M.Hollande ou l’art du non agir ?

La France reprochait au gouvernement son manque d’activité. M.Hollande contrattaque : il augmente les impôts. J’imagine que le Français est satisfait : il a eu ce qu’il voulait.
C’est une bonne idée d’imposer loin des élections. Si la mesure fonctionne, sa douleur aura été oubliée au moment de voter. Les maires agissent ainsi : ils veillent à ce que le chaos produit par la construction des lignes de tram soit oublié au moment des municipales. Autre tactique : mesures exceptionnelles (imposition à 75%). Cela semble obéir à une nouvelle mode : le prélèvement unique, qui a l’avantage de ne pas pousser ses victimes à quitter le pays.
Malheureusement, en France, les mesures exceptionnelles ne le sont jamais longtemps. La CSG, qui serait à nouveau sollicitée, est passée entre Rocard et Jospin de 1,1% à 7,5%, à quoi il faut ajouter la CRDS (0,5%). Curieusement, on nous dit que ces impôts sont « justes », parce qu’ils touchent tous les revenus. Pourtant, ils ne sont guère progressifs… (Ils me semblent même ressembler à la poll tax de Mme Thatcher.)
Par ailleurs, le gouvernement parle d’un mystérieux contrat de génération, dont la mise en œuvre est nébuleuse. Le serpent de mer de la flexisécuritéémerge à nouveau. Là aussi les aspects pratiques de la question ne sont pas évoqués.
Que penser de tout ceci ? Que M.Hollande est un praticien du wuwei chinois, l’art du non agir ? C’est un expert de la mesure qui décontenance l’opinion, et qui ne suscite aucune résistance ? Mais une telle mesure est-elle efficace, quand elle n’attaque pas la cause structurelle des déséquilibres nationaux ? Cette cause, d’ailleurs, n’est-elle pas la grande facilité que nos gouvernements ont à dépenser l’argent public (ou à le prélever) ?

Le cours de Facebook plonge

Le cours de l’action de Facebook plonge. Fait unique, la bulle spéculative n’aurait-elle pas survécu à l’introduction en bourse de Facebook ?

Il est tentant, mais pas très scientifique !, d’y voir une validation de mes théories : il y avait suffisamment de gens pour acheter, mais pas assez pour maintenir le cours.
Je me suis d’ailleurs demandé si l’augmentation de dernière minute du nombre d’actions mises en vente n’était pas la preuve que les banques qui portaient l’affaire avaient pleine conscience que l’occasion ne se représenterait pas, et ont essayé de tondre la bête au plus ras.
J’ai certainement un esprit mal tourné. Cependant, ma théorie a quelques éléments à son appui. En effet, les analystes des banques qui ont réalisé l’introduction pariaient contre Facebook…
Compléments :
  • Facebook : des prévisions déjà dégradées par Morgan Stanley ?
  • Dans un billet je m’interrogeais sur le décalage entre l’intérêt que suscitait Facebook, et l’opinion des experts. Ceux qui ont acheté étaient-ils, non pas mal informés, mais désinformés par les banques qui menaient l’introduction en bourse ? Pire, va-t-on apprendre, une fois de plus, que, dans ces banques, il se trouvait des personnes qui jouaient sur la chute du cours ?
  • L’introduction de Facebook marque-t-il la fin d’une ère ? Celle de Mme Thatcher et de M.Reagan, celle de la toute puissance de la déréglementation, de la bourse et des marchés financiers ? 

Pour un socialisme préhistorique ?

Lors du débat Sarkozy, Hollande, le premier a dit au second que l’Espagne était en faillite après de longues années de gouvernement socialiste. Un raisonnement approximatif dont M.Sarkozy a la spécialité.

En effet, l’Espagne a suivi le même chemin que l’Angleterre. Dans un premier temps un gouvernement libéral (Thatcher, Aznar), puis un socialisme qu’applaudit The Economist, parce qu’il a adopté l’économie de marché, et veut l’encourager. Un socialisme qui aimerait être Margaret Thatcher à visage humain. Mais qui confond une bulle spéculative avec une croissance vigoureuse, et redistribue des bénéfices imaginaires. D’où dettes. (Voir la fin de ce billet.)
Et si un retour à un socialisme non réformé par l’économie avait du bon ?

