Bertrand Delage

Hier j’ai reçu Bertrand Delage dans Trouble Shooter. C’est un spécialiste du management de projets complexes. Il avait choisi de parler de « design to cost » et de la conception de l’Espace, dans des conditions rocambolesques.

Bertrand Delage cite Saint-Exupéry : « Dans la vie il n’y a pas de solutions. Il y a des forces en marche : il faut les créer et les solutions suivent ». Un principe du design to cost, c’est que le projet ne sera que succession de résolutions de problèmes imprévisibles et, qu’en conséquence, il faut se donner les moyens de les repérer très tôt et des processus puissants de résolution.

La méthode, d’une certaine façon, fait confiance au talent humain, alors que le Taylorisme (qui inspire les méthodes modernes de management) considère l’homme au mieux comme juste bon à appliquer des procédures prédéfinies.

L’histoire était un peu triste. L’Espace était un produit hyper innovant, conçu avec très peu de moyens et en 15 mois (contre plus de 24 aujourd’hui pour une simple nouvelle version d’un modèle existant), comment se fait-il que nous ayons perdu ce savoir-faire ? Comment se fait-il que ceux qui nous l’ont fait perdre soient admirés alors que ceux qui ont conçu l’Espace n’ont jamais été que des anonymes peu considérés ?

Compléments :
  • Note de M.Delage sur le Design to cost.

Crise occidentale : raisons structurelles

Au début des années 90, une lecture obligée en MBA était The Machine that Changed the World. Le livre expliquait pourquoi la production de masse était condamnée car économiquement ridicule. Or, elle a gagné…

Nette supériorité du lean manufacturing…

  • La production de masse (aussi appelée taylorienne ou fordiste), repose sur un découplage entre offre et demande. Les produits sont conçus des années avant d’être vendus, fabriqués par des machines, ou des hommes suivant des procédures (la procédure est le fondement des travaux de Taylor) et mis sur le marché. La publicité sert alors à former les goûts du marché à ce que l’entreprise sait produire.
  • Le lean manufacturing, que lui opposait The Machine that Changed the World, est une philosophie de production dont l’idée centrale est de coller au besoin du client, de lui répondre immédiatement. Pour satisfaire cette exigence, la chaîne de conception / fabrication / vente doit être flexible, ce qui fait employer plus d’hommes, mais des machines moins sophistiquées que dans la production de masse, et élimine les stocks. Contrairement au processus taylorien où l’homme est une machine, ici il a un rôle décisif : les processus sont améliorés par ceux qui les mettent en oeuvre. On profite ainsi de l’énorme capacité d’apprentissage de l’individu et du groupe social (que n’a pas la machine).

Ces procédés conduisent à des améliorations massives de qualité et de productivité par rapport à la production de masse.

… et les raisons de son échec

Or, ces 15 dernières années ont été un retour à la production de masse. Comment une technique économiquement inférieure peut-elle survivre à la sélection naturelle ? Parce que cette sélection a été entre parenthèses :

  • Nous avons vécu deux bulles spéculatives qui ont isolé les entreprises de la pression concurrentielle, d’ailleurs, comme dans le monde des télécoms et de l’automobile, toutes les entreprises ont adopté la même stratégie.
  • En particulier, les dirigeants ont cru que l’ordinateur permettrait de rendre flexible l’organisation. Les logiciels de CRM étaient supposés « orienter client » l’entreprise , les ERP infléchir ses processus internes en fonction du besoin du marché.

La production de masse a un autre atout : l’intelligence est dans la machine. Ceci permet d’une part d’avoir des dirigeants qui ne connaissent pas le métier de l’entreprise (ils achètent des machines), et des ouvriers sans qualification, donc en « concurrence parfaite », donc pauvres. De ce fait, la valeur qui est accumulée par l’entreprise profite massivement aux dirigeants, ce qui n’est pas le cas dans le modèle « lean », évidemment plus égalitaire.

Pourquoi une crise, alors ? Si l’on regarde ce qui s’est passé aux USA, il semblerait que le moteur de l’économie ait été la consommation, nourrie par la dette : les pauvres s’endettaient et les inégalités s’accroissaient. Peut-être parce qu’un tel édifice devient de plus en plus fragile, il a fini par s’effondrer. Aujourd’hui le marché reconstitue ses économies, et n’achète plus, ce qui paralyse le fonctionnement de la nation.

