L’apocalypse pour 2030 ? Le Club de Rome avait-il raison ?

En 1972, une équipe du MIT modélise l’avenir du monde pour le Club de Rome. Elle montre que nous n’en avons plus pour très longtemps. Nous détruisons à un rythme en croissance exponentielle (c’est la logique même du PIB) des ressources finies. En 2030 nous devrions connaître un brutal coup d’arrêt, accompagné par une catastrophe démographique.
Où en sommes-nous 40 ans après ? Exactement sur les mêmes courbes ! (Looking Back on the Limits of Growth | Smithsonian Magazine)

Qu’aurait-il fallu faire pour s’en tirer ? Adopter un nouveau mode de développement, et innover. Curieusement, cela ne semble pas si complexe que cela. Un exemple : notre consommation d’acier.
La fabrication d’acier prend une part notable de la consommation d’énergie mondiale et émet 25% du CO2 industriel. Nous pourrions réduire de 85% la consommation actuelle, en utilisant le juste nécessaire dans les bâtiments ; en réduisant les pertes d’acier lors de la fabrication ; en réutilisant l’acier d’un bâtiment démoli dans une nouvelle construction ; en allongeant la vie de nos bâtiments ; et en les utilisant de manière intensive. (Julian Allwood, The Questing Beast of energy policy, CAM, n°65, 2012.)
Rien de compliqué là dedans, mais peut-on mettre en œuvre un tel programme autrement que par un dirigisme de temps de guerre ? 

La crise d’adolescence comme engagement existentiel

J’ai été frappé par l’histoire de Khaled Kelkal. (C’est la base de : Comment fabriquer un terroriste.) Il a apparemment tout pour réussir dans la société française, et pourtant il se révolte contre elle, et finit terroriste.
Ceci m’a amené à rassembler des observations faites sur les crises d’adolescence auxquelles j’assiste, à distance. En résumé, il me semble que la crise est naturelle et bénéfique. Si elle tourne mal, c’est souvent du fait d’une méprise. Voici donc des idées d’un non psychologue tirées d’un échantillon non représentatif…
L’adolescent cherche la respectabilité
Selon mon expression favorite, le jeune con veut devenir un vieux con. Il est à la recherche de certitudes, d’une discipline de vie admirable (le mot discipline est important). Cela n’est jamais mieux visible que chez les révolutionnaires et les fondamentalistes. Ce sont des missionnaires au sens religieux du terme, qui s’imposent une discipline de vie très rude.
De là résulte un premier cercle vicieux. Les parents prennent les difficultés de l’enfant comme l’expression d’un refus des lois sociales. En voulant les lui faire avaler en force, ils les rendent irrationnelles et odieuses, le poussant à aller chercher son salut ailleurs.
L’adolescent veut ressembler à ses parents
Voici un exercice qui m’enchante. Demander à un parent mécontent de l’attitude de son enfant de raconter sa vie. Ça marche à tous les coups : le comportement de l’enfant est la copie conforme de celui du parent au même âge.
En fait, le parent veut faire ressembler son enfant à ce qu’il est aujourd’hui (ou ce qu’il se rêve être, ou rêve d’être), sans se rendre compte que les dérèglements de sa jeunesse ont été nécessaires à la construction de l’adulte qu’il est.
 
