Et si l'école se trompait ?

En France, traditionnellement, l’apprentissage se fait par la souffrance, constate mon dernier billet. Aux USA, et maintenant aussi chez nous, l’apprentissage se veut aussi simple que possible. Nom de code : « pour les nuls ».
Je suis victime de ce biais. J’ai tort. Car le monde est systémique. Ce n’est pas en décrivant élément par élément qu’on décrit un système. C’est en donnant une idée du tout. Alors, l’existence des éléments devient évidente. Or, comme le dit Bergson, voir le tout est une question d’intuition. 
C’est peut-être ce qui longtemps a été le critère de sélection du bon élève en France : qu’il soit philosophe ou mathématicien, il comprenait sans avoir besoin qu’on lui explique. Il avait l’intuition du système. Mais cela demandait un effort, un coup de génie. Il y avait risque d’échec. Et c’est peut-être ce qu’a refusé la génération soixante-huit. 
Là aussi, il est possible que Bergson ait une solution à ce problème. L’apprentissage n’est pas nécessairement une souffrance, il peut être une joie. Comme la lecture de Jankélévitch. Car apprendre n’est pas une expérience austère mais ressortit à l’art. C’est ce que m’a peut-être dit mon père, une des rares fois où il a cherché à me transmettre les leçons qu’il avait tirées de la vie : les plus grandes joies sont intellectuelles.

La dépression mal de notre temps

Dimanche matin j’entendais Frédéric Lenoir dire que la dépression était le mal de notre temps (France Culture). Raison ? Injonction au bonheur. Autrement dit, à être un légume. Or, le légume n’est pas heureux.
En y réfléchissant, j’ai pensé que nous nous trompions. La nature de l’homme, ou de quoi que ce soit, ne peut pas être la stabilité, la béatitude. Camus pourrait avoir raison, lorsqu’il pense que l’homme est naturellement « révolté« . Il lutte contre une condition qu’il ne comprend pas (= absurde). Cependant, il ne se révolte pas pour tout casser (nihilisme : projet de la gauche 68), mais pour réaliser une vision collective, qui permette à l’homme de s’épanouir. « Je me révolte donc nous sommes. » Et c’est dans cette lutte qu’il trouve sa raison d’être : « il faut imaginer Sisyphe heureux« . 
Une fois que l’on a une motivation, Martin Seligman et ses travaux sur l’optimisme et la dépression surviennent. Devenir optimiste c’est comprendre la nature de la réalité de façon à pouvoir trouver le moyen de réaliser ses désirs. 

Les causes du terrorisme

« Ces études montrent que n’importe qui, dans les bonnes – ou plutôt mauvaises – circonstances, peut être amené à commettre des actes de violence extrême« , dit un article de Scientific American. Et un Trump n’est pas la cause, mais la conséquence de ces circonstances. 
Le ferment de l’extrémisme semble être l’injustice. Des gens se sentent injustement traités. La réaction n’est pas uniforme mais fragmentée. Il en résulte des extrêmes qui vont se renforcer en s’affrontant. (C’est ainsi qu’ont procédé nazis et communistes avant guerre, disait mon livre d’histoire de terminale.) C’est le terreau du populisme. M.Trump s’en prend aux Musulmans, qui, en réaction, se renforcent… Mais, tout ce monde est, avant tout, « anti establishment ». 
Conclusion : nous pensons mal. Nous croyons que la cause de nos difficultés est M.Trump, ou l’Etat Islamique, ou l’establishment. Or, c’est une question de système. Le terrorisme est une pathologie sociale. En revanche, seul l’individu peut changer le système d’une manière qui lui convienne. Notre comportement est susceptible d’être imité, et de convertir le monde. Le tout est de trouver parmi ce que nous faisons ce qui produit les circonstances actuelles ; puis de nous demander s’il n’y aurait pas une autre façon de procéder

