Interprétation

Je retrouve un article concernant le « lean manufacturing ».

Etrange, il y a lean et lean. Le lean initial, dont il est question ici, et le lean « occidental », qui est l’opposé du lean initial. Le lean occidental a pour but d’exploiter l’homme, ou d’en faire un chômeur, le lean initial est construit pour l’homme, autour de lui. Le lean initial est économe de la nature, c’est le contraire pour le lean occidental. Maigre en consommation de ressources naturelles contre hommes maigres.

Voilà un curieux phénomène, dont il est souvent question dans ce blog. La propension de notre société à faire dire aux mots l’exact opposé de leur sens.

D’où cela vient-il ? Thucydide semble l’associer aux périodes d’individualisme forcené. Soudainement, l’homme devient un loup pour l’homme et le langage, une arme.

Forme de perversion narcissique ? L’homme utilise ce qui devrait servir la société (et lui ensuite) à son profit ?

Politique

J’essaie de faire du Trump sans ses effets pervers. Autrement dit, j’aimerais encourager nos « territoires » à prendre conscience de leur potentiel économique.

J’ai repéré un indice qui me signale que je dois passer mon chemin : le mot « politique ».

Contrairement à ce que l’on entend, le monde communal ressemble parfois à notre assemblée nationale. A gauche et à droite on s’y divise en une ribambelle de partis et on s’y étripe sauvagement (souvent à l’intérieur des dits partis). Et plus on porte des valeurs dites « sociales », plus on est asocial. L’intérêt général n’a plus droit de cité. La volonté de puissance est au pouvoir.

Eternel étonnement : « politique » en est venu à signifier l’exact envers de son acception d’origine.

Domination du langage

Le langage est un outil de domination. Application pratique.

Très ancien thème. Les Anglo-saxons parlent de « moment thucydidien ». Lorsque l’individualisme gagne une société, le vocabulaire est détourné de son sens. Thucydide l’avait remarqué, il y a 2500 ans.

Non seulement, les mots disent le contraire de leur sens originel, mais ceux qui les utilisent font aussi le contraire de leurs intentions affichées : ils veulent asservir, en accusant les autres d’asservissement.

Ce que ce phénomène a de regrettable n’est pas tellement lui-même que la réaction qu’il provoque. Rien de mieux pour vous amener une dictature bornée. Malheureusement, en 2500 ans, les sociétés ne sont pas parvenues à se guérir de ce mal.

Société en quête de sens

La grande affaire du moment, c’est le « sens ». Notre vie n’a plus de « sens ». Sentiment général. 

On confond parfois cela avec des mots tels que « transition climatique », « impact », « génération Z », « pénurie RH », « élever des chèvres »… Mais ce ne sont que des symptômes, ou des solutions à un problème qui n’est pas posé.

Le « moment thucydidien » est une idée fixe de ce blog. Notre société ressemble à celle que décrit Thucydide dans sa Guerre du Péloponnèse. 

Le moment thucydidien est un moment de l’histoire où la société est victime d’un coup de folie individualiste. L’homme devient un loup pour l’homme. Les mots, armes d’influence, sont manipulés. La société devient absurde. 

Ce qui a amené les Grecs à devoir remettre de l’ordre dans leurs idées. (L’opinion de Jacqueline de Romilly.)

Nous ferions bien de faire de même ?

(La guerre du Péloponnèse.)

L'âge du néologisme

Romain Gary s’est longtemps cherché un nom d’homme célèbre. Ne réussissant pas, il s’est demandé s’il ne serait pas contraint de faire une oeuvre. (C’est ce qu’il écrit dans La promesse de l’aube.)

J’ai l’impression que ce qui caractérise l’époque passée a été la croyance dans le mot. Orange, Engie, Thalès, Noos… Les programmes politiques, eux aussi, n’ont été que des mots. Les fabricants de mots ont fait carrière. Mais le mot n’est que du vent.

« Mais qu’est-ce que parler en homme ? Ce n’est jamais inventer de nouveaux noms, c’est toujours mieux entendre les anciens noms » dit Alain. Le programme d’un nouvel âge ?

Le préjugé tue

2019, explosion à Paris. Dégâts énormes. La mairie ne bouge pas. Les victimes, parfois horriblement touchées, doivent « se débrouiller » en attendant que la justice veuille bien prendre une décision (ce qu’elle ne semble pas prête à faire). Soudainement, la mairie crée un fonds de solidarité. Explication ? Entre-temps, elle a découvert que fonds de solidarité ne signifiait pas plaider coupable.

Un spécialiste me parlait « d’américanisation ». On a peur des poursuites. D’où une idée totalement fausse du droit. Nous pensons que droit signifie culpabilité. Or, droit signifie victime. Assistance à personne en danger. Le droit n’est pas une question de raison, mais de coeur. Ce n’est qu’après coup que la raison comprend ce que le coeur a fait. Et cela parce que le rôle du droit c’est l’intérêt collectif, parce que l’intérêt général est l’ultime garantie de l’intérêt individuel. Si bien que le principe fondamental du droit, c’est la solidarité ! 

