Carotte américaine

Tesla’s board has proposed a new pay package for chief executive Elon Musk worth $1tn over the next decade if he is able to hit a series of formidable targets.

Financial Times, 5 septembre

L’argent est-il un bon stimulant ? Son effet a tendance à s’épuiser, me disait, jadis, un spécialiste des « challenges commerciaux », qui lui préférait les idées de Maslow.

Au temps où Bill Gates était l’admiration du monde, il suffisait de quelques milliards pour faire un heureux. Maintenant, à moins de 100md, on n’est rien.

L’avenir de Tesla

Tesla steers back towards cheaper cars
Elon Musk seeks to appease the market after 40% stock slide

Financial Times, 25 avril

Biais de confirmation ? Une de mes théories est que Tesla n’a pas d’avenir. Tesla a été un phénomène spéculatif. Il y eut un temps où l’on a cru dur comme fer que l’avenir était à l’économie de marché, au démiurge créateur de richesses. Tous ceux qui ont été les champions de cette nouvelle ère, post mur de Berlin, ont été portés par les investisseurs, qui s’imaginaient « agents du changement ».

Seulement, Tesla n’a aucun avantage concurrentiel. Il va être obligé de se mesurer, tôt ou tard, aux autres constructeurs automobiles. Et leur métier, c’est de réduire sans cesse leurs coûts. Le monde de l’automobile est un coupe-gorge. Ce n’est pas par hasard que l’on y trouve les meilleurs contrôleurs de gestion. Et, à ce jeu, les Américains ne sont pas les meilleurs : cela fait longtemps que leurs voitures ne s’exportent plus.

Tesla

« Contre-histoire » de Tesla ? Je le voyais comme un inventeur génial, le jumeau maudit d’Edison.

En fait, il doit sa gloire à une invention : le moteur qui a permis au courant alternatif de s’imposer. Mais, pour le reste, il a passé son temps à divaguer. Il semble avoir entretenu des théories farfelues, en particulier. Et il est mort dans la pauvreté.

En fait, il avait compris qu’aux USA tout était spectacle. Pour lever des fonds, il était devenu un homme de spectacle. Ce qui était bien. Seulement, apparemment, une fois le spectacle fini, il ne s’intéressait plus à son invention. Ainsi en est-il de la télécommande.

Quasiment depuis les origines des USA, ou peut-être même de l’Angleterre industrielle (cf. Isambard Kingdom Brunel), l’entrepreneur doit être un showman. C’est ce que lui demande l’investisseur. En quelques décennies cette pratique culturelle a envahi le monde.

(Idées venues de In our time, une émission de la BBC.)

Electric Spac

Récemment, Harley Davidson, qui va mal, a fait de son activité moto électrique une entreprise à part entière. Pour cela, elle a utilisé un SPAC. Un montage financier pour manoeuvre spéculative, qui fait fureur parmi les grandes fortunes.

Ce blog a parfois raison avant tout le monde… Parmi les nombreuses défaillances du marché, qui n’est que défaillances, il y a son incapacité à évaluer ce qui est à l’intérieur d’un entreprise. Ainsi Tesla vaut-il très cher alors que son équivalent à l’intérieur d’un fabricant d’automobiles traditionnels ne vaut rien, voire a une valeur négative ! Paradoxe : la partie vaut plus que le tout (la valeur du fabricant traditionnel).

Dans ces conditions il est surprenant que personne n’ait compris plus tôt que dès que vous possédez quelque-chose qui a le vent de la spéculation dans le dos, vous devez en faire une société séparée. Vous avez des entrepôts ? Vous êtes de la graine des Amazon ! Des taxis, Uber en puissance ! Des caravanes, des tentes ou des bateaux, des bunkers ou autre abri à louer ? C’est AirBnB !

Cela n’a que des avantages. C’est le marché qui paie votre recherche et développement, et qui assume le risque d’échec. En outre vous pouvez donner des parts de la société nouvelle à ceux qui en sont les chevilles ouvrières, ce qui les motive extraordinairement. Et, avec la valeur de vos propres actions, vous pouvez acheter de vraies sociétés. C’est ce qu’a fait AOL avec Time Warner. Comme je l’écrivais il y a peu, Chief Speculation Officer est une métier d’avenir.

Pour finir, il y a peut-être quelque-chose de vertueux dans cette affaire. En effet, un des problèmes de notre temps est que les banques centrales, à chaque crise, impriment beaucoup d’argent. Cet argent, qui devrait stimuler l’économie, reste coincé dans les couches hautes de la société, créant des fortunes de plus en plus colossales. Pour le reste, l’inflation sur les biens de grande consommation (la seule qui est prise en compte) était contenue jusque-là. Si la spéculation financière pouvait créer des crises qui ne touchent pas l’économie réelle, cela permettrait une régulation naturelle des émissions des banques centrales.

(Ce blog, aussi, peut sacrifier aux circonstances, et vous proposer des idées originales de cadeaux.)

