Coût du travail, France, Allemagne et TVA sociale

Étude sur le coût du travail en Europe. Je note que :

  • Le Danemark et la Suède on le même coût du travail alors que l’une finance la protection sociale par l’impôt, et l’autre par une cotisation salariale. La TVA sociale ne fera pas mécaniquement baisser le coût du travail ?
  • Les 35h auraient eu la conséquence inattendue de faire considérablement gagner en productivité les entreprises, autant que les mesures du Chancelier Schröder.
Une fois de plus, le succès du changement est dans sa mise en œuvre ? Malheureusement le point faible de nos gouvernements successifs…

Nordique donneur de leçons ?

Installé dans le restaurant d’un musée avec 3 amis. Deux partent un moment, en laissant leurs affaires.
Des touristes suédois surviennent alors. Ils montrent les sacs d’un doigt accusateur. Nous leur signalons qu’il y a de la place ailleurs. Un peu plus tard, ils reviennent, montrant à nouveau les sacs, preuve qu’ils avaient eu raison de nous soupçonner de latinité.
Curieux d’avoir aussi peu de souci de la politesse, surtout à l’étranger, me suis-je dit. En rapprochant cette petite histoire du comportement des gouvernements allemands et anglo-saxons, je me suis demandé si le pharisaïsme n’était pas un trait culturel nordique. 

Forteresse euro

The Economist s’inquiète. La zone euro se fermerait sur elle-même. Les pays libéraux s’y trouveraient en minorité et seraient forcés à des réformes (notamment sociales) que la morale économique réprouve. Ce qui ne ferait pas non plus les affaires des libéraux extérieurs (Suédois et Polonais) qui pourraient être coupés d’une zone euro protégée. L’Angleterre, elle, est indifférente. 

Qu’est-ce qui fait perdre les socialistes ?

Surprise : le modèle social-démocrate suédois va mal (The strange death of social-democratic Sweden).

Le socialisme, parti des intellectuels
Parmi les raisons évoquées, l’une me frappe : partout le socialisme est mal aimé. La crise, qui aurait dû le requinquer, a profité à la droite. Qu’est-il arrivé aux socialistes, me suis-je demandé ? Voici où m’a mené un enchaînement de pensées :
  • Michel Winock (Le socialisme en France et en Europe), distingue deux courants socialistes : populaire et intellectuel. En Europe du nord, ils se sont fondus dans la sociale-démocratie, en Europe du sud, ils se sont divisés entre communisme et socialisme.
  • J’ai l’impression que, progressivement, le courant intellectuel a pris la main sur l’ensemble du mouvement, et que la droite a récupéré une partie au moins du courant populaire. Aux USA, Reagan, Bush ou Palin représentent le peuple, pas Obama. Il en est certainement de même en France. Aussi curieux que c’ait pu me paraître le Mouvement Populaire porte probablement bien son nom.
Opposition entre intellectuels et peuple

Ce qui différencie les pensées intellectuelle et populaire est une question de valeurs.

  • L’intellectuel est individualiste et universaliste. Sa bible, c’est les droits de l’homme. Pour lui il existe une seule « culture » (cf. France Culture ou Ministère de LA Culture). Elle est mondiale. 
  • Le populaire croit qu’être Français ou Américain est une réalité (dont on peut être fier). Sur ce point il se rapproche de l’ethnologue : il pense qu’il y a des cultures, une par groupe humain. (Ce qui signifie que chacun d’entre nous appartient à plusieurs cultures, notamment à celle de l’entreprise qui l’emploie.)
Ce sont probablement les Allemands de l’avant seconde guerre mondiale qui ont le mieux marqué cette distinction. Ils appelaient la « culture » des intellectuels « civilisation ». C’était un monde déshumanisé d’électrons libres régulés par contrat. En face se trouvait la « culture » à proprement parler, le groupe humain uni, solidaire et amical.
On en arrive donc à un socialisme qui considère une partie de son électorat traditionnel comme le « mal ». Michel Winock va même jusqu’à dire que le socialisme est à tendance totalitaire (il nous dénie le droit de ne pas penser comme lui). Pas étonnant dans ces conditions qu’il tende à perdre les élections.  
Tactiques pour une conquête du pouvoir
Techniquement, les socialistes ont probablement deux possibilités de reprendre l’avantage :
  1. Laisser renaître un mouvement puissant à leur gauche. (Et le flouer lors des élections façon « union de la gauche »).
  2. Utiliser la méthode Blair et devenir le parti de l’individualisme et du libéralisme éthique. (Option DSK ?) Ce qui leur permet à la fois de ratisser le bobo à gauche et le libéral à visage humain de droite, plus les marges qui pensent en être. De manière équivalente, ce serait le parti du diplôme – le point commun de ces deux électorats. La droite devenant le parti de ceux qui ne se définissent pas, avant tout, par leurs études : l’ouvrier et le self made man, notamment.
Compléments :
  • Sur culture et civilisation (par exemple) : Mosse, George L., Les racines intellectuelles du Troisième Reich, Points 2008.