Nous avons vécu au temps de l’économie de marché dont l’hypothèse centrale est que l’individu est une machine qui calcule en permanence son intérêt. Mortelle erreur ? 

(Et les Américains n’ont pas la conception du droit que nous leur prêtons. Ils ne font pas des procès pour faire des procès, mais parce qu’ils croient à la justice.)

Intelligence et mathématiques

Le hasard m’a amené à regarder la fiche wikepedia d’un criminel, qui a terrorisé l’Amérique, à coups de colis piégés, durant plusieurs décennies. On apprend qu’il a un QI exceptionnel (167), et qu’il a été un mathématicien hors pair. Mais il semble n’avoir jamais réussi à s’adapter à la société. 

Son comportement m’a fait penser à celui d’Alexandre Grothendieck, un mathématicien admiré, et qui, lui aussi, ne semblait pas très bien comprendre la société. Et même paraître particulièrement idiot lorsqu’il exprimait une opinion qui ne concernait pas les mathématiques.

Qu’est-ce qu’être intelligent ? Est-ce comprendre ce que personne ne comprend, mais ne pas comprendre ce que tout le monde comprend ? 

Je me souviens avoir disserté sur la question, dans une sorte de prémisse du « grand oral », en seconde. Alors, j’étais parti de l’idée que l’intelligence était la capacité à comprendre (ce qui est la définition du dictionnaire). Il me semble avoir dit que j’eusse préféré qu’intelligence soit entendue comme capacité à décider, correctement. 

En tout cas, j’avais tenu trente minute sur le sujet, sans que mon professeur ne pense à me rappeler que l’exercice ne devait durer que dix minutes. 

En tout cas, comme pour le terme « mérite », on voit ici le danger de la dérive des mots. Certains mots acquièrent une connotation favorable, puis, ils dérivent jusqu’à faire porter cette connotation à une caractéristique qui ne la mérite pas. Voilà qui explique pourquoi Confucius accordait de l’importance au sens des mots, et que l’on ferait peut-être bien de suivre son exemple ? 

Mérite et dignité

On entend beaucoup parler du professeur Michael Sandel, de Harvard. Il réfléchit à un sujet du moment : le mérite (interview). 

Ce spécialiste de la justice a mis un nom sur un changement hautement injuste : la méritocratie. Comme souvent le terme « mérite » cache un sens très particulier. Le mérite c’est le diplôme. Ce n’est pas le mérite de « l’ordre du mérite », ou même du « mérite agricole ». D’ailleurs, ce n’est pas n’importe quel diplôme : c’est le diplôme des « meilleures écoles ». Quelqu’un comme M.Biden, le président américain, qui n’a pas reçu leur formation, n’a pas de mérite…

Ce qui produit « mécaniquement » une énorme inégalité. Puisque, par définition, l’immense masse de la société n’aura jamais de mérite. Voilà qui va bien au delà de la façon actuelle de traiter le problème en France, puisqu’il est vu seulement sous l’angle de la reproduction des élites. (Seuls les enfants issus de certains milieux privilégiés pouvant faire les « meilleures études » donc avoir du mérite, installons des quotas et le problème est réglé.)

Comment résoudre la question ? En remplaçant mérite du diplôme par dignité du travail. Il n’y a pas de sot métier disait-on dans ma jeunesse. Paradoxalement, dignité était peut-être ce que l’on entendait par « mérite », en ces temps éloignés. 

L'âge de la schizophrénie ?

Je cherche un nom pour l’ère qui s’est achevée.

L’âge de la schizophrénie ? Je lisais un article sur « l’identitarisme ». Les blancs y sont anti blancs, les hommes anti hommes, les riches anti riches, les écologistes anti humanité, les défenseurs des droits de l’homme et de la « compassion » anti universalisme, et les intellectuels sans rigueur intellectuelle ! Une science sans conscience. Comment une société peut-elle engendrer un tel phénomène ? 

G.Bateson pensait que la schizophrénie venait de « l’injonction paradoxale » à laquelle était soumise l’enfant par sa mère. Elle lui disait l’aimer, tout en le repoussant. Est-ce cela ? Ou égoïsme triomphant ? Tout est bon pour imposer ses désirs ? A commencer par le langage ? Le phénomène décrit par Thucydide ?…

Mystère. 

Le sens du changement

Dans les milieux d’affaires, on ne s’intéresserait plus qu’à la start up ayant un « impact sociétal », si possible à but non lucratif. On a oublié nos deux millions de PME et leur énorme « impact » en termes d’économie et d’emploi ! 

Et si l’on vivait un changement « à la grecque » ? Jadis, les Grecs ont connu un moment de folie, qui a coïncidé avec l’invention de la raison, et d’à peu près tout ce qui fait notre société actuelle. 

Cette crise de folie semble consécutive à cette « invention » de la raison. Ils l’ont utilisée pour inventer un monde factice. C’est pourquoi on parle aujourd’hui de « sophisme ». La chute fut brutale. De conquérants, ils devinrent précepteurs pour parvenus. Mais, elle leur a révélé la réalité. 

Et si, nous aussi, nous étions en train de nous réveiller ?