J'ai pensé à tout… et pourtant ça ne marche pas… mon cinquième livre est paru !

Mon cinquième livre est sorti. Pour en savoir plus, cliquer ici.

Le fil conducteur du livre est le suivant. Pourquoi avons-nous le sentiment que plus rien ne marche ? Et ce qu’il s’agisse de notre vie, avec ses petits et ses grands tracas, de l’entreprise, de la nation, de l’évolution du monde… 
La réponse est dans notre tête. Les mots que nous utilisons (changement, avenir, être humain, diriger, etc.) sous-entendent leur mise en oeuvre. C’est cela qui nous fait échouer. Quand on pense faux, on agit mal. En adoptant une nouvelle interprétation, évidente a posteriori, d’une poignée de concepts, la vie ne semble plus la même…

J’en profite au passage pour remercier Henri Kaufman. Il dirige la collection qui m’édite. C’est un homme surprenant. A une heure où nous sommes tous devenus des bonnets de nuit, lui est resté étonnamment jeune. A soixante-dix ans. Il est d’une rare fantaisie, et pourtant d’un grand sérieux. C’est aussi quelqu’un qui a été enthousiasmé par mon projet, et, cela n’allait pas de soi, par le livre qui en a résulté. Enthousiasme que j’avais perdu. Cela m’a fait immensément de bien de le retrouver. 

(Et une pensée amicale pour Hervé Kabla, qui est à l’origine de la rencontre…)

Le succès du changement est en nous… malheureusement ?

Mon Graal. Me faire comprendre lorsque j’explique ce qu’est le changement. Un exemple pour montrer où se situent mes difficultés. 
Parmentier. Il veut faire consommer au Français des pommes de terre. Un discours ventant leur bénéfice n’a aucun effet. Alors, il fait entourer un champ de pommes de terre par la troupe. Le Français vient les voler. 

Ce que nous entendons ordinairement par changement correspond à l’attitude initiale de Parmentier. C’est, plus ou moins, j’ordonne, tu obéis. Le changement comme décision. Cela fonctionne quand l’ordre correspond à un processus social installé. Par exemple au code de la route. Ce n’est pas le cas ici. Il faut construire un nouveau processus. C’est cela le changement. Ce qui le rend compliqué est que, dans le domaine social, les matériaux à utiliser ne sont pas visibles, ils appartiennent à l’inconscient collectif. Dans cet exemple, on fait appel à un réflexe lié à la relation à l’autorité qui est propre à la France, et que l’on ne retrouverait pas ailleurs. 

Le principal du travail du changement consiste donc à rechercher ces « matériaux ». Cela se fait en se mêlant à la société que l’on veut faire changer, en participant à son action, de façon à repérer ses règles culturelles. Le résultat du changement est une nouvelle règle : faire planter des champs et les faire entourer par la troupe. 
Le plus difficile dans ce travail est de remettre en cause ses propres préjugés. En effet, nous sommes formatés par la société dans laquelle nous vivons. Il faut se changer avant de changer les autres.
(Autre exemple. Le type de changement que j’ai eu à mener ces dernières années est de faire comprendre au dirigeant que les idées qui peuvent sauver son entreprise sont « en bas ». Blocage : n’est-il pas supposé être celui qui sait ? Solution : il fixe un objectif et met en place un dispositif de consultation de ses équipes. Elles lui donnent ainsi leurs idées. Tout est dans l’ordre.) 

Le changement se fait-il par petits pas ?

Les nouveaux bien pensants rêve d’une administration qui aiderait le peuple à s’adapter par petits pas. Mon expérience me dit que c’est n’est pas comme cela que les choses se passent. 
A force d’aider une organisation humaine à résoudre un problème, on voit apparaître un projet d’ensemble. Et alors, le changement se fait d’un coup et en grand. Changement systémique. 
Curieusement, je discutais de cette idée avec un ami. Et, à notre grande surprise, nous nous sommes rendu compte que ce qu’il était en train de faire dans son entreprise l’illustrait. 

