Débarquement

Angleterre offusquée. M.Sunak, qui est en campagne électorale, s’est extrait des commémorations du débarquement pour revenir en Angleterre enregistrer une interview. Quel manque de tact. Et les héros anglais ? M.Sunak s’excuse.

Anciens combattants, élections… Participer à des événements symboliques, parmi les grands de ce monde, ne compte plus pour l’homme politique moderne ? Et si l’électeur recherchait, au contraire, une « vision », un peu de hauteur de vue ?

Dégel anglais

Depuis que Rishi Sunak est devenu premier ministre anglais, il est question, dans son pays, des prochaines élections. Logiquement ce devrait être un succès retentissant pour les travaillistes.

Seulement, à écouter ce qui se dit, depuis le début, j’en doute. Car je ne vois pas de différence entre ce que j’entends des deux programmes. Sir Keir Starmer, le leader travailliste, est un homme triste et raisonnable. (« A decent chap » doit-on dire dans son pays.) Il est à M.Sunak ce qu’était M.Blair à Mme Thatcher. Seulement, justement, les réformes thachériennes ont fait flop. Le grand élan s’est échoué. Et l’on a eu le Brexit. Les travaillistes n’ont plus les moyens de la compassion sans changement de cap. Seulement, comme l’ont montré les mésaventures de Liz Truss et de Jeremy Corbyn, les vieilles recettes ne marchent pas. Il va falloir faire preuve d’imagination.

Selon les théories sur le changement, la Grande Bretagne entre dans une période de « dégel » ?

Affaires et politique

In February, Rishi Sunak posed for photos beside Blackstone founder Stephen Schwarzman at the groundbreaking ceremony for the private equity giant’s new European headquarters in London. 

The UK prime minister pointed to a model of the planned 10-storey development and, according to people who witnessed or were briefed on the event, quipped: “Where’s my office?”

Financial Times du 11 avril

Blague ? Ou M.Sunak va-t-il prendre sa retraite dans un fonds d’investissement ? Après tout, il est déjà marié à la fille d’un milliardaire. Cela expliquerait pourquoi il est aussi détendu dans la tourmente.

En tous cas, cela est significatif d’une nouveauté de notre temps. La politique devient un tremplin pour parvenir au sommet du milieu des affaires. C’est un moyen de gagner énormément d’argent. Pour cela, il suffit de monnayer ses relations.

On ne fait plus, comme jadis, carrière dans la politique.

Mode américaine ? En fait, non. Comme en Grèce antique, le milliardaire américain, en entrant en politique, rend à la nation ce qu’elle lui a donné. (L’exception étant M.Trump, qui fait de l’Etat un moyen de promotion de sa marque.)

Elections en Grande Bretagne

Depuis quelques temps, on entend que M.Sunak va déclencher des élections cette année. Il va évidemment les perdre. Mais cela devrait être un grand soulagement, pour lui, car sa situation est intenable. Le parti travailliste est extrêmement divisé entre des extrêmes exceptionnellement extrêmes, et le pays est mal en point. Economie en panne, et grèves permanentes. Dans ces conditions, il est bien mieux d’être dans l’opposition. Décidément, M.Sunak est un sage ?

L’opposition actuelle semble appartenir à la tendance Blair. Vu de loin, il est difficile de distinguer MM.Starmer et Sunak. Comme un gouvernement de gauche devrait, de toute manière, être plus généreux pour le peuple que les conservateurs, et que le problème du pays est son économie, on ne voit pas comment la situation ne pourrait pas empirer.

Au fond, on a beaucoup critiqué Mme Truss, mais, dans ces conditions, seul le geste d’un désespéré est rationnel ?

(Ou faire ce que fit Roosevelt : je ne sais pas où je vais, mais ce que je sais est que ce que l’on a fait jusque-là ne marche pas, il faut expérimenter ?)

Politique

L’autre jour, le ministre anglais de l’immigration donnait sa démission, et envoyait une lettre désobligeante à son premier ministre, dont il avait pourtant été proche.

Les rats quittent le navire, disait, en substance, un commentateur de la BBC. Les conservateurs savent qu’ils vont à la défaite. Les ambitieux ne veulent pas y être associés. On se croirait en France.

Paradoxe de la politique. L’élu devrait servir l’intérêt général, alors qu’il semble, bien plus que le commun des hommes, être uniquement concerné par le sien. Qu’est-ce qui ne va pas, dans nos démocraties ?

En revanche, Rishi Sunak semble calme dans la tempête. Quand on est certain de son destin, l’intérêt personnel ne compte plus ?