VW et Tesla

Ce qui semblait évident pourrait être en train de se réaliser. N’importe quel grand constructeur automobile a les moyens de produire plus et mieux que Tesla. Or, la bourse donne à ce dernier une valeur plusieurs fois plus élevée que la leur. (Exemple de « défaillance du marché » ?) Il semble que VW ait décidé de profiter de ses forces… 

Cowboy électrique

Pour PSA le coût de la voiture électrique doit baisser de 12.000€. (Article.) Ce qui est colossal.

Dans ces conditions, comment se fait-il que Tesla soit vu comme un tel succès, sachant qu’il ne jouit pas d’effet d’échelle ?

Probablement, parce qu’acheter Tesla, est un acte politique. Le prix ne compte pas. Les clients de Tesla se reconnaissent dans l’esprit de son fondateur. Eux aussi sont des êtres supérieurs, des « disrupteurs » du monde d’avant.

Mais ce monde d’avant est maintenant « d’avant avant ». Pourrait-il redevenir le monde de maintenant ?

L'auto, c'est l'Eldorado

Le FT disait que la capitalisation de Tesla avait augmenté cette année de 1,2 fois la valeur de Toyota et de 27,5 fois celle de Renault. Or, Tesla produit quelques centaines de milliers de voitures, contre plus de dix millions pour Toyota.

Pourquoi les grands constructeurs ne sortiraient-ils pas leur activité électrique pour en faire un « pure player » ? Leurs capacités de production sont bien meilleures que celles de Tesla. Il leur suffirait de comprendre ce qui plaît chez Tesla, et jouer l’effet de mode, pour récolter les milliards de la spéculation ?

L'entreprise sera agile ou ne sera pas ?

J’ai assisté à un intéressant webinaire (lien ici).

Il y était question des failles que l’épidémie a révélées dans l’organisation des entreprises.

Devant ce panorama, on peut se demander si les entreprises ont bien pris la dimension du problème, si elles font un diagnostic suffisamment rigoureux de leur situation, et si elles se préparent correctement au changement.

Je pense surtout qu’il y est dit quelque-chose de très important. L’entreprise doit devenir agile. A entendre ainsi :

  • capacité à se redéployer quasi immédiatement (je vends dans mes magasins, je vends en ligne) – mais aussi, l’excès de spécialisation tue ; 
  • surtout : saisir des opportunités : la crise rebat les cartes. Si ce n’est pas moi, c’est l’autre qui les saisit. Défendre le statu quo n’est pas une option. C’est un nouveau type de jeu. 

Paradoxe. Deux approches opposées : le produit agile et la production agile. Tesla produit un « modèle agile », plein de logiciels qui permettent de reconfigurer la voiture ; Airbus, que l’on n’aurait pas attendu là, a des processus agiles : ils sont capables d’évoluer et donc de produire de nouveaux types d’avions.

Mais rendre une entreprise agile, sans a priori dogmatique sur la méthode à employer, ne va pas de soi…

Tesla et le mystère allemand

Hier, on ne parlait que de « low cost », en américain dans le texte. Aujourd’hui, Elon Musk annonce l’implantation d’une usine gigantesque à Berlin.

Certes, c’est l’Allemagne de l’Est. Mais, en Allemagne, la main d’oeuvre a un prix extrêmement élevé (je ne serais pas surpris que, dans certaines spécialités, l’ingénierie par exemple, les salaires soient doubles des nôtres). Et, surtout, il n’y a pas de main d’oeuvre disponible, vraiment pas, particulièrement dans l’automobile.

Question d’image ? De marketing ? De subventions ?…

PS. Apparemment, la décision aurait été prise sur un coup de tête, à la Donald Trump. L’article ci-dessous insiste, en outre, sur la culture et les lois sociales allemandes.

(Il se trouve que j’ai fait des missions qui avaient justement pour objet de résoudre le problème du recrutement en Allemagne, dans l’automobile…)

Faut-il admirer Tesla ?

Dans certains milieux, Elon Musk est un mythe. En réinventant la fusée et la voiture, il a montré comment les forces du marché apportaient l’innovation. Mais qu’en est-il, en fait ? J’entendais un consultant qui a publié un livre sur Tesla dire qu’il fabrique aux USA, et conçoit et produit lui-même son équipement (les tableaux de bord, les sièges…).

Ce que peu de constructeurs font. Surprenant pour un nouvel entrant. Ce qui m’a rappelé ce que m’a dit un ancien styliste de Peugeot. Il y a quelques jours, il a essayé une Tesla. Il a été surpris d’y trouver un équipement étonnamment vieillot. Il ne s’attendait pas à trouver cela dans une voiture de luxe.

Lorsque je vois les concepts cars que sort Porsche, par exemple, des voitures que l’on croirait dessinées par Steve Jobs, je me demande si Tesla peut tenir longtemps face à des constructeurs pour qui l’esthétique, l’innovation technologique et la maîtrise des coûts sont une seconde nature. Et dont l’histoire est faite de réinventions radicales.