Taxi driver

(wikipedia) By May be found at the following website: Heritage Auctions (cropped and resized from original), Fair use, https://en.wikipedia.org/w/index.php?curid=62776056

Sur 300.000 chauffeurs de taxi anglais, 160.000 ne sont pas revenus travailler. (Article.) Dans un pays dépendant du taxi, la situation est grave.

Il y a des raisons techniques. Mais sont-elles nouvelles ? Ne serait-on pas face à un phénomène mondial : une prise de conscience, dans beaucoup de métiers, que les conditions de travail se sont dégradées ? Plus jamais cela. 

Cette crise du taxi a quelque-chose de symbolique. En effet, quasiment depuis qu’il y a des taxis, les économistes les voient comme la solution au chômage. Que l’on déréglemente la profession, et cela créera des milliers d’emplois ! 

Il semble qu’ils se soient trompés. L’individu n’accepte pas n’importe quel emploi, dans n’importe quelles conditions. Ils feraient peut-être bien de revoir les hypothèses concernant la nature humaine sur lesquelles reposent leurs travaux. 

Uber et la réforme des taxis

A l’époque où j’animais un club d’économie, j’ai reçu un chercheur éminent qui, entre autres, voulait supprimer la réglementation des taxis, pour créer de l’emploi. Je lui avais fait remarquer que cela faisait plus de 70 ans que l’on voulait le faire. J’ai eu raison : le gouvernement Sarkozy a été défait pas les taxis. Mais j’ai finalement eu tort : Uber est arrivé. Et Uber, c’est un rêve d’économiste. Et il a été encouragé : j’entendais dire que Pole Emploi, à une époque, poussait les chômeurs à conduire des taxis.

Mais les prévisions des économistes ne semblent pas s’être réalisées. La création d’emploi ne paraît pas massive. Problèmes d’infrastructures ? Rues encombrées ? Ou d’aspirations ? Je me souviens d’un conducteur de taxi américain qui ne rêvait que de retrouver un emploi en usine, une fois que la crise serait finie. On ne travaille pas pour l’argent, mais par vocation ? Un terme à faire entrer dans les manuels d’économie ?

Vive Uber

On m’a dit que j’avais tort. Non, Uber n’est pas une fausse invention. Grâce à la concurrence d’Uber, le conducteur de taxi parisien est devenu serviable et sympathique, il vous offre une bouteille d’eau et parfois des journaux, vous ouvre le coffre, et vous demande si la radio vous gène et quelle station vous voulez écouter. 
Longue vie à Uber ? 

Uber : guerre de religion ?

L’autre jour, on discutait grève des taxis à côté de moi, au café. Surdiplômés, type MBA, cool. Ils s’offusquaient de l’attitude des taxis, et louaient les vertus d’Uber et des siens. Ils voulaient quitter la France, invivable. L’un pensait aller à Barcelone. L’autre l’enviait. Deux arguments m’ont frappé :
  • Le taxi Uber est, en quelque sorte, « respectueux », alors que le taxi ordinaire est revendicatif. Apparemment aucun des deux ne savait qu’Uber était hors la loi
  • Les « réseaux sociaux » partageaient leur point de vue, disaient-ils. 
Serait-on en face d’une guerre culturelle ? Une élite internationale face à une société traditionnelle ? Avec les réseaux sociaux dans un rôle que je n’avais pas perçu. Le réseau social, auquel j’ai beaucoup de mal à trouver le génie qu’on lui prête, serait-il vu par cette élite comme quelque chose de miraculeux ? L’expression du bien. De la « vraie démocratie ». Ou peut être une arme révolutionnaire, annonce de l’avènement du marché sur terre ? Cela expliquerait-il pourquoi elle les utilise autant ? Pourquoi les fonds d’investissement y placent autant d’argent ? Idéologie plus que rationalité économique ? à creuser. 
J’ai pensé aux printemps arabes. La « vraie démocratie » et ses réseaux sociaux ont fait long feu. Au mieux ceux-ci sont maintenant utilisés par des (d’autres ?) religieux fanatiques. Les perdants de la globalisation. Phénomènes identiques en Europe ? 

