Nature de la résistance au changement

Ce qui bloque actuellement la transformation de la société pourrait être un double phénomène. Un point d’avancement des réflexions de ce blog :
  1. Objectivement, elle doit se transformer. Et elle se transformera, en bien ou en mal. 
  2. Mais cette transformation est instrumentalisée par des « intérêts particuliers » qui nous expliquent que le seul moyen de changer est de nous laisser exploiter pour faire leur bonheur. En fait, le changement dont ils nous parlent est un changement qui ne change rien. Il est, en lui-même, une résistance au changement. La défense des intérêts acquis. 
Mais, à cause de 2, nous refusons 1. Un « bon » changement ne pourra se faire qu’en démêlant 1 et 2.

(Article, plus élaboré, rédigé pour Focus RH.)

Pas de souci

Depuis que j’ai entendu Fabrice Luchini jeter l’opprobre sur « pas de souci », j’ai découvert que de plus en plus de monde utilisait cette formule. C’est curieux comme nous sommes tous originaux en même temps. Il y a eu récemment « belle journée » et « à très vite ». France Musique s’est mis à dire « sous les doigts de » et « maison d’opéra ». Il y a des années j’ai découvert « regards croisés », qui me fait invariablement penser « strabisme ». Il y a aussi les prénoms, qui arrivent en groupe. (Le mien en est un exemple : il a été au top du hit parade pendant au moins dix ans.) 
Où l’on voit que le monde est un système, et que nous ne faisons qu’en appliquer les lois ? 

La France au bord de la Révolution ?

La thèse de L’oligarchie des incapables est que nous en sommes venus à l’avant Révolution. Cela est-il vraisemblable ?

Voici des éléments tirés de l’enquête qu’est ce blog, et qui pourraient alimenter le débat :

  • Une politique de la langue, tract postmoderniste ?, semble dire que la pensée actuelle refuse l’héritage de la Révolution et s’aligne sur celle de la féodalité. L’évolution du concept de laïcité irait dans le même sens. Tout le travail effectué depuis la Révolution aurait été balayé ?
  • Le modèle de Gaulle, selon René Rémond (ou modèle monarchique) : quand la France fonctionne correctement, une puissance centrale Roi / Peuple contrôle les « privilégiés ». Les Révolutionnaires et les Radicaux ont essayé de remplacer le roi, par une forme d’incarnation du peuple, mais cela a été très instable. En tout cas, il n’est probablement pas bon que les « privilégiés » prennent le pouvoir. Serait-ce ce qui a provoqué 89 ? Un roi faible a permis aux « privilégiés » de diriger la France ? 
Qu’est-ce qui a fait éclater la France en 89 ? La mauvaise gestion de la France, qui connaît crise sur crise ? Le rejet des privilèges ? Une bataille entre privilégiés (nobles et bourgeois) ?… Cela pourrait-il se répéter ? Les symptômes, s’ils sont  identiques, semblent atténués ? Mais quid de l’effet d’une crise mondiale ?…

(Qu’est-ce qu’un « privilégié » ? On parle aussi « d’intérêts spéciaux ». Il s’agit peut-être du résultat d’une attitude vis-à-vis de la société. Le « privilégié » est poussé par son intérêt égoïste. Le « non privilégié » est peut-être conscient de sa faiblesse et de son besoin de protection. En conséquence, le « non privilégié » est prêt à payer, et le « privilégié » à collecter. Comme souvent en systémique on aboutit à un paradoxe. Ce qui fait la fortune de l’asocial (le « privilégié »), c’est la société. Et le petit peuple, en croyant être un profiteur, se fait tondre. Mais tout le monde est content : pourquoi changer ? Seulement, dès que l’équilibre se rompt, et que la société, pour une raison ou pour une autre, ne produit plus assez, ou que les attentes croissent, la poursuite de ce mécanisme conduit à la vider de sa substance.)

Le mal de l'Education nationale : le totalitarisme

« En questionnement du monde, la construction des repères temporels répond à la même logique : leur compréhension liée à un apprentissage explicite permet progressivement de les utiliser sans même y penser ».
Je suis bombardé de textes sur l’Education nationale. C’est effrayant ; si j’avais eu des enfants je me serais occupé moi-même de leur éducation ; le plus étrange est que le délire, que je trouvais excusable en 68, semble n’avoir fait que s’amplifier; les hauts personnages qui président à nos destins sont de bien dangereux illuminés ; comment ont-ils pu en arrivé là ?… Voilà ce que je me suis dit. Comment sauver nos enfants ?