Répartition des revenus

Intéressant graphique. Revenus des riches, pauvres, médians de pays de l’OCDE.
  • Luxembourg : champion partout, quasiment. Pays riche et relativement égalitaire. Semble aussi le cas des pays du nord de l’Europe.
  • France, pas très aisée, mais des pauvres relativement moins pauvres qu’ailleurs.
  • Allemagne, un peu plus riche que la France, et finalement assez nettement plus inégalitaire. En particulier les pauvres y sont plus pauvres.
  • Japon un peu inattendu : des pauvres qui semblent particulièrement pauvres, compte-tenu de la richesse du pays.
  • Suède : le plus égalitaire du lot ?
  • USA : grand écart. Les plus riches mondiaux. Un revenu médian assez élevé. Mais des pauvres vraiment pauvres, derrière la Grèce, et pas loin des niveaux du tiers monde.
Commentaire sur ces graphiques :

il semble difficile de justifier l’affirmation que la prospérité requiert une répartition de revenus inégalitaire.

Allongement des retraites

Arrivée en masse de retraités, la durée de vie augmente, catastrophe imminente. Sondage : 59% des Français ne veulent pas d’un allongement du temps de travail. Pourtant c’est une solution évidente à la question. Paresse et résistance au changement ?

Avant d’allonger leur temps de travail, il faut mettre les gens au travail. Sinon la mesure revient à réduire, massivement, le montant des retraites. Or, nous avons un des plus faibles taux d’emploi des plus de 50 ans des pays « développés ». Ensuite, il faut adapter les conditions de travail à l’âge des travailleurs. Aussi, peuvent entrer en jeu des raisons de justice sociale, la fameuse guerre des générations dont on parle de plus en plus.

Toucher aux retraites n’est jamais facile. Mais les pays qui ont mené à bien une ou plusieurs réformes importantes ont pris le temps de négocier (quatorze ans en Suède pour la réforme de 1998). Ils ont proposé des compensations pour les perdants potentiels, notamment les personnes ayant des carrières atypiques (principalement des femmes et les personnes les moins qualifiées). Et ils ont clairement posé la question de la solidarité entre les générations qui appelle un effort des plus jeunes retraités, relativement aisés.

Message des sondages : le gouvernement doit apprendre à réformer le pays autrement que par décret ?

Compléments :

La fin de l’inconscience ?

The long-lasting socio-political effects of the economic crisis. Avoir subi une crise (locale) dans sa jeunesse persuade du peu de pouvoir qu’a l’individu sur son destin, de l’importance de la chance dans le succès, et nous fait aimer la solidarité sociale. Il en est de même de notre attitude vis-à-vis de la prise de risque financier, de notre attrait ou non pour la bourse. Ayant connu une crise, notre prochaine élite sera-t-elle prudente ?

Ces observations expliquent assez bien notre histoire. Les générations issues de la crise de 29, du fascisme et des monstruosités de la seconde guerre mondiale attribuaient ces maux terrifiants au capitalisme (ce que l’on a aujourd’hui totalement oublié). Ils ont voulu créer un monde solidaire. Partout, ils ont installé des institutions que l’on ne peut qualifier que de « socialistes ». Et les Anglo-saxons étaient les socialistes en chef. Conséquence : prospérité, paix et ennui. Les générations qui sont nées alors ont cru que l’avenir était prévisible, qu’elles ne devaient leur succès qu’à leur effort personnel, et que le monde serait bien plus amusant si elles donnaient libre cours à leur génie. Le poids de l’état fût insupportable. Vint alors 68, qui est à la gauche ce que le libéralisme est à la droite : la revanche de l’individu sur la société.

Nos prochaines élites auront-elles donc plus de plomb dans la cervelle que les actuelles ?

Galbraith disait que les théories qui ont causé cette crise sont aussi vieilles que le capitalisme. Il les jugeait déjà ridicules et dépassées dans les années 50. Comment ont-elles pu résister à la grande crise et à la guerre ? De la même façon que l’armée allemande, sauvée par le pouvoir politique, a pu parler de « coup de poignard dans le dos » dans les années 20 : parce qu’elle n’avait pas été mise à genoux. À chaque crise, les classes dirigeantes sont protégées par le pouvoir. Or, elles ne se renouvellent pas, elles dirigent de père en fils (cf. la fin de l’ascenseur social français). Donc, elles n’apprennent pas. Pire, en Occident, l’élite passe ses années de formation dans des universités d’élite où elle est entre soi et se repaît de sa supériorité. Et quand il y a sélection, elle est basée sur le succès !

Compléments :

  • Ce qui compte dans la détermination des certitudes dont parle l’article sont nos années de formation aux règles de la société (de 18 à 25 ans).
  • Sur l’organisation socialiste et planifiante d’après guerre, en Amérique : L’ère de la planification.
  • Hayek voyait dans ce socialisme le germe du fascisme (le cas suédois étant particulièrement préoccupant) : HAYEK (von) Friedrich A., The Road to Serfdom, University of Chicago Press, 1994.
  • Sur l’impact de 68 sur les institutions sociales françaises : 68 : victoire de l’individualisme ?
  • Les radios libres ou gauchisme (le Rock) et capitalisme (la pub) main dans la main : Good morning England.
  • La crise profite au riche : Le pauvre s’appauvrit, Vainqueur de la crise: la grande Enterprise. Par ailleurs, depuis 20 ans, l’Amérique réforme le monde et crée crise sur crise, sans en tirer de grands enseignements : Consensus de Washington.

