Lorenz et le sens de la vie (2)

Simplifier Konrad LORENZ est une gageure présomptueuse! Tant pis, si cela peut simplement donner envie de le découvrir et surtout de réfléchir à la question essentielle : quel est le sens de la vie?

LORENZ était d’abord un biologiste (médecin), puis un philosophe (successeur de KANT). Il nous rappelle que l’homme est le fruit d’une très longue sélection naturelle qui engendre des adaptations. Il est donc constitué par la phylogenèse et l’ontogenèse puis par l’histoire et la culture…mais dans quel but?

Si pour la plupart des espèces animales c’est pour la survie de l’espèce, LORENZ en venait (dès 1973) à en douter pour l’homme, lorsqu’il observait certains comportements de « l’homme civilisé », comme « l’expansion démographique illimitée, la frénésie de la compétition insensée, l’amollissement des citadins« .
Surpopulation: pathologie de l’espèce humaine

Selon LORENZ, ces comportements qui, à l’origine, pouvaient avoir une valeur pour la survie de l’espèce, seraient le signe de perturbations, voire de pathologies. Il fait l’analogie avec les fonctions cachées dans l’organisme que l’on découvre lorsqu’elles sont déficientes (comme la thyroïde). Il nous rappelle que l’organisme est puissamment organisé et équilibré par les nombreuses glandes hormonales dont le jeu complexe a été construit lors de l’évolution de l’homme. Si l’harmonie entre ces dosages multiples et subtils d’hormones est rompu, l’organisme tombe malade. L’homme est ainsi mu par un nombre immense de sources interdépendantes d’impulsions destinées à un comportement acquis par la phylogenèse. Ces impulsions, nombreuses, sont ensuite rangées dans des systèmes homogènes comme la haine, l’amour, la colère, l’amitié, l’agressivité, la territorialité, la hiérarchie… Ces impulsions agiraient ensemble comme les hormones et il n’ y a ainsi, pas de bonnes ou mauvaises impulsions = comportement, il y aurait un dosage et un but. Il se trouve que le système hormonal, et l’homéostasie qu’il assure, est régularisé par le « feedback négatif« . C’est à dire que le système est stabilisé par une fonction régulatrice. Plus le système agit puissamment sur cette fonction et plus sa réaction sur le système est faible.

A la recherche du feedback négatif

Alors comment trouver un « feedback négatif  » pour trouver un équilibre de la démographie aujourd’hui galopante, qui menace d’étouffement l’espèce humaine? Selon, LORENZ ce serait le point central qui conditionne un grand nombre de menaces de l’espèce qui pourrait s’étouffer elle-même. Ce serait une première dans le monde du vivant! Ce qui n’est pas durable selon LORENZ c’est le surpeuplement qui menace et la déshumanisation de l’homme qui va de pair! Selon LORENZ ce sont les qualités et les facultés les plus nobles de l’homme et celles que nous estimons les plus spécifiquement humaines, qui semblent appelées à disparaître, du fait de ce surpeuplement.

LORENZ rejoint Christophe FAURIE, lorsqu’il dit que ce qui n’est pas durable c’est la relation entre les hommes, cette relation où le subtil dosage des impulsions est mal régulé… manque d’amour du prochain sincère et chaleureux!

Nicolas Sarkozy scotché

Campagne présidentielle terne. Rien ne se passe. Nicolas Sarkozy s’agite frénétiquement sans faire bouger les sondages.

Apparemment il a cru qu’il pouvait se contenter de promesses, que cela ferait oublier qu’il avait été président. À moins qu’il ait compris qu’il était meilleur candidat que président, et qu’il ait voulu se ramener à ce qui constitue sa force ? Dans les deux cas sa campagne est un « plaider coupable ».
Je regrette qu’il n’ait pas cherché à nous faire comprendre qu’il avait été un bon président. C’est-à-dire que ses idées étaient justes, et que ses mesures étaient un pas décisif et courageux dans la bonne direction. Peut-être ne nous aurait-il pas convaincus, mais, au moins, le débat électoral aurait évité une gesticulation idéologique insultante pour notre intellect.
Serait-ce là le fond de sa logique : il estime que nous sommes incapables de comprendre ce qu’il a fait ? Que nous sommes des « veaux » ? Est-ce cela qui le plombe dans notre estime ?

Changement et systémique : le flop de l’égalité des sexes

Le personnage d’un film observe que les hommes passent mieux la trentaine que les femmes : leurs compagnes continuent à avoir 20 ans. Il y a quelques mois j’ai entendu une historienne expliquer que la femme était plutôt moins égale aujourd’hui qu’à certaines autres époques. Depuis des siècles, cette égalité connaît des bas et des hauts pas très hauts.