Auto hypnose

Comment piéger un homme ? Un spécialiste du cerveau me parlait « d’auto hypnose« . Il suffit d’enfermer un individu dans des « croyances limitantes« . Il s’agit de trouver un principe qu’il ne peut mettre en cause. Il faut ensuite le placer dans une situation dont il ne peut sortir sans enfreindre le dit principe. Il est cuit. Son cerveau disjoncte.Il est en votre pouvoir !
Exemple : l’affaire Madoff. Les victimes de Madoff auraient pensé qu’elles participaient à un mauvais coup. Mais elles n’avaient pas compris que c’étaient elles qui en étaient les pigeons. Or, elles ne pouvaient pas dénoncer Madoff, puisqu’elles en étaient complices. Il en est peut-être de même du fonctionnement de l’Etat français. Nos gouvernants se font élire en dépensant notre argent en cadeaux improductifs. C’est fatal au pays. Tout le monde le sait, mais pense qu’il en profite plus que les autres. Qui dénoncera à temps la supercherie ?

Antidote ? Être un « observateur de sa vie« . L’auto hypnose est nécessaire à la vie. Elle permet de se concentrer sur une tâche. Mais elle doit être décidée en connaissance de cause.

Harcèlement

Un ami me raconte l’histoire suivante. Une de ses filles est une élève d’un caractère réservé. Elle s’est trouvée au sein d’un groupe dont la meneuse l’a prise en grippe. Elle a monté le groupe contre elle. Le père a dû intervenir pour éviter que la situation ne devienne insupportable pour sa fille. 
Cette histoire remet en cause une idée reçue. J’avais fini par croire ce que me disait un psychologue : pas de harceleur sans harcelé. C’est une vision systémique de la société. Il n’y a pas de victime et de coupable, c’est le système que nous formons qui peut dysfonctionner. Mais, dans ce cas, il semble bien qu’il y ait aussi responsabilité individuelle.
Ce qui semble avoir déclenché le phénomène n’est pas tant les caractéristiques de l’une et de l’autre, que le fait que la fille de mon amie a remis en cause la ligne que la meneuse voulait imposer au groupe. C’était à l’occasion d’un devoir scolaire commun, et la première a montré à la seconde que ce qu’elle voulait faire était incorrect. Et elle avait raison. 
Il y a ici trois types de comportements. 
  • La meneuse. Elle substitue sa réalité à la réalité scolaire. Et elle veut détruire ceux qui s’opposent à son bon plaisir. Autrement dit, elle tente d’installer un système totalitaire. Il serait bon de l’aider à sortir d’un schéma qui risque d’être défavorable à bien des gens, et peut-être aussi à elle-même. 
  • Il y a les suiveurs. Ils forment la masse. Eux sont dans la banalité du mal. Quelle est leur motivation ? Paresse intellectuelle ?… Là aussi, il peut-être utile de les aider à se tirer de leurs mauvaises habitudes.
  • Il y a la « victime ». Au moins, elle, elle a tenu ferme. Peut-être faut-il l’aider à construire des liens sociaux un peu forts de façon à bien se défendre si elle se retrouve dans une même situation ?
Autrement dit, je pense que la méthode belge, qui consiste à dire au groupe : vous avez un problème, réglez-le par vous même, n’est pas tout à fait la bonne. Il y a probablement aussi besoin d’une aide extérieure, qui permette de faire comprendre à chacun les conséquences de son comportement actuel. Et qui l’aide à se transformer. 

Harcèlement : no blame

Harcèlement d’enfant dans une classe belge. Réponse ? « No blame ». Au lieu de chercher un coupable, on demande aux enfants de trouver, entre eux, comment améliorer la situation
« Les élèves avancent « des actions pleines de bon sens ». Exemple : « On a un travail par deux à faire pour le cours de français : je vais lui proposer de se mettre avec moi. » Ou : « On prend le même bus. Je peux faire le trajet avec elle jusqu’à l’arrêt. » Les harceleurs aussi proposent des choses : « Je vais peut-être arrêter de lui dire ceci » ou « Je ne vais plus lui parler ». »
Et tout, apparemment, entre dans l’ordre. (Article.)

Illustration d’un raisonnement systémique. Le groupe forme un « système ». Il n’y a pas de harceleur sans harcelé. « No blame » consiste à passer de la perspective individuelle à la perspective systémique : qu’est-ce qui ne va pas dans le fonctionnement de notre groupe ? Résoudre cette question devient impersonnel.

