Crédit impôt recherche : hold up du siècle ?

Le Crédit Impôt Recherche. Changement raté pour cause systémique ? 
Il a, au moins, un objectif, créer 18 à 25000 emplois dans la recherche en 10 ans. Mais le CIR, qui coûte 6md par an, n’a pas les effets escomptés. Gigantesque détournement de fonds publics ? Une part importante (20%) va vers des organismes qui aident à obtenir le dit crédit. Ensuite, on a massivement requalifié certains intitulés de postes pour se rendre éligible au CIR. Enfin, les, très grandes, entreprises qui en ont été les grandes bénéficiaires ont réduit leur investissement en recherche et développement ! Et beaucoup d’autres bénéficiaires ont des activités qui ne sont pas compatibles avec la recherche. 
Depuis que j’ai découvert le CIR, je ne crois pas qu’il vise à aider la recherche. Le mot « recherche » me semble plutôt là pour faire accepter le changement. La motivation de la mesure est, probablement, de donner de l’argent aux entreprises. Et ce parce que l’entreprises crée. Plus elle aura de moyens, plus l’économie sera prospère. Pourquoi n’y avait-on pas pensé plus tôt ? Parce que le monde n’est pas tel que le voit le QI négatif. Comme le disait encore cette semaine The Economist, les entreprises sont en phase d’auto destruction. Elles font monter la valeur de leurs actions en les achetant, et en fusionnant, de façon à produire des synergies. L’entreprise ne trouve pas des usages productifs à l’argent qu’on lui donne. Elle le distribue à ses actionnaires. Et si c’était cet état d’esprit qui devait changer ?

Réformer la France

Notre élite aurait formé un « système », qui se serait dégagé du « système nation », et qui le parasiterait. Voilà la modélisation que je tire de l’Oligarchie des incapables. Suite de ma réflexion sur le sujet. Où j’en arrive à me demander : comment améliorer les choses ? 
L’élite comme système de transport
Mon raisonnement s’appuie sur la théorie de Chester Barnard, pour commencer. (BARNARD, Chester, The Functions of the Executive, Harvard University Press, 2005.) Pour lui l’entreprise, mais cela me semble vrai pour tout groupe humain, est faite « d’executives » et de « non executives ». Les seconds créent, les premiers sont la colonne vertébrale informationnelle de l’entreprise. Les seconds sont poussés par leur intérêt propre, les premiers, par l’intérêt collectif. 
Si l’on accepte ce modèle, une « élite » serait le « tuyau » qui permet de véhiculer le contenu produit par l’activité collective. Mais elle se serait détournée de sa mission faute de contrôle. Ce qui semblerait dire que la grande déréglementation des dernières décennies visait surtout à libérer « l’élite » de ses responsabilités. Elle utilise désormais sa position en pouvoir de nuisance. Les Allemands parlent de « Platform Kapitalismus« . Ils pensent à Internet, mais cela paraît s’appliquer à une stratégie générale : il s’agit de maîtriser certains nœuds critiques d’échange pour y installer un péage. C’est le principe qui explique l’installation de châteaux le long du Rhin
Comment remettre « l’élite » au pas ? Travaux d’Elinor Ostrom : les tuyaux sociaux sont des « biens communs ». On peut aussi penser aux principes de l’économie sociale : le Schtroumpf. Faire occuper les fonctions de l’élite à temps partiel, et sur des durées courtes, par des citoyens ordinaires. Explication. Un dirigeant me semble avoir deux fonctions 1) administrer ; 2) changer. Pour l’administration, il ne faut probablement pas un grand talent. En simplifiant ce qu’on lui demande, et en formant un peu le citoyen, je me demande si beaucoup de gens ne sauraient pas remplir cette fonction. (Sélection par tirage au sort ?) Quant au changement, il me semble ressembler à ce que dit Eric Minnaert des Pygmées. Le changement qui réussit est celui qui correspond à une aspiration collective. Alors, il est facile à mettre en oeuvre. S’il est bloqué aujourd’hui, c’est, probablement, parce que celui que l’on veut nous imposer ne correspond pas à nos intérêts. Donc, le bon dirigeant est celui qui est capable de formuler de manière intelligente ce que « veut » la nation. C’est peut-être le de Gaulle de la guerre, ou de 58. Mais pas celui de 68.
Tout ceci serait certainement facilité par la « révolution » numérique. Elle pourrait produire une simplification de la société qui la rende plus facilement gouvernable qu’aujourd’hui. 
Reconnecter l’élite au peuple
Comment conduire le changement ? Il me semble qu’il faut résister à la tentation de condamner l’élite au peloton d’exécution. La théorie de la complexité pourrait y pousser : elle dit que le changement vient d’en bas. Cependant, ce n’est pas pour autant qu’il condamne le haut. Le cercle vicieux qui nous a conduit à la situation actuelle paraît être un isolement de plus en plus complet de l’élite par rapport à la population. Il semble fidèle aux lois de la systémique de penser qu’il faut prendre le phénomène à rebours et chercher à reconnecter l’élite au peuple. 

