Jihad américain

Le journal The Economist s’intéresse cette semaine à l’avenir d’Al Caïda, le gouvernement français considère le terrorisme islamique comme une menace que doit prendre au sérieux l’armée… Le terrorisme islamique est devenu une force avec laquelle il faut compter. Au fait, d’où vient-il ? Deux pistes :

  • Charlie Wilson’s war (film de Mike Nichols de 2007). Charlie Wilson est le nom d’un parlementaire américain. Il a convaincu les USA de consentir des crédits énormes aux combattants afghans qui affrontaient l’Union soviétique. Ce faisant il en a provoqué la dislocation. Le message principal du film ? Les USA se sont désintéressés de l’après défaite russe. Ils ont ainsi fait le jeu du fondamentalisme musulman. Dommage, il aurait fallu peu de moyens pour l’éviter.
  • Comment le Jihad est arrivé en Europe (livre de Jürgen Elsässer, Xenia, 2006) développe cet argument. La menace islamique résulte d’une stratégie utilisée depuis longtemps par les Anglo-saxons, et un moment par les Nazis : se servir des musulmans comme arme contre le Slave. Les États-Unis lui ont apporté leur très particulier art de la mise en œuvre : ne pouvant pas directement équiper les combattants musulmans, ils ont demandé à l’Iran d’être leur intermédiaire…

Caractéristique culturelle de l’Amérique :

  1. un souci exclusif du très court terme,
  2. l’utilisation de moyens massifs pour arriver à ses fins,
  3. des retombées tout aussi massivement imprévues.

Ce biais n’affecte pas uniquement la nation américaine : la mise en oeuvre des stratégies d’entreprise en est souvent victime. Le dirigeant croit à tort que le monde est « linéaire », il ne voit pas les conséquences à long terme de ses actes. Elles lui sont défavorables. Comment éviter ce biais ? Trois idées :

  1. Être conscient du piège. Si les gouvernants américains étaient convaincus de l’importance du long terme et des menaces que font courir au monde leur mode actuel de décision, ils trouveraient mes deux autres idées. Et nous-nous en porterions mieux.
  2. Faire concevoir la mise en œuvre du plan par ceux qui sont les mieux placés pour en voir les conséquences. Pour l’entreprise, ces personnes sont celles qui doivent mettre en œuvre la stratégie (les collaborateurs directs du dirigeant), assistés des « hommes clés » qui disposent des informations qui leur manquent.
  3. Surtout, en contrôler la mise en œuvre. Un changement ne doit jamais être laissé à lui-même. Il ne doit pas être lancé si on n’a pas la certitude que 1) l’on est capable de détecter rapidement un dysfonctionnement ; 2) l’on dispose des moyens de réagir et de l’éliminer immédiatement. Pour l’entreprise, l’équipe d’animation du changement est la pièce clé du contrôle du changement.

Pour en savoir plus :

De la démocratie en Amérique, Alexis de Tocqueville

TOCQUEVILLE (de), Alexis, De la démocratie en Amérique, Flammarion, 1999.

Tocqueville, grand aristocrate, voit son monde disparaître. La démocratie qui s’annonce menace de niveler tout ce qui était beau et grand. Certes, la montée de l’égalité est inéluctable, mais ne peut-on pas la diriger afin qu’elle ne se transforme en une dictature d’un seul, ou de la majorité ? Tocqueville, disciple de Montesquieu, part aux États Unis, nés démocratie, pour y chercher l’inspiration.

L’analyse joue du paradoxe. La chance des États-Unis, c’est d’être isolés, ils ont pu développer un type de gouvernement qui aurait été impossible s’ils avaient dû faire face à des guerres permanentes (qui force à la concentration du pouvoir). Le mécanisme de pilotage de l’ensemble est surprenant : un gouvernement central faible, qui n’attire que les médiocres (ce qui limite les risques de despotisme), des États forts, soudés par de mêmes intérêts ; un pilotage central qui ne joue pas avec les états, mais avec les individus de ces états, par le biais du judiciaire (si une loi d’un État est mauvaise, elle aura de fortes chances d’être attaquée en justice par un particulier, l’arrêt fera jurisprudence).