Médecine chinoise et changement

Si j’en crois le billet précédent, il y a beaucoup en commun entre la médecine chinoise et les techniques de conduite du changement. Comme les groupes humains, le corps a un langage muet, en quelque sorte. Et ses maladies sont systémiques. Elles résultent de « blocages ». Comme en systémique, il y a une notion d’effet de levier. La guérison passe par faire le contraire de ce que l’on se croit, inconsciemment, devoir faire. Se soigner, c’est pratiquer, sur soi, la conduite du changement !
En fait, la maladie chinoise dépend essentiellement de notre rapport à la société. Ou, peut-être, à la réalité. Par exemple certaines maladies résulteraient de deuils mal faits. Cette réalité non acceptée conduirait à des comportements pathologiques. On retrouve les résultats (récents) de la psychologie systémique, mais généralisés à tous les maux du corps. 
Je pense qu’il y aurait de nombreux intérêts à étudier scientifiquement la médecine chinoise :
  • Si ce qu’elle dit est juste, la médecine occidentale, qui soigne le corps comme s’il était une machine, l’isole du monde, et s’en prend aux symptômes plutôt qu’aux causes, doit faire beaucoup de dégâts. (A moins que l’individu ne soit particulièrement résistant.)
  • Le changement mal mené, qui provoque le refus et la souffrance, doit aussi entraîner beaucoup de maladies. 
  • Les prévisions de la médecine chinoise sont relativement précises et pourraient être testées. En conséquence, il devrait être possible de l’intégrer dans la démarche scientifique classique. 
Plus généralement, cela me fait penser qu’au moment où notre science arrive au bout de sa lancée et de son arrogance, elle pourrait trouver un nouveau souffle en se branchant derrière des savoirs que jusque-là elle considérait comme primitifs. D’ailleurs, elle n’a pas qu’à leur prendre. Elle peut certainement beaucoup leur apporter. Notamment en améliorant leur efficacité. 

Comment un système se détruit-il ?

Comment se détruisent les systèmes ? Mon analyse concernant les évolutions du monde me fait entrevoir un processus que je n’attendais pas. Suis-je tombé sur une loi de la nature ? En tout cas, cela est plus subtil que le cercle vicieux dont parle Bateson. Points clés :
  • Une partie du système, la technocratie dans ce cas, prend le dessus. Elle devient un système à part entière. Il y a détournement de but, au sens de Merton : elle sert ses intérêts exclusifs (oligarchie). 
  • Le système prend en quelque sorte possession de ses membres. (Au sens « possédés ».) Ils sont enivrés de leur puissance. Perte de libre arbitre. 
  • Les autres parties du système réagissent. Mais comme des systèmes. Elles dénoncent la prise de pouvoir mais pour affirmer qu’elles doivent remplacer l’usurpateur (cf. le soixante-huitard qui veut détruire l’éducation ou le libéral, déréglementer le droit au licenciement). Leur petit jeu leur met à dos ceux qui ne partagent pas leurs intérêts. C’est à dire la majorité. Ce qui renforce l’élément dominant. 
  • Mieux, il récupère la critique pour pousser ses intérêts (par exemple, faire du système éducatif une formation de technocrates et de la technocratie une « entreprise » qui maximise ses revenus).  
Issue ? Le système se nourrissant de lui même finit par crever. Ou il y a émergence d’une conscience qui sauve l’édifice. Il faut que chaque organe comprenne son interdépendance aux autres et qu’il les convainque de collaborer. Question. Comment créer cette prise de conscience ?
Tout d’abord, elle a deux composants. Le libre arbitre, pour commencer. Le constituant d’un organe (par exemple un haut fonctionnaire) doit se dégager des idées reçues de son système. Ensuite, la prise de conscience de la dimension collective de la solution à nos problèmes. Finalement cela doit conduire à une prise de pouvoir du système auquel il appartient par cet homme libéré. (Il est ce qu’Edgar Schein appelle un « hybride », il est dans le système, mais ne lui obéit pas.) Il est probable qu’il ne faut pas libérer beaucoup de monde pour transformer la société. En effet, les « possédés » ne s’opposent pas au changement. Ils ne font que suivre ce que leur dit leur système. Nos présidents, par exemple, peuvent faire n’importe quelle politique, pourvu qu’ils président.
Reste à savoir : quelles techniques utiliser pour réveiller et aider à l’action ?

Présidents prisonniers de l'appareil ?

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« Twins Poster« . Via Wikipedia.

Nicolas Sarkozy et François Hollande sont des jumeaux ? Tous les deux viennent, magistralement, de reprendre en main leur parti. Bien entendu, celui-ci ne représente plus rien de la population française. Et leur incapacité à dire quelque chose d’intelligent sur la crise qui secoue notre société rend leur satisfaction un peu ridicule. Sauf que le parti, c’est le pouvoir. Et, pour eux, il n’y a que cela qui vaille.

Illustration de ce que Paul Watzlawick appelle « le jeu sans fin » ? Ils ont une maîtrise surhumaine des ficelles du système auquel ils appartiennent. D’ailleurs ils y ont passé toute leur vie. Cela leur fournit un sentiment de puissance, un contentement de soi, qui fait disjoncter leur libre arbitre ? Sorte d’orgasme ? Comme le meilleur élève, convaincu d’être un génie, ils ne voient pas qu’ils sont des créatures du système. Ce sont des « possédés », selon l’expression de Dostoïevski. C’est le système qui pense pour eux. Ils en sont des marionnettes ?

