Criminalité et systémique

Massacres entre gangs de Boston. Racaille irrécupérable, pensait la famille Bush et quelques autres.

Un universitaire a découvert qu’il n’y avait là que des gens ordinaires, pris dans une logique de violence dont aucun ne pouvait se tirer seul.

La police est intervenue brutalement. Message : nous troublerons vos affaires tant que vous vous entretuerez. Les violences se sont apaisées. (The power of jaw-jaw)

Dilemme du prisonnier et conduite du changement… 

Fin des 35h

Nos politiques veulent allonger la journée de travail, après négociation avec les « partenaires sociaux ». (Pour Copé, « la sortie des 35 heures est inéluctable »)

Bizarre. À court terme cela ne voudrait-il pas dire moins d’emplois ? D’ailleurs l’Allemagne, que nous admirons tant, travaille 35h…

Et que se passerait-il dans une négociation avec des partenaires sociaux, inexistants en France ? Les entreprises, qui font actuellement tout pour réduire leurs coûts, n’utiliseraient-elles pas leur pouvoir pour diminuer leur masse salariale ? Spirale déflationniste ?

Le gouvernement essaie-t-il de soigner notre mal, la déflation, par la déflation ? Ou serait-ce une manœuvre électoraliste subtile ?

Moody’s et la France

Libération pense que Moody’s conspire contre la France. (Moody’s veut la peau du triple A français)
Ce que disait la radio, hier, était que Moody’s ne fait que constater que les marchés se défient de nous.
D’ailleurs, la dégradation de notre note serait-elle une mauvaise chose ? En précipitant une crise, elle forcerait nos gouvernants à des décisions qu’ils ne parviennent pas à prendre ? Ce qui ne tue pas renforce…

Activ'way et dématérialisation

Pourquoi les projets de dématérialisation (on disait « Gestion Électronique des Données » dans ma jeunesse) ratent-ils ?
Parce qu’ils font appel à une technologie simple et éprouvée. On les croit des non événements techniques. Et on demande à une équipe de techniciens (juniors !) de les mettre en place.
Mais ils bouleversent le travail de l’organisation, du coup, ils provoquent un cercle vicieux. L’équipe projet, par son discours technique, sème la panique, et le management, au lieu d’arrêter l’incendie, projette ses inquiétudes sur ses collaborateurs. Il s’ensuit une désorganisation qui heurte de plein fouet le service rendu au client.
Une fois de plus, selon l’expression de Paul Watzlawick, le problème est dans la solution ? Il n’est pas technique mais humain : si l’on montre au personnel comment l’innovation lui simplifie la vie, avec ses mots, l’affaire est dans le sac.
Compléments :
  • C’est ce que Michael Beer, et d’autres probablement, appelle une démarche « task oriented » (qui vise à aider l’utilisateur à faire son métier, et non à le gaver de technique).
  • C’est aussi un exemple d’effet de levier, la remise en cause d’un a priori fatal, qui conduit à un changement réussi, sans coût supplémentaire sinon un peu de réflexion au bon moment.

Pourquoi boude-t-on ?

Confronté à un cas clinique de bouderie, je m’interroge sur ce phénomène.

Un article (Je fais tout le temps la gueule : | Psychologies.com) m’apprend les choses suivantes :

  • Bouder vient de l’enfance : c’est un moyen de s’exprimer quand on ne peut pas s’exprimer (interdiction parentale).
  • On peut bouder défensivement. C’est un (terrible) manque de confiance en soi dans sa relation au monde, qui s’exprime par une forme d’autisme.
  • On peut bouder offensivement, afin de manipuler son entourage pour en obtenir ce que l’on en veut.
  • Comme souvent dans ce cas, le traitement semble systémique. Dans le second cas, par exemple, le donneur d’aide ne doit pas entrer dans le jeu (victimisation) du boudeur, mais lui proposer un exercice de résolution de problème quelque peu mathématique. (Que pouvons-nous faire pour éliminer ce qui te contrarie ?)
En outre, j’imagine que l’aridité d’un tel exercice enlève tout le plaisir morbide que procure la bouderie.