Technique boîte noire, et terre brûlée
Principe. Les réformes ne font qu’empirer les choses, n’insistons pas. Faisons confiance à l’être humain. En dépit du mauvais traitement qu’il subit, l’enfant n’est pas irrécupérable. Certes, il ne sait peut-être plus très bien écrire ou compter, mais il a sûrement d’autres qualités. En particulier, il doit lui rester quelque-chose de la masse de bons sentiments qu’on lui a inculqués. Pourquoi ne pas chercher à corriger le tir, plutôt qu’à vouloir le rendre parfait ? Il y a beaucoup de façons de ce faire. Idées :
  • Rendre l’information facilement accessible (cf. wikipedia), de façon à ce que l’on puisse se former en dehors de l’école.
  • Développer la formation continue. 
  • Identifier des personnes compétentes (celles qui savent écrire ou compter, par exemple), de confiance, auxquelles faire appel en cas de besoin. Encourager, donc, l’entraide. (Idem dans l’enseignement : les enseignants peuvent profiter de leurs expériences respectives.)
Sa mainmise sur l’enseignement réservant aux héritiers de la classe supérieure les meilleures positions sociales, il ne semble pas malin de s’acharner à les obtenir. D’autant que le parcours qui y mène n’est pas idéal pour l’épanouissement de l’individu. Pourquoi ne pas se demander comment construire une vie en dehors du système ? Et se donner les moyens de réussir ?
Le mal de l’Education nationale : le totalitarisme
Le principe de la réforme en France, c’est le totalitarisme. C’est le haut qui impose ses vues au bas. Voilà ce qui ne marche pas ! Mais, comment obtenir un changement total, sans être totalitaire ? Par capillarité. Si les idées ci-dessus (ou d’autres) donnent de bons résultats, elles gagneront la société de proche en proche. 
« Le gouvernement central ne se bornait pas à venir au secours des paysans dans leurs misères ; il prétendait leur enseigner l’art de s’enrichir, les y aider et les y forcer au besoin (…) le gouvernement était déjà passé du rôle de souverain au rôle de tuteur. » Tocqueville (L’Ancien régime et la Révolution)

Grexit : quelles conséquences pour le monde ?

Grexit est le nom que les Anglo-saxons ont donné à la sortie de la Grèce de la zone euro. On pense de plus en plus que ses conséquences seraient négligeables pour le monde. La Grèce prendrait l’essentiel du choc. Au pire, ai-je entendu dire, cela jetterait les Grecs dans les bras de M.Poutine, et forcerait la France et l’Italie à appliquer des politiques de rigueur. 
N’y a-t-il pas là l’erreur d’un raisonnement non systémique ? En effet, nous raisonnons avec les hypothèses de notre système, alors que plonger la Grèce dans la misère correspond à un changement de règles du jeu. Deux rappels :
  • Les Grecs, comme les Portugais, sont entrés dans l’UE pour échapper à une dictature. Pas pour des raisons économiques. Le principe fondateur de l’UE, c’est la paix. 
  • Après guerre on parlait de la Grèce comme d’un « domino« . Si la Grèce tombait entre les mains des Soviétiques, l’Europe allait suivre. Le Plan Marshall, d’aide économique à l’Europe, en a résulté. 
Autrement dit, éjecter la Grèce pourrait être traiter le symptôme et pas le mal. Le mal, c’est l’abandon du principe de solidarité qui justifie le dispositif européen. Principe dont la raison est probablement la paix. (L’économie étant un moyen de l’assurer.) Une fois que la solidarité est officiellement enterrée, il est possible que le chaos gagne rapidement le reste du continent (Russie incluse). 
Question : après le système paix, le système guerre ? 
(PS. Il n’y a probablement pas la bonne Grèce et la mauvaise Europe, mais un sentiment commun d’égoïsme qui provoque l’hostilité entre les deux.)

La loi TEPA aurait-elle plombé la France ?