Quelques autres idées : l’importance de l’équilibre entre l’exécutif, le législatif et le judiciaire qui bloque efficacement les risques de despotisme ; le rôle de la commune, fort autonome, où tous les magistrats sont élus (contrairement à la France), comme école de la démocratie ; mais ce qui tient ensemble l’édifice américain, c’est avant tout des mœurs à la fois communes à tous ses habitants et propices à la démocratie, et, dans une moindre mesure, des lois adaptées.

Mes commentaires, du moment :

Il n’y a peut-être rien de plus actuel que le projet de Tocqueville. Car le changement que la planète subit est là. C’est la marche victorieuse de la démocratie. Et comme l’a compris Tocqueville c’est un changement extrêmement dangereux. Et exactement pour la raison qu’il a perçue : son succès est une question de mise en œuvre. Mais, attention à la malédiction qui plane sur tout changement : une brillante idée théorique, qui échoue faute de mise en œuvre adéquate.

La démocratie telle que la vit un tout petit nombre de pays occidentaux est le fruit d’une très longue mise au point. Aujourd’hui, la démocratie nous semble couler de source. Et c’est pour cela que nous trouvons injuste que la population de la planète n’adopte pas nos valeurs. D’ailleurs elle a un pouvoir de séduction extraordinaire : elle révèle à l’individu son individualité, ses droits. Soudainement il se découvre enchaîné et ne demande qu’a se débarrasser de contraintes insupportables.

Or, ces contraintes étaient ce qui permettait jusque-là à la société de fonctionner. Par exemple, le mécanisme indien des castes est un moyen de division du travail, pas un système d’oppression. L’application du modèle occidental conduit au conflit entre castes. C’est ainsi que la démocratie a suscité le réveil des nationalités en URSS, d’où anarchie. Il en serait de même en Chine, si le pouvoir central ne dirigeait pas le pays d’une main de fer. Pour la communauté impréparée, la démocratie est un poison.

La démocratie exige en premier lieu un peuple uni par des valeurs communes. Ensuite, ces valeurs doivent être mûrement choisies pour qu’elles constituent un régime qui encourage ce qu’il y a de mieux en l’homme, et non le contraire.

Il est tentant pour l’Occident de jouer sur l’attrait de la démocratie, et sur le manque de maturité démocratique du reste du monde, pour le désorganiser et en tirer quelque intérêt à court terme. Il possède pour cela des armes redoutables, les ONG n’étant pas les moindres. Ce faisant il menace de disloquer les pays concernés. Les réflexes ancestraux de maintien de l’ordre ressurgissent alors, et ils sont attentatoires aux droits de l’homme.

L’Occident ferait bien mieux d’aider ces contrées à acquérir les techniques de mise en oeuvre du changement démocratique : les méthodes qui lui ont permis de devenir une démocratie, sans se disloquer, et sans brutaliser ses citoyens.

Références :

  • Sur les tensions subies par la Chine : BILLETER, Jean-François, Chine trois fois muette : Suivi de Essai sur l’histoire chinoise, d’après Spinoza, Allia, 2006 (à noter que l’auteur propose un changement à la Chine qui semble un des plus irréalistes qui soit).
  • Sur la tentative récente de plaquer les concepts de l’économie de marché occidentale sur la Russie : Changement en Russie
  • Sur l’organisation des castes en Inde : DUMONT, Louis, Homo hierarchicus: Le système des castes et ses implications, Gallimard, 1979.

Droit naturel et histoire

STRAUSS, Léo, Droit naturel et histoire, Flammarion, 1986. Croire qu’il existe un « droit naturel », c’est croire qu’il existe des règles éternelles qui doivent guider nos décisions. C’est une idée qui a marqué l’antiquité et les Lumières. L’époque contemporaine, par contre, penche pour le « relativisme » : pourquoi certaines valeurs seraient-elles meilleures que d’autres ? Mais alors, comment prendre une décision ? Leo Strauss analyse l’évolution du concept, chez ses promoteurs.

