Optimisation

Lorsque des concurrents utilisent des algorithmes pour fixer le prix de leurs produits, ces algorithmes finissent par s’entendre, pour essorer le client.

Ce qui n’est pas surprenant. Non seulement c’est un résultat ancien, mais il semble évident que la collusion permet de maximiser le bénéfice individuel. C’est pour cela qu’on la combat.

Reste à savoir comment éviter ce type de désagrément…

Open source : principe de l'entreprise libérée ?

Il y a quelques années, j’ai fait un peu de développement en environnement « open source ». C’est une expérience surprenante pour un ingénieur de ma génération, formé aux mathématiques et à la raison. Son principe est l’erreur et la force brute. Il est conçu pour que des individus fondamentalement incompétents et dénués de rationalité, mais animés d’une volonté de puissance illimitée, parviennent, ensemble, mais sans entrer en contact (et pour cause…), à développer un logiciel exceptionnellement fiable (sans commune mesure avec la production Microsoft). C’est un système qui ne marche que par essais et erreurs, et par une dépense d’énergie colossale. Le jugement de Dieu, c’est celui du test. Tout tient à la structure de la « plate-forme » de collaboration, qui est extraordinairement résiliante.

Voilà qui me semble dire ce qu’est une constitution. Le mot clé de la constitution, c’est « valeurs ». La constitution est le dispositif, légal ou physique (comme ici), qui permet à ces valeurs d’être respectées quelle que soit l’action humaine. Dans notre cas, les valeurs sont probablement libertaires.

Une telle constitution pourrait être l’élément clé de « l’entreprise libérée ». L’ entreprise est libérée de son dirigeant, et de tout pouvoir hiérarchique.

Informatique = faillite de l'intelligence ?

Les hackathon me navrent. C’est le retour du stakhanovisme. De mon temps les gourous du développement parlaient de méthode, de mathématiques, et disaient que lorsque l’on se mettait à travailler comme un fou, c’est que l’on était partis pour un désastre. C’est d’ailleurs ce que j’ai constaté. Une raison de plus au fait que l’informatique ne soit pas un facteur de productivité ? 
Toujours est-il que je me demande si cette perte de méthode n’est pas la conséquence du libéralisme. L’individu est laissé à ses instincts. On ne l’instruit pas. Et l’informatique n’aide en rien : au lieu de réfléchir, de penser astuce qui va résoudre la question sans effort, appel au savoir scientifique, de démonstration sur le papier, on se jette dans la programmation. 
(Mais y a-t-il encore des gens qui pensent mathématiques ?)

Le paradoxe de la productivité informatique

Plus on dépense en technologies de l’information, plus la productivité mondiale baisse. C’est le paradoxe de Solow, et il s’affirme. Explication ? Le Financial Times pense que ce qui pêche est l’investissement en formation. Autrement dit, c’est une question de conduite du changement. Effectivement, c’est ce que je soupçonne depuis longtemps. Au moins depuis que j’ai enquêté sur l’utilisation des ERP. (Etude chez Slideshare.) C’est d’ailleurs pour cela que j’ai eu le temps de changer d’avis. 
Et si l’informatique avait été utilisée pour sortir la « valeur » de l’entreprise, i.e. abaisser la masse salariale représentée par ses personnels, au profit de quelques gagnants des dernières évolutions de la société ? Ces gagnants sont, pour simplifier, les titulaires de MBA les plus prestigieux. A savoir, les dirigeants de multinationales, les dirigeants de fonds et autres financiers, et les dirigeants de cabinets de conseil. 
Par ailleurs, les quatre autres théories en course sont, d’après le FT :
Economists, who have been struggling with this conundrum since Robert Solow first wrote about it in 1987, have four theories for what causes it: there are productivity gains, but we just do not measure them correctly; some individuals and companies make productivity gains, but these come at the expense of others — so there is no net gain; there is a time lag before productivity gains show up; there are no productivity gains because IT is so hard to manage.

