Quand il y a changement de système, il y a rupture de continuité entre règles de vie. Pour vivre et agir dans le nouveau système, il faut adopter les méthodes de l’ethnologue. Il faut observer les natifs du système, et déduire de leur comportement leurs règles de vie, puis s’y conformer. Voilà peut-être les raisons de notre crise et sa solution. Notre système-monde a changé. Nous devons apprendre ses nouvelles règles. Mais nous nous acharnons à appliquer les anciennes.
Étiquette : systémique
Enrico Letta : enfin un leader pour l’Europe ?
Enrico Letta tente un changement. Il cherche à faire basculer la politique européenne de la rigueur à la relance. Et, de loin, il semble utiliser les règles de l’art.
- Il bâtit une coalition d’alliés. Il a commencé par se rapprocher de Mariano Rajoy, son opposé politique.
- Il cherche à ne faire perdre la face à personne. S’il réussit, Mme Merkel pourra affirmer que c’est grâce à sa politique à elle.
Et si le principe même de nos réformes était faux ?
On répète au sud de l’Europe qu’il doit se réformer. Il est inefficace. Il y est très difficile, par exemple, d’être taxi, ou d’ouvrir une pharmacie. De même qu’il est très difficile d’être ingénieur des mines, inspecteur des finances, ou chercheur en physique des particules. De ce fait, ces acteurs économiques peuvent prélever une « rente ». Ils gagnent plus qu’ils ne le devraient. (En général, ce raisonnement ne s’applique pas à Bill Gates. Il n’est pas un rentier, mais un « créateur de valeur ». L’économiste est un Marxiste inversé.) Il suffit de faire sauter ces barrières pour qu’il y ait plus de taxis ou de pharmacies, et que l’on puisse se déplacer ou se soigner pour moins. La logique de la rigueur est là : faire sauter des barrières, pour aller mieux.
Chômage et coût du travail
Augmenter le coût du travail provoque le chômage. Cela paraît évident, non ? Il faut multiplier les stages gratuits, les subventions… non ?
Ce qui me frappe lorsque je compare une société française avec des sociétés d’autres pays, c’est à quel point elle est minable. Pour commencer elle a un total manque d’ambition internationale. Par exemple, un fonds d’investissement avec lequel je discutais il y a peu considérait une start up de 40 personnes comme un succès. Et il faut voir ce que fait la dite start up. Big data low tech ! Ce serait impensable aux USA ! L’entreprise française a tellement peu foi en ce qu’elle fait, qu’elle n’ose pas lui donner le prix qu’il mérite. En conséquence, elle fait tout à l’économie. Elle s’assoit sur les lois, elle vit de stagiaires gratuits, la qualité et ses processus lui sont inconnus (système D !)… Aux USA et en Allemagne, on sait que ce qui est bon est cher. Alors, on paie cher, et on vend cher.
Si l’on veut que l’entreprise crée de l’emploi, il faudra créer une culture d’entrepreneuriat dans notre pays. Tout le reste n’est que du détail. Mais ce n’est que mon avis.
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| Photo : JD. Harrouet |
La fin de la fin de l’histoire ?
Depuis les origines de ce blog, je cherche le nom du changement que nous traversons. Ce qui me frappe aujourd’hui, c’est à quel point ma vision du monde est fausse. Je suis issu d’une génération d’après guerre qui, au fond, croyait à la fin de l’histoire. Il n’y aurait plus de guerre, plus de souffrance, nous mourrions tous de vieillesse, dans notre lit. Et chaque génération vivrait mieux que la précédente, grâce au progrès scientifique. Le SDF était inconcevable.
Sans que nous en soyons revenus à la peste, à Dickens, ou à la crise de 29 et à ses conséquences de 40, notre situation mondiale et individuelle s’est considérablement dégradée. Elle montre que nous ne maîtrisons pas notre sort. Et si l’erreur et le changement étaient là ? Et si la systémique avait sont mot à dire sur eux ? me suis-je alors demandé.
France éternelle ?
Ce blog m’a amené à deux constatations qui me plongent dans un abîme de perplexité.
- J’ai fini par rattacher les thèses de Nicolas Sarkozy à celles des Versaillais et de ce que René Rémond appelle la première droite. Celle qui s’est opposée à la révolution.
- Quant à la gauche et ses appels à la repentance, son obsession de la défense de « victimes » de la société, sans papiers, homosexuels, colonisés… elle fait penser à l’église catholique.
Pourtant, il n’y a apparemment aucun lien entre la France d’aujourd’hui et le passé !? Et s’il y avait une explication systémique ? Et si les mêmes causes produisaient les mêmes effets ?
- Les contre révolutionnaires étaient-ils des privilégiés avant d’être des nobles ? Quant à l’Eglise, exploitait-elle à son profit la mauvaise conscience qu’elle avait provoquée ? Les deux avaient en commun d’être des individualistes qui exploitaient une communauté.
- A-t-on la même chose aujourd’hui ? D’un côté des privilégiés, de l’autre des bien pensants ? Tous individualistes. Leur affrontement leur est bénéfique puisqu’ainsi ils ne laissent plus de place aux doléances d’une majorité qu’ils peuvent donc exploiter.
Et si nous étions des virus ?
Donella Meadows dans le billet précédent s’étonne que nous soyons aussi peu systémiques. Nous faisons tout le contraire de ce qu’il faudrait. Nous nous autodétruisons comme à plaisir.
Thinking in Systems de Donella Meadows
- « Le transfert de charge ». Plus l’on s’occupe de vous plus vous vous laissez aller. Mal français et de son Etat tuteur ? Plus on vous soulage d’un symptôme plus sa cause vous prend sous sa coupe.
- La « dérive vers la médiocrité ». C’est peut-être ce qui arrive au monde. On ne voit que ce qui se dégrade, « des attentes de moins en moins élevées, moins d’efforts, moins de performance ».
Chavez et le consensus de Washington
J’entendais dire ce matin que l’élection d’Hugo Chavez avait été l’effet du consensus de Washington. Lorsque le mur de Berlin est tombé, les Américains ont pensé que l’histoire était finie, que le capitalisme avait gagné. Il ne restait plus qu’à l’installer proprement partout. Une série de crises s’en est suivie. La nôtre étant la dernière en date.
En conséquence, les gouvernements libéraux sont tombés les uns derrière les autres. En Amérique du sud, Hugo Chavez n’a fait qu’amorcer le mouvement.
Rejet du capitalisme ? Dans One hundred years of socialism, Donald Sassoon dit que le socialisme a rendu acceptable le capitalisme. Le capitalisme survit grâce à des oscillations gauche – droite ? Le capitalisme, ce sont ces oscillations ? Il en était peut-être de même de M.Chavez. Il était à la fois dictateur et démocrate. Carotte et bâton. Apparente contradiction qui lui a assuré un long pouvoir ?
Vilain petit canard
Pourquoi ne pouvais-je pas supporter l’histoire du Vilain petit canard, dans mon enfance ? Après tout, ne finit-elle pas bien ?