Quelques réflexions venant de la rencontre entre ce livre et mon expérience :
  • Tout d’abord, le droit naturel n’est pas nécessairement prescriptif, ce n’est pas un programme qu’il faut suivre pour faire le bien, c’est plutôt « une hiérarchie universellement valable de fins » qu’il faut chercher à atteindre (Platon / Aristote).
  • Le deuxième grand moment du droit naturel sont les Lumières. En France comme en Angleterre, on interprète les préjugés de son groupe social comme des lois universelles. Un basculement se produit. D’un seul coup, l’individu a tous les droits. « Droits de l’homme » doit s’entendre en opposition à « devoirs ». L’homme n’a pas de devoirs, il est totalement indépendant de la nature. L’univers est là pour être exploité, sans arrière pensée (Hobbes).
  • L’ethnologue Malinowski montre que les « sauvages » qu’il étudie bâtissent des mythes pour justifier leur édifice social. De même Locke construit-il un montage d’une grande complexité pour justifier les droits de propriété des possédants de son époque.
  • Une idée semble faire l’unanimité dans la société anglaise d’alors, elle est au cœur des travaux d’Adam Smith, fondateur de la science économique : ce qui fait le bonheur universel c’est la poursuite de son intérêt égoïste par l’individu.
  • Burke, qui partage beaucoup de ces points de vue, s’élève contre l’usage radical qu’a fait la révolution française des conclusions tirées par les penseurs français de l’analyse du droit naturel. La théorie est dangereuse, le comportement de l’homme doit être guidé par des usages construits par la prudence des siècles.
  • En dehors de cette dernière prudence, ces idées sont au cœur de l’économie moderne, des sciences du management, de la gestion des entreprises et des nations. Tocqueville disait que les principes qui organisent les sociétés ont leurs vices et que gouverner consistait à les éviter. Bien des problèmes que nous rencontrons aujourd’hui sont liés aux « vices » de la pensée qui fonde notre monde. En voir les origines permet de mieux les comprendre.

Références :

  • MALINOWSKI, Bronislaw, Magic, Science and Religion and Other Essays, Waveland Pr Inc, 1992.
  • TOCQUEVILLE (de), Alexis, De la démocratie en Amérique, Flammarion, 1999.

Bill Gates : nettoyage à sec

Bill Gates quitte Microsoft. J’ai envie de dire de lui comme de Pascal : mort de vieillesse à 39 ans. À 52 ans, Bill Gates est l’ombre de lui-même : sa société, certes énorme, ne produit plus rien d’inattendu, ne suscite plus aucun enthousiasme.

  • Tocqueville pensait que le commerce, donc la marine, seraient l’avenir du monde. Pourquoi la marine américaine était elle aussi puissante ? Les Américains construisaient rapidement des bateaux peu solides, et, en les poussant à leurs limites, en couvraient la planète. Ce que produit l’Amérique est peu optimisé, peu durable. Sa force est la vitesse : son économie repère très vite une opportunité et l’exploite tout aussi rapidement. Lorsqu’il partait, le pionnier de l’Ouest faisait brûler sa maison pour en retirer les clous.
  • Bill Gates a été le Tiger Woods de cet art. Un génie presque inconcevable. Pendant trois décennies, il a avancé en marche forcée. Sa conception de la qualité ? Un « quick and dirty » ni fait ni à faire. Aidé par un art du bluff exceptionnel, il a pu ainsi battre à la course tous ses concurrents. Et dominer le monde. Que reste-t-il ? Une sorte de no man’s land sans talent et sans intérêt.

En ce jour de fête nationale américaine, méditons l’exemple de Microsoft : méfions-nous de cet aspect de la civilisation américaine : son développement tend à ne pas être durable, à vider l’existence de ce qui en fait le prix. Aidons-la à faire évoluer ses pratiques. Ne les copions pas.

Références :

  • Sur l’époque où Bill Gates vivait encore : WALLACE, James, ERICKSON, James, Hard Drive: Bill Gates and the Making of the Microsoft Empire, Collins, 2005 (premier tirage en 1992).
  • TOCQUEVILLE (de), Alexis, De la démocratie en Amérique, Flammarion, 1999.
  • Un autre zombie américain : Service rendu à IBM

Louis XVI en leader du changement

TOCQUEVILLE (de), Alexis, L’Ancien Régime et la Révolution, Flammarion, 1985. Ce qui m’a frappé lorsque j’ai lu ce livre est que la France actuelle était déjà telle que avant la révolution :