L’Espagne nationalise une banque

L’État espagnol socialiserait-il les pertes après avoir privatisé les gains ? En tout cas, il se porte au secours d’une banque en difficulté pour cause de spéculation immobilière.
Je me souviens des années 80 et 90 ou les États privatisaient à tour de bras, sur le modèle de l’Angleterre de Mme Thatcher. (J’ai même failli être embauché par BT, qui était le pionnier de ce mouvement.) Y aurait-il un retour de balancier ? 

City of London

Histoire de la City de Londres. Une version abrégée en seulement 600 pages du livre de référence : KYNASTON, David, City of London, Chatto et Windus, 2011. Voici ce que j’en retiens, sachant que le monde de la banque m’est peu familier.

Vie et réincarnation

La City de Londres résulte d’une initiative privée étonnante pour un Français. À la fin du 16ème siècle, Londres est une des principaux marchés mondiaux. Les marchands anglais font du commerce partout sur la planète et ont besoin de crédits pour cela. Certains acquièrent donc une fonction financière. Ils transforment leur entreprise en une « merchant bank ».
En 1694, ils créent la Banque de Londres (d’Angleterre). C’est un organisme à but lucratif, qui fait du réescompte. Elle va rapidement avoir pour rôle de garantir le respect des règles de bonne conduite du « club ». Tout aussi rapidement, elle aura à sauver ses membres des crises qui les secouent périodiquement. En même temps apparaît le premier assureur, la Lloyds (1691). Le Royal Exchange est établi en 1570.
L’histoire de la City connaît plusieurs épisodes remarquables. Lors des guerres napoléoniennes, elle accueille les financiers du continent (essentiellement juifs allemands), qui n’arrivent plus à y travailler. Ils vont monter le système de financement des guerres contre Napoléon. À partir de là, l’Angleterre sera liée par une dette de plus en plus élevée à la City. Cela expliquerait que, bien vite, la classe dominante y ait vu son intérêt et se soit alliée aux financiers.
À partir de maintenant, la City va aider les nations à emprunter, généralement pour faire la guerre.
Dans l’entre-deux guerre, elle participera, avec grand entrain, à la reconstruction de l’Allemagne. Et ce d’autant plus volontiers que beaucoup de ses banques sont anglo-allemandes.
La City s’est constituée comme le centre financier de la première puissance mondiale. La Livre est la monnaie d’échange internationale. En 1918, les USA dominent le monde. La City se replie sur l’empire britannique. Mais après la seconde guerre mondiale son avenir semble bouché. C’est alors qu’elle a un coup de génie.
Le dollar étant monnaie de réserve, les nations en ont grand besoin. La City réalise que beaucoup de dollars ne sont pas aux USA. Et qu’il est donc possible d’organiser des emprunts en dollars hors des États Unis (Eurodollar). Coup de chance, le gouvernement américain décide au même moment de limiter les emprunts qui peuvent être faits sur son territoire.
La City redevient la plaque tournante de la finance mondiale. Les plus grandes banques s’y installent d’ailleurs. Elle a trouvé sa vocation ? Elle est une zone franche, une sorte de station pirate, qui tire profit d’être hors des eaux territoriales, surtout de la zone euro.
Mais, cette transformation lui a fait perdre son âme. Le club est mort. Peu brillants mais risquant tous les jours leur argent, ses membres se connaissaient tous, et ils étaient chaperonnés par la Banque d’Angleterre. Seule une morale des affaires rigoureuse y était possible. La City est maintenant faite de « supermarchés » de la finance peuplés de surdiplômés drogués au bonus, qui ne communiquent qu’avec des ordinateurs. C’est un univers fermé qui ne voit le monde que par le prisme de l’argent. Signe des temps ? La banque Barings, héros du livre qu’elle parcourt de bout en bout, est victime d’un Kerviel anglais. (La banque a été fondée en 1762, par un immigré allemand.) Et la très arrogante Lloyds est prise en flagrant délit de malversations. 
La Banque d’Angleterre

Pendant longtemps, la Banque d’Angleterre a été la clé de voûte de l’édifice.
Elle a inventé le métier de banque centrale. Elle a vite cru possible de monter une fraternité de banquiers centraux qui assurerait le bonheur du monde, et le protégerait des impérities des démocraties. C’est ainsi qu’elle a contribué avec enthousiasme à la reconstruction de la puissance allemande entre les deux guerres.
Puis elle a été rattachée à l’État anglais, et à nouveau rendue indépendante.
La force de la City

Qu’est-ce qui fait la force de la City ?
Surtout le talent étranger. En premier lieu celui des Juifs allemands. Trois en particulier : Nathan Rothschild (qui fait de Londres la plaque tournante du marché des capitaux internationaux), Cassel et Warburg (Eurodollar).
Ensuite, elle dispose d’une très grande liberté. Elle est exceptionnellement peu réglementée. C’est une sorte d’État dans l’État.

