Sans textile

Une de mes tantes appelait les naturistes des « sans textile ». La France est-elle devenue naturiste ?

L’autre jours, je discutais de la question du textile en France. Un sujet dont on ne parle pas beaucoup est celui des fonds d’investissement. Ils ont eu la brillante idée d’acheter des marques connues et d’étendre leur marché en baissant leur prix, grâce à la délocalisation de la production. Résultat : le client ne s’y est pas retrouvé et la marque a disparu.

Une amie, une sorte de « trésor vivant » de la haute couture, a vécu une aventure de ce type. Seulement, je n’avais pas pris conscience qu’il s’était agi d’une stratégie systématique.

Quelle est l’étendue des dommages ? L’erreur est humaine, nous dit-on. Pourquoi ne cherche-t-on pas à en tirer parti, en examinant notre passé ?

(Curieusement, on assisterait à la création d’un grand nombre de « jeunes marques ». Mais sans avenir : à leur origine seraient des Bobos, une expérience personnelle leur aurait fait croire à un manque ; ils créeraient leur marque pour y remédier, sans rien connaître au métier ou à la gestion d’entreprise.)

Après la glisse basque, le lin alsacien ?

L’Alsace va-t-elle créer un « cluster du lin » ? (Comme le cluster de la glisse basque ?)

Un entrepreneur a eu une idée originale. La production de textile en lin est beaucoup plus écologique que celle du coton, et l’Alsace a, dans le domaine du tissage, une très ancienne tradition. Et il ne s’agit pas que de remplacer le coton, le lin aurait des applications novatrices (le jean infroissable ?). Article.

Travaillez, donnez-vous de la peine, c’est le fonds qui manque le moins ? La France aurait-elle un potentiel ignoré à explorer ?

Après l'obsession du prix, le retour de la qualité ?

Dans un billet, je me lamentais de la perte de qualité de la production textile mondiale. Un homme du métier m’écrit ceci :

Votre post est intéressant, j’y ajouterais les points suivants :
1) l’explosion de la concurrence depuis un dizaine d’années contraint les enseignes « mainstream » à proposer des offres et des prix attractifs.
2) le coût des « murs » (investissement + loyers), en particulier dans les centres-villes, consomme beaucoup de capital et coûte de plus en plus cher.
3) des clients de plus en plus dépendants des promotions : effet crise et résultante de la concurrence qui fait rentrer les acteurs textiles dans un jeu de remise de plus en plus significatif (si vous avez été dans les magasins pour Noël vous n’avez pas pu manquer l’avalanche de promotions proposées par les grandes enseignes).
=> Les marges s’érodent et imposent aux enseignes textiles de rationaliser leurs prix de revient, ce qui les conduit à s’orienter vers des pays à bas coûts.
Mais, dans un contexte où les coûts salariaux (même au Bangladesh) connaissent une inflation importante cette stratégie paye de moins en moins. J’ai le sentiment qu’aujourd’hui nous sommes à un tournant dans lequel, pour sortir de cette spirale infernale, les enseignes se posent la question de l’offre à proposer à leurs clients. Plus de mode, des collections qui tournent plus vite au point d’être ruptées très rapidement (et donc de susciter l’envie chez les clients). Cela a un coût puisqu’il faut produire mieux et avec une meilleure qualité mais cela implique moins de promotions. C’est le modèle Zara.

Cela signifie-t-il que la production textile pourrait revenir vers chez-nous ? En tout cas, cela montre à quel point les entreprises sont pilotées par des considérations à court terme. Elles semblent purement réactives. Et que l’homme compte peu ! Il est un coût. Y compris lorsqu’il est client. Jusqu’à ce qu’il acquiert un pouvoir de nuisance ?