Étiquette : Télécommunications
Microsoft et smartphone
Compléments :
- Très intrigante idée : la stratégie de Microsoft a été le bundling, l’étendue d’une offre qui tuait tout adversaire qui n’en attaquait qu’une partie. Or, ce qui lui fait défaut aujourd’hui, dans le cas du Smartphone, est exactement le manque d’une telle offre. Ce bundling était-il la clé de voûte de l’édifice Microsoft, ce qui guidait son comportement ? Si oui, comment la recette a-t-elle pu être perdue ?
Stratégie de France Télécom
Annonce par la nouvelle direction de FT de sa stratégie. Difficile de juger. Mais ça ne donne pas une image très flatteuse du passé.
- Baisse de chiffre d’affaires, mais « taux de rentabilité en progression de 35,5% ». Stratégie de « vache à lait » ? (Serait-ce nous, les Français, la vache à lait ?)
- Services clients qui n’ont pas l’air brillants, mais où il y a de l’argent à gagner.
- Marché des entreprises sous exploité et potentiellement énorme. Surprise. C’est déjà ce qui me paraissait évident quand je faisais des études de marché sur le sujet, il y a plus de dix ans.
- Dans beaucoup de domaines, présentés comme désormais stratégiques, ce qui domine semble être le « trop tard » : mobile, fibre haut débit, marchés émergents (comment entrer sur des marchés certes en grosse croissance, mais coupe-gorge, où la productivité me semble poussée à l’extrême, quand on vient de l’étranger, et sans préparation à l’esprit combattif qui les caractérise ?).
- La seule chose un peu innovante dans la politique de l’équipe sortante, « les contenus audiovisuels », passerait à la trappe. Était-ce une erreur ?
- Reconstruction de l’entreprise, de sa culture, et de ses hommes. La direction ne peut avoir une stratégie ambitieuse si ses collaborateurs ne sont pas en état de la suivre, et de mettre en œuvre ses décisions avec intelligence et efficacité.
- Apprendre. FT semble distancé par son marché. Pour reconstruire des « compétences clés », l’achat d’entreprises est probablement moins efficace que l’expérimentation avec des clients dont les besoins sont en avance sur leur temps.
- L’état interne de FT semble inquiétant : Taylorisme chez FT.
- Sa performance économique ne semble guère meilleure…
Adolescent et mobile
Taiseur
J’entendais dire, hier, que la société Taser commercialisait un système qui permet de contrôler les communications téléphoniques mobiles de ses enfants, de les filtrer, de les couper, d’effectuer des écoutes… Je me suis interrogé :
- Est-ce qu’un contrôle policier est une bonne façon d’élever ses enfants ? Est-ce efficace ou cela peut-il avoir l’effet inverse de celui cherché ? (Enfant qui vole pour pouvoir s’acheter un téléphone sans mouchard ?)
- Dans une société d’individualistes, le contrôle social est-il remplacé par les machines : caméra, écoutes… ?
- L’entreprise Taser a-t-elle pour mission de fabriquer les machines qui contraignent le libre arbitre humain ? Les outils du changement par le passage en force ?
Nokia
Nokia demeure le plus gros producteur de téléphones mobiles, parce qu’elle en vend beaucoup, de très simples, aux pays en développement. Mais l’entreprise a raté la vague du smartphone à valeur ajoutée. C’était une spécialiste du matériel alors que le jeu est maintenant logiciel et services. Changement en perspective :
Until now, it has excelled in making and distributing hardware. This has trained the organisation to focus on planning and logistics. Deadlines are often set 18 months in advance. Teams developing a new device also work in relative isolation and even competitively, to make each product more original. And although Nokia has always done a lot of market research and built phones for every conceivable type of customer, it sells most of its wares to telecoms operators and designs its products to meet their demands.
With the rise of the smart-phone, however, software and services are becoming much more important. They require different skills. Development cycles are not counted in quarters and years, but in months or even weeks. New services do not have to be perfect, since they can be improved after their launch if consumers like them. Teams have to collaborate more closely, so that the same services and software can run on different handsets. Nokia also has to establish a direct relationship with its users like Apple’s or Google’s.
