Autant en emporte le vent

J’entendais dire qu’un débat fait rage sur Internet : faut-il interdire Autant en emporte le vent ? N’est-ce pas l’apologie de l’esclavage ?

Mais toute l’antiquité fut esclavagiste. A commencer par les inventeurs de la démocratie. Faut-il effacer notre histoire ?

Et si les intellectuels qui font l’opinion étaient pris dans ce que Paul Watzlawick appelle un « jeu sans fin« ?

Jeux olympiques

On le lisait depuis longtemps : Paris et Los Angeles allaient organiser les prochains jeux olympiques. Plus personne ne voulant faire les frais d’un tel événement, le comité olympique ne pouvait pas se permettre de perdre un des deux candidats. Maintenant, c’est confirmé. Paris a les jeux. 
Et s’il fallait s’en réjouir ? La Mairie de Paris plus forte que Keynes ? Creuser le déficit du pays, n’est-ce pas un stimulant supplémentaire à la remise sur pieds, en urgence, de l’économie nationale ? 

Systémique Macron

Quand M.Macron a annoncé sa candidature, j’ai à peu près vu comment il pouvait réussir, mais j’ai jugé ses chances nulles. (Une loi qui n’a pas d’exception est que j’ai toujours tort.) En fait, je crois qu’il avait perçu un effet Bergson ou Titanic. Alors que l’on pensait que les hommes politiques avaient des comportements indépendants, ils formaient un système. Du coup, M.Macron a exploité une faille du dit système, qui s’est effondré, emportant avec ses constituants. Exit FNUMPS. 
Et s’il faisait la même chose au niveau international ? Les Anglais, par exemple, rejouent le drame des Républicains. Il aurait suffi à ses derniers qu’ils portent M.Juppé à leur tête pour qu’ils gagnent la présidence et l’Assemblée. Il se peut que les Anglais, eux aussi, s’entêtent dans le Brexit. 
Dans ces conditions, il ne faudrait pas chercher la force de M.Macron dans ce qu’il dit, mais dans ce qu’il est. Antisystème. 
(Ces caractéristiques illustrent une théorie du changement. Le changement se faisant de l’intérieur, les agents du changement sont des « hybrides », ils sont installés dans le système, mais voient plus loin que ses limites. M.Macron est à la fois un haut fonctionnaire et un banquier…)

Vol de la bécasse

La théorie du vol de la bécasse, de C.Kozar, explique le changement systémique. La bécasse est très difficile à tirer, parce que son vol est illogique. Il ne prend sens qu’après coup. Le changement, aussi, ne prend sens qu’après coup. Ce n’est que rétrospectivement que l’on a l’impression qu’il avait une logique imparable. La question qui se pose est : est-ce que le changement Macron est systémique ? Pour commencer, quels sont les gens qu’il a choisis pour l’entourer ? A posteriori sont-ils une évidente bonne solution ? 
Pour ceux qui ont publié, ou qui sont connus (Minc, Attali…), ou ceux pour qui l’on a un début de CV (présidente du mouvement, futur premier ministre), il se dégage un point commun, inquiétant pour un homme d’entreprise, grande ou petite. Ce sont des oligarques. S’ils sont passés dans l’entreprise, c’est après un séjour au gouvernement. Ce sont des ultra privilégiés. Ce sont des gens qui se croient des hommes d’entreprise, alors que ce sont leurs relations, et l’argent de l’Etat, qui font leur fortune. La précarité, ils ne la connaîtront jamais. 
Il reste un espoir peut-être. Qu’ils soient comme ce que j’aperçois de Stéphane Richard. C’est à dire que, après avoir profité de leur situation, ils se sentent le devoir d’en revenir à leur mission initiale. Ce sont ce que les théories du changement appellent des « hybrides ». C’est à dire des gens qui viennent du système à changer, donc savent le faire bouger, mais qui ont appris les règles du nouveau. 
Espérons que cette théorie est juste. En tout cas, si elle l’est, il y a des vérités dures à avaler par le petit peuple qui a toujours bien fait son travail. 

Smart data

Le smart data est une branche du big data et de l’intelligence artificielle. C’est un type d’algorithme qui traite des relativement petits volumes de données, mais de problèmes d’une grande « complexité ». 
Les situations que nous rencontrons tous les jours, par exemple dans l’entreprise, combinent quelques dizaines à quelques centaines de paramètres. Or, au delà de deux ou trois paramètres l’homme est perdu. Le smart data, lui, identifie ceux qui comptent, et les valeurs qu’ils doivent prendre. Il permet à l’intuition humaine de se remettre en fonctionnement. 
Car cette intuition réussit ce qui est impossible à la machine : elle distingue le « système » derrière la complexité apparente de la réalité. C’est ce système qui est la cause de l’interdépendance des acteurs. Et donc de leurs conflits. Mais c’est aussi lui qui en est la solution.
(Ma définition de smart data est-elle universelle ?)