Hiver nucléaire

Le résultat de ce qui précède :

  • Les multinationales, qui avaient parié sur des effets de taille, la délocalisation et la promesse des marchés émergents, ont négligé leur recherche et développement ; ayant cru que les ordinateurs et les consultants géreraient leurs employés à leur place elles ont laissé péricliter le métier qui faisait leur efficacité. Par exemple les audits d’usines que je vois passer montrent des équipes stressées, sous pression, mais des prévisions de fabrication à un jour, production en grande partie inutile (!), stocks gigantesques (et vols), locaux de travail mal tenus et organisés de manière irrationnelle, logiciels de gestion utilisés invraisemblablement (faute de formation ?)… Conclusion : employés laissés à eux-mêmes, démission du management.
  • Les PME ont été dévastées indirectement. Elles sont pour beaucoup des sous-traitants des multinationales. La concurrence organisée par les services d’achat des grandes entreprises les ont mises à genoux et leur ont fait perdre leur savoir-faire (notamment licenciement des personnels les plus coûteux, car les plus expérimentés).

La menace émergente

Si notre tissu économique n’est plus que l’ombre de lui-même, celui des pays émergents se développe à plein régime :

  • Ils sont nationalistes : ils refusent la globalisation qui permet la collusion entre multinationales (l’élimination de concurrence) nécessaire au maintien de la technique production de masse, économiquement inefficace.
  • Ils se comportent comme des entrepreneurs. Ils investissent, innovent, apprennent.

En résumé, que les bonnes volontés à qui il reste un rien de compétence de gestion ou technique se réjouissent : elles ont un champ de ruines à relever ; et il va falloir faire vite. Et le lean manufacturing (en fait, le lean tout court) a de beaux jours devant lui.

Compléments :

  • WOMACK James P., JONES Daniel T., ROOS Daniel, The Machine That Changed the World: Based on the Massachusetts Institute of Technology 5-Million-Dollar 5-Year Study on the Future of the Automobile, Scribner Book Company, 1995.
  • L’exemple du comportement moutonnier de l’automobile : Recomposition de l’industrie automobile ?
  • La révolution précédente de l’automobile avait été l’adoption des techniques de lean manufacturing. Sur le mode projet et la Twingo : MIDLER, Christophe, L’Auto qui n’existait pas : Management des projets et transformation de l’entreprise, Dunod, 2004.
  • Sur le dynamisme émergent, dans les télécoms : Téléphonie mobile et pays émergents.
  • L’Amérique tirée par la consommation, une économie bâtie sur du vent et des petits boulots : Le Mal américain (analyse de Jacques Mistral, au second point). Il ne reste plus rien de l’industrie américaine : Désert industriel américain.
  • Nos dernières années ont vu une augmentation sans précédent des inégalités sociales : Hold up ? et Inégalités françaises ?

Pourquoi des vacances ?

Certains ne semblent pas avoir besoin de vacances : les paysans, les chercheurs, les dirigeants, les gouvernants. Pourquoi ?

Contrairement au reste de la population, n’est-ce pas ceux qui subissent le moins de contraintes humaines ? Ils sont soumis à des contraintes (la nature et ses lois pour le paysan), certes, mais qui sont bien plus supportables que la routine taylorienne de l’ouvrier, ou le métro boulot dodo de l’employé ? Ce qui use l’homme, c’est le diktat des lois humaines, la robotisation de son existence ?

Si cette explication est correcte, les vacances permettraient de retrouver un peu de libre arbitre. Deux idées qui vont dans cette direction :

  1. Durkheim, dans son étude sur le suicide, note qu’on se suicide au rythme du calendrier de l’activité humaine. Sans que nous nous en rendions compte nos décisions sont contrôlées par les cycles sociaux.
  2. L’économiste Thorstein Veblen a étudié les classes supérieures américaines de la fin du 19ème siècle (The theory of the leisure class). C’étaient des classes oisives dont toute l’activité (à commencer par la consommation) était ostentatoire. Galbraith (The Industrial State) se demande où est maintenant cette classe. Il la retrouve dans les universités et à la tête des entreprises : elle a réussi à faire passer son oisiveté pour un travail.