Mathématiques pour ordinateurs

Mon enquête sur big data m’a fait recroiser le chemin de la « programmation linéaire ». Ce qui m’a rappelé ma lointaine jeunesse. Et les constatations que j’avais faites à l’époque où je m’occupais d’algorithmes pour Dassault Systèmes. 
Comme tout ce qui est théorique, la programmation linéaire pose beaucoup de problèmes. En particulier, elle fait appel à des heuristiques. J’ai constaté qu’avec les ordinateurs, il fallait être « bestial ». 
  • Il n’y a pas de cas général, que des cas particuliers. Appliquer la formule du livre de cours ou de l’article scientifique ne marche pas. (C’est l’équivalent du copier / coller d’Hervé Kabla.) Il faut tirer parti des particularités de la réalité. Il faut refuser le diktat des livres. 
  • Une formule mathématique ne signifie rien. Et cela pose de gros problèmes : comment savoir si la solution trouvée (forcément approximative) est « suffisamment » proche de la bonne solution ? Pour s’en tirer, il faut en revenir à la réalité. Alors, les écarts deviennent des distances, et l’on peut savoir si l’on respecte ou non les « tolérances ». Surtout, on a souvent une idée assez bonne d’où chercher le point de départ de l’itération qui permettra d’atteindre son objectif rapidement. Pour cela, d’ailleurs, on peut utiliser des méthodes bestiales, comme les dichotomies, qui sont lentes, mais qui convergent à tous les coups. (Ce qui n’est pas le cas des algorithmes les plus sophistiqués.)
  • Et, il paie d’être encore plus bestial. En combinant l’intuition humaine et la puissance du calculateur, on n’a même pas besoin d’algorithmes sophistiqués. Si la zone à explorer est suffisamment petite, on peut en faire un maillage fin, et calculer la valeur de chaque nœud.

L’homme ne doit pas se laisser faire par l’ordinateur !