Une variante de cette question est la suivante. L’enfant essaie de se modeler sur les valeurs et comportements de ses parents. Or, alors qu’ils ont travaillé nuit et jour pour entrer à polytechnique ou à HEC, aujourd’hui ils ne rejoignent leur famille que pour une oisiveté luxueuse. L’enfant ne peut copier que ce qu’il voit…
La crise d’adolescence comme engagement
J’ai assisté à quelques crises d’adolescence qui se sont bien terminées. À chaque fois, l’adolescent a fait un acte de volonté. Il a voulu quelque-chose par lui-même. Et cela a réussi. (Par exemple, il est devenu un excellent élève.)
Le processus ressemble beaucoup à ce que disent de l’engagement les existentialistes. Face à une situation qui lui paraît désespérée, l’adolescent a eu un sursaut qui l’a sauvé. Il a découvert ce qui comptait vraiment pour lui. Dorénavant cela va le guider pendant toute sa vie. Une subtilité : l’enfant ne se définit pas alors pour ou contre ses parents, mais indépendamment d’eux. C’est cela le vrai changement. D’ailleurs cela lui fait retrouver, très souvent, une direction qui les surprend mais qu’ils approuvent et admirent.
Cela explique peut-être aussi un paradoxe qui ne cesse de me frapper. Le bon élève qui a tout réussi dans la vie est souvent un être extrêmement étriqué, et parfois quelqu’un de névrosé. Et s’il devait son triste sort à ce qu’il a été ce « qu’on » voulait qu’il soit ?
Attention à l’engagement innovant
Mein Kampf d’Hitler est l’exemple d’un engagement qui a échoué. Comment cela se voit-il ? Parce qu’Hitler était, selon tous les observateurs, extrêmement mal dans sa peau.
Pourquoi tous les engagements ne réussissent-ils pas ? Parce qu’ils trichent avec la réalité. Ils « innovent » au sens du sociologue Merton. Hitler voulait probablement détruire une société qu’il jugeait la cause de ses maux. De même, l’adolescent, pour se sortir d’une injustice de bambin, peut transformer sa vie (et généralement la nôtre) en un calvaire. Ce qui explique peut-être pourquoi il y a des conquérants et des présidents…
Donneur d’aide et crise d’adolescence
Finalement, l’adolescent a-t-il besoin d’aide pour devenir adulte ?
L’engagement est un acte personnel, qui ne peut lui être imposé. Mais cet engagement peut aller dans une direction malsaine, comme dit plus haut. Les crises de l’enfance doivent donc être suivies afin d’éviter une « innovation ». Pour cela, la société doit probablement fournir à l’adolescent une large offre de « donneurs d’aide », au sens de ce blog, parmi laquelle il choisira ce qui lui convient. Le rôle du donneur d’aide sera de faciliter la réflexion de l’adolescent, en lui évitant une innovation prématurée.
Les parents sont-ils des donneurs d’aide ?
Souvent, « le parent est le problème », selon l’expression de la systémique : « le problème c’est la solution ». Au moment de la crise d’adolescence classique, un des parents est généralement beaucoup plus investi que l’autre vis-à-vis de l’enfant. Une erreur d’interprétation le conduit à emprisonner l’enfant dans un carcan de devoirs, alors que celui-ci a, justement, besoin de s’échapper. Mais, il arrive aussi que le parent se remette en cause. Il est probable qu’alors non seulement il a permis à son enfant de trouver le sens de sa vie, mais il lui a aussi prouvé que jusque-là il cherchait à l’aider.
Compléments :
  • Est-ce comme ceci que l’on peut lire le film Into the wild ?
  • Cette théorie rejoint tout de même celle, beaucoup plus respectable, de l’autoréalisation de Maslow. (MASLOW, Abraham Harold, Motivation and Personality, HarperCollins Publishers, 3ème edition,1987.)

Écosystème et changement

J’ai découvert récemment la notion d’écosystème. En grande partie grâce à Dominique Delmas. De quoi s’agit-il ? Nous ne sommes rien sans ce qui nous entoure. C’est aussi ce que dit la systémique : nous sommes formés par les échanges que nous avons avec notre environnement.

J’ai ensuite découvert que l’homme était lui-même un écosystème. Ce qui a une conséquence inquiétante : l’hygiène, la médecine… bouleversent notre équilibre physiologique. On commence ainsi à croire que certains de nos maux pourraient provenir d’un excès de propreté.

En fait, ce n’est pas nouveau : quasiment toutes les épidémies qui ont ravagé l’espèce humaine ont une cause sociale. Par exemple, le rapprochement hommes / animaux produit par l’élevage stimule la création de pathogènes innovants.

Bref, je crois que les écologistes ont à la fois raison et tort. Ils ont raison de nous dire qu’aucune innovation n’est gratuite, car nous finissons toujours par en payer les conséquences. Par contre, ils ont tort de croire que l’on peut stopper notre développement : le changement est une caractéristique humaine.

