Suicide

Il est dommage que l’on n’ait pas poursuivi l’étude des « pathologies sociales » de Durkheim, disais-je.

Je pense que son idée est que ces pathologies sont liées aux valeurs mêmes de la société. Par exemple, la pathologie de la littérature, de la poésie ou de l’art, dont je parlais il y a peu tiennent probablement à ce que l’on en a fait des activités admirables, sans faire ce qu’il faut, d’ailleurs, pour qu’elles ne se transforment pas en cancer. On pourrait penser la même chose de l’école et de l’enseignement supérieur.

Il donne l’exemple de l’innovation, qui fait à la fois l’inventeur et le criminel. C’est d’ailleurs ce que l’on voit dans les films américains : le mafieux est un businessman par d’autres moyens. Et les Américains disaient que l’entrepreneur était un « hacker », qu’il s’en prenait aux règles sociales.

Mais c’est peut-être son étude sur le suicide qui est la plus intéressante. Car, elle porte sur la nature même de la société, qui doit être propre à toutes les sociétés. Ne voulant pas relire le livre qu’il lui consacre, d’autant qu’il est, à mon avis, inutilement indigeste, Durkheim ayant voulu donner à son travail l’aspect d’une oeuvre scientifique, j’ai interrogé wikipedia.

J’ai eu la surprise de trouver quatre facteurs favorables au suicide et non trois comme dans mon souvenir. En fait, Durkheim avait mené, effectivement, un travail scientifique, donc expérimental (et statistique, ce qui est remarquable). Et il avait trouvé 3 causes. Ce n’est qu’ensuite que l’on aurait extrapolé ses travaux.

Tout s’explique par deux facteurs : intégration et régulation. Comme chez Aristote, il serait question de « juste milieu ». Si la société est trop ou pas assez « intégrée », ou si elle est trop ou pas assez « réglementée », il y a suicide « excessif ». En effet, quoi qu’il arrive, il y aurait taux de suicide « normal » (facteur explicatif : nature humaine ? ou contrepartie des effets bénéfiques de la société ?).

Perdre pied

Drôle d’histoire. Il y a une quinzaine d’années sont apparues sur les plages de Vancouver des chaussures contenant des pieds.

Règlements de comptes entre gangsters locaux ?

Non. Tout tenait à l’invention d’un nouveau type de chaussure de sport, ultra légère. Les pieds appartenaient à des suicidés qui s’étaient retrouvés à la mer. Apparemment, il faut peu de temps à la faune marine pour trancher une jambe. Et les courants tendent à converger vers les mêmes plages.

Grâce à leur ADN on est parvenu à retrouver les propriétaires des pieds. Et à rassurer leurs familles, qui avaient enfin une réponse à leurs inquiétudes.

(D’après une émission de la BBC.)

La prochaine fois que la solution à une énigme nous paraîtra évidente souvenons-nous que nous avons toujours tort ?

Psychologie du chef

Un vieux compagnon de route d’Emmanuel Macron se montrait hier définitif via messagerie cryptée : “En vérité, c’est le geste délirant d’un homme confronté à la défaite.”

Politico.fr, hier

Plusieurs billets de ce blog traitent du caractère incendiaire d’Emmanuel Macron. Lorsque j’ai lu qu’il avait dissout l’assemblée, j’ai pensé au suicide. Depuis, contrairement à ce qui m’arrive souvent, je n’ai pas changé d’avis.

Il est certainement caractéristique qu’il en appelle à la « responsabilité », en donnant le spectacle de la plus grande irresponsabilité.

Le Brexit, le Covid, Poutine, Trump, Macron : ce qui ne tue pas renforce ?

Death of despair

People living in the North of England and in coastal areas are more likely to die from ‘death of despair’, according to new University of Manchester led research.

Article

« Death of despair » c’est se suicider ou détruire sa vie par l’alcool ou la drogue.

The analysis also looked at associated factors that predict the risk of these kinds of deaths; living in the North was the strongest predictor. Local authorities with higher proportions of unemployment, white British ethnicity, people living alone, economic inactivity, employment in elementary occupations, and people living in urban areas had higher rates of Deaths of Despair.

On meurt de désespoir quand on est un natif perdu sur un territoire qui a été abandonné par l’économie. Faut-il aller chercher plus loin les raisons du vote dit « populiste » ?

Mass shooting

La semaine dernière il était question d’une nouvelle tuerie de masse, aux USA, dans le Maine, un Etat pourtant connu pour être exceptionnellement pacifique, selon la BBC.

Je pense que la tuerie de masse est un rite culturel américain. La personne dépressive ressent la nécessité d’éliminer quelques-uns de ses semblables avant de mettre fin à ses jours. Ce faisant, elle a droit à beaucoup de publicité. Elle crée des émules. (Ce que l’on appelle « l’effet Werther ».)

Curieux phénomène. Individualisme américain ? Pour l’individualiste, le mal ne peut qu’être social ?

Dommage qu’Emile Durkheim n’ait pas fait école ? Ses techniques d’analyse des pathologies sociales auraient sans doute éclairé la situation.

Hegel et le changement en France

Mon article « Ruralité nouvelle » me plonge dans un abîme de réflexions.

Il pourrait illustrer, exactement, les théories de Hegel sur le changement. L’utopie produit le contraire de ce qu’elle désirait.

C’est, sans doute, le mal de notre Etat jacobin. D’une part, parce que, contrairement aux Etats démocratiques, qui sont conçus pour rendre impossible la dictature, il a un pouvoir considérable. D’autre part, parce qu’il est dirigé par des êtres de « raison pure ». Des illuminés ou des innocents.