L'élite comme système ?

L’élite serait-elle devenue un « système » (au sens « systémique »), qui se nourrirait de la société ? C’est la question qui se pose à la lecture du livre du billet précédent.
Homéostasie
Des énarques découvrent que Dalkia, de Véolia, revend de l’énergie à EDF à un prix subventionné. Grâce à ce contrat Dalkia gagne beaucoup. Les énarques veulent le faire entrer dans la règle. Le PDG de Véolia, Henri Proglio, intervient. Les ministres de l’époque (MM. Loos et Breton) demandent aux dits énarques de plier. 
Nicolas Sarkozy veut faire supprimer le classement de sortie de l’ENA. Le Conseil constitutionnel, constitué des membres de plus prestigieux corps de l’ENA, censure la mesure, pour des raisons techniques. Au passage, je note le retour d’une des hantises des Lumières et de tous les libéraux : les corporations. La fidélité des membres des corps de l’ENA va à ceux-ci et non à la nation ?
Signes d’un système : l’homme, en dépit de sa bonne volonté, est bien peu de choses face à lui ? 
Un système parasitaire ? 
Véolia transport fusionne avec Transdev de la Caisse des Dépôts. Véolia en profite pour céder 1,8md de dettes à l’ensemble. 
Cela ressemble à ce qui s’est passé chez AREVA ? La société se lance dans un plan de développement ambitieux. Puis c’est le flop. L’Etat intervient et prend en charge les dettes. Autrement dit, ce « système élite », fonctionne à l’envers : au lieu de servir la nation, il en pompe le contenu ? 

Surendettement de la France : qui est coupable ?

Un jour de 2003, le ministre des Finances, Francis Mer, est informé par son cabinet d’un danger : le surendettement de l’Etat. (…) il expose à Jacques Chirac les grandes lignes de son constat terrifiant. (Jacques Chirac) regarde Francis Mer dans les yeux et lui répond tranquillement : « écoutez, Mer, ça fait trente ans qu’on se débrouille comme ça. Alors on peut bien continuer un peu, non ? » (Sophie Coignard et Romain Gubert, L’oligarchie des incapables, J’ai lu, 2013.)

Voilà qui en dit peut-être long sur le fonctionnement de la politique française ? Ce qui montre peut-être aussi qu’un système ne peut changer qu’en crise ? Et que c’est peut-être pour cela que la France ne connaît jamais la crise ? 

Et si le client était victime du clientélisme ?

On dit que la Grèce est « clientéliste ». Cela m’a plongé dans de profondes réflexions. Comment marche le clientélisme ?, me suis-je demandé. Peut-il être durable ? Et si ce n’était pas ce que l’on pense? Une tentative de modélisation systémique :
L’impact qu’a l’Etat sur notre richesse n’est pas tant dans ce qu’il nous donne ou dans ce qu’il prélève, que dans la réglementation qu’il fait respecter. C’est elle qui oriente, principalement, les flux financiers. (Supprimer les droits de l’homme, par exemple, peut faire gagner beaucoup d’argent à certains, et faire perdre leur vie à d’autres, idem pour la réglementation environnementale…) Je me demande si le clientélisme ne s’apparente pas au « selective inforcement« . Ce que donne l’Etat n’est pas totalement légal. Par exemple, un groupe obtient des avantages dissimulés. De ce fait, il se sent en tort. Il ne peut plus s’unir à d’autres pour agir sur les lois et obtenir une répartition correcte des richesses. Mieux. A l’occasion, l’Etat peut même lui retirer ses avantages : dès qu’ils seront connus le reste de la population s’indignera. C’est diviser pour régner. 

Nos idées : made in USA ?

La massification de l’enseignement supérieur date de la guerre. Made in USA. Ce que je lis dans The Economist me surprend. Je pensais que c’était propre à la France. Prolongement de la pensée des Lumières et des idéaux de la 3ème République : pour libérer l’homme, il fallait qu’il apprenne à penser par lui-même. L’éducation était l’essentiel du projet républicain. C’est en lisant La crise de la culture d’Hannah Arendt que cette idée m’a frappé pour la première fois : le livre date de 1954 et pourtant il parle de méthodes d’enseignement que je croyais ultramodernes. 
Et si, depuis la guerre, la France n’était que le pantin des idées américaines ? Et si c’était ce que de Gaulle avait découvert en 68 : il croyait commander aux événements, alors que ceux-ci obéissaient à une logique étrangère ? (De Gaulle, idiot utile des USA ?) Et si les USA avaient vu juste, lorsqu’ils ont cru à la « fin de l’histoire » ? Après avoir défait la culture de la vieille Europe, c’était au tour de celle du bloc communiste d’absorber la leur ?
Seulement, partout, cette culture rencontre une forme de résistance. Peut-être plus d’ailleurs du peuple que des élites, globalisées. Mais ce que montre The Economist, à longueur d’articles, c’est que lorsque l’on accepte une partie du système, il s’installe intégralement. « Les forces du marché » vous contraignent à adopter un modèle uniforme. Alors comment faire évoluer un système, sans le détruire ? 