Compléments :

Faillite de la raison

Paul Watzlawick raconte la curieuse histoire suivante :

  • Soit un enseignant qui annonce à ses élèves une interrogation surprise la semaine prochaine.
  • Ses élèves lui répondent que c’est impossible : si elle n’a pas été exécutée avant jeudi, elle ne pourra pas l’être vendredi, puisqu’elle ne serait plus surprise. Du coup, idem pour jeudi, et ainsi de suite jusqu’à lundi.
  • Mais, si les élèves sont convaincus qu’elle ne pourra pas avoir lieu, alors il y aura surprise.
La raison, de l’individu, aboutit à des absurdités et ne peut prétendre à mener le monde ?
Compléments :

Pour une nouvelle récession ?

Les journaux anglo-saxons ne parlent que de « double dip », d’une nouvelle récession pour les USA, mais aussi pour l’Europe.

La cause : la rigueur. Roosevelt avait déjà fait l’erreur en 37. Il a voulu réduire le déficit d’une Amérique qu’il croyait sauvée. Elle a alors replongé dans la crise.
Curieusement, un article dit que c’est peut-être cette crise qui a sauvé l’Amérique. (Financial Aftershocks With Precedent in History – NYTimes.com)
Raisonnement systémique ? Pour sauver le patient, il faut prendre le bon sens à contre-pied ? Et si la crise était une question de comportements dangereux (notamment des financiers) que seule une crise pouvait amener à se réformer ? (cf. billet précédent.)
Compléments :

Communication et comportement

Watzlawick, Paul, Beavin Bavelas, Janet, Jackson Don D., Pragmatics of Human Communication: A Study of Interactional Patterns, Pathologies and Paradoxes, WW Norton & Co, 2011.

Ce livre s’intéresse à l’impact de la communication entre individus sur leur comportement. Son idée centrale est que tout est communication dans un échange, et cette communication qui rebondit entre membres d’un groupe qui interagissent crée un mécanisme de contrôle du groupe (je m’ajuste en fonction de ce que je sens de la perception de l’autre). Bref, grâce à la communication, le groupe devient un « système » : il développe des mécanismes qui le contrôlent.

Jusque-là la psychologie avait hérité, comme les autres sciences, de l’hypothèse matérialiste (tout n’est que matière et énergie) inhérente à la pensée occidentale. Que le groupe soit un système permet de comprendre que ce qui est anormal dans l’absolu ne l’est plus relativement à ses mécanismes de stabilisation. La schizophrénie, par exemple, est, dans certaines conditions, le seul moyen possible de se comporter. D’une certaine façon le comportement individuel est une caractéristique d’un système. Nous paraissons agir, mais nous sommes mis en mouvement par notre environnement. D’ailleurs, dans certains cas, nos comportements collectifs, nos rites, n’ont aucun sens, sinon de maintenir ensemble le groupe. Ce sont des fictions.

Ces systèmes peuvent produire des cercles vicieux destructeurs (cf. la schizophrénie). Typiquement, l’individu est pris au piège d’une relation dont il ne peut s’extraire, mais qui lui impose des injonctions contradictoires. Il y répond, en quelque sorte, en débrayant sa raison.

Pour sortir de ces cercles vicieux, il faut s’extraire du système vicié. Il ne faut plus suivre les règles de communication, mais se placer au dessus d’elles pour les analyser. Ce qui demande (toujours ?) un médiateur.

Quant au schizophrène, on doit le traiter par le symptôme : en le plaçant dans une situation dans laquelle ses contradictions lui deviennent inacceptables.

Un autre phénomène important. La communication est à la fois « numérique » (contenu / syntaxe) et « analogique » (véhicule la nature de la relation / sens). Pour arriver à comprendre la réalité d’un message il faut un bon échange entre les deux. L’hystérie serait une conséquence d’une faiblesse dans la traduction de l’un à l’autre. 

Systémique et aviron

C’est la hauteur des mains des rameurs qui maintient la stabilité d’un bateau d’aviron, qui n’en a aucune. Or, pour qu’il aille vite, il doit être stable.

Il y a quelque chose de paradoxal ici : si le bateau est déséquilibré, chaque rameur va changer la hauteur de ses mains et le déséquilibrer encore plus.
En fait, il arrive un moment où le rameur a appris à anticiper le mouvement de ses coéquipiers, et à faire ce qu’il faut. L’équipage est devenu un « système ». Il a développé, quelque part dans l’inconscient combiné des rameurs, une forme de boucle de rétroaction, qui maintient l’équilibre du navire.