États américains en faillite

« Collectivement, les 50 États américains font face à 125md$ de manque à gagner (…) Pire, les États, les comtés, les municipalités et les districts scolaires ont un passif de 700 à 3000md$ de retraites pour lesquels ils n’ont pas d’argent. »
Les gouverneurs américains veulent comprimer les salaires et les effectifs des fonctionnaires. Les Républicains, suivant l’exemple de Mme Thatcher, ont annoncé qu’ils vont détruire les syndicats, l’axe du mal. (Wisconsin and wider
Art Neandertal de la conduite du changement ?
Compléments :
  • Il semblerait que, par le passé, dans les mêmes circonstances, d’autres gouverneurs aient convaincu leurs fonctionnaires non seulement de réduire leurs salaires, mais aussi d’investir l’argent de leurs retraites dans les dettes de l’État. (Meanwhile, in New York…)
  • Bizarre. Alors que les malheurs des États européens suscitent les commentaires affligés des meilleurs économistes mondiaux, et de la presse internationale, pas plus eux que nos journalistes ne s’intéressent aux USA. 

L’UE redécouvre le marché unique

Hier j’assistais à une conférence organisée par la CCIP et traitant d’Europe. Michel Barnier y est apparu.
Une confirmation : l’UE n’a jamais bougé aussi vite que ces derniers temps. Il n’y a que la crise qui la fasse avancer. Par ailleurs, son discours serait passé de libéral à social. Mais on ne saurait toujours pas comment faire pour mener autre chose qu’une politique libérale.
En fait, l’UE semble découvrir qu’elle a été victime des belles théories qu’elle prêchait et auxquelles elle était la seule à croire. Bref, elle a cru au père Noël et se réveille en calbute.
Ainsi, elle parle maintenant de « réciprocité ». Le marché européen est parfaitement ouvert, alors que les marchés américains, japonais, indiens, brésiliens et chinois ne le sont vraiment pas. Il va falloir faire quelque chose… D’autant que les Chinois ont de fort méchantes politiques de subvention massive et de dumping qui balaient des pans entiers d’une industrie européenne crédule et incapable de s’unir.
On découvre aussi que le marché unique aurait un gros potentiel de développement. Peut-être pourrait-il même nous sortir de la crise ? Mais, pour cela, encore faudrait-il qu’il soit. L’histoire est curieuse. Si je comprends bien, sous l’impulsion de la délicieuse Madame Thatcher, les nations de l’UE ont à la fois voulu un grand marché et « their money back », i.e. ne pas donner un kopeck à l’Union. Or, pour que le dit marché vive, il faut des routes, un système de brevets uniforme, des dispositions qui favorisent la mobilité… L’énorme paradoxe serait que le libéralisme aurait tué son marché en lui refusant l’investissement qui aurait permis de le construire. Et, que nous haïrions ce marché, alors qu’il n’a jamais existé, et qu’il nous serait bénéfique ! 
Malheureusement, l’UE n’a aucun moyen. Signe des temps, le libéral Barroso se casserait la tête pour chercher à lui en trouver.

Compléments :

  • Ajout postérieur (9 mars) : le parlement vote une taxe sur les mouvements financiers. Cette taxe va-t-elle réellement être adoptée ? Si oui, à quoi va servir ce qu’elle rapporte (200md€) – à fournir des revenus à l’UE ?

Profession libérale

Ce qui coûte cher au système de santé français c’est la volonté des professions libérales (médecins, mais aussi commerçants, petits patrons et paysans) de faire comme bon il leur semble dit, en substance, Bruno Palier.
Ces professions prédisposent à l’égoïsme ? Est-ce un hasard que Mmes Thatcher et Rand ou M.Sarkozy soient des rejetons de professions libérales ? Qu’Adam Smith, membre d’une « nation de boutiquiers », ait conçu l’idée d’un monde mû par l’égoïsme ?
Compléments :
  • PALIER, Bruno, La réforme des systèmes de santé, Que sais-je, 2010.