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C’est reparti comme en 29

The Economist pense que nous sommes sur le bord, terrifiant, d’une grande dépression. Phénomène curieux. Ce serait un mal endémique. Mais nous l’avons oublié, parce que les mesures prises après guerre pour le contrer ont provoqué une grande inflation. Du coup, on a crû que c’était cela le problème. Autre paradoxe, ce serait la baisse du prix de l’énergie qui pourrait nous pousser dans le précipice. L’Europe est particulièrement en danger. En effet, la déflation va rendre insoutenable la pile de dettes des pays de sa périphérie.
Que faudrait-il faire ? Relance. Reconstruire les lamentables infrastructures de transport américaines et permettre le déficit à la périphérie européenne. Seulement, les populistes qui sont au pouvoir veulent faire exactement le contraire. (Etrangement « l’armée de chômeurs, forte de 25m de personnes (…) ne semble pas galvaniser les politiciens autant qu’un taux d’intérêt d’obligation d’Etat à 7%. »)
Si la baisse du prix de l’énergie plonge l’Occident dans la dépression, elle devrait être favorable aux pays émergents et particulièrement nuisible aux grands Satans de The Economist : Venezuela, Russie et Iran. L’Arabie Saoudite aurait laissé choir les cours, pour donner une leçon à ses concurrents, dont les coûts de production sont beaucoup plus élevés que les siens.
Quant au cours des actions, il devrait devenir hautement incertain.
Pourquoi les hommes d’affaire haïssent-ils M.Obama ? Pourtant, leurs entreprises et eux n’ont jamais été aussi riches, alors que le peuple, lui, s’est appauvri ? Parce qu’aux USA tout le monde en veut à tout le monde. Les très grandes entreprises pensent qu’ailleurs les conditions sont encore plus favorables qu’aux USA. Et les petites souffrent, notamment à cause des grandes.
« Les députés sont le prolongement des intérêts commerciaux et peuvent être vendus etéchangés ». Le mal de l’Ukraine, c’est la corruption. Si le pays ne parvient pas à la maîtriser, cela pourrait se terminer par un Maidan en armes… Le Japon est atteint du même mal. Deux ministres donnent leur démission. Les Suédois traquent un sous-marin russe. Mais faute de budget militaire, ils n’ont plus les moyens de ce faire. M.Renzi serait extrêmement populaire. Il pourrait vouloir déclencher une élection qui lui donnerait les pouvoirs de réformer l’économie. La France essaie de réformer ses collectivités locales endettées, par exemple Argenteuil. (« Entre 2000 et 2010 le nombre d’employés des mairies a augmenté de 26%.) Cela pourrait conduire à une augmentation des impôts locaux et à une attaque du pouvoir central par les « barons des partis politiques », qui dirigent les villes. Mme Aubry aurait donné le coup d’envoi des hostilités.
« Personne ne sait quand le Nigeria va basculer dans le chaos. Mais ce jour semble de plus en plus proche. » Contrairement à ce que je disais récemment, le Nigeria est à feu et à sang. Son Nord Est est sans Etat. Boko Haram l’a remplacé. La croissance chinoise devrait revenir vers la moyenne. Dans 10 ans son PIB devrait toujours être inférieur à celui des USA.
Les fabricants de téléphones mobiles chinois vont faire un malheur. Ils ont fait leur fortune sur un marché protégé. Et ils se sont préparés aux règles du jeu de l’Occident. Ils ont les meilleurs avocats et la meilleure innovation. (Une leçon de protectionnisme pour débutants ?) Le marché de l’informatique (hors mobiles) est en crise. Les profits des grands reculent. Ils n’ont plus d’idées gagnantes. Ils vont devoir se restructurer. La mode des aliments sans gluten aurait gagné le monde, et serait là pour longtemps.
L’entreprise est pleine de tirs-au-flanc. Tout en haut et tout en bas de l’échelle des salaires. Essentiellement. « Les emplois sont souvent situés la où les gens pauvres n’ont pas les moyens de vivre. » Une partie du chômage s’expliquerait par des raisons géographiques. Les pauvres habiteraient des zones éloignées des emplois, dotées de mauvaises écoles, et minées par la criminalité…
Guillaume IIressemblait bizarrement à Hitler. Difforme et idiot, il avait eu une jeunesse effroyable. Est-ce pour cela qu’il a déclaré la guerre à l’Europe en 14 et qu’il pensait que les Juifs étaient le mal absolu ? Jadis les dirigeants étaient payés un salaire fixe (1m$ en moyenne, pour les 50 plus grosses entreprises américaine). La mode des bonus a produit un enrichissement colossal. « En 1970, le PDG moyen gagnait 25 fois le salaire de l’ouvrier moyen. Aujourd’hui le rapport est passé à plus de 300. » (Tim Cook d’Apple a reçu 378m$ en 2011.)

Entreprise numérique = bobard ?

J’entends de plus en plus parler d’entreprise numérique. Au début je n’y avais pas prêté attention. Je baigne dans le « numérique » depuis si longtemps !  Or, c’est une nouvelle mode ! Toutes les entreprises qui vivent de près ou de loin de l’informatique pensent qu’elle va faire leur fortune. Et ce d’autant plus qu’elles n’ont aucune stratégie. Comment un tel bobard peut-il exister ?

Pensez-vous par exemple, que l’on ait parlé de « l’entreprise électrique », ou de « l’entreprise à vapeur »? Les entreprises ont utilisé l’électricité et la vapeur quand elles leur étaient utiles, et parfois pas du tout. Le numérique est un moyen pas une fin.

Et si nous avions droit à un tel lavage de cerveau parce que l’intérêt du numérique n’a rien d’évident ?

La solution à la crise ?