Voilà le schéma que je trouve dans the Economist (The Economics of low wages : When what comes down doesn’t come up.)
Ce qui est extrêmement surprenant sont les courbes de la France : il y a discontinuité brutale en 2007, les salaires s’envolent la productivité baisse ! Or, 2007, c’est Nicolas Sarkozy !
Du coup, je me suis demandé si l’on pouvait trouver quelque-chose sur ce sujet. Voici ce que dit L’INSEE :
En 2007, dans les entreprises du secteur privé et semi-public, le salaire mensuel moyen pour un poste à temps complet s’élève à 2 661 € en brut et 1 997 € nets de tous prélèvements à la source. Compte tenu de la hausse des prix à la consommation de 1,5 % en 2007, le salaire net moyen a augmenté de 1,5 % entre 2006 et 2007 en euros constants. L’éventail des salaires reste inchangé, les hausses de salaire étant relativement homogènes : de 0,8 % pour le premier décile à 1,2 % pour le dernier décile. Néanmoins, ce sont les salariés se situant dans le dernier décile dont le salaire moyen a le plus progressé (+ 3 %). La loi TEPA relative aux heures supplémentaires est entrée en vigueur en fin d’année. Au cours du dernier trimestre, un quart des salariés ont effectué des heures supplémentaires « TEPA », représentant un volume moyen de 30 heures. Pour ces derniers, les charges sociales ont été allégées de 90 € en moyenne sur le trimestre. (Remarque : les 30h et les 90€ portent sur le trimestre.)
Complément :
La mise en place de la loi TEPA a pu conduire à augmenter le salaire net perçu par les salariés : incitation à effectuer plus d’heures supplémentaires, majoration de rémunération horaire systématique de 25 %, allègement de cotisations sociales. La source DADS ne permet pas d’identifier une éventuelle augmentation du nombre d’heures supplémentaires effectuées car avant 2007, elle ne pouvait pas isoler les heures supplémentaires dans la rémunération. En revanche, il est possible d’estimer l’effet de l’allègement de cotisations sociales : ainsi, lorsque le salarié a effectué des heures supplémentaires déclarées au titre de la loi TEPA, cet allègement correspond en moyenne à un gain de 90 euros pour ce salarié sur le trimestre.
J’ai regardé les conclusions de 2008, la hausse se serait stabilisée.
Je ne suis pas un économiste et je ne suis pas capable de faire coller ces chiffres ensemble. (Ni même de les critiquer.) L’INSEE parle de 8h travaillées en plus par trimestre, en moyenne, pour les salariés du privé, soit environ 2% (1600h travaillées par an). Même en prenant en compte l’augmentation de 25% dont il est question ci-dessus, on n’arrive qu’à une augmentation de 2,5% et pas de plus de 10%, comme dans les statistiques de The Economist. La seule astuce que je vois est la suivante. Les plus de 10% sont médians et pas moyens comme mes 2,5%. Pour un quart de la population, il y a eu 30h de plus par trimestre, payées 1,25. Ce qui fait 9,4% de plus. Les 90€ d’allègements de charges représentent de l’ordre de 10h de SMIC, soit 2,5% de plus. D’où, en tirant bien, 12% d’augmentation totale si la population concernée est quasi smicarde. Si la médiane est proche des salaires les plus bas, on s’est réconcilié avec les chiffres de The Economist, qui seraient donc une grosse manipulation. 
En tout cas, M.Sarkozy, au lieu de relancer l’économie, pourrait avoir produit une baisse de compétitivité. Le maintien de salaires « élevés » peut aussi signifier que l’on a continué à faire des heures sup. Et qu’on l’a fait plutôt que d’embaucher. TEPA, en partie responsable du décollage du haut niveau de chômage actuel ? Nouvel exemple d’énantiodromie ? 

Les caractéristiques paradoxales du changement

Insomnie. Vous vous forcez à dormir, ça ne marche pas. Pour s’endormir, il faut, au contraire, vous forcer à ne pas dormir ! Voilà le principe du changement. Le changement est paradoxal !
Débrancher sa raison
Paradoxal, vraiment ? Non, ce que cela montre est que nous sommes pilotés par notre raison, et que notre raison n’est pas adaptée au changement. Notre raison procède par modélisation de la réalité. Or, lorsqu’il y a changement, cette modélisation ne fonctionne plus. C’est le cas de l’exemple précédent : le sommeil ne suit pas les règles que lui prête la raison. (Ou, du moins, la raison qui connaît sa première insomnie !) Premier enseignement : réussir le changement demande de débrancher sa raison.
Coup d’état
Notre raison est adaptée au changement d’ordre 1, alors que le « réel » changement (celui dont parle ce blog) est d’ordre 2. Voilà ce que dit Paul Watzalwick. Qu’entend-il par cela ?

  1. Ordre 1 : augmenter les impôts locaux en France. 
  2. Ordre 2 : faire payer des impôts aux Grecs

Le changement d’ordre 1 est une évolution à l’intérieur d’un système donné. Il est continu. Exemple : chauffer l’eau d’un bain. Le changement d’ordre 2 est un changement de système, discontinu.  Pour l’eau, on parle de changement de phase ou d’état. L’eau peut être dans l’état solide, liquide ou gazeux.