  • Pouvoir extrêmement centralisé, qui s’appuie sur de « grands commis de l’État » qui ont mis sous tutelle la nation. L’État impécunieux règne et divise, il vend et reprend les charges, multiplie les intérêts catégoriels détruisant ainsi tout frein à la montée du despotisme.
  • Etrange proximité entre les principes fondateurs de la Russie soviétique et les idées des « économistes » des lumières (qui ont aussi inventé le laisser faire).
  • Exemple de « conduite du changement » que ne désavouerait pas l’entreprise moderne : les révolutionnaires appliquent à la nation un modèle abstrait, dont la mise en œuvre aura des conséquences inattendues. Un seul point pratique : ils ont compris l’intérêt du pouvoir central construit par les rois : il est capable de façonner une masse d’hommes totalement égaux. Pour atteindre leurs objectifs, il suffit de convertir l’administration royale en en remplaçant la tête.
  • Exemple d’erreur de conduite du changement : Louis XVI avait commencé à réformer son pays, mais en rompant le statu quo, il montre ses malheurs au peuple, jusque-là indifférent. Plus il réforme, plus le sentiment d’injustice grandit. La révolte est inévitable.
Deux observations:
  1. Enseignement pour tous les Gorbatchev du monde : toute organisation est un équilibre, si l’on relâche quelque part la pression, c’est par là qu’elle va exploser. Enseignement qui est aussi vrai pour l’entreprise. Un exemple pour s’en convaincre. Soit une entreprise mal gérée. Ses membres ont adapté leur comportement à cet état de faits : il s’est dégradé en fonction des règles du jeu ambiantes. Mais ils n’en sont pas conscients, l’incompétence de leur management est la seule chose qu’ils voient. Imaginons qu’un dirigeant veuille réformer la société, ses employés vont maintenir leur ancien comportement, continuant à critiquer et à exploiter les failles du système.
  2. Que faut-il faire ? Mettre l’organisation en face d’un miroir pour lui montrer qu’elle n’est pas irréprochable, puis l’aider à trouver le chemin de la réforme. Et, surtout, contrôler le changement.

L'économie russe depuis 1990

BOUTILLIER, Sophie, PEAUCELLE, Irina, UZUNIDIS, Dimitri (éditeurs), L’économie russe depuis 1990, De Boeck, 2008. Voici un livre sur l’histoire de la Russie depuis 1990. Une quinzaine d’universitaires développent leur thème de prédilection. Cela donne un aperçu peu exhaustif, mais intéressant, de ce qui s’est passé. (Malheureusement beaucoup de fautes de frappe et parfois un Français difficile à comprendre.)

L’histoire récente de la Russie est celle d’un changement. En 1990, le gouvernement russe et l’élite de l’économie anglo-saxonne organisent le pays comme une sorte d’immense marché. Ils veulent éliminer tout obstacle à la concurrence, tout ce qui préexistait. C’est une première : non seulement un tel marché « pur » ne se trouve nulle part, mais encore les grands capitalismes résultent d’une longue histoire, qui leur a permis de construire des infrastructures, et de fortes industries. Ce qu’ils ont fait à l’abri de barrières protectionnistes, qu’ils n’ont entrebâillées que lorsqu’ils ont été sûrs de pouvoir submerger les marchés étrangers de leur production.

L’expérience russe illustre ce que j’observe dans l’entreprise : une idée abstraite que l’on essaie de faire passer en force, la complexité de l’organisation réagit et ramène l’organisation à une sorte de statu quo. Plus précisément :

  • Le pays est immédiatement à genoux. Faillite en 8 ans. Entre-temps son PIB a été divisé par 2, et l’espérance de vie de l’homme russe à reculé de 6 ans (en 4 ans !).
  • Le mécanisme de résistance au changement ressemble étrangement à celui de la « terre brûlée ». (Chaque pays aurait-il un mécanisme de résistance au changement qui lui est propre ?) La Russie se replie sur elle-même, abandonnant ses institutions aux forces réformatrices. Une économie souterraine (troc) se développe. Les entreprises ne font pas ce qui était attendu. Loin d’être poussées par l’instinct aveugle du profit, prévu par la théorie économique classique, elles servent de protection à la communauté…
  • Le pays remis sur pieds ne ressemble guère aux rêves réformateurs. Ne peut-on voir une continuité des Tsars au président Poutine, en passant par le régime soviétique ? D’ailleurs la solidarité du peuple russe n’aurait elle pas sa source dans le comportement des Moujiks ? (Ne retrouve-t-on pas ici les remarques faites sur notre propre révolution ? Tocqueville n’observait-il pas la totale similitude entre la structure de la France sous l’Ancien régime et sous les régimes qui l’ont suivi ? Et comment expliquer que la Russie soit si souvent la proie de « Possédés » ? En utilisant l’argument de Tocqueville pour la France et sa Révolution : une classe dirigeante coupée de la réalité, et donc victime désignée de toutes les idéologies, un pouvoir centralisé, facile à prendre ?)
  • Autre phénomène remarquable : l’émergence de la Mafia russe. Elle était en germe dans l’état soviétique. Le « libéralisme » lui a donné l’occasion de prendre de l’ampleur. Comme les nationalismes qui ne demandaient qu’à émerger et à faire voler en pièces l’Union Soviétique. Voilà une illustration d’un mécanisme décrit dans Conduire le changement : les gestes qui sauvent. Toute organisation est équilibre de forces : le changement, s’il en bride une, permet aux autres de « prendre le pouvoir ».

