Est-ce l'homme, ou la société, qui pense ?

En lisant Bergson, j’ai d’abord pensé à Proust, puis aux impressionnistes. J’ai appris ensuite que Bergson était parent de Proust et ami des impressionnistes. Puis je me suis dit qu’il faisait de la phénoménologie (analyse de nos perceptions), alors que je croyais que c’était la prérogative des Allemands. Puis, encore, que sa pensée était une réaction aux prétentions d’une science et d’une technique, triomphantes à l’époque, qui voulaient refaire l’homme à leur image. Enfin, j’ai lu qu’il était ami de William James, le père du pragmatisme américain. 
Et si Bergson n’avait été que la nuance française d’un courant qui a parcouru le monde : une réaction à une forme de progrès mal compris ? De l’influence de l’état de la société sur la pensée individuelle ? 

Politique du logement et élections

M.Hollande annonce qu’il va faciliter l’accès à la propriété grâce à l’extension du prêt à taux 0. Il présente cela comme une « réforme ». Or, cette politique, poursuivie depuis des décennies est à l’origine d’une bulle spéculative. Comme le CIR (billet précédent), elle a eu l’effet inverse de celui qui est désiré. Et son impact est énorme sur les finances publiques, puisque sans elle le pays respecterait probablement les critères de déficit européens. 
Explication probable ? M.Hollande veut se faire réélire, et, pour cela, il prend une mesure démagogique. C’est de bonne guerre ? Il va falloir payer pour ces dépenses. Pour beaucoup de gens cela signifie dégradation de leur vie. 
Le bug actuel de notre système politique ne serait-il pas l’élection de gens qui ne représentent pas la collectivité, mais leurs intérêts propres ? Est-il a l’image de notre société, égoïste ? Ou pourrait-on mieux faire ? 

CIR : comment rater un changement, pour les nuls ?

(Le Crédit d’Impôt Rénovation a) coûté (…) 15,6 milliards d’euros (depuis 2005). (Ses 3 vices : 1) la moitié des ménages découvre seulement après le début de ses travaux l’existence du crédit d’impôt, dont les règles ont d’ailleurs été changées sept fois en dix ans (2) seul 1% des biens en location (…) un logement sur deux et (…) les plus énergivores, en ont profité. Ni le propriétaire, qui ne paye pas la facture de l’électricité, ni le locataire, qui n’est pas assuré de passer suffisamment longtemps dans le logement, ne considèrent en effet des travaux de rénovation comme avantageux (3) le crédit d’impôt (est) axé sur l’équipement, et non pas sur la performance atteinte. Il ne parvient ainsi pas à orienter vers les investissements les plus pertinents: (…) 41% des dépenses de rénovation des ménages sont dirigées vers l’installation de nouvelles fenêtres, alors qu’elles sont responsables de 10 à 15% des pertes thermiques d’un logement. (…) l’isolation, à l’origine de quasiment deux tiers des pertes thermiques, capte « seulement » 34% des dépenses. (La Tribune)
Ce crédit aurait surtout enrichi « les professionnels« , qui en auraient profité pour augmenter sérieusement leurs tarifs. Nouvel exemple d’énantiodromie ?  Les bons sentiments donnent le contraire de ce que l’on attendait ? Pauvre France ?
Mais, pour la même somme, l’Allemagne équipe 13 fois plus de logements… Et si, tout simplement, c’était une question de conduite du changement ? En France, décider c’est agir, en Allemagne, le succès est dans l’exécution ? 

L'effet Cendrillon

Nicolas Sarkozy disait « travailler plus pour gagner plus ». Bill Gates me vaut un million de fois. A-t-il travaillé un million de fois plus que moi ? C’est l’effet Cendrillon. 
Considérons les gens qui ont réussi. Qu’ils soient ultra riches, présidents de tel ou tel pays, oligarques, ou autre. Oublions qu’ils ont réussi, et regardons leurs caractéristiques personnelles… Nous n’aimerions pas que nos enfants leur ressemblent. 
Or, leur succès vient de leur différence. Et peut-être même de leurs défauts. Ils ont trouvé quelque-chose que nous ne voyions pas. Les leviers du système monde. Et la fée société a fait d’eux des maîtres de l’univers. 

Changement : une question de définition ?

Augmenter les impôts en France, faire payer des impôts aux Grecs, parle-t-on du même type de changement ? Non. Paul Watzlawick dit que le premier est « d’ordre 1 », et le second « d’ordre 2 ». 
Cela a une importance. Car nous ne voyons pas cette distinction. Quand nous pensons changement, nous pensons changement d’ordre 1. C’est travailler plus pour gagner plus. C’est appuyer sur le champignon pour aller de plus en plus vite. Donc, quand ça coince, on pense être en échec. Il faut nous changer. D’où peur. Or, pas du tout. Quand ça coince, c’est qu’il faut changer de vitesse. Il faut procéder différemment de ce que l’on faisait jusque-là. Pour le reste, on a ce qu’il faut pour réussir. 
Exemple type : l’embouteillage. Le problème ne vient pas des conducteurs, mais de la signalisation. 

Allemagne : mauvais génie de l'Europe ?

