La cinquième discipline

« La cinquième discipline » : best seller des années 90. Quelle était cette « discipline » ? La systémique. Peter Senge, du MIT,  écrivait que notre esprit rationnel menait le dirigeant à sa perte. Seul espoir : qu’il apprenne à raisonner « en système ». Jay Forrester, son professeur, à l’origine du rapport sur les « limites à la croissance », pensait cela pour le monde. Il est possible que Peter Senge se soit dit : faites vous la main sur l’entreprise, vous aurez la technique pour aborder le développement durable ?

Effectivement, le dysfonctionnement de notre raison produit « l’énantiodromie ». La politique d’après guerre a donné 68, qui l’a niée, et 68 a produit l’envers de ce à quoi il aspirait. Désirez la liberté, vous aurez le totalitarisme ; et ainsi de suite. Mais, peut-on raisonner « en systèmes » ? Ce que je crois :

Notre esprit pense, généralement, faux. Utilisons la technique d’Ulysse et des sirènes (s’attacher au mat) : donnons-nous un objectif et un moyen de savoir si l’on s’écarte de l’objectif ; c’est en constatant les écarts que l’on finit par comprendre la logique des événements.

(En fait, l’homme a une forme de pensée systémique. C’est peut-être ce que l’on appelle « destruction créatrice ». On fonce en ligne droite, on fait une sortie de route violente. On découvre qu’il y avait un virage. Si l’on n’est pas mort, on repart en ligne droite, à fond les manettes.)

Objectif Trump

Plus l’objectif est difficile, plus le changement est facile. La raison en est simple : il est difficile d’améliorer un peu ce que l’on fait déjà bien. En revanche, pour changer radicalement, il faut chercher des idées totalement nouvelles, ce qui est relativement facile. Dans le domaine des sciences du management, la technique qui en résulte s’appelle le « stretch goal » (changement systémique).

Et si M.Trump était notre stretch goal ? Si nous croyons réellement au changement climatique, il va falloir compenser le manque de vertu américaine. Ce sera même bon pour les Américains. Car, si nous y parvenons, ils pourront nous imiter.

C’est, d’ailleurs, une autre technique de conduite du changement. Tout le monde n’avance pas à la même vitesse. Une dynamique de groupe se lance par l’exemple du succès. Il déclenche une concurrence, qui amène chacun à vouloir dépasser l’autre. Louons Trump ?

Qualité de l'éducation

Comment les Anglo-saxons parviennent-ils à conserver la qualité de leur éducation supérieure ? Cela vient, je soupçonne, d’un paradoxe systémique. Ils le font par la sélection. Une sélection purement aléatoire, qui porte sur la naissance plus que sur le talent. (Il y a aussi de la discrimination positive. Mais elle ne fait de tort qu’aux classes moyennes, et pas à l’élite. Et n’apporte pas grand chose aux prolétaires, qui, de toute manière, ne possèdent pas les codes sociaux de la réussite.) De cette sélection sortent des enseignants de bon niveau et bien payés. Ce sont eux qui font la qualité du système.

En France, la massification de l’enseignement supérieur produit des élèves médiocres, donc des enseignants médiocres. Cercle vicieux. En fait, tout commence à la maternelle, les premiers apprentissages étant décisifs. Là aussi le système d’apartheid anglo-saxon est plus efficace que notre démocratie approximative. Comment renverser le cercle vicieux ? Deux idées, pour gagner en productivité, sans changer les principes de notre modèle :

  • Un rôle accru de la famille, pour l’apprentissage initial. (Nb. une part importante de la population a un niveau de formation supérieur à celui des enseignants du primaire.)
  • Pour l’enseignement supérieur, apprendre à l’élève à apprendre, et lui fournir les moyens (MOOC, etc.) de se cultiver. 

Tout cela permettrait aux enseignants de se concentrer sur ceux qui ont le plus besoin d’aide. Au début, il y aurait probablement des inégalités criantes, mais elles se résorberaient au fur et à mesure que la connaissance se répand.

Victime de 68

Paradoxe de 68 : les soixante-huitards se voyaient comme des victimes, alors que leurs parents les disaient privilégiés. En effet ils pensaient leur avoir donné ce qu’ils n’avaient pas eu, et ce qui avait le plus de prix pour eux : l’éducation. Or, qui dit éducation signifie ne pas avoir à gagner sa vie, donc une forme d’oisiveté. Pourtant, les jeunes se considéraient comme des prolétaires opprimés par la société !

Une anecdote explique peut-être cette différence de perspective. Une jeune femme raconte que, du fait de ses diplômes, elle gagnait beaucoup plus que ses parents. Ceux-ci, conformément à la tradition, pensaient qu’elle apporterait son salaire à la famille. Or, elle a jugé qu’il était dû à son mérite, et que sa famille était sinistre. Et elle a fuit ses parents. (L’étude dont je tire ces réflexions. Une même histoire est arrivée à un ami libanais, venu faire ses études en France. Une fois qu’il a eu un emploi, sa famille lui a demandé de payer les études de son frère. Ce qu’il a trouvé injuste.)