La systémique change notre vision du monde. Le terrorisme, par exemple. L’esprit non systémique cherche un coupable : le terroriste, porteur du mal. Nous ne devons pas lui donner raison. La systémique, elle, pense que le terrorisme est une pathologie sociale. C’est le système qui produit le terrorisme. En conséquence, au lieu de renforcer le système, il faut le changer. Les limites à la croissance du Club de Rome sont un autre exemple du même type de raisonnement : la croissance ne nous sauve pas, mais est la cause de nos malheurs.

Oublions l’individu, pensons système ? Suite demain, à la même heure.

Banque centrale : pyromane ?

Si la guerre des monnaies est menée à coup de taux négatifs, le danger pour l’économie mondiale sera considérable. On entrera alors en territoire inconnu et le secteur financier sera sous une forte pression. Il n’est pas alors exclu que les banques augmentent le taux des crédits qu’elles accordent, ou durcissent à nouveau leurs conditions de prêts pour compenser les pertes réalisées sur les marchés de taux, ou sur les dépôts régis par des rémunérations négatives. On aura alors atteint l’effet inverse de ce que les banques centrales souhaitent : une compression du crédit qui est naturellement déflationniste et qui, partant, encouragera encore à aller plus loin dans le taux négatif. La spirale déflationniste sera alors proche, sans vrai moyen de la contrer. (La Tribune.)
Les politiques des banques centrales ont l’effet inverse de ce qui est désiré. Au lieu de relancer l’économie en favorisant son financement, elles provoquent une contraction des crédits. Faillite du monétarisme, qui régit le monde ? Nouvel exemple d’énantiodromie ? Pas amusant. 
(Monétarisme : laisser-faire, rendu possible par une saine gestion de la monnaie par les banques centrales. Hypothèses qui sous-tendent ce modèle.)

Choice overload ou la faillite du marketing ?

The “choice overload” (…) when shoppers at an upscale grocery store were given six choices of jam, they were far more likely to actually buy one than when they were presented with 24 choices of jam (…) decision paralysis: more options lead to fewer selections—and, it turned out, less satisfaction with the choices made. (Article.)
Les marketeux pensent que le plus est le mieux. Faux et énantiodromie. Le talent du concepteur de produit est de comprendre son marché, et de faire des choix qui lui plairont. Du moins c’est ce que je pense.

Corée du nord : la logique de la bête traquée ?

De temps à autres la Corée du nord tire un missile. Irrationnel ? 
La provocation a du bon. Elle pousse le peuple à faire cause commune avec un gouvernement impopulaire. En outre, elle force peut-être la Chine, allié de fait de la Corée du Nord, à la solidarité. 
Il est probable que le marché a bien plus sûrement disloqué l’URSS que la guerre froide. Or, les sanctions occidentales gênent l’infiltration de la Corée du Nord par l’économie de marché. De même, priver la Corée du Nord d’alliés devrait logiquement conduire à un comportement de plus en plus agressif, de bête traquée. 
Nouvel exemple d’énantiodromie ? (Ou espérons que la Corée du Nord ne parviendra pas à mettre au point une ogive nucléaire ?)
(Dernier tir : une fusée. Signe qu’il y a un petit artisanat prospère de la fabrication de fusées / missiles en Corée du Nord, en dépit de sa pauvreté. Artisanat aidé par l’Iran. Ou, il n’est jamais bon de se faire des ennemis ?)

Sinatra : le pro

J’entendais dire que le succès de Sinatra tenait à une technique. Il avait trouvé une façon de respirer, du coin de la bouche, qui ne s’entendait pas et lui permettait de faire des notes longues. Ce genre d’histoire est très américaine. Autre exemple : un petit homme (à peine plus d’un mètre soixante) réussit le « dunk » (les mains dans le panier) au basket. Toujours pareil : une idée à laquelle on croit dur comme fer, des années de travail fou pour un résultat hors du commun : un « changement d’ordre 2 ». C’est que j’appelle le « professionnalisme » américain. C’est penser que tout est une question de technique. Le génie, et la fortune, c’est la récompense que Dieu donne au travailleur acharné ? C’est ce que je perçois chez les grands acteurs hollywoodiens, et même chez les professeurs de management.  
Mais c’est aussi un changement qui spécialise l’homme et en fait une machine. Et une machine, ça ne change pas…