Je me demande si, cette fois-ci, la femme n’a pas détruit une partie de l’édifice social qui lui était favorable.
  • Depuis toujours l’humain est en lutte contre un travail imposé (le salariat). Or, curieusement, la femme a vu ce travail comme une libération. Surtout, la société s’était évertuée à maintenir l’homme dans la famille, or, la femme a ramené le couple à la sexualité…
  • Curieusement, d’autres pans de la société n’ont pas bougé : la femme continue à avoir des enfants et à être formée pour les travaux ménagers ; ce qui rend attirant une femme est sa jeunesse, l’homme son expérience…
Alors, seul ce qui était dans l’intérêt des puissants a changé ? Les entreprises ont gagné une main d’œuvre à bon marché, et les hommes un retour à l’état de nature ?

Compléments :

Le changement après quelques jours dans une prison dorée en Casamence

Le changement, après quelques jours dans « une prison dorée » au Sénégal : de l’utilité voire de la nécessité de changer de repères, de cadre, d’environnement pour aborder le monde avec un autre regard.

Suite à un rapide voyage, j’ai pensé, pour initialiser ma participation au Cercle du Changement,  à parler du recadrage, puissant outil dans l’approche du changement.

Les vacances permettent en général de relativiser, d’avoir un autre rapport au temps, d’avoir un autre rapport au stress, d’avoir un autre rapport à soi et aux autres….

D’abord quelques impressions de voyage, j’ai été frappée par l’écoute et la disponibilité des Sénégalais, jamais agressifs, heureux de vivre, désireux de travailler, de progresser. Frappée par les rencontres avec de femmes qui ont une vision pour le futur et sont persuadées qu’elles vont jouer un rôle dans l’avenir de leur pays. Frappée par le désir de la population de voir les élections se dérouler dans un climat serein pour voir à la tête du pays un président permettant à leurs enfants de se réaliser et de progresser.

Les choses ne changent pas, change ta façon de les voir, cela suffit…Lao Tseu

Dans le cadre de ma pratique de l’accompagnement professionnel individuel, j’ai souvent constaté qu’un changement même minime chez la personne accompagnée entraîne des changements chez les autres acteurs du système.

Recadrer signifie,  selon la définition de Paul Watzlawick : changer de point de vue perceptuel, conceptuel et / ou émotionnel à travers lequel une situation donnée est perçue pour la déplacer dans un autre cadre qui s’adapte aussi bien et même mieux aux faits concrets de la situation et qui va en changer toute la signification.
Je vais vous faire partager mon approche de l’accompagnement individuel au cours des prochains billets.

Changement et systémique : comment rater l’acquisition d’une société ?

À l’époque où les entreprises commençaient à licencier leurs surdiplômés, j’en ai rencontré beaucoup qui pensaient qu’il suffisait d’acheter une entreprise pour retrouver un salaire. (Les autres devenaient coachs ou consultants.)

Ce qui m’a frappé, c’est qu’ils considéraient cet achat comme devant leur apporter une sorte de rente.

En fait, une entreprise, particulièrement en France, est l’extension de son patron. Plus de patron, plus d’âme. Bref, reprendre une entreprise c’est avant tout la réinventer, comme je le dis dans un article. Mais, ce qu’il n’explique pas assez, c’est que cela demande une increvable énergie : non seulement il faut être porté par un projet, mais en plus on doit remodeler un tissu social de pisse-vinaigres en deuil de leur Dieu.

Compléments :
  • Le début de la série sur le changement et la systémique est ici.
  • Je n’aborde pas ici, la question classique de l’échec des fusions-acquisitions. L’erreur systémique est la même : les concevoir comme des problèmes exclusivement financiers, alors que toute la valeur de l’entreprise est dans son capital social. 

Changement et systémique : comment rater le déploiement d’un progiciel de gestion ?

Dans un de mes livres je cite un rapport d’Accenture qui estime le taux de succès des « grands projets informatiques » à moins de 20%.

Il y a une dizaine d’année, j’ai mené une étude sur le sujet. On peut la résumer par ce que m’a dit un éditeur de logiciel : ces projets échouent parce que le dirigeant pense faire « un achat industriel ». Il veut de la productivité clé en main, et pour cela, il croit acheter une machine.

Un article d’Harvard Business Review, que je citais aussi, disait la même chose : l’échec des logiciels de gestion de la relation client (CRM) vient de ce que l’on a confié « la relation client à la direction informatique ».

