théoricien. Supposée faire le bien de l’humanité, il est logique qu’elle se répande d’elle-même, pensent ses zélateurs. La résistance qu’elle rencontre les surprend. Elle prouve qu’il y a des forces du mal. Ce qui légitime l’action violente pour l’extirper. En fait, la terreur est le principe du totalitarisme (« principe »  est entendu au sens de Montesquieu). Puisqu’elle prétend définir le monde, elle n’accepte pas qu’il fasse mentir ses prévisions. Quand c’est le cas, il doit y avoir des coupables. Purges. Autre caractéristique du totalitarisme : il détruit l’homme. Et ce par l’injonction paradoxale. Car, le totalitarisme exige qu’on l’aime spontanément ! (Puisqu’il est le bien de l’homme.) Ce qui ne peut que conduire à la schizophrénie. Au renoncement à son libre arbitre, à être homme.
Qu’est-ce que le totalitarisme ? C’est ce que Paul Watzlawick appelle un « système pathologique ». Ce système n’a pas la capacité de « changer ». Il crée un univers kafkaïen.
Comment savoir que l’on est dans un tel système ? L’énantiodromie. On obtient le contraire de ce que l’on veut. Notre monde en présente les symptômes. Notre science, notre développement… se retournent de plus en plus contre l’homme… Une des idéologies qui nous menace est la « digitalisation » (il écrit il y a 30 ans !). Les héros de la Silicon Valley rêvent de faire ressembler l’humanité aux 0 et 1 d’un ordinateur ! 
Comment se sauver ? En inventant une science du changement qui renonce à imposer par magie à l’humanité un bonheur théorique et parfait. 

Le totalitarisme aurait-il vaincu Internet ?

Et Dieu créa l’Internet a écrit un polytechnicien, dans les années 90. On pensait alors qu’Internet signifiait la fin des monopoles publics, de l’Etat, la liberté, en bref.

Depuis l’affaire Snowden les choses ont curieusement changé. La paranoïa gagne Internet. Partout, on voit la main des services secrets américains. On en vient même à se demander s’ils n’ont pas infiltré la communauté libertaire de l’opensource. On commence à ne plus avoir confiance en rien et en personne.

Le plus étrange dans cette histoire est que Big Brother soit américain. L’Américain serait-il terrorisé par la liberté ? Ne l’accepterait-il que manipulée ? L’Amérique serait-elle, culturellement et fondamentalement, totalitaire ?

(HUITEMA, Christian, Et Dieu créa l’Internet, Eyrolles, 1995.)

Google, force du totalitarisme ?

