L’avenir est au service ?

Les fabricants de matériels informatiques (Xerox, Dell, sur les pas de HP) achètent des entreprises de service, seul moyen de protéger leur rentabilité. Le matériel est en voie de banalisation, à commencer par les « smartphones ».

  • Que va-t-il arriver à Apple ? Répétition du scénario Mac : un début tonitruant puis niche rentable ? Le gros du marché étant occupé par des dumbphones équivalents du PC ?
  • Pourquoi en arriver à une stratégie de service ? D’ordinaire les avantages industriels sont indestructibles et peuvent se maintenir des décennies (jusqu’à une innovation majeure). Comment se fait-il que les terminaux aient échappé à cette règle ? Stratégie financière exclusive qui ne comprend rien au marché et ne sait que copier en moins cher et en moins fiable ? Pas seulement : il suffit qu’un fabricant s’acoquine à une entreprise de service pour que les autres soient obligés de l’imiter : il réduit mécaniquement le marché ouvert à concurrence (HP aurait vendu 4md$ de matériel avec son service, son partenaire, EDS, recommandant jusque-là des produits concurrents).
  • Les entreprises ont-elles quelque chose à y gagner ? Dorénavant lorsqu’elles choisiront un cabinet de conseil, il arrivera avec ses équipements. Pas sûr que ce soit une bonne affaire : l’offre matérielle étant ainsi protégée de la concurrence risque aussi d’être oubliée de l’innovation.
  • L’affrontement ne portant plus que sur le service, va-t-il être soumis à une guerre des coûts ? Indiens ou salaires indiens partout ?

Compléments :

Téléphonie mobile et pays émergents

The Economist consacre un dossier (Mobile marvels) à l’histoire de la téléphonie mobile dans les pays émergents (3/4 des mobiles mondiaux). Où l’on voit l’économie de marché à son meilleur :

Alors que l’on ne parle que de gratuité chez nous, chez les pauvres tout est payant. Sans compter que les plus grands succès ont été remportés sur quelques uns des marchés les plus incertains du globe. Et c’est pour cela que les entreprises de télécom ont fait preuve de génie là bas et pas chez nous. Elles rendent des services inestimables aux populations locales (météo ou conseils pour les paysans, transferts d’argent voire services bancaires (Beyond voice)…), et elles ont réduit leurs coûts en faisant preuve d’une créativité exceptionnelle : locations de téléphone, partages d’infrastructure… (Eureka moments.)

D’où émergences d’entreprises redoutablement efficaces. Les opérateurs indiens (The mother of invention) sont les champions de l’optimisation des coûts, ils sous-traitent tout (y compris à IBM dont les produits étaient si chers jadis !), partagent tout. Les équipementiers chinois (Huawei et ZTE) sont d’une immense inventivité. Ils devraient rapidement vider le marché de sa substance et faire table rase de leurs concurrents. Il semblerait même qu’ils soient trop rapides pour les aides de leur gouvernement (Up, up and Huawei). L’avenir est au tout Internet mobile (Finishing the job), ce qui promet de nouveaux trésors de créativité.

Mais le mieux c’est que cette innovation aurait élevé le niveau de vie de ceux qui ont pu en profiter.

Et nous là dedans ? Ce qu’il y a de surprenant, c’est que si tous ces gens semblent fort intelligents, ce qu’ils font n’est quand même pas très compliqué. Pourquoi sommes-nous à l’arrêt ? J’en suis revenu à une théorie qui semble se vérifier :

L’Ouest est dirigé par une élite de managers financiers, qui se figurait à la tête du monde. Elle pensait que le marché d’avenir était à l’Est. Donc non seulement elle pouvait se désintéresser de l’Ouest, mais encore elle devait délocaliser sa production pour jouir des coûts les plus faibles. Cette stratégie n’a pas eu les effets escomptés. Le marché de l’est est fermé à nos produits. Les transferts de technologie massifs, intelligemment exploités, ont rendu beaucoup d’industries locales non seulement autonomes mais surtout bien plus efficaces que les nôtres. D’autant plus que notre management financier, qui pensait avoir trouvé avec les délocalisations sa botte de Nevers, a asséché l’innovation occidentale. L’Ouest se retrouve donc avec un tissu économique anémié, et une population (donc un marché) appauvrie, d’autant plus que celle-ci doit alimenter un plan de relance qui permette à son élite d’éviter les conséquences de ses erreurs.

Il serait bien que cette élite arrête de jouer contre son camp.

Compléments :

USA : plus de téléphone

Les USA sont confrontés à un curieux problème téléphonique (Cutting the cord) :

  • La crise fait que l’on fait des économies, certains abandonnent le fixe pour le mobile.
  • Conséquence : plus rentable pour les opérateurs de télécom de fournir du fixe.
  • D’où des victimes : augmentation des coûts du fixe pour le grand nombre qui l’utilise encore, menace au « service universel » (plus de téléphone, pour les pauvres, les isolés, dans la rue, plus tout un tas de services, comme ceux des pompiers et des sondeurs, qui dépendaient du téléphone fixe)…
  • Le pire est que la couverture mobile est mauvaise.

L’Amérique risque de se retrouver à l’âge des cavernes de la téléphonie ?

Le phénomène est-il général ? Une innovation, le mobile, qui ne marche pas très bien, mais suffisamment pour susciter un équipement massif. Son coût contraint quelques-uns à des économies, ces économies mettent en faillite les offreurs de service prééxistants, dont la rentabilité tenait à peu. On a perdu un service fiable, universel et pas cher, que l’on a remplacé par quelque chose de mauvaise qualité et réservé aux riches. Tous punis.

A-t-on là le mécanisme type du capitalisme ?

KPN

Club télécom de ce matin, présentation de KPN par Rico Perdon, son directeur financier. (Gerben Wijbenga, PDG, était malade.)

On est habitué au lourd opérateur de télécom, grosse bureaucratie. KPN, opérateur historique des Pays bas, en semble l’antithèse.

Stratégie habile ? Proposer à des grandes enseignes ou à des communautés un système de téléphonie mobile qui leur est propre (par exemple : téléphoner à quelqu’un de son entreprise est gratuit).

Dans ce modèle il ne semble y avoir que des coûts variables : KPN ne possède pas les infrastructures télécoms, n’a pas de réseau de distribution, c’est son client qui segmente le marché pour lui.

Pour bien fonctionner, j’imagine, ce modèle doit demander une petite équipe de gens compétents et motivés.

Complément :