Vol Rio-Paris

L’accident du vol Rio-Paris illustre peut-être un des grands théorèmes de la systémique : le problème est dans la solution.

Les pilotes de l’appareil l’ont cabré, alors qu’il aurait dû piquer du nez.

Il est souvent une bonne idée de faire le contraire de ce que l’on pense bien.

Cet enseignement s’applique-t-il à notre crise ?

Compléments :

Lois des systèmes

Von Bertalanffy pensait que tous les systèmes obéissent à des lois communes (ce qui ne signifie pas qu’ils n’aient pas de lois particulières). Si ce postulat est vrai, il est possible, par exemple, de déduire des lois valables pour les organisations humaines, à partir de lois biologiques et inversement.

Quelques phénomènes présents partout :

  • Différenciation. L’évolution voudrait que les organismes passent de l’équilibre dynamique à la spécialisation ou à la mécanisation (régulation par boucle d’asservissement), « le progrès n’est possible que si l’on passe d’une totalité indifférenciée à une différenciation des parties » mais « cette ségrégation progressive implique perte de régulabilité ». Par exemple, aux premiers jours de la vie de l’embryon, les cellules sont indifférenciées, puis, progressivement, il y a spécialisation : les organes, qui fonctionnent comme des machines, apparaissent. De même, l’enfant confond tous les sens, progressivement ceux-ci se différencient. Mais la mécanisation ne peut être totale sans quoi l’organisation ne peut plus évoluer.
  • Élément dominant. Un changement insignifiant d’un élément dominant engendre un changement considérable de l’ensemble. Il existe des phénomènes de « centralisation progressive » : dans les systèmes organisés, un élément devient généralement dominant (exemple : système nerveux).
Compléments :
  • BERTALANFFY (von), Ludwig, Théorie Générale des Systèmes, Dunod, 2002.
  • Par ailleurs, il semblerait que plus le système est complexe (la complexité est notamment liée au nombre d’éléments en interaction) moins il faut d’énergie pour le faire évoluer.

Systémique et crise de l’euro

Une modélisation grossière des événements du moment semble donner le schéma suivant.

Aux USA, les banques ont prêté aux individus insolvables, en Europe, elles ont prêté aux États insolvables.

Pour éviter un désastre (mais était-ce la seule solution ?), les États à peu près solvables se sont portés au secours de la finance en faillite. Les USA et les États de la zone euro sont donc maintenant endettés. Étrangement, ce n’est pas le modèle allemand qui nous a contaminés, mais le modèle grec.

Le système qui était cause de la crise est resté inchangé. Dans ces conditions, qu’est-ce qui peut faire redémarrer notre économie ?

Compléments :

Grèce irresponsable ?

Que faire si la Grèce ne se réforme que mollement, et connaît un déficit chronique ? Le système européen d’aide aux pays déficitaires récemment adopté masque le problème qui est au coeur de la crise de la zone euro.

Sachant qu’elle fait courir au monde un risque systémique, la Grèce est en situation de prise d’otages. Or, l’irresponsabilité est devenue un sport international.
Problème de l’agence, disent les économistes.

Que peut faire l’Europe, si la situation se présente ? Deux idées :
  • La méthode Badgehot. Les gouvernants grecs sont remplacés par des représentants de l’Europe. Le pays est remis en ordre, puis rendu à son fonctionnement habituel.
  • Une technique que j’ai utilisée pour des filiales de groupe. Les dirigeants de la filiale concernée doivent présenter un plan de redressement. Un animateur extérieur les aide à le construire. Ce faisant, il s’assure qu’ils savent le mettre en œuvre. Ensuite, il n’y a plus qu’à suivre la réalisation du plan d’action. 

Systèmes et changement

La systémique explique que les systèmes se caractérisent par des mécanismes de maintien d’équilibre. En fait, c’est eux qui font que le système est système. Von Bertalanffy parle de deux mécanismes de régulation :

  1. La boucle d’asservissement, qui permet un type de régulation automatisé (cf. le thermostat).
  2. L’équilibre dynamique : c’est l’action des différents composants du système qui amène à une convergence vers un état stable en dépit de fluctuations de son environnement (équifinalité). Le mouvement des ailes des abeilles maintient la température de la ruche.

Ces mécanismes expliquent aussi la résistance au changement : le système résiste parce que nous voulons le démolir.

Pour faire évoluer un système il faut le prendre dans son ensemble, et non, comme nous le faisons intuitivement, en ne regardant que ce qui ne va pas. Si un organe est malade, il faut soigner le corps. Idem pour une société.
Compléments :
  • BERTALANFFY (von), Ludwig, Théorie Générale des Systèmes, Dunod, 2002.

Von Bertalanffy et la science des organisations

Von Bertalanffy, un biologiste grand contributeur à la théorie de la systémique, pensait que le déséquilibre du monde vient d’un déséquilibre de nos connaissances :

nous connaissons et contrôlons les forces physiques trop bien, les forces biologiques plus moyennement et les forces sociales pas du tout. Si nous possédions une science de la société humaine assez développée et la technologie correspondante, ce serait la fin du chaos, de la destruction imminente de notre monde actuel.

La physique est une science statistique donc de la désorganisation. Du fait de sa réussite, elle a inspiré les autres sciences. Mais comment appliquer à l’organisé une science du désorganisé ? L’utilisation du modèle physique pour l’homme a conduit à le considérer comme une machine, de là bien des catastrophes.