Les idées qui guidaient les réformes des années 90 ressemblaient étrangement à celles qui avaient le vent en poupe durant la Nouvelle économie. Elles étaient poussées par l’ensemble des universitaires et des classes dirigeantes américaines. Pour eux les entreprises devaient être organisées sous la forme de marchés, « destruction créatrice ». Enron était l’exemple à suivre.
Cette théorie n’a rien de scientifique. Il me semble que quelques personnes l’avaient tirée d’une expérience limitée. De même les intellectuels des Lumières appelaient « lois naturelles » les lois de leur culture. De même, ils étaient tellement sûrs de leur véracité qu’ils n’ont pas hésité à suivre leurs recommandations et à plonger la France et l’Europe dans le chaos.
Comment éviter de tels désastres ? Nos dirigeants doivent se convaincre que les belles idées ne donnent jamais ce qu’elles promettent. Que le monde est trop complexe pour que ses réactions puissent être prévues. Et que leur rôle est non de concevoir des procédures que nous devrons appliquer sans réfléchir, mais les conditions qui nous permettront de trouver les solutions à nos problèmes. C’est-à-dire des mécanismes qui savent exploiter nos compétences, nos différents points de vue… qui sont autant d’éléments des puzzles que nous devons résoudre, pour en tirer des mesures efficaces et leur mise en œuvre. C’est ce que je crois être l’idée même de la démocratie. En tout cas, c’est l’objet de mes livres.
Pour en savoir plus :

Portrait du Français en privilégié

La théorie de la rente de Jacques Delpla me semble une modélisation un peu grossière du comportement du Français. Elle fait croire à tort que le Français maximise ses revenus.

  • En fait, depuis toujours la société française semble s’être divisée en une infinité de castes (ce que d’après certains universitaires nous devrions à nos origines indo-européennes). Les travaux de Tocqueville sur l’Ancien régime le montrent bien. Mais Michel Crozier va plus loin : pour lui, dès que le Français s’empare de quoi que ce soit, il s’en fait un royaume qu’il administre selon son « bon plaisir ». Nos castes sont à géométrie variable.
  • Imaginons que les médecins se comportent ainsi : à l’obtention de leur diplôme ils oublient ce qu’on leur a enseigné et pratiquent leur métier selon leur intuition. Nous ne nous en porterions pas très bien. Mauvais exemple : la médecine est réglementée (mais j’ai rencontré des médecins, il y a quelques années, qui se plaignaient des énormes écarts entre pratiques et voulaient mettre en place des systèmes « d’assurance qualité » ).
  • Tout en France obéit à cette logique, à commencer par la gestion de l’État, qui est le fait de « corps », ou l’entreprise qui s’organise spontanément en « baronnies ».
Ce que l’on reproche au « bon plaisir », ce n’est pas ce qu’il coûte de manière directe, mais ses conséquences indirectes : il plombe la performance du groupe. D’où questions sur l’avenir de la France :
  • La pression internationale nous pousse-t-elle à la rationalité ? « Bon plaisir » condamné à mort ? Avatar de ce que Max Weber appelait le « désenchantement du monde » ?
  • Résultat : une société basée sur une réelle spécialisation, la division des tâches des sociologues (la solidarité organique d’Émile Durkheim) ? Une spécialisation selon nos talents ?