Chiens et chats

La domestication, exercice de conduite du changement :

  • La plupart des espèces domestiquées avaient une organisation hiérarchique. Il a suffi à l’homme d’adopter la stratégie des révolutionnaires de 89 pour les asservir : remplacer l’animal dominant.
  • Le chat est un cas à part. Il s’est associé à nous. L’agriculture et ses greniers ont favorisé la souris, le chat est venu la chasser. Tout le monde y a trouvé son compte. C’est pour cela que le chat n’a pas perdu son indépendance et est capable de subvenir à ses besoins.

Transposition à l’entreprise :

  1. le modèle hiérarchique taylorien de la production de masse, où l’individu suit une procédure ;
  2. le modèle « entraîneur / champion » qui exploite les forces individuelles (lean manufacturing, ou « start up »).

Assurance santé à l’Américaine

Ce blog est quelque peu dubitatif quant à la personnalité de Barak Obama. Mais dernièrement son opinion vacillait. Ne méritait-il pas de l’estime pour sa réforme du système de santé ? Après tout c’est un des systèmes les plus inégalitaires au monde, et ceux qui ont tenté de l’améliorer ont été mis en déroute (Clinton en 94). Lui semble réussir.

La faillite de ce système est étrange. Tout d’abord c’est un des rares qui ne propose pas de couverture universelle. 47m de personnes n’étaient pas assurées en 2007, avant la crise. Or, il est extrêmement inefficace. Il coûte, en moyenne par personne, 60% de plus que le système français (90%, si l’on se ramène à la population assurée). Curieusement, le budget de l’état qui lui est consacré (45% du coût total), toujours par personne, est sensiblement égal à celui de la France (80%).

Je n’ai pas regardé de près la question, mais elle ressemble à une observation qui me frappe à chaque fois que je rencontre le monde anglo-saxon (par exemple les habitations ou hôtels dits « de luxe »). L’économie de marché, certes, crée des riches et des exclus. Mais ces riches sont bizarrement riches : ils ont de la quantité, mais pas de qualité. L’explication vient peut-être de ce que le tissu social est privé de tout : il n’y a pas d’accumulation de savoir-faire, sinon dans la mémoire des ordinateurs. Le service, pour un Américain, c’est un affamé qui n’a reçu aucune éducation, et qui obéit à une procédure sans la comprendre (principe du management scientifique de Taylor).

Retour à Obama et à sa campagne. Elle semble bien partie non du fait de son talent mais de la collaboration des traditionnels résistants au changement, l’industrie pharmaceutique. De là à penser que l’ancien système ne servait plus ses intérêts et qu’elle avait besoin de quelqu’un pour le réformer sans lui faire perdre la face…

Alors, Obama représentant du pragmatisme américain à son meilleur ? Art du changement pour ne pas changer ? Les milieux d’affaires ont compris qu’ils étaient allés trop loin, et que l’extrémisme sans nuance de George Bush menaçait de les rayer de la carte ? Ils auraient choisi un président qui les défende intelligemment, enfin, et qui ne leur ressemble pas, surtout ?

Compléments :

  • Wikipedia parle des différents systèmes de santé mondiaux. Le système français aurait été trouvé le meilleur. Mais pourquoi le réforme-t-on aussi brutalement alors ? Une fois de plus, est-ce une erreur de conduite du changement ? On prend quelques dysfonctionnements pour un vice mortel du système ? Mais le nouveau modèle que l’on nous propose n’est-il pas celui qui a échoué aux USA (où l’on parle de système de santé « orienté marché ») ?
  • Un de mes premiers billets irait peut-être dans le sens de ma conclusion : les premiers à avoir parié sur Obama sont les milieux du capital-risque de la Silicon Valey. Je ne peux m’empêcher d’imaginer que, comme pour leurs plus grands coups, l’inconnu Obama a dû susciter chez eux une sorte d’extraordinaire éclair de génie : bon sang, mais ce nègre est l’un des nôtres, et peut-être le meilleur !
  • Un billet qui montre l’extraordinaire pargmatisme des milieux d’affaires américains et les adaptations qu’ont subies leurs idées pour survivre aux crises qu’elles ont suscitées : Consensus de Washington.

Changement : textes de référence

On me demande des références sur le sujet du changement, pour une thèse. Quelques idées reflétant l’état actuel de mes connaissances.