Ce qui nous manque probablement est une forme de « changement responsable », c’est-à-dire un moyen de nous assurer que nous avons des chances raisonnables de survivre aux changements que nous lançons. 

Le retour du choc pétrolier

Notre économie fragile va-t-elle être secouée par des chocs pétroliers ?

Ça semble imparable : la production croit beaucoup moins vite que l’économie mondiale.

Curieusement, une partie de la solution serait aux USA. Ils consomment 20% de la production mondiale, et en gaspillent beaucoup. Il suffit de taxer le pétrole pour à la fois remplir les caisses de l’État, et diminuer le gaspillage. Solution systémique : faire le contraire de l’évidence.

Mais c’est le type de changement dont il ne peut être question en période électorale.

Compléments :

25 mars : journée du changement par la force

Aujourd’hui, nous subissons un nouveau décalage horaire. Il a probablement été inventé par nos gouvernants pour nous rappeler, deux fois par an, ce que signifie un passage en force.

Qu’est-ce que le passage en force ? C’est d’abord une décision prise par la raison triomphante, celle de la règle de trois. (Dans ma jeunesse, on disait que le changement d’horaire faisait gagner « 100.000 tonnes de pétrole ».)  Elle ignore toutes les raisons qu’elle ne comprend pas. C’est ensuite une mise en œuvre qui est imposée, au nom de la susdite raison, sans aucune prise en compte de ses conséquences pratiques sur les masses ignorantes.

Résultat ? Généralement rien. Le système compense les effets du changement. 

Constitutions de sociétés : conclusion

Fin d’une série de billets sur la nature des sociétés humaine. Le commentaire de Jad emporte mon adhésion : il est erroné de partir de la nature de l’homme pour en déduire celle de la société. Il n’y a pas de rapport (évident) entre les deux.

C’est ce que dit la systémique. Un système est défini avant tout par la capacité qu’ont ses composants à interagir les uns avec les autres. Leur comportement individuel est relativement secondaire. (Cf. la différence entre le comportement d’un atome et celui d’une molécule.)

Mais il ne faut pas s’arrêter là. Faire l’hypothèse que la nature humaine est le mal, l’agressivité, ou autre est dangereux, voire criminel : cela encourage l’individu à agir selon le modèle qui est supposé être le sien. D’où prévision auto-réalisatrice. 

Changement et systémique : comprendre l’effet de levier

Si vous pensez qu’il faut des moyens colossaux pour transformer la France, c’est que vous faites fausse route. La caractéristique du changement est d’être à « effet de levier ». C’est ce que les Chinois ont compris il y a 2500 ans, au moins (mais oublié depuis). (Illustration.)

Les effets sont-ils pour autant immédiats, comme le pensent les gourous de la dynamique des systèmes du MIT?

Non. Parce que l’effet de levier signifie simplement la prise de conscience que vous vous en preniez à la falaise. Désormais bien orienté, il vous reste à traverser l’Atlantique. Il en est de même de l’entreprise ou la nation.

Comprendre qu’elles sont piégées par un cercle vicieux n’est pas tout, il faut aussi conquérir les nouveaux espaces qui s’ouvrent lorsqu’on en sort. Et là, on entre dans un autre type de changement : l’apprentissage. 

Changement et systémique : faire changer un système humain

Un billet précédent donnait un exemple de système et de la façon dont il change.En fait, si les organisations sont des systèmes, elles ne sont pas des systèmes mécaniques. Un exemple analysé dans un de mes livres :

Plus l’entreprise X (additifs de fonderie) réduit ses coûts (en supprimant des produits et des unités non rentables) plus elle va mal. Solution ? Commercialiser des produits peu rentables. Miracle ! (Et effet de levier.)

Cercle vicieux ? Les décisions étaient prises en fonction de la « marge brute » d’un produit. Seulement, en éliminant le produit, la base de répartition des frais généraux de l’entreprise se réduit, et la rentabilité des produits restants se dégrade.

Comment peut-on être aussi bête ? disent mes amis professeurs de contrôle de gestion. Parce que cette modélisation ne traduit pas la réalité.