Folie Trump

M.Trump est-il fou ? Il y a quelque chose d’étrange dans sa décision de tirer sur la Syrie. C’est le nombre de coups qu’il a pu faire d’une seule pierre. Il a fait oublier tous ses échecs domestiques, il a aligné son parti derrière lui, il a envoyé un avertissement à la Chine et à la Russie, et il a fait passer l’ultra-intelligent Obama pour un imbécile… 
M.Trump semble avoir un esprit systémique. Il fait le contraire de ce que l’on attend de lui. Est-ce une bonne idée ? Oui, si le système auquel il s’oppose était mauvais, et si celui qu’il représente est viable. 
Ce qui prouve d’ailleurs qu’il ne peut qu’être fou. Car comment, sans cela, avoir le courage, seul, d’affronter un monde qui ne pense pas comme vous ? Mais, « entre le génie et la folie, la ligne est étroite« , m’a écrit un jour James March à qui je demandais si une de mes idées était idiote. 

Publish or perish

Pourquoi le scientifique doit-il publier comme un fou ? (Billet précédent) Ce n’a pas été le cas à l’époque où la science était la plus productive. 
Ce que l’on entend. Désormais, on cherche à « évaluer » un chercheur. Le moyen que l’on a trouvé pour cela est le volume de ses publications. Avec une pondération par prestige du journal dans lequel il écrit. On s’en remet donc à des « pairs » pour juger de ses travaux. S’ils en étaient capables, le billet précédent ne serait pas ! Qu’est-ce qui ne va pas ? Peut-être un cercle vicieux est à l’oeuvre. Si le critère de sélection est le volume, pas la qualité, plus je publie, plus je force les autres à publier, et plus ce qui sort est difficile à évaluer : il y en a trop. Sans compter que si le « pair » doit publier énormément, il n’a plus le temps d’évaluer. D’autant qu’écrire plutôt que chercher lui fait perdre rapidement sa compétence. 
Origine du phénomène ? 
  • Esprit du temps ? Il y a des années, j’ai entendu dire qu’il fallait allouer l’argent de la recherche là où il était le plus productif. Il fallait donc évaluer le chercheur. Pour cela, il fallait utiliser des mécanismes de marché, « puisque » (ce qui n’a pas été étudié scientifiquement !) le marché est infaillible. Faute de marché, on a utilisé les publications.  
  • Massification de la recherche ? Le nombre de chercheurs a cru de manière considérable. Cela aurait-il fait sauter les mécanismes anciens de contrôle ? S’y sont substitués des mécanismes dont la principale vertu était la robustesse ? (L’origine du graphique ci-dessous est ici.)

Le système et moi

On a appelé la crise de 2007 « systémique ». Qu’est-ce que cela signifiait ? Jusqu’à 2007, on croyait que les banques étaient indépendantes. En 2007, on a vu qu’une seule faillite pouvait entraîner celle du système financier et de l’économie mondiale. Et comment tout ceci avait commencé ? Quelques millions d’Américains avaient du mal à payer leurs dettes. Cette crise a révélé notre interdépendance. Elle est due à la mondialisation et Internet, me direz-vous.
Je n’en disconviens pas. Mais avons-nous pris conscience de ce que signifie pour nous, pour notre vie quotidienne, cette interdépendance ? Quand nous avons une difficulté, nous constatons que tel ou tel autre nous « gêne ». Nous sommes agressifs. Il nous le rend. Et ainsi de suite. Prédiction auto-réalisatrice. Or, la gêne que nous ressentons vient de ce que nous sommes dépendants de lui. Il est la solution au problème, pas le problème !
(Plus exactement, nous avons besoin de lui pour résoudre le problème. Et il est probable que cette interdépendance fait que lui a aussi besoin de nous. Exemple : un président de la République peut faire beaucoup pour nous, et inversement.)

Entraide entre ennemis

J’entendais dire que M.Poutine mettait ses moyens d’influence au service de Mme Le Pen. Mais Mme Le Pen, comme M.Trump, est nationaliste. Elle rejette la globalisation qui masquerait les dissensions entre peuples, qui ont conduit à bien des guerres. 
Il en est de même avec le gouvernement turc. Il est bon pour lui, apparemment, de susciter l’hostilité européenne. En conséquence, il menace d’agiter ses ressortissants immigrés, de façon à ce que les nationalistes européens s’en émeuvent et que les gouvernements européens soient contraints de préserver l’ordre publique par quelque mesure que l’on puisse interpréter comme hostile…
Il y a alliance entre opposés. Probablement pour défendre une valeur commune : la guerre. Montesquieu disait que le principe de la démocratie était « la vertu ». Tant que l’on n’a pas un peu observé la société, cela peut sembler bien théorique…

François Mauriac

François Mauriac et Pierre-Henri Simon. Vus de maintenant, ce sont des champions de la France catholique d’avant et après guerre. Or, leur oeuvre cherche à concilier les aspirations au bonheur terrestre et leur foi.
Je me demande si c’est possible. Et si l’hypocrisie dont parle l’oeuvre de Mauriac n’avait pas été un moindre mal ? L’hypocrisie est un hommage que le vice rend à la vertu, disait La Rochefoucauld. Hypocrite ou saint, un système ne laisse pas d’autres choix ? Mauriac a fait entrer le ver dans le fruit ?