SMS
C’est la première année que je remarque l’usage systématique du SMS pour le nouvel an. Bombardement.
C’est plus spontané que la carte de vœux, et plus facile à écrire. C’est moins sympathique que le coup de fil, mais cela évite les files d’attente. Le SMS serait-il la voie de la paresse ? Ou, au contraire, un moyen adapté à notre paresse, de garder un minimum de lien social ?
D’ailleurs j’ai noté chez mes hôtes du réveillon que le SMS suivait les pratiques de gains de productivité du capitalisme moderne : la tâche est sous-traitée à un personnel à bas coût (les enfants), et on utilise l’envoie de masse.
En tout cas, cela encourage à s’équiper d’un téléphone un rien smart : le mien ne me permet pas de répondre facilement, j’envoie des mails de mon PC, ce qui est du dernier ringard.
Jeux, vidéo et Internet
Les jeux électroniques sont aspirés par Internet (A giant sucking sound). Un nouveau fournisseur de contenu liquidé ?
Pas forcément, il semblerait qu’une solution de sauvetage émerge, qui pourrait s’appliquer à toute l’industrie du contenu : gratuit, fondamentalement, avec publicité, et micro paiements, pour des services supplémentaires.
En tout cas, le jeu online paraît différer du offline en ce qu’il est développé beaucoup plus vite et à moindre coût, et s’enrichit sans arrêt. Arrivée de nouveaux entrants. En outre le contenant prend une grasse commission sur les micro paiements. Vers une industrie de zombies ?
Compléments :
- Contenant et contenu : Hadopi bis.
Portable à l’école
Il paraît que le portable a été interdit aux élèves. La mesure ne semblait pas aller d’elle-même : une mère aurait giflé une enseignante qui avait demandé à une petite fille de se passer de son portable, au motif que la mère voulait pouvoir être jointe immédiatement (France Culture, ce matin).
Elle aurait dû savoir que le portable et toutes ses applications (échange de SMS, accès Internet, triche…) n’est pas compatible avec l’enseignement, et que l’école prend soin de la petite fille aussi bien que sa maman, voire mieux. Celle-ci n’a donc pas à s’inquiéter.
Je me demande si le raisonnement un peu rapide de la mère n’illustre pas l’isolement dans lequel nous vivons. Nous sommes seuls, nous ne profitons pas de l’intelligence collective, si bien que nous sommes victimes de la première idée qui nous passe par la tête. Et c’est ce qui nous rend manipulables par les faiseurs d’opinion. Ils peuvent ainsi démolir les bases sur lesquelles notre société est construite, et que nous avons oubliées, pour servir leurs intérêts.
Crise occidentale : raisons structurelles
Au début des années 90, une lecture obligée en MBA était The Machine that Changed the World. Le livre expliquait pourquoi la production de masse était condamnée car économiquement ridicule. Or, elle a gagné…
Nette supériorité du lean manufacturing…
- La production de masse (aussi appelée taylorienne ou fordiste), repose sur un découplage entre offre et demande. Les produits sont conçus des années avant d’être vendus, fabriqués par des machines, ou des hommes suivant des procédures (la procédure est le fondement des travaux de Taylor) et mis sur le marché. La publicité sert alors à former les goûts du marché à ce que l’entreprise sait produire.
- Le lean manufacturing, que lui opposait The Machine that Changed the World, est une philosophie de production dont l’idée centrale est de coller au besoin du client, de lui répondre immédiatement. Pour satisfaire cette exigence, la chaîne de conception / fabrication / vente doit être flexible, ce qui fait employer plus d’hommes, mais des machines moins sophistiquées que dans la production de masse, et élimine les stocks. Contrairement au processus taylorien où l’homme est une machine, ici il a un rôle décisif : les processus sont améliorés par ceux qui les mettent en oeuvre. On profite ainsi de l’énorme capacité d’apprentissage de l’individu et du groupe social (que n’a pas la machine).
Ces procédés conduisent à des améliorations massives de qualité et de productivité par rapport à la production de masse.
