Mass killing

Pourquoi des tueries de masse aux USA ? lis-je. C’est la faute de Trump, ou du petit blanc, raciste par nature, dit-on souvent.

Ce qui me semble rapide. Ces tueries de masse sont des suicides. C’est de là qu’il faut partir. Ensuite, le suicide prend, dans chaque culture, mais aussi en fonction des modes (« Effet Werter »), des aspects différents. Comme les djihadistes, les Américains aiment finir dans un bain de sang.

Mais pourquoi le petit blanc se suicide-t-il ? Pourquoi pas le noir, qui semble dans une situation bien plus précaire ?

En fait, être un homme noir n’a rien de très agréable. Si vous naissez noir, vous avez une chance sur trois de faire de la prison.

Curieusement, ce sont surtout les hommes qui vont en prison, ou tuent en masse. Et si la société américaine était particulièrement hostile au mâle ?

Auto organisation

Le mouvement des Gilets jaunes est un exemple des capacités humaines à s’auto organiser. Cela montre aussi l’efficacité de cette auto organisation : ils ont obtenu une dizaine de milliards en quelques manifestations.

Sa force première était là : auto organisation. Le fait qu’il ne soit manipulé par aucun mouvement politique ou syndical le rendait incontrôlable. Le seul moyen de l’arrêter était de chercher à comprendre ses revendications, pour y répondre.

Le plus surprenant est peut-être que ce mouvement a profité à des gens qui ne demandaient rien, alors que ceux qui ont pris le risque de manifester ont eu peu, et peut-être, parfois, rien. De la rationalité, de l’efficacité, de l’irrationalité ?

Le changement fait peur

J’aurais dû poser la question plus tôt. Ses résultats sont surprenants. « Pourquoi le changement nous fait-il peur ? ».

Exemple. Réponse d’un ami : « Ce qui est anxiogène dans le changement aujourd’hui, c’est la perte totale de repères, avant il y avait la famille, la religion, l’entreprise, la société…. La proposition d’une foultitude de modèles pour se sentir bien. La perte de sens critique… » Voilà ce que je n’attendais pas.

Bien sûr, a posteriori, la perte des repères n’est peut-être pas surprenante. Hannah Arendt l’annonçait déjà dans les années 50. Mais, avons-nous compris ce que cela signifie ? Qui dit pas de repères dit « anomie » (absence de règles). Et E.Durkheim en fait une cause  favorable au suicide. Explication du malaise actuel ? Car on en est arrivé à un point, difficilement concevable, où même les livres qui devraient nous rendre heureux nous terrifient. (Cela s’applique à mes livres, je l’ai noté.)

Et si « la perte du sens critique » était au départ de tout ? On entend « critique » comme cynisme, destruction aveugle. D’où, peut-être, perte de repères. Mais « critique », telle que la comprenaient les Lumières, signifie exactement le contraire. C’est une analyse rigoureuse qui porte à l’action, parce qu’elle élimine ce qui est faux. C’est l’art de la pensée. Et si, pour aimer le changement, et, accessoirement, être heureux, il fallait réapprendre à penser ? Paradoxal.

Raison dépressive

Il y a un curieux décalage entre la vie et ce que l’on en écrit sur elle. Lorsque l’on lit les philosophes, ce que je fais actuellement, on voit le malheur partout. Mais, les malheureux se considèrent-ils comme des malheureux ? Je n’en ai trouvé jamais aucun témoignage, au contraire. Je n’ai d’ailleurs découvert que récemment que j’appartenais à une famille de misérables.

Il est possible que les gens malheureux se suicident. Et, là aussi, il y a un paradoxe. Ce blog cite un article du Monde traitant des suicides de France Télécom. Les employés de France Télécom se trouvaient malheureux, alors que les prestataires de service qui travaillaient pour eux les considéraient comme des privilégiés.

Cela signifie qu’il y a là certainement un problème de raison qui déraisonne. Cela ressortit aux propos sur le bonheur d’Alain ? Mais, pour repenser droit, il faut peut-être un coup de main de la société. On a peut-être besoin d’aide pour comprendre que l’on n’est pas si malheureux que cela. Et qu’on peut, même, changer la situation. Le suicide est un drame de la raison, et de la solitude ?

(Durkheim ne me semble pas très loin de cette conclusion…)

Suicide policier

J’entendais que les taux de suicide des policiers étaient exceptionnellement élevés. L’explication qui suivait l’annonce montre à la fois qu’il faut se méfier de ses premières réactions et à quel point Durkheim demeure indépassable.

En effet, les raisons évoquées sont : on est policier à un âge où l’on tend à se suicider ; le policier, par le jeu des mutations, tend à être coupé de ses proches – un facteur de dépression ; il dispose d’une arme…

Autrement dit, les conditions dans lesquelles vit le policier se prêtent au suicide. Comment lui sauver la vie ? Par le lien social, aurait dit Durkheim. La « police de proximité » n’est pas bonne que pour la proximité, elle l’est surtout pour le policier…

Fait social

Nouvelle tuerie aux USA. Comme d’habitude, on tape dans la foule. Comme souvent, c’est à l’arme de guerre, ou quasiment.