Enfin, la globalisation est son sang. Sans elle, elle dépérit. C’est d’ailleurs ce qu’elle a fait de 1914 aux années 60.

La City et l’Angleterre

Curieusement, il ne semble pas qu’on lui en ait voulu d’avoir été le financier de la puissance allemande, à la fois avant et après la première guerre mondiale. Mais, très rapidement, on lui a reproché de ne pas financer l’industrie nationale. On dit, d’ailleurs, d’elle que c’est un « casino ». Sa vocation n’est pas d’alimenter l’économie, mais de s’enrichir par des coups. Pire, dans les dernières décennies, elle s’est mise à spéculer ouvertement contre les intérêts de l’Angleterre. Ainsi, en 1992, George Soros gagne 1md$ en une journée en jouant la sortie de la Livre du Système Monétaire Européen.
Jusqu’à Tony Blair elle a été en guerre ouverte avec les Travaillistes. Et Margaret Thatcher ne l’appréciait guère.
Mais la City est elle encore anglaise ? Ou est-ce une forme de pavillon de complaisance pour les financiers mondiaux les plus agressifs ? Un nid d’aigle d’où ils lancent des razzias sur les campagnes environnantes ?

Les provisions de Margaret Thatcher

Crise de 1974. Margaret Thatcher, qui est alors membre du cabinet fantôme conservateur, est « démasquée » pour avoir « stocké une énorme quantité de conserves ». Elle explique qu’elle doit l’idée à un certain Jim Slater :

interrogé sur le ton de l’amusement sur ce qu’il faut faire dans la situation actuelle, sa réponse avait été : de grosses provisions de conserves de haricots, une bicyclette, de l’or et un fusil. (Tiré de KYNASTON, David, City of London, Chatto et Windus, 2011.)

Au fond, Margaret Thatcher était un esprit simple qui pensait affronter les forces du mal. C’est probablement ce qui a fait sa force : une caricature d’idéologie à laquelle elle croyait dur comme fer. 

La pauvreté est un vice

L’Angleterre est une « méritocratie », le mérite étant défini comme la réussite sociale couronnement de l’effort individuel. Par conséquent, le pauvre vole ce qu’on lui donne.
L’Anglais traite désormais ses pauvres comme jadis les noirs ou les indiens.
Curieusement, si cette évolution vient de Mme Thatcher elle a été poursuivie par les travaillistes. Ils y ont vu un moyen de séduire une « nombre minuscule de votants indécis, pensant que leur électorat ouvrier traditionnel ne pouvait aller ailleurs ».
En fait ce discours était déjà présent chez Ayn Rand l’ancêtre du néoconservatisme américain. Sa tactique était inspirée de celle des Bolchéviques : réécrire la morale américaine à partir des valeurs du possédant.
Ce discours est aussi celui de N.Sarkozy. Pourquoi nos socialistes n’ont-ils pas suivi le chemin des travaillistes. Nous avons toujours une guerre de retard ?

Rupert Murdoch

Hier, j’écoutais la BBC parler de Rupert Murdoch.
Il y a un peu de Citizen Kane dans cet homme ? 
  • A Oxford, Lénine trônait sur son bureau. Son père, qu’il perd alors qu’il est jeune, l’a peut-être marqué par son exemple : sa gloire vient d’avoir dénoncé la boucherie de Gallipoli.
  • Son empire est une sorte de triomphe d’une forme de libéralisme à la Margaret Thatcher. C’est un « dérégulateur ». Il s’en prend à des entreprises qui se sont endormies. Il leur injecte une saine dose de populisme, qui fait vendre, et ravive la concurrence dans le secteur où elles sommeillaient. Curieusement, aujourd’hui ses positions sont monopolistiques. Et Internet, auquel il ne comprend rien, le fait vaciller.

Ce qui transforme l’économie, ce n’est pas la concurrence libérale, mais la destruction créatrice de Schumpeter ?