L'informatique, moyen d'exploitation de l'homme par l'homme ?

« Vous pouvez voir partout que nous sommes à l’âge de l’ordinateur, sauf dans les statistiques. » dit Robert Solow, le prix Nobel d’économie qui a étudié la croissance économique et ses causes. L’informatique ne participe pas à la croissance. Mais The Economist dépasse Solow. Internet a remplacé l’emploi traditionnel par un emploi précaire, peu productif. « Les auto-entrepreneurs (40% de la création d’emploi en Angleterre) travaillent plus longtemps – 6 % de plus que les employés – mais leurs revenus horaires moyens sont moins de la moitié de ceux des employés. » Crime capital pour The Economist. Internet conduit à une baisse de productivité. C’est une anti innovation. C’est anti capitaliste.
Et si l’informatique n’avait été qu’un moyen de modifier le rapport de force au sein de la société, afin de transférer de l’argent d’une partie de la population à une autre ? Et si c’était pour cela que la société a la forme d’un sablier ? Pas de place pour la classe moyenne. Le nouveau monde n’accepte que ceux qui dirigent et ceux qui exécutent ?

Il y a une autre façon de lire cette constatation. Le marché ne correspond pas à une organisation efficace du travail collectif. L’efficacité économique demande une organisation bureaucratique. C’est ce que pensait Max Weber, qui voyait la « bureaucratie » comme l’aboutissement de la rationalité économique.

Le Reengineering de Dominique Delmas

En quoi l’exemple de Dominique Delmas (Un trésor bien caché) illustre-t-il les techniques de reengineering ?

Son changement obéit à deux principes. Le premier est que l’assureur abandonne sa fonction juridique à l’expert. La seconde est, comme dans la thèse de Michael Hammer, liée à l’informatique : il devient possible de faire une expertise sans déplacement.
Prenons les 6 règles de Michael Hammer, ont-elles été appliquées ?
  • La première règle n’est pas totalement satisfaite. Il n’est pas possible d’avoir un expert – juriste, chaque métier est beaucoup trop complexe pour être assimilé en quelques années. Mais on est arrivé près de cet hybride, en constituant une équipe. Cette équipe fait quasiment toutes les tâches du processus. Quasiment, car il demeure des fonctions administratives, qui reçoivent les dossiers, informent le client en tant que de besoin, etc. Cela s’explique à la fois par la spécialisation que requiert ce type de fonction, et par le coût d’un expert. Cette analyse me paraît montrer les dangers d’une lecture littérale de cette règle. (D’ailleurs, j’ai étudié pas mal de changements qui me semblent avoir échoué pour avoir voulu l’appliquer trop rigoureusement. En outre, elle s’oppose un autre grand mécanisme de gain de productivité: la spécialisation. Probablement à manier avec prudence ?)
  • Le couple précédent est autonome, génère l’information nécessaire au règlement du sinistre et l’exploite. (Règles 2, 3 et 5.) Il ne semble pas qu’il y ait autocontrôle. Question à creuser. Mais j’avoue que je ne vois pas comment réaliser un autocontrôle sans risques…
  • La 4ème règle – les liens entre fonctions séparées – est le fait d’un système d’information, qui contient tous les éléments du dossier, ce qui satisfait aussi la 6ème règle. 

HP catalogue de changements ratés ?

HP a investi 42md$ dans une série d’acquisitions, mais ne vaut que 42md. Sa division services (le résultat d’une mode ?) bât de l’aile. Il fusionne ses divisions PC et imprimantes, ce qui avait déjà été fait par un prédécesseur et défait par un autre.

Finalement, le dirigeant actuel se demande si l’on n’a pas lâché la proie pour l’ombre et s’il ne faut pas en revenir à ce qui fit HP de HP : la recherche et le développement… (Article du Financial Times)

Mais reste-t-il encore des capacités de RetD dans cette société ? J’imagine que si elle a entassé autant de changements ridicules elle a dû être dominée par une couche de courtisans, qui ont fait crever les gens sérieux et la culture technique de l’entreprise. 

HP, Autonomy et l’échec des fusions

HP a acheté Autonomy, un éditeur de logiciel d’analyse de données, en annonçant que cette entreprise était son avenir.