Le conflit de 68 est-il venu d’une méprise ? Les parents pensaient que les enfants leur devaient leurs études, les enfants pensaient qu’ils devaient leur situation à leur travail, mais rien n’aurait été possible sans la transformation de la société ? A moins qu’il faille évoquer une idée de Tocqueville concernant les causes de la Révolution ? Comme à l’époque de Louis XVI, plus on donne au peuple, plus il est furieux ? Leurs études ont montré aux étudiants qu’ils venaient d’un milieu « défavorisé » ?

J’entendais un interviewé de France Culture se dire homme de gauche, ce qu’il définissait ainsi : « être du côté des perdants ». Le combat du soixante-huitard a été la défense de la « victime », victime à laquelle il s’assimilait ? En même temps, son enrichissement personnel dû à sa position sociale a créé un écart béant entre sa situation matérielle et ses idées. C’est le phénomène Bobo. Le gagnant de la transformation du monde critique ses perdants, la classe moyenne, symbole de la société à laquelle il livre combat. C’est peut-être cette critique de son électorat qui a été fatale à Mme Clinton.

(Et si le paradoxe venait de plus loin ? Je me demande si le grand mouvement de « massification » de l’enseignement supérieur, qui a démarré après guerre aux USA, n’avait pas pour objet de créer une classe moyenne importante, garante de la stabilité du modèle capitaliste…)

Résistance au changement

Un best seller de ce blog parle de résistance au changement. Fidèle à ma devise : j’avais tort…

Ce best seller était, pourtant, un pas en avant. Jusque-là, je n’avais pas conscience du phénomène. J’ai été conçu pour rechercher le consensus, probablement. Donc, j’interprète ce qui résiste comme une information, pas comme un mal. La métaphore du navigateur s’applique à mon cas. Mais, en y réfléchissant et en regroupant des travaux savants, j’ai constaté qu’il y avait « homéostasie » : mécanismes de résistance aux changements qui menacent de faire sauter le système.

Or, les sociétés ont des règles, invisibles, qui permettent au groupe de changer comme un seul homme. (On les voit à l’oeuvre dans la mode.) C’est ce dont parlent mes premiers livres. Cependant, nouvelle erreur, il m’avait échappé que l’histoire humaine est un changement qui force l’homme à se transformer dans sa chair et son génome. En particulier, l’espèce est propulsée par des idées dont elle ne voit pas les conséquences. Par exemple celles des Lumières, le Marxisme, le progrès scientifique, etc. Quand elles lui pètent à la figure, l’être humain passe un mauvais moment. Il doit faire le deuil du paradis perdu. Il doit accepter un réel qui n’a pas du tout la tête attendue. Il doit comprendre, surtout, ce qui constitue son identité : les « valeurs » sans le respect desquelles il ne vaut pas mieux qu’un Indien aux USA. Enfoui au fond de lui-même, elles sortent, quasiment, par miracle. Finalement, il doit réconcilier les unes avec l’autre. C’est la crise existentielle. Nouveau genre de changement. (Et sujet de mes derniers livres.)

Un exemple ? L’incertitude du monde fait peur. La sécurité d’après guerre, l’Etat providence, où sont-ils ? Quel est le criminel qui les a tués, à notre insu ? Mais l’incertitude, c’est la liberté ! Et l’on peut reconstituer une forme de sécurité, « dynamique », par solidarité de groupe de confiance, groupe qui se constituera à partir d’un « désir d’être ensemble ». Voilà qui donne du sens à la vie, non ? 

(Quant à la question de la modification du génome, elle est laissée au lecteur.)

Education nationale – 68

68 a eu un effet systémique fascinant : il a trouvé la faille de notre système social. Mais ce 68, n’a pas été que de gauche. Beaucoup de monde y avait sans doute intérêt. Pour les pauvres, la disparition des tourments de l’école était probablement un soulagement, à court terme. Pour les riches c’était l’assurance que leurs enfants le resteraient, et à moindre effort. Que s’est-il passé ?

  • La « massification » de l’enseignement (secondaire et supérieur) l’a vidé de son sens. 
  • On a dit en 68 que l’école asservissait l’homme (l’exact envers du message des Lumières). Il ne fallait rien apprendre, mais s’épanouir. Les enseignants sont massivement gauchistes. Résultat : le maillon clé du dispositif, l’éducation primaire, a été torpillé. 

(Série de billets sur l’Education nationale.)

    Désirable, équitable et durable

    Désirable, équitable et durable, prend la place de liberté, égalité, fraternité, selon Jacques Fradin, expert des neurosciences. Il mène une croisade pour ramener l’homme à la raison, et lui éviter de disparaître. C’est le projet qu’il fixe au monde.

