Monde fragile

Attentat à Nice, coup d’état en Turquie. S’attendait-on à ce que de tels événements puissent survenir ? Ne surestiment-on pas la solidité du monde ? Risque d’un retour à Sarajevo ? 
Ce qui transforme l’incident en accident, c’est de la matière inflammable. Le Brexit en est un exemple, me semble-t-il. Je ne crois pas qu’il y ait les conditions d’une explosion mondiale. Mais peut-être sous-estime-t-on la vitesse à laquelle elles peuvent se dégrader. Le plus important, probablement, est de s’extraire des idéologies et autres idées reçues, et de chercher à comprendre le monde tel qu’il est.

(Ce qui me frappe, en lisant les nouvelles de Turquie, c’est à quel point on en sait peu, et on dépend du gouvernement turc pour notre information. Par ailleurs, la fragilité du pays tiendrait à la stratégie de son président, qui consiste à se faire des ennemis.)

Les causes du terrorisme

« Ces études montrent que n’importe qui, dans les bonnes – ou plutôt mauvaises – circonstances, peut être amené à commettre des actes de violence extrême« , dit un article de Scientific American. Et un Trump n’est pas la cause, mais la conséquence de ces circonstances. 
Le ferment de l’extrémisme semble être l’injustice. Des gens se sentent injustement traités. La réaction n’est pas uniforme mais fragmentée. Il en résulte des extrêmes qui vont se renforcer en s’affrontant. (C’est ainsi qu’ont procédé nazis et communistes avant guerre, disait mon livre d’histoire de terminale.) C’est le terreau du populisme. M.Trump s’en prend aux Musulmans, qui, en réaction, se renforcent… Mais, tout ce monde est, avant tout, « anti establishment ». 
Conclusion : nous pensons mal. Nous croyons que la cause de nos difficultés est M.Trump, ou l’Etat Islamique, ou l’establishment. Or, c’est une question de système. Le terrorisme est une pathologie sociale. En revanche, seul l’individu peut changer le système d’une manière qui lui convienne. Notre comportement est susceptible d’être imité, et de convertir le monde. Le tout est de trouver parmi ce que nous faisons ce qui produit les circonstances actuelles ; puis de nous demander s’il n’y aurait pas une autre façon de procéder

La France visée par les attentats du 13 novembre

Le Monde publie des articles nécrologiques sur les victimes des attentats du 13 novembre. Cela me met vaguement mal à l’aise : dans ma culture, les grandes douleurs sont muettes. Le peu que j’en ai vu me donne l’image d’une France de la culture, qui a un emploi, plutôt jeune et pluriethnique. La France que rejette le FN ? C’est peut-être les photos qu’on y voit qui me surprennent le plus. Elles donnent aux assassinés une apparence de « people ». 
Est-ce judicieux ? Les terroristes voulaient faire sauter le Stade de France. Ils visaient la France entière. Sans discrimination. 

Germanwings : le terrorisme fait 150 morts

Un pilote se trouve fermé hors de son cockpit. C’est la faute de la législation anti-terroriste. Autrement dit, les terroriste du 11 septembre ont fait 150 nouvelles victimes. Mais c’est aussi probablement grâce à eux que la NSA écoute nos communications et que les USA ont mis l’Iraq en pièces. Ce qui a favorisé probablement le chaos du Moyen-orient. Auquel contribue d’ailleurs une autre création des USA : Al Qaïda et ses diverses variantes. 
Le monde est un équilibre entre forces. Il suffit d’en éliminer une pour que celles qu’elle contenait se déchaînent. (Par exemple les militaires américains.) Tout l’art du terroriste est là. De l’importance de garder la tête froide dans les crises ?

Adlène Hicheur

Hier, j’ai découvert Adlène Hicheur et sa condamnation à 4 ans de prison pour terrorisme.

C’est un spécialiste de physique des particules. Un homme de théories compliquées, qui observe des collisions entre particules quelque part sous nos pieds. J’ai rencontré beaucoup de gens de son type et j’ai énormément de mal à les imaginer en terroristes. D’ordinaire ils sont extraordinairement distraits, et on a peur qu’ils se blessent lorsqu’ils prennent un outil…

Le plus inquiétant est que les preuves contre lui paraissent faibles. Il y a une probabilité non nulle que ce qu’on lui reproche ressortisse à une sorte de délire. Peut-on être condamné à quatre ans fermes pour de simples paroles ?

