Crise aux USA : décodage

Barak Obama promet des centaines de milliards à l’économie. L’optimisme ne repart pas. Pourquoi donc ?

Axel Leijonhufvud, un économiste, propose une explication. Les bilans des entreprises et des ménages étaient déséquilibrés. Ils vont utiliser l’argent de Barak Obama pour rétablir l’équilibre. Et comme ils ont été douchés par la crise, ils vont pêcher par excès de prudence. Les subventions du gouvernement américain sont donc une goutte d’eau dans une mer d’inquiétude. Il donne trois exemples, qu’il est bon de connaître quand on veut parler avec des économistes :

  1. La crise japonaise. Une bulle immobilière (1990). Le gouvernement n’intervient pas directement sur les sources de déséquilibre. 15 ans de léthargie. Scénario probable d’évolution de l’Amérique.
  2. La crise suédoise (1992). Action musclée du gouvernement qui nettoie le système bancaire, en « fermant les banques insolvables et en isolant les actifs à risque ». Mais aussi en dévaluant sa monnaie ce qui stimule les exportations.
  3. La crise de 1930 : la guerre renfloue les entreprises, à tel point qu’elles sont suffisamment solides pour traverser la crise qui aurait dû résulter de l’arrêt des dépenses militaires.

« Quand tout le secteur privé a l’obsession de l’épargne, le gouvernement doit être dépensier ».

Ce qui semble inquiéter l’Amérique est que l’équipe Obama ne dépense pas bien. Elle apporte de l’argent, mais pas suffisamment : elle semble parier sur une reprise de l’investissement privé, qui ne viendra pas. Il faut faire du suédois : une quasi nationalisation. Mais nationalisation n’est pas américain. Le marché serait rassuré par une nationalisation dont il ne veut pas entendre le nom.

Si Barak Obama évite le scénario japonais, dit Axel Leijonhufvud, il y a risque de départ d’inflation. Et là le sort des USA sera entre les mains de leurs créditeurs, dont les prêts sont actuellement faiblement rémunérés.

Compléments :

Comment faire payer le banquier ?

Monde injuste : la finance mondiale s’est comportée de manière objectivement malhonnête, or, ce sont des innocents (nous tous) qui risquons de payer, très cher, ses malversations.

Charles Wyplosz, professeur d’économie au Graduate Institute de Genève, se demande comment se tirer du dilemme qui frappe l’Amérique (et indirectement le monde) :

  • soit le contribuable renfloue les organismes financiers coupables, et les encourage à persévérer dans l’erreur.
  • Soit ils paient pour leurs crimes et nous entrainent par le fond.

Il existe des précédents : les Japonais et les Suédois ont connu des bulles. Les Suédois ont sévi, leurs banquiers ont appris la leçon. Et ils n’ont pas été victimes des subprimes. Les Japonais ont été faibles. La crise a traîné en longueur, interminablement. Les pratiques se sont détériorées.

Alors, frappons en priant pour qu’il n’y ait pas de crise? Non : entre le knout et le laisser-faire, il y a la méthode « Bagehot » (du nom d’un économiste) : la banque centrale reprend les principales banques en faillite, exproprie l’actionnariat, licencie le top management. Le contribuable subventionne l’opération, mais peut y gagner si l’affaire est redressée. Les coupables sont punis, les risques majeurs pour l’économie écartés.

Il est aussi possible que quelques sanctions exemplaires apprennent beaucoup à ceux qui ont senti passer le vent du boulet. Les romains ne décimaient-ils pas les armées qui avaient failli ? Utile apprentissage pour le survivant ?

Références :