EDF

Energetic manoeuvres : y aurait-il lieu de se préoccuper de l’état d’EDF ?

  • La société se serait engagée dans une très ambitieuses stratégie d’expansion internationale (ce qui ferait monter les intérêts de sa dette à 2,5md€) : achat de British Energy (£12,5md) + Constellation (4,5md$).
  • Ses centrales marchent moins bien que celles de ses concurrents (âge, grèves…). Ce qui force EDF à leur acheter de l’énergie.

Retour d’un des vieux démons français, le champion national ? On l’élève à coup d’achats ruineux, dont la société n’a pas les moyens. On pense à France Télécom et à ses 70md€ de dettes, au Crédit Lyonnais et à sa faillite, mais aussi à Thomson que M.Juppé voulait vendre pour 1F. Et à quelques autres.

EDF n’aurait-il pas mieux fait d’investir dans ses installations et de s’occuper de son personnel ?

Compléments :

  • L’article dit aussi que le nouveau dirigeant d’EDF présente l’avantage d’être un ami de N.Sarkozy, mais l’inconvénient de vouloir conserver la direction de Veolia, ce qui pourrait présenter un conflit d’intérêts.
  • Faut il voir dans le peu d’efficacité de la production d’EDF une répétition des problèmes que l’on prête à FT (Efficacité de France Télécom) ?

The digital home

Deux dirigeants d’Orange et de Thomson viennent parler au Club Télécom du numérique à la maison. Réflexions (pas forcément liées à ce qu’ont dit les intervenants) :

  • Ce que veut le marché c’est le « contenu » (informations, films…), or il ne veut pas payer pour. Ce pourquoi il paie est ce qui ne l’intéresse pas : le terminal ou le tuyau. Ces derniers ont réussi un extraordinaire hold up : ils nous ont convaincu que ce que devaient faire les premiers était gratuit. Aujourd’hui, ils sont mal à l’aise : si les fournisseurs de contenu crèvent, que faire ? Investir dans un contenu privé, comme le fait Orange ? J’en doute : ce sera toujours une infime partie du trafic. Faire donner le gouvernement pour qu’il nous force, désormais, à payer pour le contenu que nous utilisons (Hadopi) ? Je ne crois pas qu’il y ait de bonnes solutions. Nous sommes dans un temps de troubles. Ceux qui ont semé le vent vont récolter la tempête (et nous avec). Je leur conseille de lire mon billet sur ce sujet.
  • Contrairement à Schumpeter, je ne crois pas que l’entreprise bureaucratique soit fatalement douée pour l’innovation. Il existe des entreprises qui le sont, comme Bosch (et probablement l’industrie allemande) ou Apple. La plupart des autres (les opérateurs de télécoms, les constructeurs automobiles) ne font qu’exploiter un quasi-monopole. Certes elles se renouvellent (voix sur IP, téléphonie mobile…), mais en se copiant les unes les autres. La logique de ce modèle est grégaire. Par contre, il est dangereux de changer de métier ou de se tromper de modèle : de se penser innovateur quand on est monopole (Alcatel, qui a vendu ses usines, et Thomson, qui a vendu télévisions et écrans).

Compléments :

  • L’histoire d’Internet et de la gratuité : Hadopi bis

Indépendance des Antilles

Hier j’entends parler d’un sondage du Figaro : 51% des métropolitains veulent l’indépendance des Antilles.

Je crois reconnaître ici quelque chose de familier. Il y a quelques années l’état voulait vendre 1F la société Thomson. Elie Cohen avait fait la remarque suivante :

L’Etat est à l’origine de la situation financière très dégradée de Thomson et Thomson Multimédia invoquée pour justifier cette cession. Lorsque, dans les années quatre-vingt, Thomson a décidé d’acheter RCA General Electric aux Américains – on peut discuter ou pas ce choix -, le gouvernement de l’époque l’a approuvé mais il n’a pas donné les moyens à l’entreprise d’effectuer cette acquisition, affaiblissant a priori l’entreprise. Quand l’Etat dit aujourd’hui que l’entreprise est percluse de dettes, qu’elle ne vaut rien et qu’il faut la céder pour le franc symbolique, je rappelle que l’Etat n’a pas joué son rôle d’actionnaire. La recapitalisation proposée aujourd’hui pour la cession à Daewoo est d’autant plus scandaleuse que ce qui est accordé maintenant a été refusé pendant des années à Thomson.

Je veux rappeler également les conditions assez singulières du rachat de RCA, tenant là aussi à l’impécuniosité du groupe et au rôle de l’Etat. Thomson a cédé l’usage des brevets d’électronique grand public à General Electric jusqu’en 1998 contre le versement d’une somme fixe. Chose que chacun ignore, les dépenses de recherche-développement d’aujourd’hui ne sont pas couvertes par les produits des brevets d’hier, puisque Thomson n’a pas accès aux produits de ces brevets, déstabilisant encore plus la situation financière du groupe. Il est raisonnable d’espérer qu’à partir de 1998 Thomson retourne à une situation de rentabilité normale après recapitalisation. Céder l’entreprise à Daewoo est particulièrement absurde!

Et les Antilles ? De grandes ambitions, pas les moyens de les mener à bien (Histoire des Antilles), et maintenant on en veut à ceux qui en subissent les conséquences de leurs protestations ? Et l’Université française ? On lui reprochait son incompétence, on soupçonnait qu’il serait facile de tirer de sa fainéantise d’importants gains de productivité, et on découvre qu’il faut la recapitaliser, avant d’en attendre quoi que ce soit (Réforme de la recherche (suite)) ?

Toute la France n’est-elle pas là ? Une ambition démesurée, dont on n’a pas les moyens, une politique dysfonctionnelle qui met la nation dans une situation impossible, finalement des manifestations de mécontentement, et, la cause ayant sombré dans l’oubli, l’envie de punir le comportement inconvenant ? N’avons-nous pas élu notre président pour être l’arme de la vengeance divine, sans réaliser que nous étions tous coupables (et lui avec nous) ?