Ce qui pose deux problèmes :
  • Ce cas ne peut-il pas faire jurisprudence ? Je reçois plusieurs fois par jour des mails d’un ancien dirigeant fort respectable qui appelle à tout faire pour empêcher M.Hollande de parvenir au pouvoir : appel au meurtre ? Dans mon métier, j’entends sans arrêt des gens dire des horreurs sur le reste de l’humanité, et pourtant ils ne passent jamais à l’acte. D’ailleurs, je pense que cela leur fait beaucoup de bien d’évacuer leur stress.
  • Cette condamnation ne peut-elle pas être auto-réalisatrice ? La prison est la grande école du terrorisme. On y trouve d’excellents formateurs et on a énormément de temps libre pour apprendre, et toutes les raisons de ne pas faire mentir sa condamnation

Comment devient-on terroriste ?

Comment une adolescence difficile peut-elle déboucher sur le terrorisme ? se demande Hervé Kabla, en commentaire à Comment fabriquer un terroriste.

Heureusement que le phénomène est rare, car c’est fou le nombre d’adolescences difficiles que j’aperçois chez les « travailleurs riches ». Elles débouchent parfois sur le suicide, et souvent par un passage au poste de police. Cause ? Probablement un mode de vie familial peu propice à l’équilibre et des modèles parentaux (diplômé de grande école…) peu conformes à la nature humaine et difficiles à imiter.

Mais les relations de sa famille évitent la prison à l’adolescent riche, et aucun mouvement radical ne cherche plus à canaliser son mal-être contre sa société. 

Comment fabriquer un terroriste ?

Mohamed Merah, déjà vu (du blog « Arun with a View ») reprend le témoignage d’un jeune terroriste ressemblant à celui de Toulouse. Comment en est-il arrivé là ?

Curieusement, c’est un très bon élève, jusqu’au Lycée, qu’il trouve froid et hostile. Il rejoint alors la communauté sympathique des petits voleurs (apparemment la grande majorité des enfants d’immigrés), connaît la prison où il apprend l’arabe et découvre le Coran.
Qu’en déduire ? Qu’il en faut extrêmement peu pour devenir un terroriste. Le mécanisme semble le suivant : formatage à la consommation x chômage = petite délinquance. La prison fournit alors le mécanisme de socialisation qu’attendait l’individu, qui trouve sa voie : la croisade.
La théorie de Lorenz dit ceci : le rôle des rites sociaux est de canaliser l’agressivité de l’individu. Pour certaines parties de la population, les rites d’intégration dans la communauté nationale ne fonctionnent plus. D’autres se sont substitués à eux.
Cela montre aussi peut-être qu’une forme d’économie de marché et de libéralisme qui veulent que l’homme soit une sorte d’électron libre se trompent : l’individu est social par nature. 

Tuerie de Toulouse : chasse au coupable ?

Lorsqu’un récidiviste commet un crime, l’opinion s’émeut et désigne un bouc émissaire, le gouvernement légifère.

Je n’ai pas l’impression que cela soit le cas en ce qui concerne la tuerie de Toulouse. C’est d’autant plus curieux que le tueur avait reçu une formation militaire qui lui a donné une redoutable efficacité. Ce type de personnes est bien plus dangereux que le récidiviste.

Pourquoi pas plus d’émotion ? Le type de crime ? L’attitude de la presse ? Celle du gouvernement ?

Compléments :

Logique du terroriste

On dit généralement que le terrorisme est une question de caisse de résonance.

L’affaire de Toulouse semble le confirmer. Elle a droit à une publicité exceptionnelle, et, en plus, elle a choisi une période d’élection dont le thème était la division nationale. Moment idéal, car, comme tous les terrorismes, elle veut inviter l’extrémisme adverse à des représailles aveugles, afin de créer une forme de cercle vicieux.

Le meilleur moyen de lutte est probablement le « lien social », c’est-à-dire le renforcement de solidarités qui détournent ceux qui peuvent être tentés par le terrorisme de leurs desseins. Et si, d’ailleurs, le terrorisme était un appel à l’aide ? Lorsque la société devient par trop individualiste, elle réclame le renforcement de ses mécanismes de cohésion ?

Curieusement, à l’époque où la société semblait plus solidaire, dans les années 60, le terroriste était gosse de riche. Peut-être qu’alors on trouvait le lien social étouffant ? La société génère-t-elle naturellement une forme de révolte ? Cette révolte a-t-elle une fonction ou est-elle une pathologie ?

Obama tue

Depuis quelques temps les Américains se demandent s’il est juste d’utiliser les drones de la CIA pour tuer, partout dans le monde et sans toujours y être invité, des terroristes soupçonnés. Parmi lesquels des Américains.

M.Obama est un juriste d’une telle subtilité qu’il peut faire ce qu’il veut de la loi ?

Compléments :
  • Drones and the law
  • Un aperçu des contorsions de la réflexion américaine.
  • Un inconvénient de cette pratique est qu’elle risque, en particulier, de pousser le Pakistan à la guerre civile.