Uber fait mordre la poussière au taxi

A San Francisco, trois fois moins de courses en taxi. Grâce à Uber. Et ce en seulement 2 ans. 
J’imagine que cela a du faire quelques dégâts chez des gens modestes qui n’avaient pas besoin de cela. Et qui ont probablement peu de moyens de faire autre chose. A moins de travailler pour Uber ? (Mais est-ce très rentable ?) Est-ce comme cela que doit se conduire le changement ? Et s’il était temps de réécrire le mythe du progrès, celui qui veut que le bon capitaliste, porteur de l’innovation, balaie les mauvais pauvres, défendant leur gagne pain ? 

Uber et les bénéfices de la réglementation des taxis

Uber, taxis à commander en ligne, est le dernier assaut en date contre le monopole des taxis. Ses prix sont déterminés par l’offre et la demande. C’est optimal, a priori : c’est susceptible de ramener le revenu du taxi à zéro, ou presque (le taxi passant de professionnel à amateur), et d’éliminer les congestions, puisque plus la demande est forte, plus le prix est élevé.

Cela, c’est la théorie. Car, dans la pratique, pour paraphraser Mme Thatcher, le marché n’existe pas. Il y a une société, et cette société est très inégalitaire. Le modèle d’Uber signifie plusieurs choses. D’abord que seuls les riches pourront voyager en taxi. Ensuite qu’un taxi amateur ayant un salaire proche de zéro peut avoir d’autres intérêts que ceux de son passager.

La rigueur scientifique, dernière victime en date des théories libérales

Pourquoi la science déraille-t-elle ? se demande The Economist. La plupart des publications scientifiques ne résistent pas au réexamen. Apparemment, c’est le résultat de la culture du management par objectif, et de son corollaire : la publication à tout prix. (Nouvelle conséquence imprévue des théories libérales ?)

La popularité de M.Hollandesombre. Mais l’estime nationale lui est indifférente. Il croit aux « cycles historiques ». Pas besoin d’agir, les choses s’arrangeront d’elles-mêmes. L’Irlande rembourse ses dettes mais se retrouve fauchée. L’Italie masque ses subventions à Alitalia. L’Allemagne se détourne de l’Eglise Catholique. (Qui est une sorte de service public avec ses propres sources de revenus.) En Russie, M.Navalny, candidat de The Economist, se révèle plus nationaliste que M.Poutine. En Inde, les milieux d’affaires s’enflamment pour un nationaliste qui sent le soufre. (Il n’y a pas que le peuple qui aime les extrêmes ?) L’Angleterre tend les bras aux banques chinoises. Elle leur permet d’ouvrir chez elles des succursales plutôt que des filiales. Histoire de leur éviter la réglementation anglaise (et européenne ?). L’Europe cherche à stopper le flot de subventions qui partent vers les petits aéroports. Et qui sont reversées aux compagnies à bas coût. Beaucoup de ces aéroports pourraient fermer. 
Rien de nouveau en Iran, toujours aussi amical vis-à-vis des USA, et en Egypte, toujours décidée à retourner à l’ancien régime. Les rebelles syriens s’en prennent aux journalistes. Ce qui est bien pour l’image de M.Assad. Mexique sans foi ni loi ? Plus de 100.000 enlèvements. L’Etat ne fait rien. Le président du Venezuela se comporte de plus en plus en dictateur (fou ?). Aux USA, guerre de tranchée entre Républicains et Démocrates. Ces derniers ont repoussé l’offensive des premiers. Mais le front n’a pas bougé. Cependant, les élus républicains ne sont pas tous des demeurés. The Economist a déniché deux exceptions à la règle. Le gouvernement japonais veut durcir ses lois concernant la divulgation de secrets d’Etat. Mais cela va contre la culture nationale. Le Vietnam ressemble à la Chine, en plus glauque. Va-t-il réformer son capitalisme d’Etat ? En Birmanie, le parti de Mme Suu Kyi pourrait prendre le pouvoir, mais y est totalement impréparé. Au Brésille gouvernement semble avoir vécu de la planche à billet. « La dette publique croit. Les banques prennent une part grandissante du marché du crédit. Et le gouvernement tord les règles comptables pour cacher tout ceci. » Comment cela va-t-il se terminer ?
Décidément, il n’y a pas de limite à la spéculation. Ce coup ci, elle porte sur les dettes d’entreprise. Les marchés sont ils imprévisibles ? M.Fama dit oui, M.Shiller, non. On leur donne le Nobel.
Les taxis, dernier secteur en date à être attaqué par Internet. Applications mobiles permettant de les appeler. Qu’est-ce que ça va donner ? Le câble USB deviendrait un système d’alimentation universel. Ce qui remettrait en piste le courant continu, en ce qui concerne l’alimentation de la maison et du bureau. L’avantage viendrait de ce que le câble transporte aussi des données. Cela en fait l’allié naturel des « smart grids ». Avec tout ce que cela signifie d’économie.