    En y réfléchissant, j’ai pensé que cela définissait le type de mission auquel je suis associé. Le problème de l’entreprise, est, à son échelle, le même que celui de la planète. Mais, une fois de plus, l’affaire est paradoxale.

    • Le changement démarre par un blocage. Ce que l’entreprise désire, c’est de ne rien changer. Mais ce n’est pas durable. Alors on procède à des décisions qui ne sont pas équitables (licencier certains, réduire le salaire d’autres… pour que d’autres encore puissent poursuivre leur existence selon leur bon plaisir). C’est reculer pour mieux sauter (ou disparaître).
    • Le changement réussit lorsque l’on identifie un nouveau projet d’entreprise, équitable, et désirable. C’est ce que la systémique appelle un « changement d’ordre 2 ». Le changement peut être équitable, parce que l’objectif étant un peu éloigné, l’organisation dispose de latitude d’ajustement pour passer de l’un à l’autre.

    (Ce type de changement n’a rien d’exceptionnel : la croissance d’une entreprise demande des réinventions permanentes.)

    CDD

    En 2015, la différence entre allocations versées et contributions perçues par l’Unedic pour les CDI est… positive : il y a eu 18,892 milliards d’euros versés en allocations pour 29,28 milliards d’euros de cotisations perçues, soit un solde positif de 10,39 milliards. A l’inverse, pour les CDD, 8,88 milliards d’allocations ont été versées, alors que seulement 2,66 milliards ont été perçus, soit un trou de 6,22 milliards d’euros. La Tribune

    En ce moment, je rencontre des patrons de PME. Je constate qu’ils sont terrorisés par les syndicats, les CE, et les CDI. Ce n’est pas toujours rationnel, mais c’est comme cela. D’autant que leur problème majeur, me disent-ils, est de trouver des employés… On marche sur la tête ?

    Dans ces conditions, les mesures gouvernementales qui rendent le CDI plus facile à licencier qu’un CDD et qui donnent au dirigeant le pouvoir de court-circuiter ses syndicats, sont un pari qui n’est peut-être pas insensé. En effet, cela permet au patron de conjurer ses peurs. Or, il n’est pas enclin à licencier. Donc, non seulement cela pourrait créer de l’emploi, mais aussi résorber les déficits publics ?

    Seulement, je constate aussi que le dirigeant ne connaît rien au droit.

    Développement durable

    On nous parle de développement durable, et cela ne nous convainc pas. Car, c’est bien l’énergie propre, mais est-ce que ça marche ? Est-ce que cela peut réellement remplacer les énergies fossiles ? Et la voiture électrique ? Cela demande des batteries, comment les recycle-t-on ? Et l’énergie électrique qui recharge la batterie, d’où vient-elle ?…

    A mon avis, il faut s’en prendre à la cause du problème, notre modèle de développement. C’est ce qu’a tenté de faire, maladroitement à mon avis, le club de Rome. Il a dit que notre problème était « la croissance ». Il me semble plutôt que notre développement se fait par l’agression. Agression de la nature, mais aussi de nous-mêmes. Pour créer, nous détruisons. En nous mettant en danger, nous devenons créatifs. La course vers le néant des nazis n’a rien de nouveau. C’est peut-être bien ainsi que l’humanité se motive depuis des milliers d’années.

    Peut-on faire autrement ? Ce processus est anti naturel. Michael Braungart montre que la nature va du berceau au berceau. C’est-à-dire qu’il n’y a pas de gaspillage, pas de déchets. Ce que produit une espèce est utile à une autre. Surtout les espèces utilisent la nature de manière créative. En quelque sorte, en s’implantant dans un écosystème, elles font preuve d’imagination. Elles cherchent à tirer parti de son talent, de réaliser ce qu’il avait en potentiel, mais qui n’aurait pas pu émerger sans elles.

    Et si l’on faisait de même ? Et si l’on passait du nihilisme à la créativité ? De la volonté de puissance à l’élan vital ?

    Ruse des systèmes

    Les partis politiques recrutent généralement leurs dirigeants dans les mêmes milieux. Ainsi ils partagent les mêmes valeurs. C’est peut-être une ruse des systèmes. Car, que l’on choisisse l’un ou l’autre, on a toujours la même chose. Mais on a l’impression d’être libre… Il semblerait que les opposés aient parties liées.

    Est-ce vrai pour MM.Mélenchon et Macron ? Déjà, ils portent quasiment le même nom. Ensuite, ils aiment tous les deux les bus. M.Mélenchon fait transporter ses partisans en bus, et M.Macron préfère le bus au train. Mais surtout, M.Mélenchon est un trotskiste, c’est à dire un individualiste de gauche (un ennemi juré du communisme). Les rangs des trotskistes ont fourni beaucoup de néoconservateurs.  Et surtout, beaucoup de loups solitaires. Car, il n’y a pas de place pour deux individualistes dans un parti. MM.Macron et Mélenchon : les deux pôles d’un même système libertaire ?