Tout d’abord la recherche anglo-saxonne, telle qu’on l’enseigne en MBA :

  • la science des organisations utilisée par le consultant anglo-saxon descend directement du management scientifique de Taylor.
  • courant issu des sciences humaines, illustré par John Kotter (Leading change).
  • une tendance minoritaire provient de la systémique, tendance ingénieur, travaux de Jay Forrester régénérés par Peter Senge (The 5th discipline).
  • On parle aussi de la théorie de la complexité, une redécouverte de la sociologie par les sciences dures. Institut de Santa Fé.

En plus solide :

  • Toujours dans le domaine américain : Edgar Schein a appliqué les sciences humaines à l’organisation (voir Corporate culture et Process consultation).
  • Voir la théorie des organisations de l’économiste Herbert Simon et de James March.
  • Le sociologue Merton me semble aussi très important.
  • Plus généralement, la sociologie des origines, et surtout l’ethnologie, donne des outils utiles pour comprendre la société actuelle et ce qui la met en mouvement. La sociologie étant l’invention principale de la science allemande, il faut regarder du côté de Kant et Hegel en premier, des sociologues ensuite – Weber, etc., les économistes pas loin derrière, – List, Schumpeter… 
  • Pour comprendre la culture française, Montesquieu, Tocqueville, Crozier et d’Iribarne me semblent utiles.
  • La conduite du changement en Chine: le Discours de la Tortue parle du livre des changements, fondement de la pensée chinoise. Je ne suis pas un grand expert de la Chine, mais je pense que pour comprendre sa pensée, il faut se familiariser avec son histoire et sa littérature: voir par exemple le livre de Jacques Gernet et le roman des 3 royaumes.

Pour plus de détails sur ce qui précède, faire des recherches par mots clés dans ce blog, ou lire Conduire le changement: transformer les organisations, sans bouleverser les hommes, j’y ai utilisé ces travaux pour résoudre les problèmes de changement quotidiens. 

Après l’ultralibéralisme le beau temps ?

La théorie de Galbraith (billet précédent) invite à se demander ce qui peut remplacer l’ère des marchés rois.

À quoi ressemblerait l’économie idéale ?

Probablement beaucoup à l’ère des planificateurs : l’entreprise est un être complexe, qui, par nature travaille en groupe. Elle doit être protégée des manigances financières à courte vue, et des intérêts myopes de l’individualiste.

Mais cette planification ne doit pas être rigidité : comme le disait Galbraith, elle ne doit pas chercher à rendre l’avenir prévisible en manipulant nos valeurs et notre psychologie pour que nous achetions ses produits aux prix et dans les quantités qui lui sont nécessaires, et pour que nous passions notre vie à produire l’inutile. L’entreprise doit apprendre à s’inscrire dans les mécanismes sociaux sans chercher à les plier à sa paresse intellectuelle. De même cette planification ne doit pas transformer l’homme en machine, à la mode taylorienne.

Les techniques pour ce faire, existent, et elles sont adaptées à la nature de nos organisations. Ce sont elles qu’examinent mes livres (ordinateur social).

Mais surtout, l’économie idéale doit être au service de l’homme (ce que le disait aussi Galbraith) pas l’inverse. Parce que l’économie est malade, la planète ne vit plus. Est-ce normal que l’économie nous ait asservis ?

Il est possible qu’une économie qui apprendrait à tirer profit des règles sociales, sans les trafiquer, finirait par servir l’homme.

Une utopie ?

Le problème qui affecte le monde est celui du « free rider ». Ce que je traduis par parasitisme, plutôt que par « passager clandestin », comme on le fait d’ordinaire : le free rider peut payer son billet, pas le passager clandestin. L’individu a plus à gagner à profiter de la société qu’à y contribuer. Mais si le parasite se multiplie la société disparaît. Il a donc parfois intérêt à se faire oublier, à laisser se développer des mécanismes sociaux. Alors, il vote Obama. C’est pour cela qu’il est plus facile d’être ultralibéral en France qu’aux USA ; quand on est grand commis de l’État, que lorsque que l’on dirige une PME sous-traitante de l’automobile.