Et si c’était un « fait social » à la Durkheim ? Et si la culture américaine était un facteur aggravant, autrement dit ? Dans une société individualiste, l’homme est un loup pour l’homme. Mais l’affrontement est du ressort de la psychologie, plus du coup de poing. La règle du jeu, c’est le harcèlement moral. C’est la destruction de l’identité de l’autre, encore plus sûrement que dans 1984. Cela ne contredit aucune loi. Alors, le perdant du jeu, écrasé, qui n’a plus aucun droit, plus aucune voix, manifeste une dernière fois son existence par un grand massacre ? Alors, il a de nouveau l’impression d’avoir du pouvoir sur les événements, de vivre ?

(L’affrontement est certainement le même à tous les niveaux de la société, mais, en haut, on a des psychanalystes, de l’éducation, et aussi les moyens de s’éloigner de la zone de combats.)

Munich ou le mal américain ?

Au sujet des morts du 14 juillet de Nice, j’envisageais une épidémie d’un type particulier de suicide. La fusillade de Munich semble confirmer cette intuition. Les Allemands appellent le phénomène « Amok », du nom de la nouvelle de Zweig, et disent que le tueur de Munich voulait imiter Anders Breivik, tueur norvégien. 
La pratique étant quasi quotidienne aux USA, on peut se demander si elle n’a pas été importée chez nous, lorsque la culture américaine s’est imposée au monde. Il serait curieux de penser que les Jihadistes sont des Américains comme les autres…

Le temps du suicide

Une nouvelle fois, on tue des policiers aux USA. Cela ne ressemble-t-il pas un peu à ce qui se passe en France ? Il y a à la fois une tentation du suicide, et d’un suicide qui punisse la société ?
Faut-il y voir la main de l’Etat Islamique, comme le pense notre président, ou celle de Durkheim, et son concept « d’anomie ». Une société individualiste détruit le lien social, qui soigne, et transforme l’homme en désespéré ? Peut-être aussi, comme dans les pièces de Shakespeare, l’individu isolé ne peut-il que donner de la tête contre la société ? Dans le cas du candidat au suicide, la voir comme la cause de ses malheurs, et vouloir la détruire ? 
(Par ailleurs, comme je le disais à l’époque des suicides de France Télécom, les psychologues ont noté un phénomène de « mode » en termes de suicides. L’effet Werther. Ce qui explique peut-être qu’un pilote allemand se soit suicidé en précipitant son avion, plein de passagers, contre une montagne.)

Racisme anti-blanc

Racisme anti-blanc ?  La fin de l’homme rouge montre que, en quelque sorte, les « classes laborieuses » russes ont été les victimes des transformations de leur pays. Aux USA, l’intérêt pour M.Trump résulterait aussi des difficultés des classes moyennes. C’est ce que l’on appelle ailleurs que chez nous « l’effet sablier« . La réduction de la partie intermédiaire de la société, « squeezed middle ». Le peuple des sans grades méritants a le sentiment d’être victime de discrimination. 
Et si c’était, simplement, l’expression de la traditionnelle lutte des classes (entre « blancs », ou plutôt nationaux), plutôt qu’une lutte entre immigrés et nationaux ?
Y a-t-il complot ? Est-ce l’expression d’un changement, de tout changement ? Le système change et les classes qui portaient ses valeurs subissent le changement ? Comme dans la théorie de Durkheim sur le suicide, le meilleur élève du système coule avec lui ? Si oui, n’y aurait-il pas d’autres moyens de changer, sans faire de victimes ?

La dépression du patron de PME

Phénomène bien connu dans le développement d’une entreprise : crise lors du passage de la phase lancement (petite équipe), à la phase gestion (entreprise structurée, qui tire le maximum de son avantage concurrentiel). Moment critique que peu d’entreprises réussissent. Ce qui est moins connu, c’est qu’elle peut s’accompagner d’un comportement suicidaire.

Cela semble se passer ainsi. Lorsque l’entreprise commence à connaître ses premières difficultés, réflexe humain, le dirigeant cherche un coupable. Il devient impossible pour son personnel. Ce qui, indirectement, ruine ses affaires. Il fait un diagnostic faux : il est un créateur, pas un manager, il ne comprend pas que lorsque son entreprise atteint une certaine taille, il doit trouver une compétence qu’il n’a pas.

Peut-être perçoit-il que c’est lui le problème. Mais, il ne veut pas se l’avouer. Question d’amour propre. Après tout, en France, le manager (le haut fonctionnaire inspecteur des finances) est mieux vu que le créateur (parvenu peu honnête et sans éducation).

Quelque psychologue aurait-il étudié ce phénomène ? 
(Je me demande aussi si on ne le voit pas ailleurs. Par exemple, les problèmes de l’Allemagne sont venus de l’intégration de l’Allemagne de l’Est. Or, au lieu de traiter la cause, elle a attaqué les conséquences. Non seulement elle s’en est pris au modèle social issu de Bismarck, mais aussi à sa capacité d’investissement industriel, qui est le cœur de son succès économique. Et s’il en était de même de la crise actuelle ? Erreur de diagnostic suivie d’une auto-destruction ?)