Autre point curieux : le Bobo. Au fond, c’est le produit du changement : l’urbain, bien dans sa peau. Et il pense que ceux qui ne sont pas heureux ne méritent pas de vivre, ils sont inadaptés.

Ce comportement évoque une théorie de Durkheim sur le suicide : une condition qui augmente sérieusement la chance de suicide est d’être le meilleur élève d’une culture…

Le temps des miracles ?

J’ai dit que le propre des techniques de résistance au changement était le suicide. Cela a beaucoup surpris (indigné ?) l’animateur du débat auquel je participais. Pas besoin de chercher des justifications dans les travaux savants…

Le gouvernement de M.Macron est entre les mains des partis politiques traditionnels, que l’opinion a « dégagés », pour cause d’irresponsabilité. On leur demande d’aller contre leur nature ?  Quant aux deux autres partis, leur politique est la terre brûlée. Sous les pavés, la plage. 

A 27, l’Union européenne n’est pas manoeuvrable. Alors, elle a décidé de porter à 40 le nombre des ses membres. En faisant entrer le type de pays qui, actuellement, la paralyse !

Quant aux USA. Ils ont abattu le pilier de leur démocratie : la Cour suprême. Au moment où les régimes autoritaires ont décidé de porter le coup de grâce aux démocraties, que vont-elles faire si la plus puissante d’entre-elles, et qui les a sauvées en 40, ne s’intéresse plus qu’à ses querelles internes ? 

Je disais, l’autre jour, à quelqu’un qui s’inquiète de la situation du pays, qu’étudier le changement, c’est croire au miracle. 

(Et le Brexit ?)

Les paradoxes du poète

Baudelaire est l’archétype de l’intellectuel moderne, du « bohème ». Il incarne toutes ses contradictions. 

Baudelaire voulait vivre comme un dandy. Il prétendait que la société devait à son talent le droit de jeter l’argent par les fenêtres. Après avoir dilapidé un gros héritage, il a été réduit à une maigre rente. Cela lui a permis de vivre sans travailler, sans quasiment rien écrire, en révolté. 

Le plus surprenant est que ce qu’il dénonçait lui était essentiel. Les biens matériels, d’abord, mais aussi la culture de son temps. Il n’y a rien de plus classique que sa poésie. D’ailleurs, c’était un virtuose du vers latin ! 

Il en est de même des apôtres de la « contre-culture » moderne. Les chanteurs anglo saxons, par exemple, sont souvent des fondamentalistes religieux. Ils s’identifient généralement à Jésus Christ. 

Peut-être Durkheim verrait-il dans la contre-culture une pathologie sociale ? Cela ressemble à un des cas de suicide dont il parle, d’ailleurs. Ceux qui sont trop liés à une culture, ses meilleurs élèves en quelque sorte, tendent à se suicider plus facilement que le reste de la population. La contre-culture, manifestation de ce phénomène ? Lorsque l’on croit trop à la culture, paradis artificiel, l’on devient inadapté à la vie ?

(Inspiré de la lecture des Fleurs du mal.)

Que cache la Burqa ?

Cet été, j’ai entendu une émission dont le sujet était le voile islamique. Une étude a été faite sur celles qui le portent. Curieusement, ce sont souvent des esthéticiennes. Cela ressemble un peu aux théories de Durkheim sur le suicide. Celle qui porte le voile est, en quelque-sorte, une championne des normes culturelles occidentales. Mais ces valeurs l’amènent à une impasse. Par exemple, elle ne peut pas être aussi belle que les images de magazines. Ou encore, elle a trouvé un « copain » vraiment gentil, mais ce n’est pas supportable. Il lui faut un homme, un guerrier. 

Quant à la législation sur le voile islamique, elle a, comme le pass sanitaire, durci le mouvement des durs. 

Suicide : Durkheim et l'amour

Mourir d’aimer ? France Culture rappelait une affaire célèbre. En 68, une enseignante a une aventure avec un élève. Les parents de l’élève la poursuivent en justice pour « détournement de mineur » (apparemment, ils veulent avant tout retrouver leur enfant qui a fuit leur domicile). Un premier procès se solde par une peine légère. Mais il y a appel. Elle se suicide la veille du second procès. Cette affaire a fait l’objet d’un film. 

Je me suis demandé si elle illustrait les théories de Durkheim sur le suicide. Théories issues d’analyses statistiques. Si je comprends bien ses thèses, la société joue un rôle dans le suicide de deux façons : 

  • position de l’individu par rapport à la société, soit trop à la marge, soit trop lié à elle, 
  • action régulatrice de la société défectueuse (ou « anomie » : absence de règles). 

Il y avait probablement de cela dans ce cas. En effet, l’enseignante écrit, avant de se suicider, qu’elle est « perdue », elle ne comprend pas ce qui lui arrive. 

  • Elle même est pleine de contradictions : c’est une mère exceptionnellement rigoureuse pour ses enfants, mais une amie pour ses élèves. De plus, elle est décrite à la fois comme provocante et doutant d’elle-même. 
  • Quant à la société, elle est, probablement, entre deux eaux. Après le tout est permis de 68, c’est le retour de l’ordre. L’appel aurait pu être un signal envoyé aux enseignants : ne suivez pas cet exemple. (Appel auquel notre société souscrirait probablement, si l’on en juge par l’importance qu’elle donne aux affaires de moeurs impliquant des mineurs.)