Réforme, éternel recommencement

La réforme de la santé anglaise (à laquelle je m’intéresse parce qu’elle semble menée par des apprentis sorciers) serait un copier / coller exact d’une réforme de Madame Thatcher :
Avant Mme Thatcher, le NHS est un « système national de santé ». Contrairement au système libéral français, c’est un service public. D’où, semble-t-il, une population globalement en meilleure santé que chez nous et des frais moindres. Mais il y a des files d’attente.
Pour régler la question, Mme Thatcher crée un marché avec d’un côté des groupes de médecins (demande) et de l’autre des groupes d’hôpitaux en concurrence (offre).
Cette politique ne réduit pas beaucoup les files, mais augmente rapidement le coût du système (les médecins, occupés par la gestion des appels d’offres, n’ayant plus de temps pour pratiquer leur métier) et creuse de grosses inégalités de soin entre zones riches et pauvres en hôpitaux.
Pensant que le problème du NHS initial était son manque d’argent, Tony Blair a décidé de lui donner les moyens de ses équivalents européens (d’où augmentation du parc hospitalier anglais). Il a aussi retiré aux médecins leur travail de gestion d’appels d’offres et l’a confié à des organismes spécialisés.
D.Cameron revient donc au modèle de Madame Thatcher, en démantelant les dits organismes.
Compléments :
  • Mes informations viennent de PALIER, Bruno, La réforme des systèmes de santé, Que sais-je, 2010.

Retour aux retraites

Quand la réforme des retraites était contestée, je pensais que M.Sarkozy avait son moment Thatchérien. Les faits semblaient m’avoir donné raison jusqu’à ce que j’y réfléchisse à nouveau.
Car le ministre Woerth a été démis. La tradition n’a pas été démentie. La victoire gouvernementale n’a pas été complète.
Quelqu’un a-t-il gagné quelque chose dans ces événements ? La famille Bettencourt s’est réconciliée. Quant à Maître Metzner, a-t-il mieux démontré son talent que dans l’affaire Kerviel ?

Changement en Angleterre

Le gouvernement anglais renverserait la centralisation de Margaret Thatcher. Il donnerait aux collectivités locales la conduite de la réforme qu’il a entreprise. C’est logique : son projet de « Big society » signifie que c’est au peuple de prendre son sort en main. Et qui est plus près du peuple qu’une collectivité locale ? En tout cas pas l’État.
Mais les raisons de la centralisation (donner des conditions identiques à tous) n’ont pas disparu, et les moyens financiers des collectivités locales seront sérieusement réduits. (Careful what you wish for.)
Vont-elles se trouver en position d’injonction paradoxale : on leur demande d’en faire plus avec moins ? Si elles ne veulent pas sombrer dans une forme de folie, elles doivent définir un plan d’action qu’elles savent réaliser, avec les moyens dont elles disposent ? Et le faire signer à M.Cameron ?
Compléments :
  • Que va faire le gouvernement français, qui semble appliquer le modèle de centralisation Thatchérienne ? 

Fin de l’euro

Vu de l’intérieur de la zone euro, il est curieux à quel point le sort de la dite zone semble faire peu de doute pour le journaliste ou économiste anglo-saxon. D’ailleurs, il n’y a plus que cette nationalité qui ait le droit de penser. Et elle a une courte mémoire.
Elle s’apitoie sur le sort de l’Allemagne, par exemple. Triste : elle doit sauver l’Europe après l’épreuve, traversée seule, de l’absorption de sa partie est… (Mais qu’attend-elle pour s’extraire de cette masse de parasites ?)
Pas tout à fait juste, malheureusement. La stratégie qu’elle a adoptée pour sa réunification, fort intelligente ?, a coûté extrêmement cher au reste de l’Europe, notamment à la France. C’est à ce moment que l’Angleterre est sortie de la course à l’euro. Et a profité d’une dévaluation qui a beaucoup aidé le libéralisme de Mme Thatcher et de M.Blair. Stratégie si efficace qu’elle la réutilise aujourd’hui.
La France est devenue un pays sympathique. Elle prend tous les coups sans en rendre aucun. Elle aurait même tendance à en rajouter. Je ne sais pas pourquoi, cela me fait penser à ce que disaient mes amis Québécois de leur passé. L’Eglise aurait collaboré activement avec le pouvoir anglais pour maintenir les francophones dans le servage.
Compléments :