Tempête en Angleterre

M.Sunak a licencié Suella Braverman, son ministre de l’intérieur. Probablement, il y était contraint : elle avait fait preuve d’insubordination. En revanche, elle semble être bien partie pour être un prochain premier ministre. Elle a au moins autant de caractère que Mme Thatcher, et son combat contre l’immigration doit la faire aimer du peuple.

M.Sunak semble le calme dans la tempête. Le pays va mal, et, non seulement son parti perd élection sur élection, mais il est entre les mains d’extrémistes redoutables. Quand on est certain de la défaite, il n’y a plus de raison de s’inquiéter ? Quant au choix de Lord Cameron pour remplacer Mme Braverman, il est surprenant : son hybris est à l’origine du Brexit… Mais, on nous vante les mérites de l’erreur, soyons cohérents dans nos actions ?

Ce n’est pas mieux de l’autre côté. Sir Keir Starmer fait aussi face à une mutinerie. En cause, sa position concernant la situation en Israël.

Ce blog constate que, contrairement à l’opinion des théories économiques, le mauvais homme politique attire le mauvais opposant. Et si l’Angleterre faisait la démonstration que l’inverse est aussi vrai ?

Dilution ?

Hier, Rishi Sunak annonçait un grand projet de stockage de carbone, qui allait créer des milliers d’emplois. Curieusement, il y a deux ans, j’ai interviewé le responsable d’un groupement d’industriels de l’énergie, qui a fini par me demander de ne pas publier le compte-rendu de l’entretien, parce qu’il contenait une allusion à un projet de ce type. Et ce sujet semble extrêmement contentieux.

Hier encore, on lisait, dans le Financial Times :

FirstFT: UK makes polluting cheaper by watering down carbon reforms

La transition climatique semble suivre un cours dont parle ce blog au sujet d’autres changements : imperceptiblement, les mots changent de sens…

Rishi Sunak

Rishi Sunak, c’est le calme après la tempête. La BBC n’en parle pas !

Et pourtant il est au milieu d’une tempête : grèves quasi générales (les grèves françaises, qui s’arrangent pour que les pertes financières des grévistes soient infimes, sont risibles en comparaison), renégociation du Brexit. Et surtout fous-furieux, qui donnent tous les signes de l’irresponsabilités : grévistes qui exigent deux fois l’inflation, DUP qui cherche tous les coups tordus pour reprendre le pouvoir en Irlande, et aile droite conservatrice, hyper brexiteuse et ultra libérale, qui le hait.

Il tient la ligne de la raison, me semble-t-il. Il explique gentiment, mais sans fléchir, son point de vue.

Il parie, probablement, sur la sagesse des foules. Un exemple à suivre ?

Rishi français

Le gouvernement anglais ressemble au département d’ingénierie de l’université de Cambridge de ma jeunesse : on a l’impression d’une forme « d’affirmative action » pour autochtones. Les postes les plus importants sont tenus par des immigrés de génération relativement récente. Et ils ne sont pas là parce qu’ils ne sont pas blancs, à la façon Obama, mais parce qu’ils sont compétents.

Aux USA, ce mouvement ne touche encore que les grandes entreprises.

Heureux anglais ? Quel étranger voudrait prendre la tête de la France ?

Les Anglais ont conquis de vieilles civilisations, et ils ont su se faire admirer, et conserver des formations d’élite.

Là où nous leur ressemblons un peu, c’est qu’ils se sont endormis sur leurs lauriers.

Prime minister

Le parti conservateur anglais a choisi un nouveau premier ministre. Il se trouve que c’était mon favori.

Ce qu’il faut, dans ces circonstances, c’est une personne, si possible expérimentée, pour éviter de mauvaises surprises, et une ligne directrice, un programme qui puisse se ramener à une idée, qui tienne tout le monde ensemble.

La technique nécessaire est peut-être « l’acceptabilité ». Elle s’utilise à l’envers : on élimine ce qui est inacceptable à l’un ou l’autre des courants qui font le parti. Ce qui reste est ce qui rassemble. Le choix de la sagesse. Pas de l’idéologie.

Seulement, le parti semble étonnamment morcelé. Il y a les Brexiters, d’un côté, la ligne Thatcher, de l’autre, qui veut libérer le riche, relancer l’immigration, et pomper du gaz de schiste, et, probablement, au milieu, des tendances plus centristes, ou pragmatiques. Mais, après un clown et un danger public, l’erreur n’est plus permise. Il est possible que, désormais, les conservateurs y regardent à deux fois avant de se disputer…

M.Sunak ne pouvait pas espérer un meilleur départ ? Cela fut une bonne chose qu’il ne soit pas élu du premier coup ? De la complexité du monde ?

(PS. Ce billet a été écrit il y a une semaine, et modifié pour tenir compte de l’actualité. Curieusement, Rishi Sunak semble l’avoir lu…)