Les sociétés contrôlent le parasitisme de deux façons :

  1. Elles nous « codent » pour jouer l’équipe. C’est le rôle de l’éducation. C’est à cause d’elle qu’il nous semble bien d’aider les vieilles personnes à traverser, plutôt que de les occire pour leur voler leurs économies.
  2. Elles favorisent le développement de processus d’autocontrôle, voire d’élimination du parasite. Par exemple, il est difficile de ne pas obtempérer au code de la route, sans risquer un accident.

Le premier mécanisme demande du temps. L’individu change extrêmement lentement et nous sommes massivement individualistes. Sauf crise grave, nous ne changerons pas en profondeur. L’émergence de leaders « sociaux » tels que Barak Obama n’est que l’exception qui confirme la règle.

Quant aux processus d’autocontrôle que nous possédons. Je doute de leur robustesse. L’individualiste déterminé est redoutable. Au mieux, j’ai espéré qu’en permettant d’utiliser plus facilement les mécanismes sociaux, les techniques dont parlent mes livres donnent un avantage déterminant à ceux qui sont « orientés sociétés ». D’ailleurs, elles ont un intérêt qui ne devrait pas être indifférent à l’individualiste : elles permettent aux talents de s’exprimer, et de profiter du haut-parleur de l’organisation pour se faire connaître. Le mécanisme est identique à celui de l’équipe sportive : les talents individuels y sont bien visibles, et ne pourraient se manifester sans l’équipe.

Bien sûr, Darwin a son mot à dire. La société n’est pas faite que de parasites. Et un individu est probablement le terrain de tendances opposées : sociales et parasitiques. La sélection naturelle fera notre future société à l’image de ceux qui auront su tirer leur épingle du jeu. Si la crise favorise, par exemple, l’émergence de réseaux d’entrepreneurs qui, pour éviter le manque de cash, ont su faire une efficace combinaison de leurs compétences, et créer un sentiment d’appartenance de leurs équipes, elle pourrait être plus solidaire qu’aujourd’hui.

Compléments :

  • Un exemple d’une société marquée en profondeur par une crise : BCE, hypothèses fondamentales, valeurs officielles.
  • Sur les problèmes de « free rider » et leurs modes de contrôle : The logic of collective action, Governing the commons.
  • Sur l’efficacité remarquable de quelques champions à tirer parti des règles de la société : Alain Bauer.
  • Darwin et le changement.
  • L’optimisme quant à l’évolution de la société doit être prudent. Il y a 25 siècles, Platon décrivait une situation qui ressemblait beaucoup à la nôtre. On s’interrogeait déjà sur la « vertu politique », les qualités nécessaires à l’homme pour que la société puisse exister (CHÂTELET, François, Platon, Gallimard, 1965).

Darwin et le changement

Scientific American de janvier (Darwin’s Living Legacy, de Gary Styx) explique que Malthus a inspiré Darwin. Malthus avait observé que les espèces tendaient à épuiser ce qui leur était nécessaire. Leurs conditions de vie changeaient alors, et l’adaptation se faisait par sélection naturelle de nouvelles espèces issues de variations aléatoires.

Il se pourrait que les prochaines générations puissent tester les idées de Darwin en direct. Il semblerait bien que l’homme ne soit pas loin d’avoir réglé son compte à sa niche écologique, et à celle de beaucoup d’autres espèces animales.

The Economist fait un état des Océans. Bien pire que ce que je pensais. J’avais lu que le réchauffement climatique pouvait bloquer les courants sous-marins et provoquer une nouvelle ère glacière. Mais je découvre que c’est toute la chaîne animale qui est attaquée. Les océans s’acidifient, parce qu’ils absorbent une partie du dioxyde de carbone qui ne contribue pas à l’effet de serre. Et cela condamne les animaux à coquille qui sont fondamentaux dans la chaîne alimentaire. Un exemple, parmi d’autres.

Ça montre l’échec de la science. Non seulement elle a été incapable de prévoir quoi que ce soit, mais surtout elle a repris le rôle des mythes dans les sociétés plus ou moins primitives : elle a servi à justifier le statu quo, à prouver que ce qui semblait bien à une personne ou à un groupe était ce qui était bon pour l’humanité. Management scientifique de Taylor ou Socialisme scientifique de Marx, et toute la « science » économique, basée sur les hypothèses culturelles de la classe commerçante anglaise du 18ème siècle. Cette dernière nous enseigne que l’eau, l’air… ne valent rien, parce qu’ils sont en abondance, et qu’ils ne demandent pas l’effort de l’homme pour être consommés. Elle nous dit aussi qu’il est bien de faire comme le commerçant, d’être égoïste, de ne penser qu’à son intérêt. Parmi d’autres résultats du même acabit.