Pour les organisations, c’est là même chose. Le changement d’état correspond à l’ajout de qualificatifs. Tel imprimeur ordinaire devient le spécialiste français du packaging de produits de luxe. Marcel Proust, bourgeois français comme tant d’autres, devient Proust l’auteur unique. Boeing, exploitant de forêts du nord ouest américain, devient, en 14, fabricant d’avions (en bois), en 58 (Boeing 707), fabricant d’avions à réaction. 

Et c’est ainsi que se fait le changement par « effet de levier », c’est-à-dire, sans effort. Il suffit de trouver le bon qualificatif pour que l’entreprise ou l’homme se transforment d’eux-mêmes. Mais « bon » ne va pas de soi. Et c’est ce que démontre nos constructeurs automobiles. Ils ont rêvé d’égaler les Allemands. Seulement, c’était un changement de phase qui n’était pas dans leurs cordes. Il y a deux conditions pour que le mot déclenche le changement :

  1. Potentiel. Aristote parle de « potentiel » : un système ne peut pas devenir n’importe quoi. Proust avait le potentiel d’être un écrivain, voire un anthropologue. Mais pas d’être un champion olympique. 
  2. Circonstances. Mais ce « potentiel » doit correspondre aux circonstances du moment. C’est peut-être pour cela que Proust est devenu auteur et pas anthropologue. Et que Lévi-Strauss a fait le choix inverse. 
Sortir de la caverne
Le phénomène qui est à l’oeuvre ressemble à la « réduction du paquet d’onde » de la mécanique quantique. Une organisation humaine donnée, un « système » pour faire plus général, peut occuper plusieurs états. Ces états différent d’une organisation à une autre. Par exemple d’un constructeur automobile à un autre. Cependant, notre raison n’en voit qu’un, et, peut-être, contribue à ce qu’il ne change pas. Comme dans l’histoire de la caverne de Platon, le processus de changement consiste à sortir de cette vision myope pour apercevoir les potentialités du « système » et choisir celle qui est adaptée à la situation du moment.
Le leader du changement comme explorateur
Le processus de conduite du changement n’est donc, nouveau paradoxe, pas faire arriver le changement (par la force), mais la recherche du mot qui va déclencher le changement, par magie, ou presque. La conduite du changement doit être conçue comme une exploration. Avec le bon équipement et la détermination qui convient, il y a d’excellentes chances de trouver la clé du problème.

En conséquence, si, pour Platon, c’est le philosophe qui est le catalyseur du changement, et si, pour l’Américain, c’est le « leader », il semble plutôt que ce soit un mélange des deux. C’est Socrate, Indiana Jones ou les héros de Jules Verne. C’est à la fois un homme d’action et un intello.

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« Hetzel front cover » par RamaTravail personnel. Sous licence Domaine public via Wikimedia Commons.

Et la science, là dedans ? Quel est son rôle ? Un cours de conduite du changement doit expliquer comment s’équiper pour mener à bien une exploration. Peut-être peut-elle aussi nous dire comment nous entraîner. Pour le reste, la chance sourit à l’esprit éclairé…

Quel sera le système de demain ?

Dans deux précédents billets, je distingue deux phases dans notre développement récent.
  1. Les trente glorieuses, phase technocratique, qui prétend protéger l’homme de la nature. Et, peut-être, faire du peuple un animal inoffensif.
  2. Les décennies suivantes, qui voient la destruction de ce système. On tond l’animal, désormais sans défense. 
Quel sera le prochain système ? Peut-on prédire l’avenir ? Non, mais on peut orienter le cour des événements dans une direction favorable. Deux observations :
  1. Nos idées ont été façonnées par l’ancien système. En quelque sorte, ce qui peut nous arriver est inconcevable. Il faut se préparer à tout abandonner…
  2. Enantiodromie. Le fait d’avoir voulu s’isoler totalement du risque doit produire un retour de balancier violent. Du fait du point 1, les conséquences du dit retour sont difficiles à prévoir. La solution à ce problème est la « résilience », dont le principe est « l’union fait la force », autrement dit la solidarité. Ce qui est l’antithèse de l’attitude dominante. 
Les limites à la croissance 
Peut-être, après tout, les prédictions des limites à la croissance vont-elles se réaliser ? Nous allons passer d’une croissance matérielle destructive, à une croissance immatérielle, des connaissances, durable ? Un monde dans lequel l’homme ne serait plus considéré comme un producteur, une bête de somme, mais comme un créateur ? 
En route vers l’inconnu

Il n’est pas impossible que la « révolution numérique » aille dans ce sens. Elle facilite le développement de réseaux humains, d’où capacité accrue d’absorption des chocs. Et aussi stockage d’informations (wikipedia, Moocs), qui permettent à tous de se former, sans avoir besoin de passer par une école que certains sont en train de s’approprier. (Encore faut-il qu’Internet soit robuste.)