La France de Cameron

Fin d’un colloque de l’ADDES. Trois anciens délégués interministériels à l’économie sociale ont le micro.
Curieusement, ils semblent penser la même chose. (Ils ont pourtant siégé dans des gouvernements de gauche et de droite.) À savoir que notre gouvernement appliquerait les réformes Cameron de dissolution de l’État. « Opération de démantèlement de l’État ». Mais sans avoir le courage de le dire, en douce, à la française.
L’organisation cible du reengineering national serait l’Angleterre victorienne. L’économie sociale remplacerait l’État. En particulier, les pauvres seraient pris en charge par des organisations charitables : « 13% de la population n’a aucun moyen de faire face à la marchandisation ».
L’initiative doit venir du terrain, « l’économie sociale doit se prendre en main elle-même », elle doit refuser le marché de dupes qu’on lui propose, « le gouvernement ne comprend que le rapport de forces ».
Le plus étrange ici est que l’opinion de ces éminentes personnes, ajoutée à beaucoup d’autres, semble signifier qu’il y a une opposition généralisée aux idées du gouvernement. Dans ces conditions, comment se fait-il qu’il les mette en œuvre avec autant de facilité ? Que les forces de résistance s’épuisent à défendre des causes d’importance secondaire ?
Compléments :
  • Rejoindrait une autre analyse selon laquelle le gouvernement aurait adopté la méthode Thatcher. 

Réformes en France et en Angleterre

L’Angleterre plonge dans un inconnu qui effraie même les plus libéraux, personne ne bouge. Les « réformettes » françaises (expression d’un journaliste de l’Expansion qui a fait s’étrangler son interviewer de France Culture, avant-hier) soulèvent la révolte. Curieux.
J’ai appris dans une de mes lectures récentes que le premier à avoir délocalisé était un patron de gauche (ancien du CERES), Alain Gomez. Notre gauche a été fort libérale lorsqu’elle était au pouvoir. L’arrivée de Martine Aubry marque une forme de retour à la pureté idéologique, qui a été éliminée en Angleterre par Margaret Thatcher.
L’Angleterre ne proteste pas parce qu’elle n’a plus les structures sociales nécessaires à l’organisation d’une manifestation ? La France proteste parce qu’elle a des organismes dont c’est, en quelque sorte, la raison d’être ?

Grèves vues de l’étranger

Ce que je lis de la presse étrangère semble étonné des mouvements de protestation qui accompagnent la réforme des retraites chez nous.  
Qu’est-ce qui justifie une telle violence ? Pourquoi refuser une réforme qui ne pose aucun problème à aucun peuple étranger ? Les journalistes font un effort méritoire pour modéliser un comportement qui échappe à la raison. On convoque l’ethnologie. « Les Français » seraient, religion ?, attachés à une forme très précise d’État providence, voire à une vie de loisirs (comme le disaient hier les informations de France Culture).
Ce qui me frappe est que, sans les journaux, je ne saurais rien de ce mécontentement. Aucun lycée n’est barricadé autour de chez moi, pas plus que ceux, d’élite, du Quartier latin. Curieusement, j’ai eu le même sentiment, à l’époque où je vivais à Cambridge et que Madame Thatcher s’en prenait à ses mineurs.
Dans les deux cas les privilégiés ont été protégés ? C’est la France d’en bas qui trinque ?
J’entendais des leaders du PS s’indigner que pour une fois on n’écoute pas « la rue ». (La France des beaux quartiers se croit-elle revenue au temps des Misérables ?) On n’écoute peut-être plus les grèves parce qu’elles ne pénalisent que les faibles.
Je me demande si nous ne traversons pas la même transition que les Anglais de Madame Thatcher. Fin d’un monde ? Celui de l’État tuteur et du citoyen assisté ? Et nos manifestations ne sont qu’une manifestation du refus de ce changement ? Nous vivons un deuil ?
Compléments :
  • Are the French different?
  • Where the streets have no shame.
  • Struck off.
  • Madame Thatcher, comme Monsieur Sarkozy, aurait-elle été la main visible d’un changement implacable, d’un des grands mouvements sociaux dont parle Tolstoï ? (Dans Guerre et Paix il montre les conquêtes napoléoniennes comme un mouvement général de l’humanité d’ouest en est, accompagné d’un reflux. Napoléon et ses adversaires ne sont que des mouches du coche.)