Un système humain n’est pas une équation

Dans une ruche, c’est le battement des ailes des abeilles qui maintient constante la température. Il en est de même dans l’entreprise : c’est la combinaison des comportements individuels qui fait le comportement collectif. Le mode de décision de cette entreprise est commun aux entreprises innovantes : elles ont des ressources limitées, et elles doivent les utiliser au mieux en ne les dédiant qu’à ce qui leur rapporte le plus.

Si l’on peut représenter ce comportement par une formule mathématique (la « marge brute »), cette formule ne sert à rien pour mener le changement, car pour changer le comportement du système, il faut en recoder toutes les abeilles.

Comment transforme-t-on un système humain, alors ? En le plaçant dans un environnement qui donne un avantage à ses caractéristiques propres, non en essayant de les modifier.   

Changement et systémique : exemple pratique

Systémique, théorie mathématique compliquée, éloignée de la vie ? Que nenni.

Il y a longtemps, j’ai eu le problème suivant. Mon appartement était envahi par l’odeur désagréable que l’on sent les soirs d’hiver dans les rues de Paris, et ma salle de bain par l’odeur de gaz d’échappements. J’en parle à mon syndic qui m’explique que c’est une vue de l’esprit. L’architecte de l’immeuble est dépêché, il me dit de colmater quelques fentes, envoie un message triomphal au syndic, mais ne donne plus de signes de vie quand je lui indique que je sens aussi une odeur de cigarette (qui ne peut venir que du veilleur de nuit du parking).
Ne trouvant personne pour m’aider, y compris chez mes amis du BTP, je finis par me rappeler que j’ai été directeur du marketing d’une entreprise de contrôle technique. J’y identifie un spécialiste des bâtiments qui vient analyser mon système de ventilation. Effectivement, elle fonctionne à l’envers de ce qui est prévu : mon appartement aspire l’air du parking.
J’obstrue l’orifice incriminé, ce qui me permet à nouveau d’ouvrir la porte de ma salle de bain. Or, dans les vieux immeubles, l’air est aspiré par les fentes des fenêtres et est évacué par les pièces de service. (D’où le danger d’installer du double vitrage, sans revoir le système de ventilation.) Ce qui rétablit plus ou moins l’aération de mon appartement, et élimine l’odeur désagréable.
Ce n’est pas tout. J’ai aussi compris pourquoi mon appartement aspirait l’air du parking. Ses ventilateurs créent une dépression qui permet à l’air de l’immeuble de circuler de haut en bas. Or, pour des raisons de fatigue des dites machines, il a été décidé de les ménager (plutôt que de les remplacer).
Morale de l’histoire

La régulation d’air de mon appartement est un système. Ce système s’est déréglé quand la ventilation des parkings a été modifiée. En bouchant une des aérations je l’ai à nouveau transformé (changement). Exemple « d’effet de levier » : le changement est immédiat et ne demande aucun moyen.
Cette histoire montre aussi qu’il n’y a pas que la systémique dans la vie. En effet, j’ai mis un temps fou pour trouver la cause du problème, et je n’ai pas été loin de me faire insulter par mes copropriétaires, qui ne m’ont épargné aucun sophisme (y compris un numéro de mécanique des fluides d’anthologie). De l’irrationalité de l’individu, et de l’effet de la culture (française).

Système et individu

La systémique pense que les caractéristiques de l’homme s’expliquent par le système auquel il appartient. Un peu comme les mouvements d’une molécule d’eau s’expliquent par les caractéristiques de la piscine qui la contient, et qui ne permettent qu’à certaines ondes de s’y maintenir.

Si l’on combine ce phénomène à un peu de rémanence, on arrive à quelque chose de curieux. Le comportement d’un individu peut provoquer une réaction qui va l’entretenir. Un système peut se perpétuer.
Je me demande, par exemple, si ce n’est pas ce qui est arrivé aux Québécois, qui ont reconstitué une petite société qui ressemble beaucoup à la nôtre, alors que l’immensité américaine était à conquérir.

Alors serait-ce notre comportement, plutôt par exemple que nos gènes, qui fait que l’on appartient à une société donnée ?