Le projet de Google glass est d’enregistrer notre vie. Pas uniquement ce que nous voyons, mais aussi l’information qui va avec (dont nos sentiments). Puis de faire de cela un bien commun, accessible à tous. En outre, nous serons désormais connectés en permanence à Internet. Or, pour que les effets de cette innovation se fassent sentir, il suffit qu’une minorité y trouve des bénéfices, secondaires, et l’adopte. The Economist suggère de s’émouvoir de la question.
L’irresponsabilité serait-elle une caractéristique génétique de l’entreprise ? Les assureurs se réassurent, pourquoi ? Du fait d’un biais de la loi. Elle demande des garanties plus faibles aux réassureurs qu’aux assureurs. En se réassurant, les assureurs augmentent leurs risques (et, surtout, les nôtres) ! De même, on s’est rendu compte que les entreprises faisaient appel au leasing parce qu’il n’était pas comptabilisé de la même façon que les dettes.
Nouveau succès économique pour l’Allemagne. Elle a libéralisé la prostitution. L’industrie emploie maintenant 400.000 personnes, avec 1m de visiteur unique jour. En Chine, Xi Jinping se saisit des leviers du pouvoir. Pour le reste, il annonce qu’il va libérer un peu plus les forces du marché. Mais les voies de la Chine sont impénétrables. En Inde, le parti du Congrès serait sur le point de se faire balayer par un démagogue. L’Amérique ne veut plus entendre parler d’intervention extérieure. Israël ne parvient plus à influencer ses vues sur l’Iran. La guerre en Afghanistan a soudé les forces de l’OTAN. Comment les conserver en état de marche, maintenant ?
On commence à dire que le gaz de schiste serait une mauvaise affaire. Mais The Economist pense que ses bénéfices peuvent provoquer un renouveau notable de l’économie américaine, à défaut d’une révolution. Notamment en ramenant sur son territoire des entreprises fortement consommatrices d’énergie. Et en favorisant l’activité économique qui va avec (construction d’usines, de routes, etc.).
L’Angleterre est en croissance. Mais la population n’en profite pas. Ses revenus sont érodés par l’inflation. Le gouvernement anglais repousse les dossiers épineux à plus tard. Le corps politique se fragmente, ce qui n’est pas compatible avec le bipartisme, principe fondateur de la démocratie anglaise. Le gouvernement est paralysé.
Amérique éternelle. Les principes de la justice américaine n’auraient-ils pas évolué depuis le Moyen-âge ? Par exemple, les pauvres peuvent être condamnés à perpétuité pour des peccadilles. Il semble que la vie du pauvre n’ait aucune valeur. Armstrong, personnification de l’esprit américain ? Il optimisait son corps, comme il optimisait tout ce qu’il utilisait, pour aller au delà des limites. Quant aux origines de la presse américaine elles se trouvent dans la lutte contre les barons du capitalisme des années 1900. Le parti républicain était son allié. Il voulait améliorer la vie de l’Américain. 
Les dirigeants d’entreprise découvrent les mérites de la méditation. Et les inconvénients des systèmes d’évaluation de leurs employés (ils visaient à les débarrasser des moins performants, et à stimuler les autres).
Qu’est-ce que la beauté ? Le signe que nous sommes apprivoisés. Chez l’homme comme chez l’animal, comportement et apparence sont liés. Et l’évolution de notre apparence marque la prise de pouvoir croissante des impératifs sociaux. Pourquoi les enfants n’aiment-ils pas les légumes ? Probablement parce que, jadis, ils étaient dangereux pour la santé.

Quand vouloir s'oppose à pouvoir

« Qui veut peut » dit M.Sarkozy. Il a bien tort. Un des enseignements que j’ai retirés de ma cohabitation avec le changement est que l’on obtient rarement ce que l’on veut d’un groupe d’hommes. Surtout lorsque cela paraît dans l’ordre des choses.

Exemple : la relation parent enfant. Il paraît logique que l’enfant garde des liens de confiance avec ses parents. Or, il suffit que ceux-ci le veuillent un peu trop pour que le contraire se produise. Pourquoi ? Parce qu’en voulant s’attacher leur enfant, les parents écrabouillent son libre arbitre. Et cela, ce n’est pas permis. De deux chose l’une. Soit il va réagir brutalement. Soit il va sortir handicapé de l’exercice, et ne va pas en être reconnaissant à ses parents. Qu’aurait-il fallu faire ? Prendre le risque de ne pas être aimé. Autrement dit laisser à l’enfant la possibilité d’exprimer sa volonté, de découvrir que ses parents ne lui ont pas été uniquement imposés par la nature, mais qu’ils ont aussi des qualités qui les rendent aimables. Ou encore, ne pas le considérer comme une chose.

Les mêmes causes produisent les mêmes effets dans la société. Il suffit qu’un dirigeant veuille faire preuve d’une autorité qui semble aller de soi pour qu’il soit l’objet d’une fronde. Nos gouvernants, pas seulement M.Sarkozy, en font l’expérience tous les jours. Diriger, c’est respecter l’autre.

la dysfonction apparaît comme la résistance du facteur humain à un comportement qu’on essaie d’obtenir mécaniquement. (Michel Crozier)