La loi TEPA aurait-elle plombé la France ?

Voilà le schéma que je trouve dans the Economist (The Economics of low wages : When what comes down doesn’t come up.)
Ce qui est extrêmement surprenant sont les courbes de la France : il y a discontinuité brutale en 2007, les salaires s’envolent la productivité baisse ! Or, 2007, c’est Nicolas Sarkozy !
Du coup, je me suis demandé si l’on pouvait trouver quelque-chose sur ce sujet. Voici ce que dit L’INSEE :
En 2007, dans les entreprises du secteur privé et semi-public, le salaire mensuel moyen pour un poste à temps complet s’élève à 2 661 € en brut et 1 997 € nets de tous prélèvements à la source. Compte tenu de la hausse des prix à la consommation de 1,5 % en 2007, le salaire net moyen a augmenté de 1,5 % entre 2006 et 2007 en euros constants. L’éventail des salaires reste inchangé, les hausses de salaire étant relativement homogènes : de 0,8 % pour le premier décile à 1,2 % pour le dernier décile. Néanmoins, ce sont les salariés se situant dans le dernier décile dont le salaire moyen a le plus progressé (+ 3 %). La loi TEPA relative aux heures supplémentaires est entrée en vigueur en fin d’année. Au cours du dernier trimestre, un quart des salariés ont effectué des heures supplémentaires « TEPA », représentant un volume moyen de 30 heures. Pour ces derniers, les charges sociales ont été allégées de 90 € en moyenne sur le trimestre. (Remarque : les 30h et les 90€ portent sur le trimestre.)
Complément :
La mise en place de la loi TEPA a pu conduire à augmenter le salaire net perçu par les salariés : incitation à effectuer plus d’heures supplémentaires, majoration de rémunération horaire systématique de 25 %, allègement de cotisations sociales. La source DADS ne permet pas d’identifier une éventuelle augmentation du nombre d’heures supplémentaires effectuées car avant 2007, elle ne pouvait pas isoler les heures supplémentaires dans la rémunération. En revanche, il est possible d’estimer l’effet de l’allègement de cotisations sociales : ainsi, lorsque le salarié a effectué des heures supplémentaires déclarées au titre de la loi TEPA, cet allègement correspond en moyenne à un gain de 90 euros pour ce salarié sur le trimestre.
J’ai regardé les conclusions de 2008, la hausse se serait stabilisée.
Je ne suis pas un économiste et je ne suis pas capable de faire coller ces chiffres ensemble. (Ni même de les critiquer.) L’INSEE parle de 8h travaillées en plus par trimestre, en moyenne, pour les salariés du privé, soit environ 2% (1600h travaillées par an). Même en prenant en compte l’augmentation de 25% dont il est question ci-dessus, on n’arrive qu’à une augmentation de 2,5% et pas de plus de 10%, comme dans les statistiques de The Economist. La seule astuce que je vois est la suivante. Les plus de 10% sont médians et pas moyens comme mes 2,5%. Pour un quart de la population, il y a eu 30h de plus par trimestre, payées 1,25. Ce qui fait 9,4% de plus. Les 90€ d’allègements de charges représentent de l’ordre de 10h de SMIC, soit 2,5% de plus. D’où, en tirant bien, 12% d’augmentation totale si la population concernée est quasi smicarde. Si la médiane est proche des salaires les plus bas, on s’est réconcilié avec les chiffres de The Economist, qui seraient donc une grosse manipulation. 
En tout cas, M.Sarkozy, au lieu de relancer l’économie, pourrait avoir produit une baisse de compétitivité. Le maintien de salaires « élevés » peut aussi signifier que l’on a continué à faire des heures sup. Et qu’on l’a fait plutôt que d’embaucher. TEPA, en partie responsable du décollage du haut niveau de chômage actuel ? Nouvel exemple d’énantiodromie ? 

Loi TEPA

Chronique de la déroute de la loi TEPA, article du Monde (La loi TEPA de 2007 a été intégralement remise en cause). Elle est vidée de son contenu alors qu’elle était l’âme du projet réformateur de notre gouvernement.

L’intérêt de l’article est de mettre côte à côte ce qui en était attendu par Madame Lagarde, et ce qui est advenu.

En 2007, le coût annuel total (de) l’ensemble de ces mesures est évalué à 15 à 20 milliards d’euros. (…) Christine Lagarde promet : « Nous allons maîtriser la progression des dépenses publiques, qui sera ramenée à 1 % en volume en 2008, soit deux fois moins que par le passé. » (…) « sous l’effet des réformes structurelles entreprises par le gouvernement, dont cette loi représente la première étape, et grâce au choc de confiance que nous enregistrons déjà chez les ménages, la croissance devrait progresser de près d’un demi-point en 2008 ».

Première : le gouvernement a craché en l’air, et ça lui est retombé sur le nez ? Ne serait-il pas bien que nos gouvernements se convainquent des limites des idéologies simplistes (« choc de confiance » !) ? Qu’ils mettent un terme à l’ère des promesses dont on ne vérifie jamais les résultats ?
Peut-être, alors, qu’en essayant de comprendre pourquoi des mesures échouent, on finira par les faire réussir ? Si on en tire un enseignement, cette affaire n’est peut-être pas aussi malheureuse qu’elle le semble ?