Absurde, paradoxe et changement

Parler d’absurde fait penser à Camus et peut-être aux Existentialistes. En fait, l’absurde vient des philosophes grecs et de Platon, en particulier. L’absurde, c’est découvrir que ce à quoi l’on croit dur comme fer est faux. C’est en cherchant de nouvelles fondations à sa vie que l’on trouve la « vérité » disaient les Grecs. C’est pour sortir de l’absurde que l’homme pense. La philosophie naît en réaction à l’absurde.
D’où la technique du paradoxe. Il y a paradoxe lorsque quelqu’un, une société, la nature… ne se comporte pas comme il le devrait selon vous. Ce qui signifie que vous lui prêtez une logique qu’il n’a pas. Si vous détectez un paradoxe, vous devez mener une enquête. Enquête, mot clé, est l’esprit de la science. C’est chercher une modélisation, une logique, une « vérité », qui permettrait d’expliquer le phénomène curieux. Puis en déduire une expérience. Expérience, mot clé. L’expérience est ce qui permet de tester la justesse de vos idées. 
Le paradoxe est le moteur de la philosophie et de la science, et la technique première de conduite du changement.  
(Tout ceci a des bases identiques à la théorie de la complexité : la vie est un état de la « matière » à la fois organisé et capable de changer. Entre inerte et chaos. Cette organisation est son « sens » du moment, sa « vérité ». La « vérité » est donc à la fois absolue dans l’espace, mais relative, dans le temps, puisqu’elle change. En termes de changement, on dit la même chose depuis 2500 ans ?)

Réforme des collèges : les ambitions du gouvernement ?

Réforme des collèges. S’il y a changement, il doit-y avoir objectif du changement. Quel est-il ? Interview de M.Valls : « acquisition des fondamentaux », « autonomie », « égalité ». Fondamentaux = apprendre à lire et à compter ? Parce que le collège n’y parvient plus. Et égalité = on va mettre le paquet sur lire et compter, le reste c’est secondaire ? 
Or, quel était l’objectif qu’avaient donné les Lumières à l’éducation ? Apprendre à penser. Parce que liberté = liberté de penser par soi-même. Et c’est uniquement comme cela que l’on atteindra l’égalité. C’est pour cela que l’on a fait la Révolution. Les principes du système éducatif français remontaient à Ferry, qui lui même les devait à Condorcet. C’étaient les piliers idéologiques du régime. Un siècle de réflexion de nos plus beaux esprits poussés par les plus nobles idéaux. 
M.Valls emploie ces mêmes mots avec des significations diamétralement opposées. Et se dit radical. L’idéal des Lumières a été vidé de son sens par un élégant mouvement gauche droite en 68. Tout est à l’envers. Les grands esprits scientifiques ont été remplacés par la paresse intellectuelle de politiciens d’appareils et de penseurs à la mode et la quête de la liberté par celle du laisser-faire. 
C’est déprimant, mais intéressant. Notre système éducatif a peut-être eu une faiblesse. Mais c’était ceux qui voulaient le détruire qui ont été les plus rapides pour le réformer. Leurs solutions étaient toutes prêtes. Il en est probablement comme cela dans tous les changements. Et maintenant le mystère : comment la création peut-elle succéder à la destruction ?

Réforme des collèges : le changement qui rend fou

Réforme des collèges. Exemple même de « changement dirigé ». De haut en bas. Et d’un haut qui semble, si j’en crois ce que j’entends, extraterrestre. Coup de grâce à une éducation dont la souffrance est intolérable après 50 ans de réformes ?
J’ai envisagé de traiter cela comme un cas de changement. Comment bien faire ? « Changement planifié », bien sûr. (Introduction aux techniques de conduite du changement.) Ceux qui savent sont les enseignants (et les élèves !). Il faut que les idées viennent d’en bas. Expérimentation. Echange de pratiques « qui marchent »… Le gouvernement « organise l’autonomie », les enseignants apprennent par la pratique. 
Et là, arrive le plus curieux. J’ai entendu dire qu’il y avait une sorte de mesure de ce type dans la réforme. Mais, d’après ce qu’en pensent les enseignants, cela ressemble à un coup de folie !
Enseignement : le système immunitaire s’est retourné contre le corps. Il utilise ses mécanismes de défense pour le détruire. (Que fait le corps dans ces conditions ? Il cesse de faire appel au système immunitaire ? Mais comment parvient-il à le remplacer ? A moins qu’il ne soit possible de le remettre en fonctionnement ?)