Afin d’essayer de retrouver un peu du talent de M.Jobs, Apple recrute des gens qui ont du goût.

Comment résoudre les problèmes du monde ? L’Oxford Martin Commission en appelle, en quelque sorte, aux organisations de bonne volonté. L’idée est de sortir de la paralysie des Etats pour constituer des coalitions d’institutions privées et publiques. Et d’attaquer sans attendre les questions importantes. 
Science. Il se pourrait qu’il n’y ait pas eu plusieurs types d’humains primitifs. Mais un seul, hautement variable. Une technique pour combattre le sida. Faire éclater le virus, dont le principe serait d’être sous pression. 

Et si le principe même de nos réformes était faux ?

On répète au sud de l’Europe qu’il doit se réformer. Il est inefficace. Il y est très difficile, par exemple, d’être taxi, ou d’ouvrir une pharmacie. De même qu’il est très difficile d’être ingénieur des mines, inspecteur des finances, ou chercheur en physique des particules. De ce fait, ces acteurs économiques peuvent prélever une « rente ». Ils gagnent plus qu’ils ne le devraient. (En général, ce raisonnement ne s’applique pas à Bill Gates. Il n’est pas un rentier, mais un « créateur de valeur ». L’économiste est un Marxiste inversé.) Il suffit de faire sauter ces barrières pour qu’il y ait plus de taxis ou de pharmacies, et que l’on puisse se déplacer ou se soigner pour moins. La logique de la rigueur est là : faire sauter des barrières, pour aller mieux.

Mais, il y a une autre explication au fonctionnement de la société. Elle vient des sciences humaines (et de la systémique) et elle amène à une nouvelle façon de voir la crise. Une société a des fonctions, comme l’homme a des organes. Par exemple, celle des taxis est le transport. Le rôle de ces fonctions n’est pas que l’action, il est aussi l’entretien et le développement de sa compétence. Dans cette vision des choses, il est aussi idiot de faire sauter les structures sociales que de vouloir éliminer les organes du corps. Mais ce n’est pas pour autant que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes. Le corps peut tomber malade. Ce qui signifie que ses constituants ne sont plus dans des conditions correctes de fonctionnement. Il faut donc changer ces conditions pour le remettre sur pieds. Mais pas le changer, lui. 

Réforme des taxis et libéralisme

Comme évaluer la virilité d’un économiste libéral ? À sa volonté de déréglementer la profession de taxi.

Son argumentation ressortit au simple bon sens, dirait M.Guéant. Les taxis sont des « rentiers ». Si on leur imposait une concurrence parfaite, on aurait une création immédiate d’emplois peu qualifiés, et un transport facilité. Simple question de courage, dirait M.Sarkozy.
Pas si sûr. The Economist explique que la déréglementation des taxis pose des problèmes de mise en œuvre extrêmement complexes. En fait, la réglementation actuelle résulte avant tout de tentatives successives de corriger les excès d’un marché libre. (A fare fight)
En outre, si je ne prends pas le taxi, c’est qu’il est généralement plus lent que les transports en commun. J’imagine qu’une réforme des taxis devrait aussi s’accompagner d’une modification de l’infrastructure routière.
Dans ces conditions, pourquoi un tel acharnement ? Parce que l’économiste libéral n’aime pas voyager en transports en commun ? 

L'étrange changement de M.Sarkozy

Hier j’entends une discussion entre Daniel Cohen et Jean-Claude Casanova. Il y était question des réformes de N.Sarkozy. Elle semblait tellement bien confirmer mes thèses que j’ai cru qu’ils avaient lu ce blog. Effrayant.

N.Sarkozy n’a pas eu le courage de ses convictions. Au lieu de les annoncer clairement et de susciter un débat national. Il louvoie. Les mises en œuvre des réformes sont tortueuses, pas franches. Elles se font donc par miettes. Ce qui les rend inefficaces. Et ce notamment parce que ceux de qui en dépend le succès ont compris qu’ils pouvaient monnayer leur participation très cher. Ainsi, non seulement la réforme des taxis a été un flop, mais ils y ont gagné de nouveaux avantages.