Aujourd’hui, beaucoup d’économies européennes souffrent des mêmes maux que ceux de l’Allemagne de l’Est après l’introduction du mark de l’ouest : chute du PIB, désindustrialisation, taux de chômage élevé, déficit de la balance commerciale, émigration. Ce n’est pas un hasard.
Et si l’Allemagne était le mauvais génie de l’Europe ?, dit un universitaire italien. La raison en serait un mécanisme simple. Il viderait la substance de tout ce qu’il touche, pour en faire profiter une partie de l’Allemagne. Systémique pour débutant.
Cela commence avec l’Allemagne de l’Est. Principe diabolique : un mark de l’Ouest = un mark de l’Est (jusque là le rapport était de 4,44). L’industrie de l’Est n’est plus compétitive. Liquidée. Du coup, il faut faire vivre sa population des subsides publiques. Gagnant ? L’industrie de l’Allemagne de l’Ouest. 
Apparemment, nous serions tous des Allemands de l’Est. Le taux de change de nos monnaies serait devenu relativement trop élevé par rapport à celui de l’Allemagne. Du coup, perte de compétitivité de notre industrie, qui sombre, au profit de l’allemande.
(Remarque. Ce que l’article ne dit pas, c’est que l’Allemand de l’Ouest ordinaire a été perdant : ses impôts ont dû maintenir à flots des Ossies au chômage. Ce qui peut expliquer les réformes de M.Schröder. Mais aussi le fait qu’elle ne veuille pas nous subventionner : elle a sacrifié sa propre population.)

VW black swan

Et si VW faisait tomber l’Europe ?, disait Wired. Si le scandale qui touche VW lui était fatal, il pourrait l’être à l’Europe. Il n’y a pas que les banques qui soient « systémiques », c’est aussi le cas des multinationales. 
Ce qui illustre la théorie du « black swan » de Nassim Taleb. La vie est faite d’événements improbables qui font des dégâts massifs. Dans ce cas, et conformément à la théorie du chaos, la cause est infime. Quelques lignes de programme, en réponse à un changement (législation) auquel on est trop paresseux pour trouver une solution correcte. C’est ce que Robert Merton appelle une « innovation ». 

Changer le nom d'une entreprise

Un ami a voulu changer le nom de l’entreprise qu’il dirigeait. Échec. Il a eu beau tempêter, les vieux réflexes sont revenus au galop. 
Je lui ai expliqué qu’il illustrait les travaux de Kurt Lewin. Si l’on veut modifier le comportement d’un individu, il faut changer celui du groupe !… Or, dans le cas d’une entreprise, le groupe est important, puisqu’il inclut les clients et que ceux-ci se préoccupent bien peu de leur fournisseur. 
Il me disait aussi que, contrairement à moi, il voulait détruire la culture de l’entreprise. Je pense que, ce faisant, il provoque une réaction de rejet de l’entreprise. Pour ne pas disparaître, elle corrige ses failles. Et elle l’éjecte. Médecine efficace. 

Du déclin de la noblesse

Chateaubriand, Tocqueville, Boni de Castellane et Clint Eastwood auraient-ils quelque-chose en commun ?
Les trois premiers ont voulu montrer à la démocratie nouvelle, l’utilité de la noblesse. Les films du quatrième montrent que le plouc américain n’est pas un facho. Leur point commun, peut-être, est qu’ils utilisent les valeurs de l’adversaire pour se justifier. Ce faisant, ils les acceptent. Ce qui pourrait être le début de la défaite. Avec, si le cas de Boni de Castellane est général, la conséquence qu’accepter les valeurs adverses c’est faire leur jeu. Donc tirer contre son camp.
Un autre exemple de ce phénomène semble être celui de l’Eglise lors des Lumières. A partir du moment où elle a cherché à utiliser la raison pour se justifier, elle ne pouvait que perdre.
Leçon à garder en mémoire ?

Jankélévitch et l'ironie

Michel Onfray parle de V. Jankélévitch. Découverte. Jankélévitch serait à Sartre ce que Socrate est à Platon. Ce qui caractérise Jankélévitch, comme Socrate, c’est l’ironie. Cette ironie est le doute qui s’insinue gentiment au milieu des certitudes, pour encourager l’homme à penser. 
Ce qui m’a rappelé P.Watzlawick et la systémique. L’ironie semble être le procédé qui, en respectant les règles d’un système, produit une contradiction. Et, justement, permet de se libérer du système. (Exemple classique : si tu dis la vérité, tu seras brûlé, si tu mens, tu seras pendu ; répondre je serais pendu fait disjoncter le bourreau. Ce qui montre que mensonge et vérité ne sont pas des lois de la nature.)
Le système semble être la maladie de la raison. C’est croire que le monde obéit à des règles. Et devenir l’esclave de ces règles. C’est l’aliénation ? Et l’ironie serait-elle le moteur du changement ? Tant qu’il y a de l’ironie, il y a de l’espoir, la société humaine sera capable de se transformer judicieusement ?  
(Ce qui m’a fait aussi réfléchir à l’humour juif. Et si c’était la réaction naturelle de gens devant naviguer au milieu de normes qui ne leur sont pas favorables ? L’ironie permet de refuser leurs conséquences aliénantes, sans, pour autant, se rebeller ? C’est accepter des règles comme nécessaires à la marche du monde, tout en niant leur justification métaphysique ?)