Un tel système pourrait voir la fin de la grande entreprise. N’est-elle pas devenue une structure d’exploitation de l’homme par l’homme, sans valeur ajoutée ? Dans ces conditions peut-être ne faut-il pas regretter la disparition des champions français ? Dorénavant la créativité est ailleurs ? Encore faut-il savoir conserver ou acquérir les connaissances nécessaires à la création. De même, la logique de la résilience étant celle de l’écosystème, elle procède de bas en haut, contrairement aux principes de la société actuelle. Il est donc possible que le monde se développe selon une logique régionale.
Le diable est dans le changement
Comment va se passer la transition ? Question cruciale. Notre société protégeait le faible. C’est ce principe qui disparaît. Enfant, vieux, travailleur précaire, PME sous-traitante… sont en danger. Le geste qui sauve, dans ces conditions, est probablement « l’association », c’est à dire l’entraide. Et la formation d’écosystèmes de compétences complémentaires. Il faut, surtout, que ces écosystèmes parviennent à contrôler, au moins un peu, le « haut », de façon à ce qu’il ne puisse pas se retourner, avec toute sa puissance, contre la veuve et l’orphelin. D’où l’intérêt de « class actions », d’une presse indépendante… ? 

Albion victime de la perfide Ecosse ?

Le parti indépendantiste écossais a le vent en poupe. Rien de mieux pour fédérer une nation qu’un méchant vicieux : le conservateur anglais. Et, l’Indépendantiste pourrait arriver à ses fins de façon systémique, c’est à dire étonnante :
Il fait l’unanimité en Ecosse, terre travailliste. Si bien qu’il va prendre beaucoup de voix aux travaillistes, qui pourraient, en conséquence, perdre les prochaines élections. Mais, si les conservateurs gagnent, non seulement ils vont attiser la haine des Écossais, mais ils se sont engagés à déclencher un référendum concernant l’UE. Or, l’Anglais va vouloir la quitter. Ce qui n’est pas le cas de l’Écossais ! Ce sera le moment idéal de provoquer un nouveau référendum. Et, cette fois-ci, l’UE sera favorable à l’adhésion de l’Ecosse… 
(Mes références viennent, comme d’habitude, de The Economist. Bien entendu, la perfide Albion n’est jamais à cours de coups tordus. Les conservateurs peuvent débarquer M.Cameron, voire se montrer incapables d’assumer le pouvoir : ils devraient être minoritaires. Ce sera alors à une coalition travaillistes – Écossais de gouverner, ce qui ne fera pas les affaires des indépendantistes.)

Collège des Ecossais entrée.jpg
Prochain lieu de pèlerinage pour Écossais libérés ?

La flexibilité de l'emploi, solution de la crise ?

Dans son dernier numéro, The Economist disait que MM.Hollande, Valls et Macron faisaient du Schröder dissimulé. Et qu’ils ont raison : le mal de la France, c’est l’inflexibilité de son emploi, qui bloque ses réajustements. J’ai aussi entendu un homme de gauche, interviewé par France culture, dire que la flexibilité n’était pas une solution, mais un « modèle de société« . On utiliserait la crise pour nous l’imposer. Qui a raison ?, me suis-je demandé. 
Qu’est-ce qu’a donné la flexibilité, là où elle a été appliquée ? Elle a remplacé, en Allemagne ou en Angleterre, le chômeur par un travailleur pauvre. Ce type de mesure ne profite donc pas au pauvre, mais au riche, qui récupère l’argent du chômage. C’est la fin de la solidarité. C’est l’expression d’une idéologie qui remonte à très loin : le pauvre est maudit. Il doit se racheter dans la souffrance. Son retour sur investissement se fera au Paradis. 
Et si le mal de la société était l’égoïsme ? Ce type de mesure ne ferait qu’empirer les choses ? Si le petit peuple découvrait que l’union fait la force, le reste de la population devrait s’adapter ou disparaître ? Cependant, un tel changement d’attitude ne peut pas se produire par la contrainte. Il lui faut des circonstances favorables. (Et un contrôle, pour qu’il ne retrouve pas les voies d’avant guerre.)

(Remarque : la France a déjà procédé à des mesures d’allègement de charge des entreprises : détaxation des heures supplémentaires, crédit impôt recherche, etc. Cela ne semble pas avoir eu le moindre impact sur la santé de l’économie. Cet argent n’aurait-il pas été mieux utilisé ailleurs ?)