Sous cet aspect, il est possible que nous ayons vécu une régression. L’économie classique, qui nie la dimension sociale de l’existence, a remplacé la physique dans la gestion du monde. Le résultat n’est pas encore la guerre qu’avait vécue Von Bertalanffy, mais une crise que l’on nomme, curieusement, « systémique »…

Nous manquerait-il toujours une science de l’organisation ?

Compléments :
  • BERTALANFFY (von), Ludwig, Théorie Générale des Systèmes, Dunod, 2002.

De l’art de l’irresponsabilité

USA dans l’impasse. Le pays est en faillite si sa limite d’endettement autorisée n’est pas relevée. Les Républicains refusent de le faire à moins d’un programme de réduction des dépenses féroce, sans aucune augmentation d’impôts. Situation critique. Un sénateur républicain a trouvé la solution suivante : le gouvernement pourra augmenter la limite d’endettement sur veto du président. L’endettement aura cru – et le pays sera sauvé, sans que les Républicains en soient responsables. Élégant.

L’art politique ultime semble celui de l’irresponsabilité, et ce n’est pas vrai qu’aux USA. (Debt ceiling: With irresponsibility comes power | The Economist)

Compléments :

  • Comment répondre à une tactique irresponsable ? Mise en œuvre, elle aboutit à une impossibilité. Si l’irresponsable passe à l’acte il est échec et mat. Cependant, l’exemple d’Hitler le montre, il peut alors entraîner le pays dans une spirale de prédiction auto-réalisatrice. (Troisième Reich.) L’expérimentation doit donc être aussi rapidement autodestructrice que possible. 

Paradoxe de l’acheteur

On me raconte l’histoire suivante :
Les acheteurs des grandes entreprises imposent des prix de plus en plus faibles à leurs sous-traitants.
Certaines sociétés de service feraient des propositions de moins en moins solides. Une fois le contrat décroché, on a recours à l’avenant pour corriger les insuffisances de l’offre initiale. Le client à un mauvais service, et son fournisseur gagne bien mieux sa vie que s’il avait fait une proposition honnête. D’ailleurs, pour survivre, toute la profession doit suivre ce modèle.
Cela mériterait d’être vérifié par une étude scientifique. Mais, en tout cas, le cercle vicieux est élégant. 

La baïne et le changement

La baïne est une petite piscine qui se forme sur les plages du sud ouest de la France. À marée haute ou basse cette baïne produit des courants forts. Le nageur qui s’y fait prendre a le réflexe naturel de chercher à rejoindre la plage le plus vite possible, en ligne droite. Le courant étant plus fort que lui, il s’épuise et se noie. Au contraire, dans cette situation, il doit se laisser emporter. Le courant ramène à la plage, et lorsqu’on flotte on peut s’agiter et se faire repérer par les sauveteurs.

Pourquoi dit-on que le changement est « à effet de levier » ? Parce que ce qui le permet ou l’empêche est un blocage. Il vient de ce que nous sommes « programmés » pour associer un moyen à une fin. Le changement fait que l’association ne marche plus. Malheureusement, comme elle est enfouie dans notre inconscient, au milieu de beaucoup d’autres, elle est malaisée à identifier.
Notre vie est faite de baïnes. Nos réflexes inconscients nous y noient. 

Changement de Paul Watzlawick

Watzlawick, Paul, Weakland, John H., Fisch, Richard, Change: Principles of Problem Formulation and Problem Resolution, WW Norton &Co, 2011. Pourquoi n’arrivons nous pas à changer, d’où dépressions et maladies ?

La formulation que nous faisons d’une situation nous enferme dans un cercle vicieux. Et nos efforts pour changer ne changent rien (changement de premier ordre). Le « bon sens » nous trompe. Pour nous en tirer il faut reformuler la situation, changement de deuxième ordre.

Il ne faut donc pas demander « pourquoi » (d’où vient mon mal ?), comme le fait la psychologie moderne, mais « quoi » : dans quelle interprétation dangereuse me suis-je fourré ? Exemples :
  • Changement de premier ordre : j’appuie sur la pédale d’accélérateur ; changement de deuxième ordre : je change de vitesse.
  • Solution erronée : insomnie, se forcer à dormir. (Le sommeil est un acte inconscient qui ne peut être imposé par la raison.) Changement de deuxième ordre : chercher à ne pas dormir.
Il existe trois grands types d’interprétations fausses. Le déni, l’utopie (se donner un objectif inaccessible – par exemple, une vision du bonheur conjugal impossible), et le paradoxe (un objectif contradictoire, tel que « sois spontané »). Pour s’en tirer, il faut :
Une définition concrète du problème en des termes concrets ;
Une analyse de la solution tentée jusqu’à maintenant ;
Une définition claire du changement concret à réaliser ;
La formulation et la mise en œuvre d’un plan qui doit produire le changement.
Parmi les techniques utiles :
  • Parler à celui que l’on veut aider dans son langage et dans sa logique. En particulier, dans celle du résistant au changement : en ne résistant pas à sa résistance, on amène sa logique à sa conclusion, irrationnelle. Le changement est une forme de judo.
  • La confusion. En donnant une formulation inattendue et confuse à une question, on déstabilise la personne, et on la force à sortir de sa logique vicieuse.
  • Un cadre de temps bref.