L'égalité contre l'injustice ?

Celui qui décide n’est pas celui qui subit. Source des maux de notre société. C’est une idée qui revient souvent dans Thinking in systems. Le lobby influence le politique, qui déclare la guerre, le général ordonne, le soldat meurt. D’où tentation ? « Volonté de puissance » de mon précédent billet ? Volonté de tirer les ficelles sans subir les conséquences de ses actes ? Mais aussi la perception de l’homme comme un sous-homme, dont la vie ne compte pas ? Ce qui permet de se mettre en règle avec sa conscience ?
L’opposé de ce principe ? « L’égalité de puissance », selon l’expression de Rousseau. Elle tend à produire une société solidaire. Le général fait tuer le soldat, mais il en garde mauvaise conscience. Et les Grecs élisaient leurs généraux. (Et la seule arme égalitaire est nucléaire : avec elle, il n’est pas question de jouer au surhomme ?)
Considérations propres à l’Occident et à l’individualisme ? D’autres sociétés me semblent ressembler à une ruche. Il y a division des tâches, chacun à son rôle. Il n’exploite pas les autres. Dans la nôtre, la spécialisation n’est pas héritée, mais acquise. L’homme est égal au sens où il participe à la gestion du « bien commun », cité, nation ou monde. Comme le dit Hayek, notre société a la particularité de se recomposer en permanence. (Cependant, la recomposition n’est pas instantanée comme chez Hayek.)

Obama change le monde ?

La doctrine militaire d’Obama ne dirait pas ce qu’il faut faire, mais ce qu’il ne faut pas faire. Cela ressemble à une vision systémique du monde ou à la « via negativa » de Nassim Taleb
Que ne faut-il pas faire ? Envoyer des moyens militaires énormes sur le terrain. Or un vice de la démocratie américaine (et française) rend irrésistible la tentation de le faire : alors que le Président est paralysé par le système politique américain, une armée, dont le budget vaut celui de toutes les autres armées combinées, est à ses ordres ! Or, tout le monde, de la presse à ses alliés en passant par ses électeurs, et même ses adversaires Républicains, le presse de l’utiliser !

Mais la guerre entraîne la guerre et des dépenses de plus en plus lourdes. Et cet argent ne peut pas être employé pour améliorer réellement, et pacifiquement, la situation des zones de conflit. Effet systémique !

Seul sage au milieu d’un peuple de fous ? Le comité Nobel fut prescient ? 

Virus et libertaires

J’ai tendance à assimiler virus et individualisme. Je vois les deux comme une sorte de « mal » qui force le « bien », une structure complexe et évoluée, à changer, sous peine de destruction.
Intuitivement, il me semble que le changement est réussi lorsque le complexe parvient à utiliser le génie de l’individu. Mais, mon dernier billet sur les virus m’a fait douter. N’est-ce pas le contraire qui se produit : la structure complexe exploite la bêtise de l’agresseur ? Ainsi, il semblerait que le cerveau se soit développé en capturant des virus et en les mettant en cage. Il existe quelque chose de similaire dans le monde des hommes, celui du développement opensource. Des procédures ont été conçues qui font que des têtes de lard libertaires programmant comme des cochons produisent du code exceptionnellement fiable sans avoir à changer leur nature.
Mais peut-être qu’il y a plusieurs espèces de virus et de libertaires…

Science sans conscience

Discussion avec un jeune matheux, grand modélisateur.
Le danger de la modélisation me semble être ce que disent Hannah Arendt, l’école de philosophie pragmatiste et les psychologues de la systémique : on confond le modèle avec la réalité. Or, le modèle ne donne que ce que l’on y a mis. Danger = « jeu sans fin ». L’homme a la curieuse faculté d’inventer des dieux. C’est-à-dire de trouver une signification magique, mystérieuse, à quelque chose qui n’est qu’une machine. (Asimov a écrit un chapitre sur le sujet dans un livre sur les robots.)
Mon expérience me fait penser que l’intérêt de la modélisation est de préparer à l’action. Elle permet de simplifier ce qui bloque, de donner des idées. La simple découverte des systèmes a été fondamentale. Elle nous a dit que nous tendions à entrer dans des cercles vicieux et que, pour se tirer de la plupart des problèmes qui nous minent, il faut faire le contraire de ce que nous faisons. Je suis moins certain de l’utilité des modèles compliqués qui en ont résulté. 
De l’intérêt d’étudier la philosophie, l’art de penser, en plus des maths. Il me semble qu’il faut injecter un peu de conscience dans la science, et qu’il est bon de s’y mettre tôt. Pauvres diplômés des grandes écoles françaises, et en particulier les philosophes !, qui reçoivent de mauvaises notes s’ils ne pensent pas comme l’institution !
(Ce qui pourrait expliquer la schizophrénie de Foucault ?)