Curieusement, ces réformes réalisent l’envers de ce qu’elles voulaient atteindre. Autre exemple, l’autonomie des universités :

  • Elle a fait de leurs présidents des despotes sans contre-pouvoirs. Ils sont supposés être l’arme d’une méritocratie dont ils sont un contre-exemple.
  • En termes de recherche et développement, la faiblesse de la France est son université, privée de moyens, pas ses entreprises dont l’investissement est comparable à celui de leurs concurrentes. Les réformes gouvernementales devaient redresser ce dysfonctionnement. Or, le gros des subventions (4,5md€) est parti en crédit impôt-recherche, chez les grandes entreprises, qui n’en avaient pas besoin ! L’Université est toujours aussi pauvre, et les grandes sociétés reçoivent une rente de situation…
  • De même on désirait redresser le déséquilibre université, grande école, en ouvrant aux premières l’accès aux fonds de l’entreprise privée. Or ce sont les grandes écoles qui sont les mieux placées pour lever ces fonds, alors qu’elles n’ont que des équipes de recherche médiocres, au mieux.

Étrangement, M.Sarkozy croirait être un efficace réformateur. Peut-être pense-t-il même qu’il fait notre bien à notre insu, et qu’il va nous mettre devant le fait accompli d’une France entreprenante et compétitive, qui aime l’argent et ses entreprises, dont la fainéantise et l’administration ont disparu ?

Ce serait drôle, si cela ne menaçait pas de plomber définitivement le pays, alors que sa part des exportations mondiales ou européennes ne fait déjà que régresser.

Car les cadeaux (sans aucune contrepartie donc) que fait le gouvernement aux gens qu’il juge méritants (TVA des restaurateurs, « grand emprunt »… à quoi on peut ajouter probablement la taxe professionnelle et le crédit impôt recherche), ont une conséquence à long terme concrète, le déficit structurel. Aujourd’hui, le déficit de la France s’expliquerait pour 50md par la crise (manque à gagner), 15md pour le plan de relance, 100md de déficit structurel (récurrent).

En fait, la crise a servi d’excuse à l’augmentation de ce déficit structurel. Ce sera lui l’héritage du gouvernement. Un héritage qui, seul, signifie que nous sommes, de manière incompressible, au double du niveau requis pour rester dans la zone euro.

Compléments :

  • Ce billet est une illustration parfaite, et surprenante, de ce que mes livres disent sur la capacité au maintien du statu quo des organisations. C’est un exemple bien meilleur que tout ce que j’avais pu trouver en près de dix ans de recherche.
  • Les réformes de notre pays vues de l’intérieur, et quelques explications techniques sur ce qui s’y passe : Changement à la française.
  • J’ai quand même un désaccord avec MM. Cohen et Casanova. Et si N.Sarkozy obtenait ce qu’il voulait ? Et s’il ne désirait, qu’apparemment, par exemple, réformer l’Université, mais, en fait, voulait sa mort ? Une fois que l’état sera perclus de dettes, nous n’aurons plus de choix, sinon de le détruire. C’est peut-être le calcul de N.Sarkozy. Sur la crise utilisée pour nous mettre devant le fait accompli de la réforme ultralibérale, et d’un état uniquement bon à être achevé d’une balle dans la tête : M.Sarkozy et l’état, Attali m’a tué.
  • Sur la technique sournoise de la mise en œuvre du changement en miettes : Taxe professionnelle.
  • La logique du déficit heureux : Sarkozy imite Bush ? Après nous le déluge. Et celle de l’évolution du monde (et accessoirement la mienne) Ce blog veut changer le monde.
  • Sur la réforme des universités : Présidence des universités, Dauphine à l’heure romaine, Changement et université.
  • Une fois de plus ce qui me frappe est que le libéralisme est sournois, il ne s’adresse jamais à notre raison, mais cherche à nous manipuler (Conservateur et bolchévisme, Irving Kristol) : ne serait-il pas sûr de lui ? Saurait-il qu’il défend des intérêts catégoriels qui ne sont pas universels ? Croit-il qu’il y a des bons et de la canaille, nuisible ?