Si la sélection naturelle faisait surgir une science qui ne soit pas de propagande, ça éviterait peut-être à notre espèce une très incertaine transformation.

Complément :

  • Un très bon livre sur le changement climatique, paru à un moment où The Economist doutait encore de sa réalité : The Little Ice Age: How Climate Made History, 1300-1850, de Brian Fagan (Basic Books, 2001).

Le coaching et moi

Comment se place mon type de conseil ?

Une typologie :

  1. Le conseil en organisation : définit une cible théorique pour une organisation (exemple : réduisez vos effectifs par 2). Business Process Reengineering. C’est théorique et ça ne tient pas compte de la réalité humaine du problème. Cela ne se pratique que sur les relativement grandes structures.
  2. La mise en œuvre de ce qui précède. Mon type de conseil.
  3. Le coaching de groupe.
  4. Le coaching individuel.

Mes contacts avec les coachs montrent de grosses intersections entre techniques. Différences : les miennes sont développées dans le sens des sciences du management (que l’on peut, grossièrement, faire remonter à Taylor) ; les techniques de coaching sont à forte concentration de psychologie. Je n’y entre que dans la stricte limite du nécessaire, ce qu’Edgar Schein appelle l’établissement d’une relation d’aide.

Mon type d’intervention ne demande pas de transformer les personnalités, mais de les placer sur leurs forces. De modifier l’organisation, pour que chacun y soit au mieux.

De manière inattendue, si je suis confronté à un problème individuel, je lui cherche une solution organisationnelle. Notamment en augmentant la taille du groupe, de façon à ce que les faiblesses de la personne n’aient plus à s’exprimer, qu’elles soient compensées par les forces d’un nouvel arrivant. Je soigne l’individu par la société.

Par conséquent, je ne suis pas compétent pour m’occuper des petites organisations, des groupes de personnes, ou des individus.

Compléments :

  • Coach : bon ou mauvais ?
  • Un texte sur le coaching de groupe avec lequel j’ai beaucoup en commun : MALAREWICZ, Jacques Antoine, Systémique et entreprise, Village Mondial, 2005.
  • SCHEIN, Edgar, Process Consultation Revisited: Building the Helping Relationship, Prentice Hall, 1999.

Le gouvernement promeut le tutorat

La Tribune : le gouvernement veut encourager les entreprises à garder le savoir-faire de leurs personnels les plus anciens.

Étrange. S’il y a un intérêt à ce savoir-faire, pourquoi les entreprises ne l’ont-elles pas compris ? Vieux démon français qui veut que l’état soit un tuteur, qu’il fasse notre bonheur, par la force s’il le faut ? Mal qui affectait déjà l’Ancien régime (cf. L’Ancien régime et la Révolution de Tocqueville) ?

Mais pourquoi la France emploie-t-elle si peu de gens « âgés » (plus de 50 ans !) ?

La France fait partie des pays de l’Union européenne qui emploie le moins ses seniors avec seulement 38,3% des 55-64 ans actifs en 2007, soit très en-deçà de la moyenne européenne (44,7%), et loin de l’objectif de 50% fixé au niveau communautaire, selon Eurostat, l’organisme européen de statistiques.

  • Illustration d’un biais français : on n’apprend qu’à l’école ? L’employé n’accumule pas de savoir-faire ?
  • L’entreprise n’a pas besoin de gens compétents et expérimentés ? Est-ce que, comme le préconisait Taylor, l’entreprise française demande à ses employés d’appliquer des « programmes » ? Muscle plus que cerveau ?
  • Application de la théorie économique (de l’agence) : « aligner » les intérêts des actionnaires et du management ? Une population d’employés sans qualification, donc mal payée, permet une répartition des revenus générés par l’entreprise favorable au management et à l’actionnaire ? Certes l’entreprise n’est pas durable mais 1) ce n’est pas le problème de l’actionnaire, qui peut facilement vendre ses actions, 2) pas plus que celui du management s’il évite le désastre final (cf. actuels dirigeants de GM). Serait-ce pour ce dernier cas qu’il a inventé les « golden parachutes » ?

Compléments :