On apprend qu’Autonomy a déjà perdu un quart de ses effectifs, dont quasiment tout son comité directeur (ainsi que ses programmeurs !) et que la division logiciel a augmenté son chiffre d’affaires de 173m$ sur le trimestre, alors qu’Autonomy aurait dû lui apporter 250m…
Nouvel exemple d’échec d’une acquisition ? Une valorisation à la Facebook (10,3md$ pour 1md$ de chiffre d’affaires !), un fondateur qui a perdu sa motivation avec les 800m£ qu’il a touchés, la discipline bureaucratique d’HP qui étouffe une start up…

Internet nous fait perdre la mémoire

La dématérialisation, ou gestion électronique des données, a beaucoup de mérites, notamment elle économise le papier. Mais elle a un inconvénient : elle nous fait perdre la mémoire. Il n’existe plus d’ordinateurs pour lire les documents produits il y a quelques années, à supposer qu’ils aient été stockés. (Bit rot)

Va-t-on arriver à résoudre la question ? En tout cas, s’il y a une solution, elle passera par l’État. Car, sur le long terme, nous sommes tous morts pensent le marché et ses entreprises. 

L'ordinateur a ses crises boursières

On soupçonne de plus en plus les ordinateurs d’être capables de créer des crises boursières.

On aurait trouvé un moyen de les prévenir. Il y aurait des signes avant-coureurs : certains cours d’actions connaîtraient des pics brutaux, ou « fractures ». Leur multiplication amènerait le système que forme l’ensemble des ordinateurs financiers, en quelque sorte, à entrer en résonnance.

Curieux comme les machines ont une forme de vie propre qui échappe à notre raison. Au départ de l’informatisation des échanges financiers il y avait l’idée qu’on ne pourrait que s’en trouver mieux. Aujourd’hui, on constate que la créature a échappé à son maître ?

Compléments :

Les marchés financiers menacés par les systèmes d’information

Les systèmes d’information qu’utilisent les marchés financiers seraient un point faible qu’exploiteraient des esprits malveillants « ayant des motifs non-économiques ».

Il est particulièrement facile de tirer les marchés vers le bas lorsqu’ils chancellent déjà, en utilisant des moyens tels que la vente à découvert, les options et les swaps. The war on terabytes

C’est curieux. Jusqu’ici je croyais que l’orthodoxie financière voulait que vente à découvert, options et swaps ne puissent jamais faire de mal, qu’il n’y avait que des idiots protectionnistes retardés (autrement dit des Européens) qui pensent le contraire… Quant aux malveillants, je les pensais le moteur même du système : n’est-ce pas ce que dit Adam Smith ? à moins qu’il ne puisse y avoir capitalisme sans égoïstes asociaux et que tout ce qui ne répond pas à cette définition le mette en danger ? 

Dropbox (2)

De l’usage de Dropbox après quelques temps de pratique.

En fait, cela synchronise les contenus de plusieurs PC, smart phone… L’intérêt, pour moi, est que mes fichiers sont accessibles hors Internet. En fait, ils sont présents à la fois sur les PC et sur les serveurs de Dropbox (pas uniquement sur ces derniers, comme on aurait pu le croire). Dropbox est avant tout un système de synchronisation de contenus.

Un fichier est modifié « physiquement » sur un terminal et transféré, lorsqu’ils sont connectés, aux autres terminaux  de l’utilisateur. Les fichiers peuvent aussi être modifiés sur le site web de Dropbox.

Autre intérêt : sauvegarde des données. 

Activ'way et dématérialisation

Pourquoi les projets de dématérialisation (on disait « Gestion Électronique des Données » dans ma jeunesse) ratent-ils ?
Parce qu’ils font appel à une technologie simple et éprouvée. On les croit des non événements techniques. Et on demande à une équipe de techniciens (juniors !) de les mettre en place.
Mais ils bouleversent le travail de l’organisation, du coup, ils provoquent un cercle vicieux. L’équipe projet, par son discours technique, sème la panique, et le management, au lieu d’arrêter l’incendie, projette ses inquiétudes sur ses collaborateurs. Il s’ensuit une désorganisation qui heurte de plein fouet le service rendu au client.
Une fois de plus, selon l’expression de Paul Watzlawick, le problème est dans la solution ? Il n’est pas technique mais humain : si l’on montre au personnel comment l’innovation lui simplifie la vie, avec ses mots, l’affaire est dans le sac.
Compléments :
  • C’est ce que Michael Beer, et d’autres probablement, appelle une démarche « task oriented » (qui vise à aider l’utilisateur à faire son métier, et non à le gaver de technique).
  • C’est aussi un exemple d’effet de levier, la remise en cause d’un a priori fatal, qui conduit à un changement réussi, sans coût supplémentaire sinon un peu de réflexion au bon moment.

L’informatique détruit l’emploi ?

Deux universitaires, a priori éminents, concluent que les technologies de l’information détruiraient l’emploi. Au moins aux USA. Elles auraient donné un effet de levier majeur sur le reste de la population à quelques « stars », les enrichissant massivement. (How IT Costs More Jobs than It Creates – Technology Review)
La preuve principale serait la courbe de l’emploi qui, pour la première fois depuis la dernière guerre, n’aurait pas progressé en une décennie. (Alors que la population du pays a cru de 9,7%.)