… et les raisons de son échec
Or, ces 15 dernières années ont été un retour à la production de masse. Comment une technique économiquement inférieure peut-elle survivre à la sélection naturelle ? Parce que cette sélection a été entre parenthèses :
- Nous avons vécu deux bulles spéculatives qui ont isolé les entreprises de la pression concurrentielle, d’ailleurs, comme dans le monde des télécoms et de l’automobile, toutes les entreprises ont adopté la même stratégie.
- En particulier, les dirigeants ont cru que l’ordinateur permettrait de rendre flexible l’organisation. Les logiciels de CRM étaient supposés « orienter client » l’entreprise , les ERP infléchir ses processus internes en fonction du besoin du marché.
La production de masse a un autre atout : l’intelligence est dans la machine. Ceci permet d’une part d’avoir des dirigeants qui ne connaissent pas le métier de l’entreprise (ils achètent des machines), et des ouvriers sans qualification, donc en « concurrence parfaite », donc pauvres. De ce fait, la valeur qui est accumulée par l’entreprise profite massivement aux dirigeants, ce qui n’est pas le cas dans le modèle « lean », évidemment plus égalitaire.
Pourquoi une crise, alors ? Si l’on regarde ce qui s’est passé aux USA, il semblerait que le moteur de l’économie ait été la consommation, nourrie par la dette : les pauvres s’endettaient et les inégalités s’accroissaient. Peut-être parce qu’un tel édifice devient de plus en plus fragile, il a fini par s’effondrer. Aujourd’hui le marché reconstitue ses économies, et n’achète plus, ce qui paralyse le fonctionnement de la nation.
Hiver nucléaire
Le résultat de ce qui précède :
- Les multinationales, qui avaient parié sur des effets de taille, la délocalisation et la promesse des marchés émergents, ont négligé leur recherche et développement ; ayant cru que les ordinateurs et les consultants géreraient leurs employés à leur place elles ont laissé péricliter le métier qui faisait leur efficacité. Par exemple les audits d’usines que je vois passer montrent des équipes stressées, sous pression, mais des prévisions de fabrication à un jour, production en grande partie inutile (!), stocks gigantesques (et vols), locaux de travail mal tenus et organisés de manière irrationnelle, logiciels de gestion utilisés invraisemblablement (faute de formation ?)… Conclusion : employés laissés à eux-mêmes, démission du management.
- Les PME ont été dévastées indirectement. Elles sont pour beaucoup des sous-traitants des multinationales. La concurrence organisée par les services d’achat des grandes entreprises les ont mises à genoux et leur ont fait perdre leur savoir-faire (notamment licenciement des personnels les plus coûteux, car les plus expérimentés).
La menace émergente
Si notre tissu économique n’est plus que l’ombre de lui-même, celui des pays émergents se développe à plein régime :
- Ils sont nationalistes : ils refusent la globalisation qui permet la collusion entre multinationales (l’élimination de concurrence) nécessaire au maintien de la technique production de masse, économiquement inefficace.
- Ils se comportent comme des entrepreneurs. Ils investissent, innovent, apprennent.
En résumé, que les bonnes volontés à qui il reste un rien de compétence de gestion ou technique se réjouissent : elles ont un champ de ruines à relever ; et il va falloir faire vite. Et le lean manufacturing (en fait, le lean tout court) a de beaux jours devant lui.
Compléments :
- WOMACK James P., JONES Daniel T., ROOS Daniel, The Machine That Changed the World: Based on the Massachusetts Institute of Technology 5-Million-Dollar 5-Year Study on the Future of the Automobile, Scribner Book Company, 1995.
- L’exemple du comportement moutonnier de l’automobile : Recomposition de l’industrie automobile ?
- La révolution précédente de l’automobile avait été l’adoption des techniques de lean manufacturing. Sur le mode projet et la Twingo : MIDLER, Christophe, L’Auto qui n’existait pas : Management des projets et transformation de l’entreprise, Dunod, 2004.
- Sur le dynamisme émergent, dans les télécoms : Téléphonie mobile et pays émergents.
- L’Amérique tirée par la consommation, une économie bâtie sur du vent et des petits boulots : Le Mal américain (analyse de Jacques Mistral, au second point). Il ne reste plus rien de l’industrie américaine : Désert industriel américain.
- Nos dernières années ont vu une augmentation sans précédent des inégalités sociales : Hold up ? et Inégalités françaises ?