Où est le bug ? On croit ces projets techniques. On les confie à des techniciens. Parfois des informaticiens juniors, bien plus souvent des consultants en stratégie juniors (un avatar des missionnaires de nos colonies). Ils ont des marteaux et voient des clous partout. Or, la mise en oeuvre du changement est à inventer. Il doit être pris en main par ceux qui ont le pouvoir réel, celui de l’action concrète, afin qu’ils lui donnent une expression qui correspond à l’infinité de questions techniques qu’il faut résoudre pour transformer l’édifice.
Pour qu’un projet réussisse il doit être mené par des donneurs d’aide.

Compléments :
  • Le début de la série sur le changement et la systémique est ici.

Changement et systémique : pourquoi la RSE est-elle un bide ?

Qu’évoque « Responsabilité sociétale des entreprises », pour nous ? Des activistes et des escrocs ? Les premiers ne parlent que d’empreinte carbone et de droits de la femme. L’économie et l’entreprise sont l’incarnation du mal ? Les seconds, souvent des multinationales de l’énergie, ont pour saint et modèle Enron, le pionnier de toutes les chartes d’éthique ?

Jamais la RSE ne donnera quoi que ce soit dans ces conditions. Si le changement rate, c’est parce que nous nous sommes enfermés dans un système vicié.

Car ce qui n’est pas durable, c’est, avant tout, les relations humaines. Nous sommes prisonniers de leur principe implicite : le conflit. Or, de même que notre écosystème ne peut se passer d’abeilles, l’écologiste a besoin de l’entreprise, et les services achats de sous-traitants.

La bonne façon d’aborder la RSE est de chercher à utiliser notre écosystème humain pour façonner un avenir plein de promesses pour les fortes équipes. Ne serait-ce que parce que cet avenir ne pardonne pas aux petits hargneux solitaires.

Compléments :
  • Le début de la série sur le changement et la systémique est ici.

Changement et systémique : comment rater un changement ?

J’ai parlé des classiques travaux de P.Kotter sur le changement dans le billet précédent. J’ai un reproche à lui faire.

Il n’a pas lu la systémique. Celle-ci explique que ce qui fait rater le changement est qu’il est de « premier ordre », c’est-à-dire que celui qui le mène s’enferme dans un cercle vicieux. « Le problème est la solution ». Pour réussir, il faut changer le système, c’est-à-dire refuser ses règles. Changement de deuxième ordre.

Pour moi, le « leader » est un homme du deuxième ordre. Il échappe à la pensée unique. Du coup, contrairement à ce que dit P.Kotter, le changement ne prend pas des années, il est extrêmement rapide (du moins en ce qui concerne son mouvement décisif).

Va suivre une série d’illustrations, tirées de bides fameux :

Choisir un président (5) : la systémique

Que dit la systémique ou théorie des systèmes sur notre élection présidentielle ?

Le concept de système, appliqué au groupe humain, signifie qu’il est régulé par des mécanismes qui maintiennent la valeur de certains paramètres importants pour sa survie (cf. la température du corps, pour l’homme).

La première conséquence de la systémique est l’homéostasie. Le système ne peut pas évoluer. Et cela se vérifie assez bien avec nos politiques : depuis 40 ans, de gauche ou de droite, les réformes échouent. (Quel que soit notre vote, il ne compte pas ?)

La seconde conséquence est que notre crise actuelle peut venir d’un système dysfonctionnel. Le seul moyen d’en sortir est de le transformer. C’est probablement ce qui s’est passé après la seconde guerre mondiale.

Pour cela, il y a la solution du « leader » vue plus haut, et l’idée plus originale qui consiste à « casser le système », en le poussant à l’absurde (les experts appellent cela un changement de deuxième ordre). Autrement dit de faire le contraire de ce que nous dicte la raison, par exemple voter pour le candidat le plus dangereux.

Résolution de la crise européenne

La crise européenne est triple : fiscale (Grèce, par exemple), de compétitivité (différentiel salaires / productivité), bancaire.
Elle vient de ce que la zone euro n’est pas finie, mais que les marchés ont anticipé ce changement. Ce faisant, ils l’ont empêché en apportant une prospérité trompeuse.
Tout l’intérêt des acteurs de la crise (BCE, Allemagne, FMI et divers pays à réformer) est d’installer des eurobligations et une protection des pays en danger. Mais ils ne peuvent le dire :

  1. pour fournir l’anxiété de survie dont a besoin la réforme ; 
  2. pour que chacun prenne sa juste part des sacrifices.
Autrement dit, le processus ne peut pas réussir, s’il ne peut échouer. Et il le fera à la dernière minute, dans le chaos.