Olivier Todd

Olivier Todd était invité d’A voix nue, de France Culture. Du peu que j’en ai entendu, j’en ai retenu « relations et provocations ». Du fait de son père (Emmanuel) et de son grand père (Nizan), il a eu immédiatement d’énormes relations, on a parlé de lui. Et son oeuvre a la vertu de choquer. Voilà un bon cocktail pour être une vedette des médias.

Quant à la dite oeuvre, elle mériterait certainement d’être étudiée. Elle me semble basée sur le croisement entre des cartes représentant la structure familiale et un phénomène à expliquer. Alors, n’y a-t-il pas le risque de tout expliquer en termes de famille ? Et surtout de confondre cause et corrélation ?

Albert Camus

Albert Camus n’était pas celui que je croyais.

Il n’était pas existentialiste ! Pour lui l’existentialiste était allemand, alors qu’il aimait les philosophes grecs.

Il n’était pas non plus philosophe, il se voulait artiste. Et l’absurde n’a pas été important pour lui. En fait, c’est peut-être plus sa vie que son œuvre qui est digne d’intérêt. Homme de convictions et de doutes, il a « osé penser », selon la devise de Kant.

Il s’est « révolté », il s’est dressé contre les dogmatismes. Il a cherché une « troisième voie » entre les pensées totalitaires de gauche et de droite. Ce qui lui a valu la haine de l’intelligentsia parisienne et de la presse, qui un moment l’avaient cru l’un des siens. (La droite a cherché à le récupérer, jusque dans la tombe : M.Sarkozy a voulu le transférer au Panthéon !)

Il s’est ainsi permis de critiquer l’Union soviétique, encensée par Sartre, ainsi que le terrorisme et ses victimes innocentes en Algérie, où il désirait qu’il y ait accord entre ses « peuples » européen et musulman (à l’image de ce qui s’est fait par la suite en Afrique du sud).

Il a aussi été le premier à s’inquiéter de la bombe atomique (immédiatement après Hiroshima), et n’a jamais oublié les Républicains espagnols victimes de Franco.

Algérien, venu du peuple le plus pauvre (père mort à la guerre de quatorze, mère servante et quasi handicapée mentale), souffrant toute sa vie de tuberculose, remarqué par un instituteur qui lui a permis de poursuivre ses études, résistant… il est resté fidèle à ses origines. Il a préféré sa mère à la justice : les hommes, les petits, à des concepts abstraits, qui n’ont peut-être que pour seul usage de les asservir.

TODD, Olivier, Camus, une vie, Folio, 1996. 

Emmanuel Todd

Un article qui semble un cri de révolte (désespéré ?) contre N.Sarkozy :

Tout d’abord une analyse qui contredit ce que j’entends de la radio :

en 1994, la carte du vote FN était statistiquement déterminée par la présence d’immigrés d’origine maghrébine, qui cristallisaient une anxiété spécifique en raison de problèmes anthropologiques réels, liés à des différences de système de mœurs ou de statut de la femme. Depuis, les tensions se sont apaisées. Tous les sondages d’opinion le montrent : les thématiques de l’immigration, de l’islam sont en chute libre et sont passées largement derrière les inquiétudes économiques.

La réalité de la France est qu’elle est en train de réussir son processus d’intégration. Les populations d’origine musulmane de France sont globalement les plus laïcisées et les plus intégrées d’Europe, grâce à un taux élevé de mariages mixtes. Pour moi, le signe de cet apaisement est précisément l’effondrement du Front national.

Sur les moteurs de l’élection de 2007 :

La poussée à droite de 2007, à la suite des émeutes de banlieue de 2005, n’était pas une confrontation sur l’immigration, mais davantage un ressentiment anti-jeunes exprimé par une population qui vieillit. N’oublions pas que Sarkozy est l’élu des vieux.

Sur N.Sarkozy (avant un parallèle avec les méthodes fascistes) :

Je n’ose plus dire une droite de gouvernement. Ce n’est plus la droite, ce n’est pas juste la droite… Extrême droite, ultra-droite ? C’est quelque chose d’autre. Je n’ai pas de mot. Je pense de plus en plus que le sarkozysme est une pathologie sociale et relève d’une analyse durkheimienne – en termes d’anomie, de désintégration religieuse, de suicide – autant que d’une analyse marxiste – en termes de classes, avec des concepts de capital-socialisme ou d’émergence oligarchique.

Que va devenir la France, si M.Sarkozy suscite de telles réactions de rejet, de son propre camp, et se maintient au pouvoir ? Un nouveau type de guerre de religion ?

Compléments :

Protectionnisme

Le protectionnisme : on en cause beaucoup.

Un raisonnement élégant d’Emmanuel Todd, trouvé dans La crise, par où la sortie ?

Le libre-échange n’est pas une mauvaise chose en soi. Une partie de l’argumentation libre-échangiste est valable : réalisation d’économies d’échelle ; spécialisation des pays selon leurs compétences de production, etc. Mais l’extension démesurée du libre-échange a renvoyé le capitalisme à sa vieille tradition qui est celle d’une sorte de retard tendanciel de la demande par rapport à la croissance de la production.

Qu’est-ce qui se passe sous un régime de libre-échange ? Les entreprises, les unes après les autres, se positionnent non plus par rapport à une demande intérieure, à l’échelle nationale, mais par rapport à une demande de plus en plus perçue, dans la réalité mais aussi de manière un peu mythique, comme une demande extérieure.

Conséquence : les entreprises ne perçoivent plus les salaires distribués comme une contribution à la demande intérieure mais plutôt comme un coût qui les empêche d’être compétitives vis-à-vis de leurs concurrents mondiaux. Essayez d’imaginer ce qui se passe si toutes les entreprises, partout sur la planète, entrent dans une logique d’optimisation et de compression du coût salarial : vous arrivez à la situation actuelle ! Qui plus est, ce mécanisme est aggravé par l’arrivée de pays émergents, comme la Chine.

Cette ligne directrice permet de comprendre la crise actuelle. D’un côté, pour la majorité de la société, on assiste à un écrasement de la consommation, avec une montée des inégalités. De l’autre, un afflux d’argent au cerveau qui explique la spéculation financière. Tant que les gouvernants n’auront pas compris cela, nous ne nous en sortirons pas. C’est sympathique que le G20 se réunisse le 2 avril, à Londres, sauf qu’il va se réunir pour dire qu’il faut empêcher toute mesure protectionniste…

Je découvre par ailleurs une étude de deux économistes qui semblent convaincus que, contrairement à ce qui était affirmé jusqu’ici, il faut une très faible dévaluation d’une monnaie pour que la demande intérieure préfère sa production nationale à ce qu’elle achetait ailleurs. Bref pas besoin de mesures protectionnistes, le marché est naturellement protectionniste !

Tout ceci signifie probablement que la croyance en un marché mondial qui va spontanément faire le bonheur collectif ne plaît plus. Les nations redécouvrent leur marché intérieur et vont devoir reconstituer un tissu économique propre qui puisse un jour produire une offre originale que d’autres nations auront envie d’acheter.

Compléments :