Le paradoxe de Solow s’étonne que l’informatique n’apporte rien à la croissance. Il me semble que ce n’est pas une fatalité. Voici 2 idées simples qui souriront peut-être à l’esprit éclairé :

  • Relisons les livres de management. Des ERP aux réseaux sociaux, chaque nouvelle innovation informatique est accompagnée d’un argumentaire de vente convaincant. Malheureusement, il ne se réalise pas. Eh bien, j’ai constaté qu’il était juste, mais qu’obtenir les bénéfices promis demandait beaucoup d’efforts. Mais rien de surhumain. Surtout eu égard aux capacités intellectuelles de nos dirigeants. N’ont-ils pas été sélectionnés, justement, pour leurs talents de résolution de problèmes ? Où est le bug, alors ? Les dits dirigeants s’arrêtent à la décision d’achat. Ils ne s’intéressent pas à ce qui arrive ensuite. 
  • Faites appeler le contrôle de gestion. Tout investissement doit avoir un retour sur investissement. Le rôle du contrôle de gestion est de s’en assurer. Par conséquent, il doit vous aider à trouver, dans les ouvrages précédents, assez de gains de productivité pour justifier votre acquisition. Puis il doit s’assurer que vous les obtenez. C’est son métier. 

Ce qui me frappe dans cette question n’est pas le problème du SI. Je me demande si elle ne révèle pas une vérité générale. Qu’il s’agisse de ses SI, de la faculté de résolution de problème de ses dirigeants, de la capacité de son contrôle de gestion à contraindre l’entreprise à investir rentablement… notre entreprise est pleine de capacités inexploitées. Et il y a plus étrange. Au fond, il est simple de les réaliser. Il suffit que gens et choses fassent ce pour quoi ils sont bons ou ont été conçus (pour les derniers) !

Ce n’est pas la première fois que je fais cette constatation. Les rattrapages d’un changement mal parti donnent toujours ce résultat : les bons ingrédients étaient présents, mais ils n’avaient pas été bien employés. Un espoir pour notre pays en crise ?

Faut-il brûler les start up ?

Plusieurs choses me frappent à la lecture de The Economist :

  • En Angleterre et aux USA, au moins, les « start up » ne parviennent pas à recruter les gens dont elles ont besoin. Les universités ne les forment pas. Elles en appellent à l’immigration. 
  • Internet conduirait à une destruction de la productivité nationale. Notamment parce qu’Internet désorganise le travail de l’entreprise (l’employé est en permanence au travail), et qu’il permet la création d’une classe de prolétaires (auto entrepreneurs) à très faible efficacité. De surcroît les articles se multiplient concernant les méfaits des réseaux sociaux. 

Dans ces conditions ces start up (dont le métier est l’informatique) sont-elles utiles à la société ? Ne devrions-nous pas encourager un entrepreneuriat d’un autre type, qui vise des besoins non virtuels, et qui emploie des gens normaux ?

Faut-il sous-traiter son système d'information ?

Il y a quelques années un de mes clients se demandait pourquoi l’une de ses usines, en zone « high cost », était beaucoup plus performante que ses autres usines, dont beaucoup étaient « low cost ». Réponse inattendue. Ce n’était pas une usine, mais un système d’information de gestion de sa propre sous-traitance. Elle avait un mode de management de cette sous-traitance « à la japonaise », qui était extrêmement efficace.

Très souvent, j’ai constaté que les systèmes d’information étaient une grosse partie de l’avantage concurrentiel d’une entreprise. Quand je parle de système d’information, je ne parle pas de matériel. Mais de l’architecture de la gestion de données. Dans l’exemple ci-dessus, il s’agissait de l’algorithme d’allocation de la charge de travail en fonction de la demande du marché, d’une part, et de la charge des sous-traitants, de l’autre.

Beaucoup d’entreprises me semblent être passées à côté de cette idée. Elles ont pensé qu’un système d’information était une question de technique. Elles ont employé des sous-traitants informatiques. Les sous-traitants, en possession d’un actif clé, ont exploité leur monopole, et ont laissé leur compétence se dégrader. En conséquence de quoi, je ne suis pas sûr que l’on puisse avoir une bien plus grande confiance en une SSII qu’en un artisan.

Je reconnais que reconstituer ce savoir faire interne de conception de SI est compliqué. Il faut trouver des gens compétents qui comprennent à la fois les enjeux de l’entreprise et ceux de la technique. Or, les personnes qui avaient ces capacités sont souvent devenues des banquiers. En outre, je ne suis pas sûr que l’ingénierie informatique ait beaucoup progressé depuis ma jeunesse.