Prochain système économique (2)

Keiichiro Kobayashi (Why we need a new macroeconomic paradigm), un économiste japonais, s’en prend à Paul Krugman à peu près dans les mêmes termes que moi, me semble-t-il (Prochain système économique) :

  • L’Amérique et l’Europe suivent le mauvais exemple du Japon : si elles n’éliminent pas les actifs toxiques de leurs banques (éventuellement par nationalisation), et si elles n’essaient pas de renflouer les surendettés, l’économie ne repartira pas avant des décennies.
  • Si l’on utilise la théorie de Keynes c’est parce qu’on n’a pas mieux ; qu’on espère qu’elle va marcher. Il propose de la faire évoluer en ajoutant à ses modélisations les intermédiaires financiers qu’elle ignore magnifiquement.

C’est là où s’arrête notre accord : on ne dirige pas le monde par modélisation. Ce qui a fait qu’il n’y a pas eu nationalisation est la culture américaine, au moins celle de l’élite dirigeante.

  • La culture anglo-saxonne aurait permis un nettoyage rapide par mise en faillite, mais l’effondrement global du système financier américain était probablement un risque inacceptable, d’autant plus que s’il s’était relevé, il y aurait eu d’énormes consolidations, il aurait donc été encore plus dangereux.
  • Idem pour les surendettés : l’Américain veut que l’on paie pour ses fautes.

Compléments :

Millenium

Je cherchais un moment de détente pas compliquée. Et j’ai eu ce que j’attendais. Sinon Millenium est un film télé, à l’intrigue et aux personnages vus ailleurs. J’y ai aussi découvert que la Suède compte beaucoup de nazis des origines, probablement conservés par le froid ; bien qu’il y neige moins que je pensais. Dépaysement raté. Même question que pour Chti : pourquoi autant de succès pour des ingrédients aussi communs et aussi peu de génie ?

Peut-être parce que derrière tout cela, il y a des choses importantes pour nous que le spectacle intello ne nous apporte pas. Ce qui me ramène à mon éternelle interrogation : pourquoi la culture intello (de France culture et du ministère du même nom) est-elle aussi négative, agressive, désagréable ? Curieusement, n’était-ce pas aussi la caractéristique des spectacles qui enchantaient l’aristocratie des siècles précédents : les nobles, qui vivaient dans le luxe, les jeux, et le farniente se repaissaient de drames et de sermons édifiants ?

Une tentative de modélisation du phénomène.

  • Le monde est séparé en 2. D’un côté, l’élite qui maîtrise son avenir, et de l’autre, le reste, qui ne le maîtrise pas (et qui vit dans l’inquiétude).
  • Le rôle de l’art est, au moins en partie, de nous apporter l’envie de vivre.

Application :

  1. Le premier segment demande à l’art de lui donner bonne conscience, de lui farcir la tête de grandes émotions éthérées, et d’actes héroïques, qui montrent ce qu’il est capable de faire, donc qui justifie son existence.
  2. Le second segment a besoin de trouver un monde prévisible et un espoir.

Dans ce modèle, l’art ferait vivre à chaque segment, en quelque sorte, la vie de l’autre. Ça expliquerait le lectorat de la presse People, et l’intérêt du Bobo pour les drames de la misère. Le sans-papier serait pour l’élite la vedette de reality show du pauvre ?

Avenir de l’économie

Les économistes semblent d’accord, faute d’avoir eu le courage d’appliquer un régime suédois aux banques, on est parti pour le scénario japonais.

Un système financier faiblard, tenu à bouts de bras par l’état. Mais un état salement endetté, et qui devra imposer ferme. En conséquence, une économie qui est mal alimentée.

En fait, il n’est pas certain que le scénario soit aussi homogène que cela : la Chine va plutôt bien. Peut-être va-t-on avoir un jeu du gendarme et du voleur entre créditeurs et débiteurs (Angleterre et USA), qui essaient par tous les moyens monétaires d’exporter leur crise. Résultat : fourmi, cigales et dindons de la farce ?

De même pour les entreprises.

  • Les producteurs d’énergie, par exemple, sont riches. Ils devraient bien se porter. D’ailleurs la mise en coupe réglée des fonds sous-marins pourrait leur donner, outre un désastre écologique, de quoi alimenter l’effet de serre pour longtemps. Mauvais temps pour les énergies renouvelables ? Elles ont besoin d’investissements et de « l’anxiété de survie » de la population, ce qu’une économie anémique pourrait leur refuser.
  • Pour les autres, il est possible qu’elles doivent se rabattre sur le scénario russe des années 90 : le troc.